Bonjour maman, t’as mal à la tête ? C’est parce que t’as trop de choses dans la tête. Y a quelque chose qui essaie de sortir. Espérons que ce ne soit pas la chose la plus importante, parce que sinon ça serait bien dommage.
Sans titre
je me cherche une décision
Peut-être arriver à ne rien faire sans l’avoir auparavant décidé.
RE: We Buy White Albums

13h46
Et, réflexion faite, très intéressant sur le devenir possible d’un symptôme.
S’agissant d’un symptôme obsessionnel (hypothèse que je pose pour pouvoir en examiner les conséquences), il serait même réjouissant qu’il en vienne à découvrir l’envers de son postulat de départ : là où tout était le même, où tout se valait, tirer au jour la petit différence, et même faire en sorte que cette différence vous saute à la figure.
je ne dis tout cela que partant de mon symptôme à moi, qui est terrible, qui s’appelle la psychanalyse.
Entretien avec Jean Clair – Éloge du désarroi
Emission « Les énigmes partagées, psychanalyse et neurosciences »
Avec Jean Clair, interviewé par François Ansermet, pychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, et Pierre Magistretti, spécialiste du métabolisme cérébral.

1895, date clé, synchronie ahurissante :
L’esquisse de Freud, les travaux sur l’hystérie – véritable rupture épistémologique
découverte des rayons X par Röntgen –> influence sur littérature, ex Thomas Mann, La montagne magique, stupéfaction du héros quand il découvre les poumons de sa bien aimée réduits à une photographie spectrale
cinéma
découverte des géométries pluridimensionnelles, qui rendent les perspectives traditionnelles complètement caduques
neurologie : les premières études sur le cortex cérébral – avortons de Penfield sensoriels et moteurs (homoncules)
nouvelles incursions dans le domaine de la forme / figure (imaginaire) ; choses qui n’ont jamais été vues qui sont vues pour la première fois –> surgissement de l’invisible
lien art science psychanalyse se fait autour de l’invisible
désarroi absolu de l’artiste
jusque là corpus visuel de normes de lois de canons de proportions de symétries et même au MoyenAge un iconographie extrêmement précise (cohortes d’anges, nombre de plumes fixées sur les ailes…). corpus extrêmement défini. nombré, harmonisé. plus d’anatomie plus de règles, plus de foi, à quoi sert un tableau? ne sert plus non plus à réjouir regard des puissants de ce monde. déroute totale des syst de représentations
bricolage, nouvelles géométries, anatomies
les archives les plus intéressantes sur duchenne de boulogne se trouvent à l’école des Beaux-Arts de Paris… idem pour Marais, Brichet (la salpétrière),
- invention de l’hystérie – « l’hystérie ignore l’anatomie », plasticité nouvelle du corps.
« expérimentations pathétiques » du futurisme, du cubisme, vont tenter créer nouvelles règles nouveaux canons (Braque, Gris). bricolage, n’aboutit à un code de perception tel que l’anatomie de Léonard à la Renaissance. Cubisme dure 5 ans (par rapport à histoire du Maniérisme.)
[Giacometti, L’objet invisible, La pointe à l’oeil – ce qui reste, le rocher qui ne bouge pas, c’est le visage, est-ce qu’on peut encore représenter un visage? ]
abstraction, chose extrêmement différentes; au début de l’abstraction 1905, 6
duchamp découvre géométrie pluridimensieonnelle
bibliographie: Ubris de Jean Clair
Voir aussi : Gérard Wajcman, Intime exposé, intime extorqué
. Ce que je veux
Lundi onze mars 2013
Est-ce que je ne sais pas ce que je veux ?
De façon ultime ? Non –
Vivre ce lien unique avec la psychanalyse, même me passant de l’analyste.
(Il ne me semble pas que je ne me sois éloigné de la psychanalyse à aucun moment en aucun endroit.)
Ça ne peut pas être l’ultime vœu.
Peut-on vouloir ça ?
Que peut-on vouloir ?
Il peut s’agir de cela : vivre – aller se placer dans son feu. Se faire griller par elle. La psychanalyse en toaster. Est-ce ce que je vis ? C’est ce que je veux. Est-ce vivable ? Hélas, vie trop en pensée. Ça a son coût, de pensées. Lourd. Excessif. Heureusement la pensée est loin d’être la seule matière de la psychanalyse.
Vivre la psychanalyse (à défaut d’en vivre…)
La psychanalyse est un lien à la vie, qui la scrute. Mais pas seulement.
Que veux-tu ? Vivre. Et cela est tout ? Je n’en sais pas plus. Qu’est-ce qu’écrire ? Un espace, une voix, une lettre mouvante.
La psychanalyse est un filtre à tout ce qui se perçoit. Il est 9 heures : repos –stop.
recette italienne
Le rêve
Table des matières
ToggleRêve du 13 au 14 mars 2013

















Titi, et puis aussi mes parents vont venir chez moi. JF et JP, mes deux frères aussi probablement. Je prévois que nous mangerons au restaurant le premier soir et que le lendemain je ferai une recette italienne. Cela se passe avenue Paul Deschanel, c’est mon premier appartement, au quatrième étage, j’avais une vingtaine d’années.
Puisque je vais cuisiner, je dois faire des courses. Je suis maintenant dans le quartier de mes parents, rue Waelhem, celui que je viens donc de quitter pour habiter seule. Dans une rue inventée par le rêve, je trouve une épicerie italienne. C’est un quartier qui appartient aux rêves, qui m’y ramène régulièrement, on y parvient en bifurquant dans la chaussée d’Helmet. Je décide d’y acheter tout ce dont j’ai besoin pour la recette. A l’intérieur de l’épicerie, je me rends compte que j’ai oublié de prendre la recette. J’en parle à l’épicière, la décris comme très longue, lui dis mon intention d’en acheter chez elle tous les ingrédients. Elle s’y intéresse, voudrait la voir. Elle va la cuisiner et mettra le plat en vente, dans des barriques.
Quand je retourne au magasin avec la recette, j’en profite pour (oser) la lire. Je m’aperçois qu’elle n’est pas si difficile que ça : essentiellement composée de 4 sortes différentes de pâtes et de crevettes qu’il faut décortiquer – en quoi consiste finalement la seule difficulté de la recette. Je laisse la recette à l’épicière. Je lui achète 2 bouteilles de vin.
