dimanche 29 octobre 2006 · 06h44

Article 506

personnellement je préfèrerais me mettre au boulot. vous voyez. ce matin, comme tous les matins. or ça. certaines difficultés actuelles. me conduisent à. faire cette sorte d’effort. d’autre chose.

il n’est pas 6 heures, et je ne trouve pas mes lunettes. il n’est pas 6 heures, non, il est 5h23, et franchement, travailler . ça serait. si je commençais maintenant, d’ici 9 heures, déjà j’aurais 3 heures dans les pattes, 3 heures de prises, 3 heures de bon.

je ne ferai donc pas ici un exercice d’écriture, on est bien d’accord. je me soigne, j’essaie. je tente.

(nous sommes passés à l’heure d’hiver. voilà ce que je comprends à la salle de bain où l’heure m’indique 6h30. l’ordinateur, lui, disait 5 heures et demi.)

en ce moment, l’enfant, le petit enfant, ne veut plus dormir, et c’est très embêtant. c’est très difficile. ça pose des milliards de questions. beaucoup trop.

dimanche 29 octobre 2006 · 06h57

de l’être à l’avoir, la perte

L'envers des famillesLe week-end dernier j’ai été aux Journées d’étude de l’ECF, des journées sur la famille, « L’envers des familles » plus précisément. « L’envers des familles », avec en sous-titre « Le lien familial dans l’expérience psychanalytique ». J’y ai entendu beaucoup de choses, très peu que je puisse rapporter directement ici. C’est un exercice auquel je m’astreins difficilement.

La seule chose dont il me semble que je puisse directement faire état, avec quoi je suis revenue, de là, en métro, une ligne, puis l’autre, la deuxième, la dernière, la 14, c’est cette idée, l’idée de cette frustration perpétuelle, perpétuellement agacée, entretenue par le monde capitaliste. Et cette idée, cette question, du comment faire, pour que nos enfants, pour que mon enfant, ne s’en trouve pas trop complètement affecté, par cette frustration. Comment y faire une brèche, à cet habit malconvenant, pour qu’il en réchappe, s’en dégage. Je parle ici d’habit, de vêture, parce qu’il me semble que c’est d’abord sur le mode imaginaire que le monde extérieur s’adresse à lui, lui propose lui impose ce séduisant alliage de l’imaginaire et du réel : miroirs trompeurs où l’image, elle, jouit.

ce que je crois, ce que j’observe
tous les jours jules perd la jouissance de son corps, jules né il y a bientôt 2 ans, perd tous le jours la jouissance où il était de son corps. et cela, n’est pas facile pour lui. et cela, il essaie de le reconquérir. l’immédiateté de la sensation. (à la clinique pour me rassurer, quelques jours après sa naissance, on me dit, on me dit, mais que m’avait-on dit, dont je me rends compte que je l’ai oublié : qu’il arrive qu’un enfant jouisse au moment de l’allaitement. ce n’était pas les mots, mais tant pis, la substance en est là. on dit ça, on me dit ça, pensant me rassurer, alors que ce qui était inquiétant, c’était bien ça, de se sentir transportée dans un autre monde, dans une sorte de bain violent qu’il faut pauvrement nommer jouissance… ça coulait de toutes part, le lait, les larmes, le monde devenait liquide. c’est assez rare qu’il vous arrive des choses aussi brutales, aussi franches. ce plaisir-là, ce plaisir sans conteste, qui le prend tout entier, l’enfant le perd, la mère aussi, mais en ce qui me concerne, ça n’a pas été sans un certain soulagement, même si je souhaite en garder le souvenir, la mémoire.) cet immédiateté de la sensation qu’il retrouve chichement en mangeant des chips avidement. tout de même, la vie, c’est dur avec vous.

tous les jours jules perd, son corps, alors qu’il est au travail d’en acquérir la maîtrise. à quoi il s’exerce en imitant chacun de nos gestes. au début il semblait penser que moi qui passait l’aspirateur devait être une femme bien extraordinaire qui s’amusait comme une folle – son admiration paraissait sans borne. mais au fur et à mesure qu’il apprendra à mieux les faire lui-même, c’est gestes auxquels il s’essaie il s’acharne à ma suite, et celle des autres, comme d’éponger au sol un liquide répandu, au mieux il en perdra le plaisir primaire, le plaisir seul du geste. au point qu’on se demanderait s’il ne vaudrait pas mieux, soi-même, revisiter ses a priori sur ces gestes-là, et soi, retrouver le plaisir qui est le sien, qui fut le nôtre, autrefois, il y a 10.000 ans. l’idée vous frôle que le mépris attaché à ces gestes fût seulement culturel, et que leur prix, comme gestes, comme mouvements du corps, pourrait s’en conserver, fût-ce un minimum, s’ils étaient considérés autrement. considérés du point de vue de l’enfant, qui ne dispose que de celui du plaisir qu’il prend. bien sûr, que c’est une forme de sagesse. ou une autre forme d’illusion, de croyance.

