vendredi 4 janvier 2013 · 12h46

Dans le monde ancien et tout contracté des « localités », les choses, les discours, les œuvres avaient à croître et à devenir.

Dans le monde ancien et tout contracté des « localités »,  les choses,  les discours,  les œuvres avaient à croître et à devenir. Ils avaient à se propager de bouche en bouche ou de main en main, et ils se propageaient en étoile, au petit bonheur, se différenciant et se symbolisant toujours davantage, et formant des mondes culturels distincts les uns des autres,  avec leur légendes,  leurs mythes,  leurs rites propres.  Dans le monde contemporain de la mondialité,  rien ne se propage plus : tout est déjà immédiatement  propagé, déjà universel,  déjà connu de tous. Un récit,  soumis au régime du « mondial » ne se développe pas,  ne se transmet pas : il atteint immédiatement sa forme définitive. Aussi n’est-il jamais traité comme discours.  Il ne se donne pas comme texte à déchiffrer,  mais comme « reportage »,  bloc de réel à l’état pur. L’événement est trop vite su, figé mondialement dans son « quoi » sans devenir, pour faire germer un récit. (( Cédric Lagandré, Le monde des asphodèles,  « Le protocole du sens » ,  p.  81, 82.)) [...]  Lire la suite >

vendredi 4 janvier 2013 · 17h04

la certitude du réel opposée au doute du symbolique

J’essaie donc de lire Cédric Lagandré (( La plaine des Asphodèles, je le lis très mal, maintenant par bribes, au hasard)). Curieusement facile et difficile à la fois. Ainsi, lorsqu’il cite Descartes  (p. 105),  attribue-t-il au semblant la certitude (« le fait de cette semblance est quant à lui une certitude inébranlable. La consistance du semblant est sans défaut, sans qu’il soit question d’attendre la sanction de l’existence divine« ) quand je l’aurais moi-même, et sans nul doute, attachée au réel de la lumière, du son, de la chaleur.

« … je vois la lumière, j’ouïs le bruit, je ressens la chaleur. Mais l’on me dira que ces apparences sont fausses et que je dors. Qu’il en soit ainsi ; toutefois, à tout le moins, il est très certain qu’il me semble que je  vois, que j’ouïs, et que je m’échauffe. » [...]  Lire la suite >

lundi 14 janvier 2013 · 14h31

La grand’route et le signifiant « être père » (extraits)

 

« La route, voilà un signifiant qui mérite d’être pris comme tel – la route, la grand-route sur laquelle vous roulez avec vos divers ustensiles de locomotion, la route qui va par exemple de Mantes à Rouen. Je ne dis pas Paris, qui est un cas particulier.

L’existence d’une grand-route entre Mantes et Rouen est un fait qui à soi tout seul s’offre à la méditation du chercheur.

Supposons que – comme il arrive dans le sud de l’Angleterre, où vous n’avez ces grand-routes que d’une façon excessivement parcimonieuse – vous ayez à passer, pour aller de Mantes à Rouen, par une série de petites routes, comme celle qui va de Mantes à Vernon, puis de Vernon à ce que vous voudrez. Il suffit d’avoir fait cette expérience pour s’apercevoir que ce n’est pas du tout pareil, une succession de petites routes et une grand-route. Nons seulement ça vous ralentit dans la pratique, mais ça change complètement la signification de vos comportements vis-à-vis de ce qui se passe entre le point de départ et le point d’arrivée. A fortiori, si vous imaginez toute une contrée couverte d’un réseau de petits chemins, sans que nulle part n’existe la grand-route. [...]  Lire la suite >

lundi 14 janvier 2013 · 15h47

de l’autoroute (Lagandré vs Lacan, du nom-du-père à l’usage)

Ils se consacrent à l’aménagement d’une existence confortable, affranchie du besoin de sens, et à laquelle suffit amplement la perspective d’une prolongation indéfinie. (( Cédric Lagandré, La plaine des asphodèles,  p.10. ))

[…] s’annonce un « monde » commode à tout point de vue, ajusté sans médiation aux usages humains et réduit de force à ces seuls usages : un monde sans arrière-fond, sans possibilités secrètes, pas même orienté vers un mieux, visant sa seule perpétuation. (( Ibid., p.11))

[…] le monde ne fait plus question, son fait mystérieux ne les concerne plus. L’heure est à son aménagement, à sa rationalisation pour l’usage des hommes. (( Ibid., p. 15. )) [...]  Lire la suite >

mercredi 23 janvier 2013 · 17h43

Me réveille, vois film qui est en fait une émission radio, où je vois la lecture d’un livre,

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Avant ça rêve avec analyste YD.
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I. Je vois ce que j’entends