Il y a également un livre que je voudrais acheter. Je monte la chaussée d’Helmet, toujours dans le quartier de mes parents, à la recherche de la librairie. Je ne la trouve pas, ni le livre.
Puis, je vais à Louvain chez ma tante. Je pense que mon intention est d’y faire des courses. Or, elle est toujours à son appartement. Elle n’est donc pas encore partie pour Bruxelles. Je me demande comment elle compte y parvenir (puisqu’elle doit y venir me rendre visite). Je me demande quelle est la durée du trajet Louvain-Bruxelles. Je pense qu’il s’agit de vingt minutes. Elle revient de chez les morts, bien sûr. Encore un peu blême et peut-être fragile. Mais est bien elle-même, allongée sur son divan, odalisque avec son fume-cigarette.
Éléments d’interprétation
Les lieux
L’appartement au quatrième étage de l’avenue Paul Deschanel, mon premier appartement.
Le quartier de la rue Waelhem, où j’habitais donc juste avant. La chaussée d’Helmet où nous faisions nos courses.
Le quartier imaginaire. Je le retrouve en rêve, en bifurquant sur la droite dans la chaussée d’Helmet. En prolongeant une promenade que je faisais parfois avec mon père. Qui m’y avait fait découvrir une cité ouvrière, en briques (le foyer Schaerbeekois).
Louvain, où ma tante habitait, à 20 minutes en train de Bruxelles.
les pâtes fraîches / l’homme aux cervelles fraîches
Les pâtes fraîches qu’il faut à la recette m’évoquent d’abord les « cervelles fraîches » de « L’homme aux cervelles fraîches » – ce cas d’un certain Kris, Ernst Kris, plusieurs fois commenté par Lacan. C’est une lecture lointaine, dont il ne me reste que peu de souvenirs. Un patient qui se soupçonne de plagiat se voit réfuté par son analyste, à qui il avoue alors abruptement que tous les jours en sortant de sa séance, il fait un détour pour reluquer des menus de restaurants, et spécialement celui où il font de la cervelle fraîche, son plat préféré.
« Alors comme saisi d’une illumination subite, il profère ces mots : “Tous les midis, quand je me lève de la séance, avant le déjeuner, et avant que je ne retourne à mon bureau, je vais faire un tour dans telle rue […] et je reluque les menus derrière les vitres de leur entrée. C’est dans un de ces restaurants que je trouve d’habitude mon plat préféré : des cervelles fraîches.” » – Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.397.
Lacan parle d’acting out. L’homme signifie à son analyste que ce n’est pas ça, que quelque chose ne passe pas qui ressort de la pulsion, de l’objet a de la pulsion orale.
Au lendemain du rêve, « pâtes fraîches » donc m’évoque d’abord ça, les « cervelles fraîches » de Kris.
4 sortes de pâtes / 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ Identification ≈ Un
Bon. Il faut ne faut pas seulement des pâtes fraîches, mais il en faut 4 sortes. Et je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi 4?
De quatre, du chiffre 4, il est souvent question dans mes rêves, dans mes interprétations. A l’époque du « rêve du 4X4 », je l’avais fait correspondre à 40, à la guerre quarante. Je parlais alors d’une « date identificatoire à laquelle mon être s’était figé ».
C’est difficile à résumer. Mon père se disait « névrosé de guerre ». Moi-même, lors de ma première année de collège, lors du premier cours d’histoire sur la ligne du temps qu’il nous était demandée de tracer, je n’étais parvenue à pointer que 0/33 – 14/18 et 40/45. C’était mes trois dates. Cela m’est resté. J’avais d’abord placé 40/45, puis 0, puis 33, j’avais ensuite pu ajouter 14/18, l’autre guerre. Il me semble encore voir cette flèche. De même que je me vois encore assise, à ce banc-là, d’école. Et… ma consternation.
D’autres interprétations, d’autres rêves, m’avaient menée à écrire, à pointer la guerre de la lettre G, du point G ( il y avait eu le rêve du GSM, fait encore en Belgique et, beaucoup plus tard, le rêve du caddie, et je peux donc écrire cette équivalence :
4 → 40 → G → I → 1
4 = 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ point G ≈ Identification ≈ Un
Curieusement, ces signifiants, ces S1, ces signifiants premiers – comme par exemple ce 4 qui revient, se présente et représente, sous différentes guises -, c’est-à-dire ces mots, ces morceaux de mots, ces syllabes, auxquels se lient mon être, tiennent, traversent les années, me poursuivent. Ces signifiants que je repère, que j’interprète. Qui se donnent vides de leur signification propre sans qu’ils soient vides de toute signification. Et qui se lient les uns aux autres par leurs résonance, leur son, leur réson, indépendamment de leur sens. Comme dans les mots croisés. Et qui font la matière du rêve, la tissent.
Ces signifiants, qui se repèrent par leurs lettres, et qui s’inscrivent dans mon histoire, paraissant y commander, de façon totalement inaperçue, inapercevable, sinon dans cette lecture à la lettre d’un rêve.
La façon dont j’interprète aujourd’hui le quatre, le quarante, va à l’encontre d’une réponse que m’avait faite autrefois mon analyste, mon premier analyste, réfutant que mon histoire puisse s’être arrêtée à cette date-là, de la guerre, 40.
C’était en 1998, je venais de traduire, pour la revue de psychanalyse Quarto, un article de Rivka Warshawsky, Du zéro au septième million : Israël et l’Holocauste. L’auteur y témoigne de sa vie de psychanalyste en Israël et d’un analysant de la deuxième génération après l’holocauste, dont la vie est toute de douleur et de répétitions.
«Cependant, écrit-elle, à certaines conditions, la répétition peut « passer » au témoignage. Ces conditions impliquent le signifiant du trauma. Le signifiant traumatique est le trait unaire de l’inhibition. Dans la vie de l’analysante dont je parle, cet « un » trait de l’inhibition se répétait à l’infini, souffrance et frustration s’étaient faits mode de vie. Que fallait-il qu’il arrive au sujet pour qu’il soit soulagé ? « Pour que le nombre passe de la répétition du 1 de l’identique à sa succession ordonnée, pour que la dimension logique gagne décidément son autonomie, il faut que sans nul rapport au réel le zéro apparaisse. » Le témoignage a le pouvoir de mettre un terme à la répétition.»
