samedi 16 septembre 2023 · 17h59

#12 | oreillers de l’auteure

encore une autre nuit, encore le noir et la chaleur agréable des draps les fenêtres ouvertes malgré la mi-septembre des disputes dans la rue et qu’est-ce qui dans ce moment est extraordinaire tout en ne l’étant absolument pas qu’y a t il qu’elle voudrait retenir encore empêcher  la nuit d’avancer de passer de s’en aller la vie de reprendre quelle vie le monde et son travail alors que dans sa tête rien qui ne trouve à s’élaborer rien elle le sait qui ne trouvera à s’écrire jusqu’à satisfaction à s’écrire jusqu’à avoir apporté satisfaction.

l’auteure ne s’en sort pas.

l’auteure s’est maintenant levée, elle est dans la pièce où il fait orange la nuit, elle tapote sur son téléphone, elle écrit. 

(depuis qu’elle écrit « l’auteure », c’était il y a peu, pour ce récit qu’actuellement elle tente, elle ne dit plus roman, dans le cadre donc de cet atelier, en reprenant le vocabulaire, l’auteure s’est mise, parlant, à prononcer les e muets d’un peu toutes sortes de mots, les e muets en fin de mot. ça fait « de bonne heurE », par exemple. il faut maintenant mettre ça entre parenthèse.) l’auteure est bien décidée à ne pas se prononcer sur l’écriture inclusive bien décidée à laisser les choses lui venir à la bouche, à la plume, ou pas, à ce débat elle refuse de prendre le temps de participer, elle attend que ça passe que ça passe dans les pratiques dans la sienne idem elle fera avec ce qu’il en restera, dans les usages, de la déchirure de l’écriture, c’est aussi de sa nature à l’écriture de se faire déchiqueter, déchiqueter les terminaisons, ça la déséquilibre bien sûr encore un peu plus, l’autrice, mais ça inscrit son déséquilibre dans un déséquilibrage mondial; tiens comment ça se passe dans les autres langues elle ne le sait même pas est-ce une spécificité française elle a honte de n’en rien savoir en même temps qu’elle s’en fout. quelque chose dans l’écriture perd de sa superbe, perd de son indifférence, accueille le doute du sexe les embrouilles – après tout. elle elle se tient à l’écart de ces débats, cela lui parvient de loin en loin. ça il faudra non pas le mettre entre parenthèse non mais le barrer. il y a que l’autrice a beaucoup d’autres chats à fouetter. comme celui de sa sanité mentale à préserver ayant surtout en tête la sanité mentale de l’être qu’elle a mis au monde et qui est maintenant dans ces âges qui ont été si difficiles pour elle, car qu’aura-t-il à hériter d’elle sinon la façon dont elle sera arrivée à faire face à ses monstres. lui bien sûr est jusqu’au cou dans ces histoires d’inclusion et de genre. c’est très bien.
l’inconsistance, est-ce le mot qu’elle cherchait. quelque chose de sa perception de l’inconsistance du langage, qui fait sa folie à elle, va s’inscrire dans l’écriture, dans l’alphabet, cherche à s’y inscrire. est-ce que ça va aller jusqu’à de nouvelles règles de grammaire
. l’auteure donc écrit l’auteure et parfois écrit elle l’autrice. et ça l’amuse.

il est maintenant sept heures vingt du matin cela fait bien une heure que je n’écris rien de ce que j’aurais pu vouloir écrire et le jour s’est levé, n’augurant rien de bon, voyant mes pensées s’envoler. il faut alors retourner au lit.  

il faut alors retourner au lit.

j’écrirai maintenant dans la soie odorante le lin chiffonné les rideaux tirés sur le jour la prolongation adorable de la nuit, j’écrirai dans l’épaisseur ravie de la chair enfoncée dans le matelas au niveau du pubis le souvenir halluciné de ton sexe de son sexe puis se retourner se relever fermer la fenêtre se recoucher un bras alors passé par dessus tête le chat aussi veut sa part le chat vient le chat s’allonge sur mon ventre c’est son heure à lui aussi s’avance sur ma poitrine me regarde de haut je lui souris la douceur est générale sonne le réveil du co-dormeur le chat s’éclipse 

la douceur est générale.

