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« toutes les 3 secondes , une récompense »
selon les neuro-biologistes, lorsque nous scrollons, toutes les 3 secondes notre cerveau éprouve une récompense . mais quelle est cette récompense ? quelle serait cette récompense ? le like ? combien pourtant continuent sans 1 like ? qu’est-ce qui dès lors contente , fait récompense ? ou qu’est-ce qui fait promesse ? est-ce la possibilité d’interagir ? est-ce que je cherche l’accroche par où j’interagirai ? plutôt que de rester seule dans mon canapé avec un livre ? il m’a semblé que si l’on ne saisissait pas la nature de la gratification du scroll, on ne pouvait pas la combattre .
pour moi , j’ai l’impression que c’est mon isolement même qui me maintient dans les réseaux sociaux. l’illusion d’une possible interaction. avec, au bout du chemin, peut-être, un like .
et puis, j’ai l’impression que le fragment lui-même, le fragment de sens, le petit shot de sens, tel que celui apporté par ce post sur la lecture et son ré-apprentissage nécessaire, pourrait être cela qui apporte la satisfaction . j’y reconnais quelque chose qui fait sens, qui pourrait faire sens pour moi aussi, qui met des mots sur ce qui me préoccupe – ne suis-je pas dans mon algorithme? reconnaissance que je laisserai sans suite, puisque déjà je me retrouve face à une autre proposition, 3 seconde plus tard, la proposition d’un autre individu, qui a un autre petit quelque chose à me proposer. un autre petit kick. qu’il soit d’indignation, d’admiration ou d’envie. la tentation de sortir la carte bancaire ou une nouvelle voie entr’aperçue par où m’engager pour mettre un terme à mon errance. ou encore des images qui le temps d’un instant (3 sec) me paraissent tout élucider.
c’est donc l’abondance de l’offre qui constitue l’obstacle, il y a trop et je ne sais pas le gérer. trop de petits kicks de sens, de jouissance, et je ne sais pas le gérer. c’est sans arrêt . ça sur-produit.
— je veux des rencontres . je veux de l’approfondissement . et le livre apporte cela . en même temps qu’il ne l’apporte pas si je n’ai personne avec qui le partager. quel sens de lire et de garder pour soi? —
il faut du manque pour désirer. il faut du manque pour avoir besoin les uns des autres et vouloir collaborer. c’est ce que souligne Olivier Hamant, chercheur en biologie et biophysique que j’ai découvert sur Instagram. il le constate : face à l’abondance, les êtres vivants adoptent un comportement parasitaire1 : « un être vivant qu’on met dans une niche écologique riche en ressources fait de la compétition et fait de la performance. »
au XIXè, on est passé d’une énergie de flux, de cycles (solaires, jour nuit/saisons), à une énergie de stocks qu’on a cru illimités : « À partir de 1800, on commence à exploiter le charbon. Après, c’est le pétrole, ensuite les métaux « . Ressources, pétrole, métaux qu’on va puiser dans les pays colonisés. « En fait, on a eu d’un seul coup accès à l’équivalent de centaines de millions d’années de carbone, et qu’on a brûlé en quelques décennies.«
dans le trop, on veut trop.
je pense que je devrais trouver le moyen de réduire la liste des gens que je suis (sur instagram) . ou, pendant un temps, arriver à ne lire que quelques uns . mais comment mettre cela en place . choisir . et laisser le reste . résister . or, et Olivier Hamant encore a pu le constater : les politiques de sobriété entraînent de l’ébriété (cf. les frigos ou les avions qui consomment moins aujourd’hui mais qu’on consomme bien davantage). ce n’est pas la solution .
il faut se mettre au diapason de la crainte et de l’espoir . de l’horreur et du désir, de la volonté . et quand ça ne peut l’être pour soi . que ce soit pour les autres . ici encore : robustesse .
// peut-être qu’il faut penser : tant qu’il y aura des likeurs et des likés et des likes comptés , tout sera pour moi faussé , je ne résisterai pas à cette mesure de ma non-désirabilité . // et pourtant, je parviens à m’en foutre . de mes zéro like . ou pas ? // et là aussi, on aussi peut penser à Olivier Hamant et à sa critique de la performance. Le like induit la performance, le chiffre et sa désirabilité. Et le constat qu’il rappelle : « dès qu’une mesure devient une cible , elle cesse d’être fiable » (Goodhart). « dès qu’on met un indicateur de performance quelque part, notre cerveau va être focalisé sur cet indicateur et va oublier tout le reste. C’est aussi un koan zen : Celui qui a atteint son objectif a manqué tous les autres. Et donc c’est le problème de l’indicateur de performance. »
le like agit comme un indicateur de performance.
- s’agissant des parasites, il en parle particulièrement bien ici : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/questions-du-soir-l-idee-emission-du-mercredi-13-novembre-2024-8366249 ↩︎