Showgirls, de Paul Verhoeven, en ce moment, au cinéma Grand Action

Quelle est cette énergie dont elles font montre les filles, et dont rien ne répond. Dont elles font montre quand elles dansent, dont rien ne répond. Quelle est cette force, ce pouvoir, cette séduction.   Qu’est-ce qui les habite,  les porterait à l’amour, dont rien ne répond. Ou si mal. Cherchant à les  ramener vers quels en-deçà. Dont il faut qu’elles se préviennent alors, qu’elles se gardent.  L’insolence que ça leur donne en retour, l’ascendant sur tout, tous et toutes, ce qui les entoure. Dont rien ne répondra jamais et qui les sépare, les isole profondément. Cette force vive qui éclate alors sur les scènes de Showgirls

Vous savez, la séduction des jeunes filles,  qui les gonfle,  les porte, dont elle ne savent rien, dont elles connaissent le feu, la joie, l’énergie pure, est bien réelle. Et que ça doive se réfugier sur une scène, se couvrir de paillettes ou se défendre au couteau, c’est bien réel aussi. 

Il est quelque chose au monde, chez les jeunes filles, dont rien ne répond, sinon le mal, le mépris (mé-prix), l’agression, le viol. 

Ça n’est pour autant pas une calamité absolue, ni une fatalité. Une fatalité, que cette énergie soit promise à de si funestes destins. Pas une calamité, cette énergie qui m’habite encore, qu’il  m’est encore donné d’apprivoiser. Son feu  moins intense, ses couleurs moins chatoyantes. Comme le ronronnement d’un chat, me fonde. 

Et l’expérience nouvelle que j’en ai, délestée de la séduction, me confirme que si le monde aujourd’hui est organisé en spectacle, nous pouvons tous, encore,  il est temps, descendre de la scène,  danser. 

I mean, really. 

l’art, mais alors à la façon des Nouveaux barbares de Benjamin : au départ d’une table rase de la culture

l’art, à la façon des Nouveaux barbares de Benjamin : au départ d’une table rase de la culture. Dans les suites d’un trauma innommable qui vous coupe de la relation de toute expérience (pour Benjamin, il s’agissait des horreurs de la première guerre mondiale, des “déchainements barbares de la technique”), dont il faut renoncer à se plaindre, qui choisit l’oubli et retrouve pour aborder le monde, la vie, l’état d’enfance et le jeu : il n’y a plus alors de répétition qui tienne, mais une expérience toujours refaite, entièrement revécue.

Comment considérer la pauvreté autrement que sous le seul aspect du manque et de ses tristes corollaires, la nécessité soit de le combler, soit de le supporter? Or, on l’a vu, pour répondre à cette question, il ne suffit pas de “prendre le parti” du pauvre. Il faut bien plutôt rejoindre la pauvreté qui conditionne déjà nos existences et montrer en quoi celle-ci peut être une ressource : un moyen de connaissance, un effort, dont les aspirations et la diversité sont irréductibles à l’aliénation d’une vie soumise à l’économie. C’est cette modalité que Benjamin expérimente dans un bref article écrit en 1933, intitulé “Expérience et pauvreté de Walter Benjamin (1933)“.

[…]

neue sachlichkeit / nouvelle objectivité

Amaryllis, Franz Lenk, 1930
Nature morte de petit déjeunee, 1927, Bernhard Dörries
Nature morte de petit déjeuner, 1927, Bernhard Dörries

Exposition / Allemagne / Années 1920 / Nouvelle Objectivité / August Sander

La vie d’avant était si différente!
Ceux qui le nient, tu le sais, ils mentent!
Nous étions tous, du réveil au coucher
Sous l’emprise d’une grande nervosité
Si dans sa cage un oiseau mourait
Pendant des semaines la famille pleurait
Mais aujourd’hui dans l’air du temps
Si tu vois Monsieur Koch ton ami
Tu lui demandes, tout objectivement:
“Comment, Monsieur Koch, toujours en vie?”

Il y a dans l’air une objectivité
Il y a dans l’air comme des épines hérissées
Il y a dans l’air , il y a dans l’air, dans l’air
Il y a dans l’air quelque chose d’idiot
Il y a dans l’air quelque chose d’hypnotique
Il y a d ans l’air, il y a dans l’air
Quelque chose qui semble s’y plaire
Qu’y a-t-il donc dans l’air aujourd’hui?

Mais qu’a-t-on donc mis dans l’air aujourd’hui?

Regardez là : dans les airs déjà filent
Images, radio et coups de fil
Sans un câble, tout passe à travers
L’air est confus, ne sait plus que faire
Avions, dirigeables, s’y amassent au passage
Ecoutez-moi ces grondements et sons de Wagner
Et à travers tout cela se faufile une image

Il y a dans l’air une objectivité (…)

Ôtez ces ornements, ces moulures, ces défauts
Une finition lisse sur les murs qu’il nous faut
Si les maisons deviennent encore plus fades
Bientôt nous aurons des murs bruts comme façade
Les bibelots on n’en veut plus
Tant de choses qui sont superflues
Sortons les meubles de l’appartement
Jetons tout, c’est si encombrant !
Et je le dis sans ménagement:
Même les humains y sont dérangeants !”

Paroles de la chanson Es liegt in der Luft (1928), extraite de la revue du même nom de Mischa Spoliansky sur un livret de Marcellus Schiffer

Albert Renger-Patzsch
Albert Renger-Patzsch, Euphorbe à grandes cornes, 1922-1923

George Grosz ,Sans titre, 1920

“Et soudain, tout changea. La tristesse voire la dépression qui s’empara de l’Allemagne, après la défaite de la première guerre mondiale, conduisirent de nombreux artistes à renoncer à tout un pan spectaculaire de l’imaginaire et de la création. L’expressionnisme hallucinatoire de l’avant-guerre, le dadaïsme contestataire, l’abstraction spirituelle et intellectuelle qui fut si éclatante au début du XXe siècle, ne furent plus de mise. Le réel devenait à nouveau l’étalon de la création ainsi que les maîtres impeccables de l’histoire de la peinture ancienne.”
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-art-est-la-matiere/allemagne-annees-1920-nouvelle-objectivite-august-sander-9849272

Voir aussi :

Raison et bouillonnement – sur « Allemagne/Années 1920/Nouvelle Objectivité/ August Sander »

Allemagne / Années 1920 / Objectivité / August Sander (I/II)

Regardez là : dans les airs déjà filent
Images, radio et coups de fil
Sans un câble, tout passe à travers
L’air est confus, ne sait plus que faire
Avions, dirigeables, s’y amassent au passage
Ecoutez-moi ces grondements et sons de Wagner
Et à travers tout cela se faufile une image

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