enfin, quoi qu’il en soit, un détachement s’opère. dans la maîtrise acquise. ou me trompé-je, et est-ce bien plutôt ce sentiment-là, de maîtrise, d’acquisition de la maîtrise qui lui procure du plaisir. ce plaisir aussi qui lui vient à nommer. son premier vrai mot, c’aura été « nez ». certes, certes. un plaisir vient en remplacer un autre et puis disparaît.

dimanche 29 octobre 2006 · 07h24

Article 509

j’ai des choses à vous recopier ici à propos de la haine, et d’autres à propos du mépris (dont j’apprends, non sans étonnement, qu’il fut pour lacan sorte de passion de l’être). c’est dans le petit volume sur « Le transfert négatif » publié dans la Collection rue Huysmans, chez Navarin.

dimanche 29 octobre 2006 · 08h18

Article 511 (mépris)

   Mais au-dela de la haine il y a aussi l’indifférence qui met en évidence que l’Autre n’a aucun intérêt. Si nous faisons une certaine lecture transversale du Séminaire Encore, nous pouvons trouver des indices d’allusion de Lacan à cela. A un moment donné de ce séminaire, Lacan semble faire une confession personnelle, disant que sa passion n’est ni l’amour ni la haine mais le mépris. Le mépris signifie : « Tu n’as rien qui m’intéresse, je ne veux rien de toi. », c’est-à-dire que le mépris est comme un certain oubli de l’Autre.
Jacques-Alain Miller IN Le transfert négatif, Collection rue Huysmans, Navarin, p. 116.

   En principe, nous pouvons faire une grande distinction: d’une part l’amour et la haine qui logent l’agalma chez l’Autre, et d’autre part le mépris. Il ne me semble pas excessif de faire du mépris une passion de l’être, parce que, bien que Lacan parle de l’amour, la haine et l’ignorance comme passions de l’être, dans le Séminaire XX il dit se soutenir sur le mépris. Il conviendrait alors de valoriser le concept de mépris comme différent du transfert négatif, puisqu’il s’agit plutôt d’absence de transfert.
Ibid., p. 117.

mercredi 8 novembre 2006 · 13h44

l’amour et le désir inconscients

j’ai l’amour et le désir inconscients.

(aussi ai-je intérêt de prêter attention aux petites chansons qui me passent à l’esprit.

je t’aime tu vois mais tu ne le sais pas je t’aime tu vois mais je ne le dis pas je t’aime tu vois plus fort de jour en jour je t’aime tu vois mais je ne le dis pas / je ne sais pas t’offrir des fleurs, je ne sais pas parler d’amour, c’est que peut-être j’ai dans le cœur plus de tendresse que de discours / je t’aime tu vois mais tu ne le sais pas je t’aime tu vois mais je ne le dis pas je t’aime tu vois plus fort de jour en jour je t’aime tu vois mais je ne le dis pas /

à ce compte, chansonnettes à ajouter aux autres formations de l’inconscient, oubli, lapsus, actes manqués, rêves, symptômes).

mercredi 8 novembre 2006 · 19h25

les poils, la prisonnière, la sainteté

je doute qu’il n’y ait que les poils pour m’empêcher d’y aller
à la
piscine
(si ce n’est que les poils sont comment dirais-je font forment un obstacle consistant, insistant et consistant, pensable et solutionnable. alors qu’il y a fort à parier que la raison vraie soit, elle, sans solution.)

– à delphes, je dis  « je m’aime prisonnière », elle rit. –

il y a deux ou trois jours, pensées, pensées au saut du lit, qu’est-ce que je fais, mais qu’est-ce que je fais de mon corps? (il ne peut y avoir de grandes ni de petites certitudes, même le silence ne peut rien contre cela qui nous environne). je vais là dedans, dans la perte du corps, le reste est illusion – est-ce triste ? cela n’est pas sûr.  il y a deux ou trois jours, je me réveille, et je repense à freud, je me réveille, je pense, à sa petite servante, sa cuisinière (je réinvente, l’histoire) qui une fois qu’elle eût goûté au lit du maître, ne voulut plus cuisiner.

il y aurait quelque chose de saint à n’aller pas à la cuisine piscine. (une poursuivie de la sainteté, folle de l’amour et folle de rien.)

ce soir, enfin, l’enfant s’est endormi tout seul. et ce n’était pas le neuf, que j’avais rendez-vous avec un psychanalyste, mais le huit. eh oui.