Au fond, j’avais interprété et extrapolé ce texte : au départ du souvenir de ma ligne du temps où j’avais le sentiment de n’être jamais arrivée à écrire qu’une seule date, 40, il m’avait semblé pouvoir dire que quelque chose en moi était figé, s’était figé dans cette guerre de quarante, m’obligeant à la répétition. La question qui s’ouvrait pour moi était celle d’un accès à la succession (de la sortie du cardinal, du passage à l’ordinal) par l’instauration du zéro, ainsi que le développe Warchawzky, s’appuyant d’un texte important de Jacques-Alain Miller, « La suture ». Comment pouvais-je poser un zéro qui me sorte de la répétition du même. Comment se concevoir, s’inscrire comme zéro. Je partais du constat de ma propre inhibition, de mon propre temps arrêté, figé. Mon analyste avait balayé ça, me disant que « j’avais le zéro » (puisque sur la ligne du temps, j’avais écris zéro), et que donc, j’étais « introduite à l’histoire ».
Faut-il que j’y voie une « erreur d’interprétation» de mon analyste à rapprocher de celle de Kris, qui trop vite dit à son analysant que non, il n’était pas plagiaire, que ce qu’il faisait était réellement original. Placage trop rapide suivi donc de l’acting out où l’analysant profère ces mots où il est question de cervelles fraîches. L’analysant, dit Lacan, venant montrer ce qui ne rentre pas dans la réponse de l’analyste : la livre de chair, les cervelles fraîches, et le désir d’elles dont il ne sait rien, qui le dépasse, les dépassent tous les deux et relève de la pulsion orale, de l’objet a.
L’erreur de mon analyste, de ne pas avoir voulu entendre ce que je cherchais à pointer de mon rapport énigmatique à l’histoire, peut-elle être rapprochée de celle de Kris et s’est-elle vue suivie d’une acting out? Cela, je ne le sais pas et cette « erreur » remonte maintenant à trop longtemps… Cependant, je retiens : au patient de Kris les cervelles fraîches, à moi les crevettes et la difficulté de les décortiquer.
la recette indienne
La veille du rêve, j’étais arrivée à cuisiner tranquillement, sans recette, ni angoisse. En cuisinant des légumes dont j’avais eu envie, que je ne connaissais pas.
Aujourd’hui, l’envie de manger commence à me revenir, me semble-t-il. Cette envie dont je me suis battue des années pour me départir, ayant vécu à l’adolescence des années assez difficiles de boulimie, lesquelles avaient rapidement succédé à une forme larvée d’anorexie (régimes extrêmes). Ce furent des années lourdes où je trainais seule avec mon obsession de nourriture et dans le dégout constant de mon corps. Le goût de l’alimentation m’en est passé. Je n’en garde que l’aspect mortifère. Que j’aie la veille du rêve préparé un repas en me laissant guider par ma seule improvisation et mon envie est assez exceptionnel et pouvait provoquer un rêve.
Au fond, c’est dans ce premier appartement de l’avenue Paul Deschanel, où le repas va avoir lieu, que j’appris à vaincre la boulimie. Je n’avais plus de frigo à vider (je me gardais de le remplir) et je me suis mise à écrire jour après jour tout ce que je mangeais. C’est aussi à ce moment-là que je me suis mise à la lecture de Lacan, du séminaire II, celui sur le moi.
Tandis qu’en réalité, et j’ai mis du temps à m’en souvenir, il y eut un tel repas, une première invitation à dîner dans ce premier appartement, un dîner somptueux, au départ de recettes indiennes trouvées dans de Marie-Claire, et où ma tante cependant ne fut pas invitée, mais Marc H. Cela avait représenté plusieurs jours de travail. Je me souviens de la cagette de mangues très mûres, achetée chez l’arabe (plutôt que l’italienne), dont j’avais fait un chutney et des confitures. Je me souviens qu’il y avait également deux sortes différentes de biscuits (contre les 4 sortes de pâtes), très réussis.
Avant que je n’emménage là, il y avait eu une période où je n’étais plus inscrite à aucune école et où je ne travaillais pas. Je ne me souviens plus des circonstances exactes. Comme je vivais chez mes parents, comme j’avais des choses à me faire pardonner, j’avais proposé de faire à manger à la place de me mère, pour la soulager. Ne sachant pas cuisiner, je suivais des recettes. Et tous les jours j’allais faire des courses et, comme dans le rêve, je montais la chaussée d’Helmet avec mon caddie.
Je faisais donc des petits plats spéciaux et récoltais beaucoup de compliments. Cuisiner m’a paru facile, il suffisait de suivre les recettes à la lettre, ce qui ne me posait aucune difficulté. Il y avait cependant une sorte de sentiment désagréable lié au fait que j’aurais mieux cuisiné que ma mère. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. C’est là que j’ai appris à cuisiner. C’était beaucoup de travail. C’était faire quelque chose à la place de ma mère et sans qu’elle me l’ait ni enseigné ni demandé. Je ne souviens plus de sa réaction, son attitude vis-à-vis de ça. Je me souviens chez moi d’un sentiment triste et calme de faire ce que je devais faire, de payer (pour ma présence). Tandis que mes succès culinaires succédaient aux ratages dont ma mère n’avait cesser de s’accuser : « C’est raté », s’obstinait-elle à répéter jour après jour en nous servait à manger.
L’invitation à dîner lors de mon aménagement avenue Paul Deschanel, c’était une forme de répétition de ça. Une occasion restée unique, où j’étais maintenant à ma place.
Beaucoup plus tard, quand je me suis installée à Paris avec les enfants de F, c’est là qu’est née la très grande angoisse de cuisiner, liée à cette place que je prenais, de mère (même s’il ne s’agissait que de belle-mère). Une place absolument insupportable. Je n’arrivais à cuisiner que rarement, jamais sans l’aide d’une recette, et je pris l’habitude de servir les plats avec les mots de ma mère : « C’est raté ». Elle l’avait fait dans la plus grande placidité, je prenais sa relève en ayant la plus grande peine du monde à contenir ma rage.
crevettes à décortiquer
Crevettes,
petites crevées à décortiquer,
petites rêvettes roses,
bébêtes.
