what’s in a woman’s name
anyway
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A la recherche du nom perdu
« p. 41 … Le mystère de cette efficience silencieuse qui dépasse les ressources conscientes…
p. 42 Montaigne écrit à propos de l’effort pour se remémorer un rêve : « Plus j’ahane à le trouver, plus je l’enfonce en oubliance »
p. 43 Pourquoi dans certains cas, la volonté de se rappeler quelque chose constitue-t-elle un obstacle? Est-ce là un obstacle inhérent à l’effort ou est-ce simplement que ma volonté s’exerce au mauvais moment, dans une mauvaise occasion? Et quand le nom me vient soudain aux lèvres, comme par un don des Muses , que s’est-il passé? Puis-je toujours dire sincèrement que c’est parce que j’avais renoncé à me souvenir, parce que j’avais supprimé toute intention? N’y a-t-il pas quelque chose en moi qui continue secrètement à chercher alors même que je pense avoir renoncé? (( et si cela n’avait pas à chercher parce que cela s’y trouve, est attendu seulement le moment où quelque chose à l’intérieur acceptera que cela remonte à la surface?)) Tout se passe comme si l’on déléguait la tâche à quelqu’un en sous-main, lequel surgit à l’improviste après des recherches personnelles et lance en vous interrompant : j’ai trouvé ! Ne devrait-on pas parler d’un régime différent d’intentionnalité? En passant à un autre sujet de conversation après mon effort infructueux, il semble qu’une ressource inconnue ou mal aperçue en moi continue d’oeuvrer, et qu’au fond je ne fais que transférer le tôle de tête chercheuse, dévolu ordinairement à la conscience intentionnelle, à mes forces d’inconnaissance. En décidant de remettre la quête de ce nom à plus tard, j’ai libéré sans le vouloir les moyens de le retrouver, sans savoir ce qui se passe ou comment les choses se passent exactement. J’ai momentanément accepté de rester dans un état d’ignorance et d’obscurité. »
Romain Graziani, L’Usage du vide
Cela dit, il faut préciser ceci, c’est qu’en note en bas de page, R. Graziani précise :
« A moins bien sûr d’un cas pathologique d’oubli comme ceux que Freud a analysés avec tant de sagacité en les expliquant par les phénomènes de censure propres à l’économie psychique, comme dans la Psychopathologie de la vie quotidienne. Les raisons de l’oubli d’un mot ou d’un nom ainsi que les mécanismes propres à l’inconscient analysé n’entrent pas dans le cadre de cet essai. «
Il veut donc faire fi de l’inconscient que je ne peux cependant m’empêcher de voir à l’œuvre dans tout ce qui est décrit ici de l’oubli du nom : pourquoi faut-il qu’on oublie et qu’on oublie pour se remémorer. Quel manque-là cherche à nous faire signe ? Ne sont-ce précisément ces si joliment appelées « forces d’inconnaissance » qui sont à l’œuvre, qui nous ont capturé le mot, arraché au contexte du discours courant, de la conscience, dont il ne relève pas du registre, pas entièrement du registre, et que l’autre registre auquel il appartient se fasse ainsi entendre en nous l’enlevant (se faisant là connaître, reconnaître comme manque ; le mot n’appartient pas tout au savoir, à la science, à l’histoire, à la conscience).
Je souffre phénoménalement d’oubli des noms, en particulier de celui des noms propres, et une réflexion de longue date, qui trouva un solide appui dans la lecture justement de Freud sur l’oubli du nom, ne m’a pas restitué la mémoire, loin de là, mais n’a cessé de me dire et redire, jusqu’à ce que je l’entende, que je n’appartenais pas, pas toute, au seul registre du nom, du symbolique, mais que bien au contraire, mon être même se fondait de cette dichotomie fondamentale entre le nom et la chose, laquelle chose en ce qui me concerne se joue de bien des limites (et qui a fondé bien des raisons de ma colère, une colère insigne face à ce qui se révélait d’indigne en regard de ce qui manque pour sa part totalement de reconnaissance), qu’en bonne hystérique cependant il m’incombait de continuer à défendre et toujours plus subtilement, la cause de ce qui manque au nom, la cause du vide.