(et s’il n’y avait de symptôme qui ne l’était, saint.)

(la sainteté, la poursuite du désir.)

dimanche 12 novembre 2006 · 00h08

cuisse (pensée)

évidemment, des cuisses en acier. hm, est-ce que ça ne serait pas plutôt des cuisses en béton? (elle est pensive.)

« L’amour-propre est le principe de l’imagination. Le parlêtre adore son corps, parce qu’il croit qu’il l’a. En réalité, il ne l’a pas, mais son corps est sa seule consistance – consistance mentale, bien entendu, car son corps fout le camp à tout instant. […]
Certes, le corps ne s’évapore pas, et, en ce sens, il est consistant, le fait est constaté même chez les animaux. C’est bien ce qui est antipathique à la mentalité, parce qu’elle y croit, d’avoir un corps à adorer. C’est la racine de l’imaginaire. Je le panse, c’est-à-dire je le fais panse, donc je l’essuie. C’est à ça que ça se résume. C’est le sexuel qui ment là-dedans, de trop s’en raconter.»
Lacan Jacques, Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, p. 66.

 

vendredi 17 novembre 2006 · 10h16

séances 1 & 2

la semaine dernière, séance 1 :
– Vous trouvez que j’ai l’air soûl?

je reprends la dessus hier, séance 2.

être l’alcool de l’autre. et c’est comme si c’était reparti pour un tour. que je revienne sur ces histoires m’étonne. reparti pour un tour, des accents différents, des échos différents, mais dans ce que je raconte j’entends toute une série de signifiants qui sont toujours présents dans ma vie, délestés aujourd’hui d’une bonne part de leur poids dramatique. il y a rue, fille de rue, mon nom; travail, travail de rue, fille de joie. cette rue où je n’arrive toujours pas à aller aujourd’hui – mais qui encore m’enchante exalte dès que j’y descends. il y a gangster, bandit, mon oncle – cet oncle même, encore, qui régulièrement, ici, aussi, dans les blogs veut revenir -ma « méchanceté »? mon « goût pour la mort »?

je parle de l’inhibition, l’inhibition étendue à toutes choses, tant qu’il ne s’agit pas de l’amour, c’est le mot que j’utilise, qui n’est pas le bon, le bon, c’est celui qui désignerait le « faire l’amour » (voir l’article ici sur la petite cuisinière de freud).

je parle des rendez-vous que je ne sais pas prendre (mais bon sang, tout de même, pourquoi faut-il qu’à tout prix je me maintienne ici, à l’intérieur, qui veux-je incarner à rester enfermée?)

je parle du rêve que je viens de faire, de la présence de ma mère, elle est là, elle vient à ma deuxième séance, tout tourne autour d’elle, la séance tourne à la réunion de travail pour elle. je déclare alors à l’analyste qui reste muet, bienveillant mais muet, que l’analyse ne peut pas reprendre dans ces conditions. je lui en veux qu’il ne la chasse pas (et le chasse lui – qui est une femme, en fait, dans le rêve – une de celles avec qui je travaille).

(il y avait un numéro de quarto très bien sur la solitude des femmes, faudrait que je le retrouve.)

– Vous trouvez que j’ai l’air soûl ?

Reprend là-dessus.  Resserre un peu les cuisses, saisit les doigts de la main droite dans la main gauche, les yeux baissent. Être l’alcool de l’autre, lui manquer. C’est donc reparti pour un tour ( s’étonne). Des mots qui lui viennent, n’entend que ceux qui reviennent. Rue, fille de rue, son nom. Travail, travail de rue, fille de joie. Rue où elle tarde encore à aller aujourd’hui, qui  l’enchante dès qu’elle y descend. La lu. La lu. Grande lumière, foison. Redresser la tête, pénombre. Est-ce qu’elle récite, quel crédit lui sera-t-il accordé ?  L’histoire maintenant :  le bandit ( il fait une remarque sur ce mot, le corrige[1]),  le gangster, son oncle, « fou »  ( sa « méchanceté » ? son « goût pour la mort » ?)  Pour finir sur  l’inhibition, l’inhibition étendue à toutes choses tant qu’il ne s’agit pas de l’amour, le mot qu’elle utilise, qui n’est pas le bon, le bon serait celui qui désignerait le « faire l’amour » (sans mot dire d’ailleurs de l’amour qu’elle ne fait pas).  Oh Freud et ta cuisinière.  Combien vers toi monteraient de prières ménagères.