Crécettes
Qu’est-ce qui se dit ici de la pulsion orale ? La coïncidence avec le cas de l’homme aux cervelles fraîches, est-elle à prendre en compte? Ce cas qui m’a toujours un peu interloquée, sans que je sache en quoi. Ça se passe autant au niveau du vol (j’ai été kleptomane), du plagiat, que de l’erreur, des cervelles fraîches, et les diverses interprétations de Lacan, notamment celle sur le rien. Ce qui n’est pas noté par l’analyste, dit-il, c’est que son patient vole : rien. Ailleurs, il parle je crois du dégoût du patient pour ses propres pensées et d’anorexie. Qu’en est-il de mon rapport à la psychanalyse ? Mes décorticages de rêves ? Ces crêvettes ? Se situe-t-il lui aussi à ce niveau-là, de la pulsion orale, de la boulimie ? Je n’ai jamais aimé décortiquer des crevettes. Je déteste même ça. C’est typiquement quelque chose dont j’attends qu’on le fasse pour moi. Idem pour les plus gros crustacés, idem pour le poulet. Le décorticage est un obstacle à l’avalage, à la gloutonnerie. C’est du boulot. Un boulot ici prescrit par la recette. La recette répond à l’angoisse, répond de l’angoisse. La recette qui est de l’Autre. La recette à la lettre, la recette, sa mesure. L’angoisse de préparer à manger. Cuisiner sans recette, c’est pour moi cuisiner sans filet. Les circonstances où je me prête à improviser sont très rares. C’est ce que j’essaie en ce moment. Aussi : retrouver l’envie.

L’Italie / Vis ta lie
Dérive
Italie – Nathalie.
Nathalie amie d’enfance depuis longtemps dans mes rêves.
Et puis aussi… hier sur YouTube des éruptions volcaniques, de l’Etna, du Vésuve, en Italie…
Et, Talie est le nom d’un personnage que j’ai écrit autrefois, je crois, peut-être dans l’histoire du pays de Blanc (auquel je pensais hier).
Ditalie, je m’en souviens, nom curieux d’un chien. Ditaly. Non, Vitaly. Ou Vitalie ? Une histoire de chiens, de cirque, de gens qui vivent dans la rue. Longue et triste que j’aimais beaucoup. Retrouver le titre de ce roman, auquel je pensais il y a quelques temps.
Est-ce que j’ai encore ce livre dans ma bibliothèque ? Hector. Le nom de l’auteur. Malot ? Non. Hector Malot. Non. Consultation de l’internet : Oui ! Hector Malot existe ! Le livre n’est plus dans ma bibliothèque. Dis-moi Google quel est son titre ?
« Sans famille »!
Maintenant vérifier nom du personnage qui ne devait pas être un chien. « Vitalis ».
« Vitalis », tel était son nom, en vérité.
(Retrouver cette histoire, la lire à Jules).
Titi
Titi. Quel est son rôle dans le rêve? C’est elle d’abord qui est invitée. Je prends le train pour aller chez elle à Louvain. Vingt minutes de Bruxelles. Y faire encore des courses. Elle est là, revenue des morts, mais c’est bien elle. Je me réveille.
Titi est une sœur de ma mère. C’est ma tante préférée. Elle était blonde, rieuse, pleine de vie. Je passais tous les ans des vacances à la mer avec elle. Il m’a toujours semblé que c’est grâce à elle que j’ai connu quelque chose de la douceur de vivre. Mes parents étaient bien plus inquiets, sérieux, l’économie et le péché sur le bout de la langue. Avec elle, nous restions des heures sur la plage à ne rien faire sinon bronzer et papoter, mangions des crêpes, des glaces, des fraises. Achetions des vêtements. Fumions et faisions du vélo. Le soir, regardions la télévision.
Ma mère, qui avait tendance à confondre tous les noms, m’appelait quelquefois du vrai prénom de ma tante, Jéfa (pour Jozéfa). Il est arrivé qu’elle me dise que je préférais certainement ma tante ou que j’aurais préféré que ma tante, que Titi, soit ma mère. C’était très désagréable à entendre. Mais, il y avait chez ma tante une présence, une consistance qui manquait un peu à ma mère. Elle me parlait. Nous nous parlions. Elle avait des demandes, là où ma mère ne demandait rien. Je n’ai que peu de souvenirs de conversations avec ma mère. Il s’agissait d’abord de son silence. Mais elle aimait à me consoler. Elle trouvait ses mots dans la consolation.
Pourquoi ce rêve?
Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se recouvre du rêve et de cette représentation (mon interprétation)?
Récapitulons. J’aurai fait ce rêve à cause du repas préparé la veille, et de ma réflexion à propos de l’envie de retrouver l’envie, le goût, pour arriver à pouvoir cuisiner sans angoisse. Ma tante est certainement du côté de cette envie. Dans le rêve, une recette vient, une recette est là. Elle est neuve, inédite, simple, elle sera bonne. Elle est longue. Elle vient après le restaurant, le restaurant du premier soir. D’abord il y a eu la cuisine de l’Autre, maintenant, c’est la mienne – enfin, d’après recette…
« C’est qu’il puisse avoir une idée à lui, qui ne lui vient pas à l’idée, ou ne le visite qu’à peine. » Lacan, à propos du patient de Kris.
Rapprochons la recette de la psychanalyse, la psychanalyse comme texte d’aménagement d’un mets délicat, la cervelle fraîche (que pour ma part, j’abhorre). La délicatesse, la jouissance, c’est celle de la cervelle. Elle est fraîche. Et, elle cherche à faire recette. Un comment faire quelque chose de délicieux. Il y faut décortiquer. Cela parle de mon « mode de jouir », qui cherche à faire recette. C’est l’épicière italienne qui s’en chargera. Elle vendra le plat en barriques, façon barriques d’olives. Le désir est celui de faire rente du cas (cas rente, quarante). De faire commerce. « Le sinthome comporte un élément de relation », écrit Riwka Warshawsky.
C’est l’épicière italienne qui prépare la recette et la met en vente, en gros, dans des barriques d’olives.
Olive – qui n’est pas loin d’ô-livres -, est un très vieux mets de mon histoire (baptême de mon frère Jean-François, où j’ai dérové dérobé dévoré toutes les olives, j’avais deux ans).
Dans le rêve, je cherche aussi une librairie et un livre. Mettons le livre comme le destin souhaité de la recette du cas rente, à la crevette/cervelle fraîche décortiquée.