Je lis un livre de Jane…
note trop rapide – Je lis un livre de Jane… Encore un. Il s’agit de son enfance. Père… espion. Ils voyagent. C’est comme être enfant de diplomates. Je l’ai souvent dit, mais j’ai un problème avec l’histoire et la géographie, depuis l’enfance, toujours, ça n’a jamais marché. Ça n’est pas faute d’avoir essayé, ou faute d’intérêt. Je ne crois pas. Mon monde ne parvient qu’au prix d’efforts constants à sortir de l’ici et du maintenant. Il n’y avait que Lacan qui ait réussi à faire une petite différence là-dedans. Sinon, je suis tout le temps dans le temps de l’inconscient, lui ne connaît ni le jour ni l’heure, n’est-ce pas. Le temps du rêve. Je me suis demandé si cela tenait à la façon dont je ne parvenais pas à retenir les noms propres. Cela tient, j’imagine. Ni les noms propres ni les dates. Je pense qu’ils agissent de la même façon. Du coup, j’ai pensé qu’ils agissaient de la même façon. Ce sont eux qui sortent de l’indifférentation, ce sont eux qui font la différence. Enfin Jane (manque de son nom propre), elle voyage dans des pays que je reconnais un peu, où je n’ai bien sûr jamais été, et une grande part de son enfance se passe dans un pays dont je ne devine ou ne repère pas les noms. J’écris ça vite comme ça, peut-être moins pour mettre en avant le manque que ce qui reste, ce qui se fait avec le reste, ce qui est à ma portée. Je me suis battue pour changer, depuis la plus tendre enfance, j’ai souffert de ma différence, mais, comme je le disais hier encore à mon fils, j’ai cru à mon intelligence aussi. J’ai curieusement tenu à elle.
Jane…. Sautière ? Et ce nom me revient, et c’est comme si c’était pas ce nom, que je me trompais, que ce nom n’existait pas. Je vais réfléchir encore un peu. Ça fait penser à « sauter », et je dois dire que j’y avais songé, que ça pourrait coller avec l’idée que je me fais d’elle. « Sauter, sautiller ». Donc, peut-être bien. Je vois très bien son visage par contre. Ses visages. J’ai vu plusieurs photos. Et le titre du livre? J’ai quelquefois pensé que ses livres avait des titres difficiles. Elle n’est pas la seule. Que sait-on d’un livre tant qu’on n’a pas perçu l’énigme de son titre. Rien, à jamais, peut-être. Jane Sautière. Bien possible. Elle n’explique pas d’où vient son prénom, l’anglais du prénom. Enfin, pas dans les livres que j’ai déjà lus.
Je devrais relire le début de ce livre. Corps flottants.1
« Je me laisse gagner par la chaleur du soleil sur le visage et, lorsque je rouvre les yeux, quelques taches noires apparaissent dans l’angle de mon œil droit. C’est étonnant puis inquiétant. Je cherche à fixer ce petit archipel qui se déplace à chaque mouvement de l’œil. J’apprendrais que ce sont des fragments de l’enveloppe du vitré. Ils flottent et projettent des ombres sur la rétine. J’ai su ensuite qu’on pouvait aussi les appeler « spectres ».
Je vois l’ombre – insaisissable – de ces corps flottants, toujours dérobés, toujours là. Encore un dérèglement dû à l’âge. Ce qui me paraît évident. Mon âge devient celui des corps flottants qui ont peuplé mon existence et qui demeurent présents et irréels.
Chercher d’abord les lieux, face à la faillite de la mémoire, les formes sensibles (j’allais dire inconvenantes) qui viennent, sans projet, sans censure, sans aucune perspective, aller comme une bête sur des traces. Affronter le vieillissement, ce qui s’écroule, pour chercher dans les formes imprescriptibles, originaires. C’est ce que j’écris pour commencer.
Et puis ?
J’ai vécu au Cambodge de juillet 1967 à juillet 1970, de quinze à dix-huit ans. «
- Un mot m’inquiète au fond dans cette description du début : le vitré. Je profite de la publication sur le blog pour faire une recherche sur Internet. Je me demande, est-ce qu’il ne s’agit pas du blanc de l’œil comme du blanc d’œuf ?

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