il m’apparut au réveil que ma façon d’être toute-une-à-une-seule-chose, tant d’années durant ardemment combattue, tant cela s’apparente à un gouffre, est peut-être le meilleur moyen de lutter contre le sentiment d’errance qui fait le fond de mes jours, de tenir un fil sans le lâcher, d’avancer sur le vide – comme je me réveillai dans l’envie de reprendre ce texte lu hier soir, sur la mélancolie, en lieu et place de quoi, comme j’ouvrais mon téléphone, je publiai les photos de ces pages, merveilleuses, que je relus par le même occasion, de Catherine Millot dans Abîmes ordinaires (et non pas « intérieurs », comme je l’ai certainement noté, et qu’il me faut immédiatement corriger !) [...]
toute-une-à-une-seule chose
tenir des fragments autour d’un vide qui les sépare et les protège
— comment faire accueil à la confusion mentale et acquiescer au vide
« J’ai le souvenir d’une conversation avec ma femme sur ce sujet (…), on en a beaucoup parlé, et c’était pour moi très important : il me semble qu’on ne peut commencer à devenir un tout petit peu intelligent que si on accepte de reconnaître en soi-même la confusion mentale, si l’on accepte de reconnaître que l’état de la pensée dans lequel on est, celui à partir duquel il faut penser, est un état de grande confusion. Tant qu’on reste dans l’idée qu’on devrait avoir une vie mentale ordonnée et claire, à laquelle on peut commander, parce qu’on s’imagine que les autres ont une pensée organisée de la sorte, alors on ne peut pas, on ne peut rien penser. Et c’est à partir du moment où on reconnaît en soi-même le caractère hybride, mélangé, constamment interrompu de ce qui a lieu, et la difficulté extrême d’extraire de tout ça des paroles, des pensées qui tiennent debout, autrement dit à partir du moment où on se réconcilie en quelque sorte avec cette confusion – de la même façon qu’on peut se réconcilier avec son ennui – alors, on peut accéder à une réflexion qui ne sera pas une pose prétentieuse ou mimétique, mais qui sera enracinée précisément dans cette confusion même. Je ne sais pas si cela est intelligible. [...] Lire la suite >
dimanche 6 avril // chips
(journée transition)
— 10:26 —
arrivée à Paris hier soir
totalement déprimée
Jules est sur le train pour Bruxelles qui a plein de retard (1h 20 pour un trajet de 3h20, à cause « interventions policières à la gare du midi ?!)
je traine au lit avec mal au dos
je ne sais pas comment je vais.
— 15:48 —
il fait beau. je suis au lit. y a une manif aus nobles causes. j’y vais pas. ça n’intéresse pas frédéric. qui me dit que j’ai des beaux seins, ce qui m’énerve. mal aux mains à force de faire des jeux de cartes. impossible de redémarrer dans quoi que ce soit.
— 23:13 —
passé la journée au lit, jeux de carte. ce soir, deux épisodes de la deuxième saison de Severance. avant ça, une émission sur… j’ai oublié quoi. le meurtre de Bertrand Cantat sur Netflix. je l’oubliais. F a eu cette gentillesse de regarder avec moi (alors que certainement il n’y a rien qui l’intéresse moins au monde). je regarde en mangeant des chips, je retourne à un peu de sociabilité, de légèreté, de rires. (je n’avais pas faim du tout, mais dès que j’ai eu cette envie de chips, je suis sortie les acheter, n’y avait-il pas à compter sur leur aspect apéritif). aussi bu de la bière et mangé une orange. soit du trop. l’impression est celle de revenir d’un très long voyage. là j’allais m’endormir et tout d’un coup voulu écrire. je ne sais pas quoi. je ne dormirai probablement plus. je voudrais mourir. je voudrais mourir. Frédéric lit je ne sais quoi avec sa lampe de poche. sentiment de catastrophe. de séparation. [...] Lire la suite >