Quelque chose du rêve supporte (= se traduirait, supporterait d’être traduit) une représentation graphique, visuelle. Cela se passe au niveau, à l’instant, à l’intérieur du tracé de la lettre. Des lettres, de l’encre, de son apparition sur le papier, des courbes, de leurs formes, du crissement de la plume. Son dépôt. Avec la lettre, avec les lettres, dans le report de ce qui se passe dans un rêve, il ne s’agit pas seulement d’un entendre, mais d’un voir.
Et les S1, signifiants premiers ici repérés, revenus, sont les signifiants de la lalangue, lalangue de jouissance. C’est elle qui fait les rêves de même qu’elle est la langue de l’interprétation, des associations.
Encore, ma tante, Titi, avait un rapport joyeux à la langue. Inventif. Elle disait des choses comme : « Je suis un pneu crevette. »
Sans titre
non, je ne sais pas écrire, j’essaie. et non, la forme courte ne me convient pas.
Fer
— (déjà)
Il s’agira également de rapprocher cet usage et son « déjà » de Lagandré, du readymade de Duchamp. Pour Duchamp, la chose est déjà faite, la peinture est déjà en tube, elle n’est plus à faire. Et qu’elle ne soit plus à faire est ce qui rend l’artiste impuissant. Lui rend impossible d’encore faire de l’art. Puisqu’il est fait. Puisque les machines l’ont déjà fait.
Les choses ne sont plus à faire. L’industrie s’en occupe.
Il n’y a plus rien à faire. Il y a bien des travailleurs spécialisés, encore, des ouvriers. Mais ils ne font que ce qu’ils font, dans le cadre de leur travail, et en dehors de leur travail ils consomment également des objets qui leur arrive tout-faits. Déjà faits.
Alors, ce n’est donc pas seulement le parler qui s’est perdu, mais le faire, tout court. (( A ce stade on peut d’ailleurs se demander si le parler n’a pas été perdu de ce que le faire l’était. )) D’où, le jeu de mots de Duchamp sur « L’impossibilité du fer ». Le fer est fait et n’est plus à faire. D’abord il s’est agi du chemin de fer, des tours Eiffel en fer. Maintenant, il y a l’homme de fer. Entre-temps, bien sûr, il y a eu la dame de fer. Et moi.
comme une sorte d’atelier à ciel ouvert
Comme une sorte d’atelier à ciel ouvert.* Aucun lecteur ne peut suivre ce travail en transformation perpétuelle. C’est un objet mouvant dont il faudrait que j’arrive à extraire certains morceaux pour les publier sous une forme qui devienne définitive, que je ne puisse plus modifier. Soit sous forme de livre, soit ailleurs sur l’internet, mais plus chez moi, de façon à ce que je ne puisse plus intervenir, modifier encore. Que je m’en sépare donc, quitte l’état de gestation…
* Atelier, oui, je me suis rendu compte que c’était ça que je reproduisais : l’atelier de mon père. L’atelier où il travaillait, où nous ne pouvions pas rentrer… Ce lieu secret, interdit, de son désir.
Les écrivains, les lecteurs et les médias – Prose et poésie chez Houellebecq

Rien ne pourra faire que Houellebecq en couverture de Libération, son portrait pleine page + les 4 pages qui lui sont consacrées ne fassent partie de la lecture qu’on a de lui ni d’ailleurs de sa propre écriture. Et c’est comme ça.
On en sait beaucoup trop des écrivains aujourd’hui. Ainsi par exemple, ce que dévoile Houellebecq de sa sexualité dans La possibilité d’une île, me déplaît-il souverainement. Ce n’est pas son écriture qui est en cause, c’est lui, sa petite personne. Qu’on me rétorque que c’est de la fiction, je n’en crois rien. Houellebecq aime les petites jeunes, les jolis corps fermes, c’est la beauté pour lui. Et il ne me donne pas l’impression de pouvoir imaginer qu’il puisse en être autrement. On se situe de l’ennuyant côté de ce qui ne peut être pris que comme une opinion (d’autant plus qu’il s’agit de sexualité. Jusqu’à un certain point, n’y a-til de sexualité que d’opinion, elle qui ne connaît pas d’universel). Par contre, j’aime d’autres aspects du livre, les endroits où il ne sait pas où il va. J’ai besoin que les choses restent un peu inconnues pour l’écrivain lui-même. Quand il en sait trop, ça m’ennuie (d’autant qu’évidemment, c’est tout ce qu’il ne sait pas qui crie alors). Donc, je n’aime pas tout de cet écrivain, je dois supporter ça, l’accepter. Par contre, j’adore sa poésie. Je la trouve géniale. Peut-être est-ce parce qu’il y est moins présent. Il me faut des livres qui soient détachés, qui puissent être détachés de ceux qui les ont écrits. Ça, c’est très difficile avec la médiatisation, avec la starification. La médiatisation va toujours s’intéresser aux personnes. Ce sont les œuvres qui en pâtissent.
On est obligé de lire aujourd’hui en analyste. Les livres des écrivains sont leurs symptômes. Ça a toujours été le cas, bien sûr, mais ça a changé. Quel que soit l’effort de l’écrivain, il n’arrive plus que rarement à mettre ce symptôme en scène et à rendre cette scène comme l’Autre scène, comme la scène de l’inconscient, de l’Unbewusst, de ce qui n’est pas su. Une distance s’est perdue, au sens brechtien je crois. Et la médiatisation, quand elle intervient, vient grossir, intervenir dans ce symptôme. En le pervertissant. Pour le lecteur également. Paradoxalement, la médiatisation met l’écrivain à notre portée (au sens de l’American Dream. Ce qui est possible pour l’un, le devient pour tous.) Son image prend le dessus sur son écriture. Il est starifié. Il est obligé de faire avec ça. Ça rentre dans son combat, dans son calcul aussi.
Si maintenant, je retourne vers le symptôme, le livre-symptôme contemporain, que pourrais-je en dire de plus? Quelle hypothèse ?
L’hypothèse, ce serait celle de la croyance au symptôme et sa trop grande lisibilité. Le symptôme se donne comme lisible quand il ne l’est fondamentalement pas (ou alors dans une lecture incessante, fluctuante, très loin du scripta manent). Et la charge est laissée au lecteur de lui ramener les doutes (qui ne sont pourtant pas ce qui lui faut), l’incrédulité (qui s’en rapprocherait, de ce qu’il lui faut, car le symptôme doit être incroyable) et la curiosité, l’insatisfaction.
