Mauvaise nuit que cette nuit où un souvenir est redevenu mauvais. Comme la semaine dernière, je m’attelle maitenant à écrire la dernière séance et ses suites. Je n’en ai pas envie ou ça me fait plutôt peur, mon esprit est vide, en fait je redoute de ne pas y arriver. Essayer de le faire sans y penser. Plonger, ou plutôt descendre les marches qui pénètrent la piscine. Tant que je ne le fais pas, je crains de restée hébétée, hébétée et tentée de garder les yeux clos. Trêve de précautions oratoires, ouvrons l’œil, allons-y. J’ai abandonné Fred à Jules (le pauvre. Le stylobille roule sur le carnet). [...]
premier samedi 2007, 13h02
Les points sur le U
Je m’étais couchée raisonnablement tôt, après une journée particulièrement banale – j’avais dû regarder quelques épisodes de série ( la finale d’Enlightened), je n’avais pas eu envie de lire, cela je m’en souviens, et je m’apprêtais à m’endormir dans un sentiment inhabituel de satisfaction. Soudain, couchée sur le côté – c’est autre chose. Une sensation dont j’aurais probablement tout oublié si je n’avais rapidement jeté ces quelques notes le lendemain matin– des mots que la nuit-même je m’étais répétés, anxieuse de les retenir, même si je les notai ensuite un peu à contrecœur, consciente encore de tout ce qui s’y perdait : [...] Lire la suite >
trauma, désir de l’analyste, après coup
… que «le désir de l’analyste n’est pas un désir pur » et que « c’est un désir d’obtenir la différence absolue ». Il précise alors que la différence dont il s’agit est celle qui «intervient » quand le sujet, « confronté au signifiant primordial », « vient », pour la première fois, « en position de s’y assujettir ». Une telle différence s’avère, dès lors, être « lisible » sous la forme d’un intervalle – que ce soit celui de la division du sujet ou celui de la sexualité.
Pierre Naveau, Désir de l’analyste
Le concept freudien, sur lequel Lacan se fonde pour proposer ici la notion de cause est celui de Nachträglichkeit, l’effet de rétroaction, où un élément hétérogène, que Freud définit comme traumatique, devient actif seulement quand, dans un second temps, il prend sens pour le sujet. [...] Lire la suite >
au-delà de la passe, le symptôme comme auto-similaire
« Lacan a cueilli dans la bouche d’un de ses patients une formule qu’il a adopté, qui faisait du symptôme l’équivalent de points de suspension, qui faisait du symptôme un etcaetera. C’est une façon d’exprimer à partir d’un signe de ponctuation de l’écriture, que la parole, celle que l’analyste demande, celle qu’on lui donne dans l’expérience, dépend d’une écriture, s’articule à la permanence d’un symptôme qui itère. Une itération c’est une action qui répète un processus, et, une fois évanouis les mirages qui se dissipent dans le désêtre, au-delà du désêtre, il reste l’itération, et l’itération du symptôme est référable à ce qu’on appelle un semelfactif – semel ça veut dire en latin « une fois » -, un événement singulier, unique, qui a valeur, dirons-nous, de traumatisme. [...] Lire la suite >
Un autre point m’a paru intéressant à relever dans ces témoignages. Il s’agit du rapport à la parole.
« […] Un autre point m’a paru intéressant à relever dans ces témoignages. Il s’agit du rapport à la parole. Ainsi, à plusieurs reprises, ces enfants, ces mères disent qu’ils préfèrent ne pas parler. Qu’ils préfèrent ne pas dire ce qu’ils ressentent, ce qu’ils éprouvent car sinon, c’est trop difficile. Cette limite à la parole est un indice de l’impossible. Elle indique l’au-delà de ce que la parole peut dire, l’au-delà de ce qu’elle peut vouloir dire. Face à cette rupture dans la vie, la parole ne fait qu’écraser le réel par l’imaginaire, et c’est proprement insupportable. La défense est nécessaire. Elle passe par un silence, un oubli de la réalité, un oubli calculé dont certaines mères ont parlé. »
Lacan Quotidien n° 391, Une famille pour tous…, Chronique d’Hélène Bonnaud – « Maman est en prison – L’absente » [...] Lire la suite >
Tracey Emin – Why I Never Became a Dancer – 1995
Tracey Emin: Why I Never Became a Dancer, 1995 from MOCA North Miami on Vimeo.
