7 octobre 2010

écrire le journal de judas

Contrairement au tricheur qui jouit d’une petite supériorité d’un quart d’heure sur les autres et ne fait que justifier l’ordre auquel il s’adosse, le traître, lui, est une figure d’artiste, il est fondateur de péripéties. Gilles Deleuze a réglé trop vite « le cas pathétique de Maurice Sachs » sans voir que voleur, escroc, artiste ou faussaire ornaient son tissu de nuances multicolores.

[…]

Que fut la trahison pour lui, sinon l’autre visage, suprême et dégradé, de la Littérature? Sa propension à décevoir les autres ne prit fin que lorsqu’il s’enferma dans la fiction, déclarant forfait comme on retourne une carte. Un écrivain authentique aussi est un traître, traître au monde, à sa classe, traître aux choses qu’il remplace par leur ombre verbale, traitre au jeu de la respectabilité et des pouvoirs. « Peut-être écrirai-je un jour un journal de Judas ».

Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc,  p. 30 et 31

 

(cela dit cette traîtrise tient tout autant à la parole, au symbolique en général. il y a un lien cependant, particulier, du livre à ce qui livre, à la trahison, à celui qui livre, au judas. nous souffrons plus de cette trahison que nous n’en sommes conscients. faire œuvre de sa trahison, œuvre, livre de Judas : et livrer, mais délivrer aussi bien,  alors la jouissance récupérée de la lettre. puisque c’est le réel qui est trahi. ou choisir de ne pas livrer, livrer le livre, ne pas en rajouter encore à la trahison native, et, dans le cas de Sachs, éventuellement, garder le livre propre de cette tache, laquelle alors le déborde dans sa vie, de toutes parts, être juif, devenir nazi, dénoncer la trahison du symbolique de par sa vie-même, l’incarner. cette impossible faute du livre. sur soi prendre la faute du livre, le sauver. )

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