C’est la part de mystère qui manque. Tout est éclairci. Tout est donné comme éclairci. Et l’au-delà, eh bien de l’au-delà la charge est laissée à la curiosité, au désir du lecteur. Enfin, ça, c’est pour le symptôme, tant qu’il garde son aspect, sa consistance « classique » de symptôme, celui qui est construit, dans le premier temps de l’analyse (élaboré par le fantasme).
Quand Houellebecq devient poète, le mystère revient, le mystère revient assumé par la langue, à sa bonne place. Car la place du mystère ne se trouve pas du côté du sens, mais de ce qui n’en n’a pas, et dans la jouissance de la langue.
de l’usage à l’Un
Étrange mutisme que celui du réel « mondialisé »; autrefois le mutisme de la matière intriguait, semblait un commencement de parole, faisait énigme: d’être ainsi et pas autrement donnait aux choses un air louche qui regardait les hommes, leur imposait des conduites, des pratiques, des rituels. [….] Mais maintenant que le verrou divin a sauté, que le mot de l’énigme n’est plus qu’un mot, faute d’énigme, la bizarrerie du réel nous est devenue indifférente. La domination technique paraît démystifier à l’avance ce qui reste de mystère (ce qui n’est pas dominé le sera un jour), et l’objectivation de l’existence humaine annule la singularité des destins. […] Comment le panthéisme a-t-il pu se dissoudre sans reste dans l’athéisme? […} Quoi donc empêche l’absurdum du réel – qui rend un son sourd, littéralement: qui ne répond pas, notamment à la question du sens – d’être vécu comme tel? Quoi donc sature l’être comme problème, sinon peut-être la sur vie de de Dieu, dans l’anonymat de son immanence? Ou encore : comment un tel verrouillage ontologique serait-il possible sans Dieu, ou du moins sans ce dont Dieu était le nom? (( Cédric Lagandré, La plaine des asphodèles, Le dieu captif, p. 16-17. ))
« Ce qui sature l’être, écrivais-je dans une note en marge du livre, non pas une subsistance de Dieu, mais la jouissance. Une jouissance probablement liée à ce qui par Lagandré, est appelé l’usage, le fonctionnement. Et fonctionnement, usage, ici réduit à l’Un. »
Cela est bel et bon, mais enfin, c’est vite dit. Ai-je vraiment aperçu là quelque chose. Car du fonctionnement à l’Un, de l’usage à l’Un, tout de même, il y a un saut. Même si ce saut il m’est déjà arrivé de l’opérer.
Pourquoi me fais-je autant confiance et pourquoi est-ce que je reprends ici quelque chose de si peu étayé. Comment puis-je avoir autant confiance en la moindre de mes petites notes. Ne puis-je admettre que j’aurais pu avoir écrit une bêtise ? Pourquoi faudrait-il que j’aille au bout de cette bêtise ? Il n’est d’ailleurs pas question dans ces extraits de l’usage, mais de la mort de Dieu et des avancées de la science. Ce qu’il y a à savoir remis aux mains de l’Autre de la science. (( Je ne sais pas bien pourquoi, j’en suis toujours à ce livre aujourd’hui, à l’interroger. Comme si je n’en n’avais pas fini avec sa traduction dans ma langue, comme si je n’en n’avais pas fini avec cette langue-là. Comme si je savais bien qu’il y avait des choses, là, que je ne sais pas. Qui m’ont échappé jusqu’à aujourd’hui. Qui utilise des mots proches des miens qui n’en recouvrent pourtant pas, et parfois pas du tout, le même sens. Comme s’il valait la peine d’en découdre. Comme si je râlais de n’y être pas arrivée. C’est qu’il ne s’agit pas seulement de traduction, il y a quelque chose en plus, dans le texte, que je ne connais pas, et qui m’intéresse. ))
Toujours est-il que Dieu peut bien être en effet un nom du réel, un nom mis sur le réel. Sur ce que la jouissance a de réel.
Si j’essaie de retourner à l’usage et à l’un au départ de ce que j’ai déjà commis ici, là et là, qu’est-ce que ça donne ? Qu’est-ce que ça peut donner ? Lagandré parle d’un monde fonctionnalisé, mis en fonctions, où cela ne signifie plus rien que de passer d’un point A à un point B en empruntant l’autoroute, laquelle autoroute en chaque point de son parcours actualise sa puissance, strictement réduite à sa fonction, et dont les points A et B s’avèrent in fine identiques. D’un mondes d’usagers, motorisés, ne cherchant rien de plus que cela : user d’une fonction qui est là, mise à disposition, intégrer son fonctionnement, son fonctionnement de machine, sans vouloir, accomplissant seulement son programme, son logiciel.
Qu’y a-t-il ici que je ne saisisse pas ?
Sans titre
5.4, 11.9 – mais quand je lis Lagandré, je suis honteuse. c’est magnifiquement écrit. tout simplement. je n’y comprends d’ailleurs rien. c’est de la poésie.
Enfin,
Je passe à autre chose.
La pudeur est la forme royale de ce qui se monnaie dans les symptômes en honte et en dégoût.
« Le désir n’a rien à voir avec l’instinct, guide de vie infaillible, qui va droit au but, qui conduit le sujet vers l’objet dont il a besoin, celui qui convient à sa vie et à la survie de l’espèce. Même si l’on cherche son partenaire dans la réalité commune, l’objet du désir se situe dans le fantasme de chacun. Le Séminaire (( Il s’agit du séminaire à paraître en juin 2013, Le désir et son interprétation, texte établi par Miller J.-A., La Martinière & Le Champ freudien)), cherche à expliciter la dimension du fantasme : à ce niveau-là, il y a entre le sujet et l’objet un ou bien – ou bien.
Au niveau de ce que l’on a appelé la connaissance, les deux, sujet et objet, sont adaptés l’un à l’autre, il y a coaptation, coïncidence, voire fusion intuitive des deux. Dans le fantasme, en revanche, il n’y a pas cet accord, mais une défaillance spécifique du sujet devant l’objet de sa fascination, un certain couper le souffle. Lacan parle de fading du sujet, du moment où celui-ci ne peut pas se nommer. C’est représenté dans le roman par le fait que les personnes ne sont pas nommées, restent anonymes, et que la qualité de père et celle de fille ne sont exprimées que de la façon la plus fugitive. Il y a seulement la fameuse « différence des sexes».