En ayant fini, s’éloignant d’une flaque de silence, elle parle du rêve fait la veille, trop plein de la présence de sa mère. Qui vient à cette deuxième séance, l’accapare, la transforme en réunion de travail pour elle, la mère. Virginie déclare alors à l’analyste, resté muet, bienveillant mais muet, que l’analyse ne peut reprendre en ces conditions. Qu’elle lui en veut qu’il ne la chasse pas, ne chasse pas sa mère, le chasse alors lui – qui est une femme en fait, dans le rêve, une des femmes avec qui elle travaille, psychanalyste également.

À Louise, elle avait dit :  «  Je m’aime prisonnière », ainsi qu’elle se l’était formulé le jour où elle s’était aperçue qu’elle ressortait régulièrement ce volume de la bibliothèque, « La prisonnière » de Proust. Elle lui avait ajouté : «  Et Guy est un excellent gardien. Un excellent protecteur. » « Protecteur », le mot pouvait bien être un peu dérangeant.

( L’homme que son oncle avait tué était un « proxénète », un ami à lui qu’il s’était mis à soupçonner de vouloir  « mettre à la rue » (« protéger », « soutenir »), une femme, « sa petite rose des champs », dont il était platoniquement amoureux.)

Quels sont les mots mis entre guillemets.

 ( Théorie : Fantasmatiquement, dans la relation proxénète/prostituée quelque chose s’arrange pour les femmes. Quelque chose se voit fixé, rentre dans le commerce des hommes. Le rapport sexuel, cet impossible, cesse de ne plus s’écrire, il a un prix, il passe à la marchandise. Ce qui manquait à la valeur ( l’inestimable secret) la retrouve, s’en soulage, tandis qu’à sa vérité d’objet, d’objet perdu, vient se substituer la valeur de déchet, d’être-pour-le-déchet, de toute marchandise. )



[1]     De quoi s’agit-il quand il fait cela, que fait-il ? qu’il écoute ? qu’il connaît le sens des mots, que les mots ont un sens, que du dictionnaire le sens des mots ne feraient pas de tort aux histoires qu’elle raconte ?

vendredi 17 novembre 2006 · 12h59

séances 1 & 2 (des suites)

à delphes, j’avais dit « je m’aime prisonnière » – je me l’étais formulé ainsi le jour où je m’étais aperçue que je ressortais régulièrement « la prisonnière » de proust. j’avais ajouté : « et f. est un excellent gardien. un excellent protecteur. » du moins est-ce ainsi que je me le concocte, ainsi qu’il me le faut imaginer.

« protecteur », le mot m’avait quelque peu dérangée.

(l’homme que mon oncle a tué était un « proxénète », un ami à lui, mais qu’il s’est mis à soupçonner de vouloir mettre à la rue, « protéger », « soutenir », une femme, « sa petite rose des champs », dont il était platoniquement amoureux.)

(fantasmatiquement, dans la relation proxénète/prostituée quelque chose s’arrange pour les femmes. quelque chose se voit fixé, retourne au commerce_des_hommes. le rapport sexuel, cet impossible cesse de ne plus s’écrire, il a un prix, il passe à la marchandise. ce qui manquait à la valeur (l’inestimable secret) la retrouve, s’en soulage, tandis qu’à sa vérité d’objet, d’objet perdu, vient se substituer la valeur de déchet, d’être-pour-le-déchet, de toute marchandise. )

samedi 18 novembre 2006 · 10h40

cuisses (suite)

irène.

nous étions sur des chaises, dehors, assises devant la nuit, côte à côte. elle était à ma droite, nous fumions, nos pieds posés dans les barreaux de la balustrade. après, je me lèverais pour nous servir dans la clarté de la cuisine, un campari, orange. mais là, elle pose sa main gauche sur sa cuisse gauche. elle la serre, elle l’enserre, me dit : « ça, c’est du béton ». et de ses doigts repliés elle cogne sa cuisse comme on cogne à une porte. il faisait noir.

est-ce cette fois-là, une autre, qu’elle m’aura ajouté : « mais c’est du travail, ça, c’est rien que du travail ». probablement cette fois-là.