Me réveille,  vois film qui est en fait émission radio, où je vois la lecture d’un livre,  qui est un classique, un chef d’œuvre, dont j’ai retenu que c’était « Don Quichotte » mais ce n’est pas ça,  quelque chose comme ça,  je suis émerveillée, au-delà du dicible,  transportée,  cela apparaît devant mes yeux,  le personnage bouge,  évolue,  jusqu’à ce que je me rende compte que le personnage  évolue dans mon propre appartement !  Le truc est le suivant : dans le film,  l’image du film,  seul le corps du héros est opaque,  le reste de l’image est transparente ! j’ai donc l’impression que le film,  le personnage du film évolue dans mon appartement qu’il peut voir et dont il prend connaissance, circulant partout.  Cela me rend si extraordinairement heureuse que je stoppe l’émission pensant la reprendre plus tard,  désireuse de jouir un moment tranquillement de l’état dans lequel je suis.  [...]  Lire la suite >

mercredi 23 janvier 2013 · 18h13

où il est question d’argent

Fait donc ce rêve juste avant celui de la danse, dans la même nuit.

J’arrive chez YD, peut-être tout juste à temps. Il me voit, mais fait à ce moment-là entrer quelqu’un dans son cabinet. Il y a énormément de monde dans sa salle d’attente. Il revient et me prend. Je commence à lui parler.

/ je cherche en ce moment un psychanalyste à qui parler de ce dont il m’apparaît que ce pourrait être la dernière chose que j’aurais à régler, la demande avec laquelle je pense que je pourrais arriver, celle de gagner de l’argent. Mais je ne sais plus chez qui aller. / [...]  Lire la suite >

jeudi 31 janvier 2013 · 09h55

Expo d’hier, The museum of Everything, un mot, rapide

Beaucoup de textes affichés, des adresses, des suppliques.

J’ai pensé naïvement que c’était peut-être ça aussi l’art qu’on ne dit plus naïf brut :  naïvement écrire et exposer des textes qui comptent pour soi,  des pensées que l’on a.

Naïveté de l’art brut, « outsider », qui va directement straight to the point,  sans détours.

En quoi consiste les détours de ceux qui en font ? Délices d’interprétations?

Qu’est-ce qui me retient d’écrire des mots et de les mettre au mur ? De figer leur nature d’objet? Une de leurs natures d’objet.  Ah non, je n’aimerais pas m’exposer aussi crûment. Je ne pourrais pas. [...]  Lire la suite >

jeudi 31 janvier 2013 · 10h11

De l’art invendable.

En réponse à :

J’en viens parfois à me demander s’il ne faudrait pas se mettre à fabriquer, à créer des objets d’art, de l’art, qui ne puisse pas se vendre. Est-ce possible de créer de l’art invendable. Non pas gratuit mais invendable ? Bon, je sors du sujet mais je poste quand même, je réfléchis tout haut et je partage.
EV

De l’art invendable.

Je me demandais si ça ne serait pas vendu du moment où ça porterait le nom d’art, l’estampillage, la marque.

/ Ce à quoi travaille le Museum of Everything – faire sa marque, but prôné. Mais, s’agit ici de la marque d’un musée, pour, paradoxalement, exposer des gens qui ne se revendiquent pas en tant que tels, artistes. / [...]  Lire la suite >

jeudi 31 janvier 2013 · 16h10

RE: Le fonctionnement des machines

Monde réduit à son fonctionnement. Jouissance de ce fonctionnement.

Réflexion que je me fais probablement en suite à ce que nous nous disions hier soir, F. et moi, en rapport avec le fonctionnement d’internet et de ses applications. Qu’il s’agit essentiellement de faire tourner. Que ça circule. Ainsi me parlait-il d’une interface à son travail, censée fonctionner comme Facebook, dont les utilisateurs ne s’occupent que de chercher comment la faire fonctionner.

Ce pourquoi j’aime les problèmes informatiques : on en vient toujours à bout.

J’ai essayé de mettre ça en rapport avec ce que j’avais lu chez Lagandré, que je n’avais pas bien capté, à cause de quoi je l’ai mal retenu quand il parle du  monde réduit à son usage, cet usage lui-même réduit à l’un, à l’unicité (la dosette, la lingette). Exemple qu’il donne de l’autoroute : une fois parcourue, sa consommation est achevée. Son parcours est sa consommation. À l’opposé de la route de campagne dont les usages possibles sont beaucoup plus nombreux, qui ne se laisse donc pas consommer (on peut faire des détours, s’arrêter, etc.) [...]  Lire la suite >

jeudi 31 janvier 2013 · 16h16

Des modes lacaniens

Soit un monde qui « ne cesse pas s’écrire », un monde de la nécessité.