Il y a dans le Séminaire une phrase qui dit : « La pudeur est la forme royale de ce qui se monnaie dans les symptômes en honte et en dégoût». Entendons que la pudeur est la barrière qui nous arrête quand nous sommes sur le chemin du réel.
Une semaine de vacances va au-delà de la barrière de la pudeur, et s’avance dans la zone où c’est habituellement le symptôme qui opère, par la honte et par le dégoût.
Là, on rencontre un père, le Il du roman, qui hait le désir : ce qui l’occupe, c’est la jouissance. On le mesure à ce qui provoque son éclipse à la fin : Elle lui raconte un rêve, soit un message de désir à décrypter, et aussitôt l’humeur de Il change : il est outré, vexé, furieux, il se tait, il boude. Le désir, sous la forme du rêve, vient gâcher la fixité de sa jouissance. Fixité que supporte la répétition, dont Camille Laurens explore par ailleurs les pouvoirs. Ici, la jouissance revient comme une mélopée insistante. Le clivage entre désir et jouissance est rendu palpable, la jouissance étant une boussole infaillible, à la différence du désir. »
Jacques-Alain Miller, « Nous n’en pouvons plus du père », Lacan Quotidien n° 317, http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2013/04/LQ317.pdf
Usages du corps, corps usagés par Damien Botté
Aujourd’hui, l’Organisation Mondiale de la Santé préconise de manière hygiéniste trente minutes de marche rapide par jour, comme si faire du sport tous les jours devenait un devoir voire un droit. L’OMS serait-elle influencée par la lecture d’un ouvrage d’anticipation de Georges Perec 1Perec G., W ou le souvenir d’enfance, Paris, Gallimard, 1993. , où dans une île imaginaire dénommée W, la population vit toute unie pour le sport ? Toujours est-il que certains êtres parlants confondent désir et devoir, désir et contrainte, désir et jouissance, et font du sport pendant des heures chaque jour. Pourquoi tant de personnes, notamment depuis les années 1970 et l’apparition du signifiant jogging, courent-elles autant et longtemps, parfois tous les jours ? Les psychanalystes sont rarement de grands passionnés de sport, trop occupés à recevoir leurs patients ou à lire et écrire. Pourtant, semble-t -il, Lacan lui-même aimait partir aux sports d’hiver, bien qu’il en parlait en terme de « camp de concentration pour la vieillesse aisée »2 Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 173. … Faire du sport à outrance est un mode de jouir singulier. Lors de ses Entretiens à Sainte-Anne en 1971, Lacan s’interroge : «Où est-ce que ça gite, la jouissance ? Qu’est-ce qu’il y faut ? Un corps. Pour jouir il faut un corps. » 3 Lacan J., « Savoir, ignorance, vérité et jouissance », Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 28. L’usage jouissif du corps peut entraîner certains sportifs dans une réitération à l’extrême, quitte à transformer ce corps en corps usagé, torturé par la souffrance.
Au-delà des écrits de certains sportifs de haut-niveau, le romancier Haruki Murakami 4 Murakami H., Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Belfond, 10/18, 2009. nous a livré il y a quelques années un essai fort intéressant sur la course à pied. Il n’est qu’amateur, néanmoins très assidu, 5 Il court en compétition depuis 1982 et s’entraine 6 à 7 jours par semaine, une heure pour 10 km par jour. En 2007, Murakami avait tout de même parcouru 33 marathons, 1 cent kilomètres et 6 triathlons Distance Olympique ! mais cela l’aide à écrire, dit-il, ce dont témoigne fort bien sa dernière trilogie 6 Murakami H., 1Q84, Livres 1, 2 et 3, Paris, Belfond, 2011 – 2012. . Dans son livre, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, il décrit justement « la jubilation qu’éprouve [son] corps » 7 Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 13. dans la souffrance issue de la course à pied, ce qui lui permet d’atteindre « le désir d’être seul» 8 Ibid., p. 27. , formulation de son exil dans sa jouissance autistique. Il précise ce qu’il recherche : « Je cours dans le vide. Ou peut-être devrais- je le dire autrement : je cours pour obtenir le vide» 9 Ibid., p. 27. . Courir pour obtenir le vide et se retrouver seul, seul avec son corps qui se jouit à travers la souffrance. Le corps, entraîné par des dizaines d’heures de répétition de travail, devient alors extérieur, quasi indépendant et réagissant tel un automate : il se transforme en corps-machine. Nous pourrions référer cela à ce que Marie-Hélène Brousse caractérise comme « la rencontre avec le réel dans le traumatisme répétée de la compétition » 10 Ibid., p. 28. 10 Brousse M. – H., « Sport et psychanalyse », La Lettre Mensuelle, n° 78, Paris, avril 1989, p. 14. .
Alors que l’auteur décrit son expérience dans l’exercice d’un cent kilomètres en course à pied, la jouissance apparait à nouveau : « Cette fois, je voudrais jouir, jusqu’à un certain point, des derniers kilomètres » 11 Murakamu H., Autoportrait…, op. cit., p. 91. . Il ne parle pas de libération d’enképhalines ou d’endorphines, mais plutôt de la « sensation d’être semblable à un morceau de bœuf en train de passer à vitesse réduite au hachoir à viande » 12 Ibid., p. 137. . Ce mode de jouir si singulier permet de repérer à nouveau que la jouissance n’est pas que plaisir mais aussi déplaisir pour reprendre les principes freudiens, qu’elle est plaisir combiné à une « sorte de torture très raffinée» 13 Ibid., p. 176. . Souffrance et déplaisir extrêmes, au point dit-il, que son « corps était comme dispersé et sentait que sous peu il serait hors d’usage » 14 Ibid. . Hors d’usage, confirmant l’énonciation de Lacan : « Il n’y a de jouissance que de mourir » 15 Lacan J., « Savoir, ignorance, vérité et jouissance», op. cit., p. 36. , c’est-à-dire celle de retourner à l’état inanimé. Ou comme le dit l’écrivain japonais, le corps devient pendant l’effort « juste un rouage d’une machine» 16 Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 138. , en se faisant « entrer de force dans un lieu inorganique, […] seul moyen de survivre» 17 Ibid., p. 139. et d’atteindre le nirvana au sens freudien.