Tracey Emin, découverte à Miami, ce musée d’art contemporain qui ne montre qu’une seule exposition, d’un seul artiste, et encore, petite exposition, d’une grande découverte, artiste, Tracey Emin. My story looks so much like hers. So I thank you, Tracey Emin.
l’art, mais alors à la façon des Nouveaux barbares de Benjamin : au départ d’une table rase de la culture
l’art, à la façon des Nouveaux barbares de Benjamin : au départ d’une table rase de la culture. Dans les suites d’un trauma innommable qui vous coupe de la relation de toute expérience (pour Benjamin, il s’agissait des horreurs de la première guerre mondiale, des « déchainements barbares de la technique »), dont il faut renoncer à se plaindre, qui choisit l’oubli et retrouve pour aborder le monde, la vie, l’état d’enfance et le jeu : il n’y a plus alors de répétition qui tienne, mais une expérience toujours refaite, entièrement revécue. [...] Lire la suite >
« Faire avec peu »
— Les moyens pauvres de la technique
l’art, à la façon des Nouveaux barbares de Benjamin : au départ d’une table rase de la culture. Dans les suites d’un trauma innommable, qui vous coupe de la relation de toute expérience (pour Benjamin, il s’agissait des horreurs de la première guerre mondiale, des « déchainements barbares de la technique »), dont il faut renoncer à se plaindre, qui choisit l’oubli et retrouve pour aborder le monde, la vie, l’art, l’état d’enfance et le jeu:
Antonia Birnbaum : « »Faire avec peu », Les moyens pauvres de la technique». Texte autour du texte de Walter Benjamin, « Expérience et pauvreté », écrit en 1933, année de la montée au pouvoir du nazisme, année où Benjamin quitte l’Allemagne. Ce texte a été publié dans la revue Lignes, n° 11, en mai 2003. [...] Lire la suite >
tout est choc à l’enfant
Sur FB, cette photo et ce texte de de Viviane Perelmuter
29 juillet
Ce jour-là, il y avait une parade dans la ville et j’avais remarqué l’enfant.
C’était l’expression indéfinissable de son visage et la positon de son corps, souple et solitaire, espiègle et grave…
Singulière gravité de l’enfance, si loin de la naïveté à laquelle on l’associe souvent.
C’est que tout est choc pour l’enfant, tout est matière à s’étonner puisque tout est nouveau.
De là, un pouvoir immense à s’émerveiller autant qu’une forme intense de révolte, qui préserve du renoncement et de toute résignation.
S’y ressourcer… tâche infinie pour l’adulte [...] Lire la suite >
Nous sommes les mots; nous sommes la musique; nous sommes la chose en soi. Et c’est ce que je vois quand je reçois un choc.
« Je sais seulement que beaucoup de ces moments exceptionnels amenaient une horreur spécifique et un effondrement physique; ils semblaient tout-puissants; moi-même, passive. Voilà qui suggère qu’en grandissant on est mieux capable à l’aide de la raison de trouver une explication et que cette explication atténue la force écrasante du coup. Je pense que c’est vrai parce que j’ai encore la particularité de recevoir ces chocs inattendus, ils sont maintenant toujours les bienvenus; la première surprise passée, j’ai aussitôt l’impression chaque fois qu’ils sont particulièrement précieux. Et ainsi je persiste à croire que l’aptitude à recevoir des chocs est ce qui fait de moi un écrivain. J’avancerai en guise d’explication qu’un choc, dans mon cas, est aussitôt suivi du désir de l’expliquer. Je sens que j’ai reçu un coup; mais ce n’est pas, comme je le croyais quand j’étais enfant, un simple coup d’un ennemi caché derrière la ouate de la vie quotidienne; c’est le témoignage d’une chose réelle au-delà des apparences; et je la rends réelle en la traduisant par des mots. C’est seulement en la traduisant par des mots que je lui donne son entière réalité. Cette entière réalité signifie qu’elle a perdu son pouvoir de me blesser; elle me donne, peut-être parce que , en agissant ainsi, j’efface la souffrance, l’immense plaisir de rassembler les morceaux disjoints. Peut-être est-ce là le plus grand plaisir que je connaisse. C’est le ravissement que j’éprouve lorsqu’il m’arrive en écrivant d’avoir l’impression de découvrir ce qui va ensemble, de bien monter une scène, de faire tenir debout un personnage. A partir de cela j’atteins à ce que j’appellerai une philosophie; en tout cas, c’est une idée que je ne perds jamais de vue, que derrière la ouate se cache un dessin; que nous – je veux dire les êtres humains – y sommes rattachés; que le monde entier est une œuvre d’art. Hamlet ou un quatuor de Beethoven constituent la vérité sur cette énorme masse qu’on appelle le monde. Mais il n’existe pas de Shakespeare, pas de Beethoven; certainement et une fois pour toutes, Dieu n’existe pas. Nous sommes les mots; nous sommes la musique; nous sommes la chose en soi. Et c’est ce que je vois quand je reçois un choc. »
Virginia Woolf, Instants de vie, pp. 91-93. [...] Lire la suite >