il y a les femmes qui savent faire ce qu’il faut. dans son cas, d’ailleurs, elle n’aurait pu faire autrement : « très tôt, enfant déjà, m’avait-elle dit, je n’aurais pas pu sortir sans une couche de maquillage ». elle ne pouvait pas ne pas.

dimanche 19 novembre 2006 · 10h45

des suites

demi-sommeil, des suites encore et encore… révélation: mais non, ça ne tient pas, cette idée que dans les relations amoureuses je m’inscrirais moi comme celle mise à la rue et l’autre comme le souteneur, protecteur. non, même si à presque tous les coups, ou presque toutes les femmes , ça leur fantasmatiquement fait qq chose, ces histoires de putes/maquereau – là j’invente, écoutez , c’est ce que j’imagine, moi, cela fait très longtemps que je cherche à leur trouver des universaux aux femmes , pour le moment j’en suis pratiquement à devoir me contenter de « il n’est pas une femme qui jouisse comme une autre femme » soit « toutes les femmes jouissent différemment les unes des autres » (universel : pour aucune femme il n’y a d’universel de la jouissance.)

cette histoire donc ébauchée ici qui voudrait que je veuille d’un homme qui me protège parce que mon oncle a tué un proxénète, ne tient pas la route, at all, du tout : puisque ce n’est qu’en 1996 que j’ai appris cette histoire.

oui oui bien sûr, mais bon, cela faisait des lustres que je savais ce que je n’étais pas censée savoir, des lustres que ça me travaillait, et n’avais pas des années à l’affilée rencontré des jean-marc, non, des marc et des jean-marc pour alors apprendre, en 1996, que l’homme tué par mon oncle se prénommait jean-marc. les secrets de famille, n’y a-t-il que ça qui se sache.

mais l’important n’est pas là.

cette histoire fait écran. c’est de la petite histoire, de la branlette. et vraiment, comment le dire, mais de tout ça, cette histoire d’oncle que je ramène ces derniers temps sur le devant de la scène, je m’en fous. je m’en fous complètement, c’est même comme si ce n’était plus mon histoire, que ça ne l’avait jamais été. je la raconte, parce que justement, elle se laisse raconter. je la raconte parce qu’il est évident qu’elle comporte des signifiants importants pour moi, et parce que qu’elle comporte tous les éléments d’un roman – je peux vous assurer qu’il est bien des choses qu’ici je me retiens d’avoir la faiblesse de relater.

je pense que le personnage important, et encore, là, c’est purement utilitaire, de parler de personnage, c’est utilitaire en ce sens que ça permet des choses, ça n’est d’abord qu’un moyen, un moyen d’aborder ce qui probablement pourrait s’aborder autrement. que je parle de personnage, c’est aussi qui parle de ma façon de vouloir faire de ma vie un roman ; bref, comme mes moyens sont limités, je continue ma phrase et je dis : je pense que le personnage important ce n’est pas mon oncle, mais c’est ma mère – elle qui vient, qui est présente dans le rêve de la « deuxième séance », elle pour qui je travaille et dont je regrette que l’analyste, présent dans le rêve, ne la chasse pas.< /p>

si donc on délaisse la notion de personnage on retiendra que je vis dans la présence d’un grand Autre, féminin, qui me fait travailler – et par là m’empêche de faire ce que je veux.

les questions alors deviennent : pourquoi faut-il qu’il soit féminin et, mais c’est secondaire, qu’est-ce que c’est que je veux ? de quoi cet autre interdicteur me protège-t-il ?

à brûle-pourpoint on répondra, féminin, maternel, il l’est parce que ce n’est pas le grand autre du désir, barré celui-là, c’est le grand autre du besoin, du besoin assouvissable, par la mère éventuellement, et dont l’assouvissement même entretient l’inassouvissement, c’est l’Autre de la satisfaction pulsionnelle, qui jouit en silence. l’Autre qui ressemble, vachement, à l’Autre de l’obsessionnel.

j’en arrêterai là.

ou j’en profite encore pour noter ceci je lisais récemment une interview de sloterdijk parlant de ce qu’il appelle le « désirisme » en france. il n’y a pas à confondre le désir et le besoin. quand je parle de besoin, je ne parle pas du besoin auquel se référait marx par exemple, je ne parle pas de ce dont on a (tout juste besoin) pour vivre, je veux parler je veux parle du manque éprouvé dont la satisfaction est possible, du manque comblable dans un moment de consommation d’un bien, d’un objet.

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