« La jouissance, c’est ce qui ne sert à rien » 18 Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 10. , nous dit Lacan, au sens où Bentham définissait ce qu’il en est de l’utilitarisme moral, qui a pour principe, comme l’eudémonisme, le plus grand bien pour le plus grand nombre dans une visée totalisante. L’utile serait donc dans l’agréable, le plaisir et l’absence de douleur. Ce mode de jouir de Murakami ne sert donc à rien, au sens de Bentham, sauf à l’aider à écrire, ce qui lui est utile, au sens lacanien, pour se nommer et exister.
Pour d’autres athlètes, participer à une activité sportive extrême permet de mettre en acte ce qui le cause, à savoir le désir impossible, car en devenant finisher d’une course d’ultra-fond, l’être parlant croit pouvoir rendre possible ce qui est impossible. Cette jouissance spécifique vise l’absolu sans l’atteindre, celle de se confronter et de se mesurer au réel de la mort, par le dépérissement du corps, afin de contrôler cet instant de finitude impossible à dépasser par définition. Car finalement, la course en ultra-fond peut se considérer pour certains comme une allégorie de la vie. La vie peut être vécue comme une course contre la mort dont on ne sort pas vivant une fois la ligne d’arrivée franchie. En étant finisher, l’athlète s’en sort vivant avec malgré tout un corps fortement usagé. Lors de l’épreuve, il sur-vit ce bout de réel, en offrant sa chair, en sacrifiant son corps afin de porter au réel le signifiant qui l’a percuté. Jean-Daniel Moussay estime que « le sacrifice consacre la position mortelle de tout sujet, mais il met en question son refus de mourir, c’est-à-dire son désir de retrouver cette part d’immortalité qui est propre aux dieux » 19 Moussay J. – D., « Le sacrifice sportif », Pas Tant, n° 33, 1994, p. 57. , propre aux sur-hommes que peuvent se fantasmer être les ultra-fondeurs. Ces athlètes peuvent faire l’expérience de ce que Lacan nommait « l’entre-deux-morts », c’est-à-dire « la zone entre la vie et la mort » 20 Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 326. , dicible uniquement en « bout de course » selon la formule de Lacan , où Antigone est condamné à entrer vivante dans la tombe .
Dans notre société post-moderne où l’impératif surmoïque du plus-de-jouir devient la référence à travers un toujours plus, l’antique aphorisme olympique « plus haut, plus vite, plus fort » alimente malgré lui la course au dopage avec l’aide du discours de la science, même dans le milieu sportif amateur. Cela pousse, au sens pulsionnel, certain sportif à y avoir recours, perdant alors « la possibilité subjective d’être averti de la limite organique qu’il franchit » 21 Labridy F. & P. Ragny, « La passion de transfert », Pas Tant, n° 33, 1 994, p. 69. , quitte à risquer leur vie, vérifiant en acte le pari de Pascal : « hors du risque de la vie, il n’y a rien qui à ladite vie, donne un sens ».
Courir un « cent bornes », sauter en chute libre de 39 kilomètres de haut, faire un triathlon distance Ironman , ou relier les cinq continents à la nage alors qu’on est un homme-tronc… Qu’est ce qui pousse ces hommes et ces femmes à aller au-delà de leurs limites ? Qu’est-ce que cela peut-il bien signifier ? Murakami donne sa réponse : « Ce qui nous procure le sentiment d’être véritablement vivant, ou du moins, en partie, c’est justement la souffrance, la souffrance que nous cherchons à dépasser » 22 Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 211. . Même si cette donnée est du registre imaginaire, l’auteur tente de donner une réponse fantasmatique au réel auquel il est confronté à travers un mode de jouir singulier : « Il ne me semblait pas qu’avoir achevé cette course avait véritablement de sens. C’est comme la vie. Ce n’est pas parce qu’elle a un terme que notre existence a un sens » 23 Ibid., p. 143. . Pour traverser cet indicible, Murakami quitte son corps spéculaire pour atteindre le réel du corps, en le projetant dans un état où « plus rien n’a de connexion avec [lui] » 24 Ibid., p. 139. . Cela lui permet de se séparer de l’Autre et de pénétrer « le territoire de la métaphysique» 25 Ibid., p. 143. , à travers une abrasion de son être, pour y trouver son propre cogito : « Je cours, donc je suis » 26 Ibid. . En termes lacaniens relus par J. – A. Miller 27 Miller J.-A., « L’être et l’Un », L’orientation lacanienne, enseignement du département de Psychanalyse de l’Université de Paris VIII, inédit. , nous pourrions peut-être préférer une formulation hénologique , qui se décale du propos ontologique d’un Lacan plus classique : Avec mon Un de jouissance, j’existe.
Damien Botté
Source : Lacan Quotidien 314 http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2013/04/LQ-314.pdf
Notes en bas de page
- 1Perec G., W ou le souvenir d’enfance, Paris, Gallimard, 1993.
- 2Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 173.
- 3Lacan J., « Savoir, ignorance, vérité et jouissance », Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 28.
- 4Murakami H., Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Belfond, 10/18, 2009.
- 5Il court en compétition depuis 1982 et s’entraine 6 à 7 jours par semaine, une heure pour 10 km par jour. En 2007, Murakami avait tout de même parcouru 33 marathons, 1 cent kilomètres et 6 triathlons Distance Olympique !
- 6Murakami H., 1Q84, Livres 1, 2 et 3, Paris, Belfond, 2011 – 2012.
- 7Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 13.
- 8Ibid., p. 27.
- 9Ibid., p. 27.
- 10Ibid., p. 28. 10 Brousse M. – H., « Sport et psychanalyse », La Lettre Mensuelle, n° 78, Paris, avril 1989, p. 14.
- 11Murakamu H., Autoportrait…, op. cit., p. 91.
- 12Ibid., p. 137.
- 13Ibid., p. 176.
- 14Ibid.
- 15Lacan J., « Savoir, ignorance, vérité et jouissance», op. cit., p. 36.
- 16Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 138.
- 17Ibid., p. 139.
- 18Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 10.
- 19Moussay J. – D., « Le sacrifice sportif », Pas Tant, n° 33, 1994, p. 57.
- 20Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 326.
- 21Labridy F. & P. Ragny, « La passion de transfert », Pas Tant, n° 33, 1 994, p. 69.
- 22Murakami H., Autoportrait…, op. cit., p. 211.
- 23Ibid., p. 143.
- 24Ibid., p. 139.
- 25Ibid., p. 143.
- 26Ibid.
- 27Miller J.-A., « L’être et l’Un », L’orientation lacanienne, enseignement du département de Psychanalyse de l’Université de Paris VIII, inédit.