Ne pas cesser de s’écrire(le réel) pour ne pas rencontrer ce qui ne cesse pas de pas s’écrire (le réel)

« ce qui ne cesse pas de s’écrire, le nécessaire, c’est cela même qui nécessite la rencontre de l’impossible, à savoir ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, qui ne peut s’aborder que par les lettres. « JL

ce qui ne cesse pas de s’écrire :
  l’addiction,
  l’internet,
  la science,
  les séries télévisées où ce sont les cadavres qui parlent ( où la police scientifique peut lire dans leur corps la signature de leur assassin; du point de vue de la société scientifique, nous sommes ces cadavres),
  la pensée (obsessionnelle),
  le marché,
  la finance,
  les flux,
  mes lettres d’amour,
  la marque, le branding,
  la répétition (névrotique),
  la machine,
  les listes (de course, de choses à faire),
  etc. [...]  Lire la suite >

samedi 9 février 2013 · 14h43

Entretien avec Marcel Duchamp

Entretien avec l’artiste Marcel DUCHAMP (1887-1968), fait en juin 1967, portant uniquement sur les « ready-made » inventés à New York. L’interview est faite à Paris à la galerie GIVAUDAN. Le ready made est né d’un ensemble de conclusions : de nombreux éléments d’un tableau sont achetés tout faits, la toile, les pinceaux… en poussant le raisonnement jusqu’au bout on arrive au « ready made ». Lui, l’artiste ne fait que signer. De toutes les façons une œuvre d’art est toujours un choix de l’artiste. Le ready made doit être indifférent à son auteur, ce n’est pas un choix esthétique. On doit se débarrasser de cette idée du beau et du laid. Les premiers « ready made » remontent à 1913, c’est « la roue de bicyclette ». La première chose qui l’a intéressée c’est le mouvement, puis il a compris que le mouvement n’était pas nécessaire. En 1914, est venu le « porte bouteille », puis en 1915-16, il a cessé d’en faire depuis très longtemps. Il commente  » l’effet rétinien » qu’il utilise à propos des tableaux. Il n’aime pas beaucoup l’art abstrait à cause de « l’effet rétinien ». Un ready made ne doit pas être regardé, on prend notion par les yeux qu’il existe, on ne le contemple pas. Il suffit de prendre note. La notion de contradiction n’a pas été assez exploitée. Les readymade ne sont qu’en huit exemplaires. A la simple reproduction d’un readymade, il manque la troisième dimension. Il s’explique par l’œuvre « Pharmacie ». Ce n’est pas l’effet rétinien qui compte pour le readymade, il peut exister seulement par la mémoire. L’œuvre n’est plus rétinienne. Les phrases des readymade sont des couleurs verbales, elles ne sont ni descriptives, ni explicatives. Les readymade avaient été oubliés, on ne les retrouve que maintenant. Il ne fait rien, attend la mort, les questions d’art ne l’intéressent plus. [...]  Lire la suite >

dimanche 10 février 2013 · 17h23

Le niveau de l’usage est pour le dernier Lacan un niveau essentiel

Le savoir-y-faire n’est pas un savoir, au sens du savoir articulé. C’est un connaître, au sens de savoir se débrouiller avec. C’est une notion qui, dans son flou et son approximation, me paraît essentielle de l’ultime Lacan – savoir se débrouiller avec.

Nous sommes là au niveau de l’usage, de l’us – vieux mot français que vous retrouvez dans l’expression « les us et coutumes », qui vient directement du latin usus et de uti, se servir de.

Le niveau de l’usage est, pour le dernier Lacan, un niveau essentiel. Nous l’avons déjà abordé, ne serait ce que par la disjonction du signifiant et du signifié. Le dernier enseignement de Lacan met en effet l’accent, contrairement à « L’instance de la lettre », sur le fait qu’il n’y a aucune espèce de lien entre signifiant et signifié, et qu’il y a seulement, entre signifiant et signifié, un dépôt, une cristallisation, qui vient de l’usage que l’on fait des mots. La seule chose qui est nécessaire pour qu’il y ait une langue, c’est que le mot ait un usage, dit-il, cristallisé par le brassage. [...]  Lire la suite >

vendredi 15 février 2013 · 11h03

lire avec ses pieds // si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil

Daniel Spoerri, Dylaby, Stedelijk Museum, Amsterdam
Daniel Spoerri, Dilaby, Stedelijk Museum, Amsterdam

Merci Juliet pour ces images, l’évocation de cette exposition, Dylaby,  au Stedelijk d’Amsterdam en 1962. Exposition que je ne connaissais pas.

Intriguée aussi par la troisième image, la plus grande, que je n’arrivais pas à « déchiffrer », me demandant s’il s’agissait d’un montage, j’ai fait des recherches (pas plus loin que sur le net) et  lu un texte sur les labyrinthes dans l’art au XXè s. qui prend son départ de cette exposition et décrit la photographie qui m’avait donc intriguée.

J’y ai donc appris qu’il s’agissait de la proposition de Daniel Spoerri, lequel avait investi deux salles du musée :  plongé la première dans le noir et gardé pour la seconde l’apparence banale d’une salle de musée, si ce n’est que les murs en étaient basculés d’un quart de tour, si bien, dit l’auteur, Marie Escorne, que les spectateurs avaient l’impression de marcher sur les murs et, je la cite :  » Le spectateur constate alors physiquement que ‘si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil’. » (Rebecca Solnit, L’art de marcher[...]  Lire la suite >

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