c’est quelle heure déjà.

devoir numéro 12, le nomologue : je ne m’en sors plus du tout, pas de lit à oreilles pour moi (pas d’oreilles tendues vers les absents présents de l’atelier en ligne). il y aura eu trop à un moment, trop à faire, à vouloir faire, c’est devenu trop
soudain c’est devenu trop
et trop a toujours été un marqueur
un signal du danger qui se traduira tôt ou tard par la transformation du
vouloir en devoir, en douloir,
et par la nécessité vite fait de s’y dérober. trop de douloirs de tous côtés, à ne plus savoir par quoi commencer à ne plus commencer; à vouloir retourner en arrière, tout reprendre du début, retrouver le fil, et sempiternellement reprendre vouloir reprendre sans plus y arriver. je parle voyons de l’actuel récit, du roman raté de l’atelier. s’égarer perdre du temps renoncer dormir tomber malade. le retrait s’organise tout naturellement la retraite se met en place tâcher d’écrire les tambours les trompettes dans la tête, maintes fois leur partition recommencée abandonnée. à un moment se dire : abandon, à un moment se dire : échec. elle monte les escaliers, les marches de bois, et ces mots lui viennent, qui lui font un peu mal, qui lui pincent un peu le coeur, et d’autres endroits sans qu’elle sache trop lesquels, beaucoup d’indiciprécisions l’ont prise ces temps-ci, elle se voit, je me souviens je montais ou est-ce que je les descendais, ces marches qu’il me fait toujours du bien au corps d’emprunter, est-ce leur hauteur, la hauteur des marches, je les remonte, je vais vers la chambre et ces mots qui se présentent : abandon, échec. ratage. je ne sais si je les chasse. les chasse-t-elle? elle ne s’attendait pas à les voir venir. je ne vous avais pas vu venir (murmure). elle ne s’y attendait pas, dans sa folie. titube-t-elle, le corps penche un peu sur la droite, contre le mur qu’elle frôle de l’épaule, se redresse, monte la dernière marche, la chambre. et alors, ça lui vient. une fois le choc passé, le mini choc, elle pincée dans le corps, par ces mots, ces mots qui reviennent, de quelque part, de pas très loin, ces mots qu’elle connaît, au fond, lui permettraient de s’y retrouver. car là, il ne reste plus grand chose d’elle au fond, là, elle très fortement embuée, la vois-tu évaporée, non? tandis que ces mots, elle les connaît, tu vois, chérie, elle les connaît pas mal, ces mots-là. pénétrant la chambre, elle entrevoit l’idée, la tentation alors de l’écrire, justement, cet abandon, cet échec, tant il est vrai qu’ils ont pris le pas sur tout autre sentiment, je veux dire tout autre sentiment disparu, elle l’écrirait dans une forme d’indifférence qui riait rejoindre la susdite inconsistance, constante inconsistance, dans la mesure où il aurait tellement fallu s’y attendre. décrire l’échec et l’abandon devenant une façon de continuer, de persévérer, de crânement transformer l’échec, l’exposer, tenir son ironique chronique, as-tu jamais voulu, petite chatte sonia, rien d’autre, qui est l’échec de l’écriture et de soi comme auteureuse. à l’écriture de l’échec échoueras-tu aussi. top.

mais pourquoi auteureuse ? hein. dit-elle riant. me dis-je à un autre moment. passant de la chambre à la cuisine, ou tournant en rond sur elle-même dans la cuisine, qui ne s’est pas à un moment ou à un autre vu.e tourner sur soi-même dans sa cuisine, 270 degrés? elle se dit, je me dis, pourquoi pas juste vivre ? pourquoi pas juste vivre ? mieux vivre d’ailleurs. mieux s’occuper de la réalité, du principe de réalité, des besoins, mieux s’occuper des besoins, de tout ce qui n’est pas l’écriture. tu n’es tu pas foutue tu de t’o
ccuper des be
soins
pourquoi ce confinement dans l’écriture. echo: pourquoi ce confinement dans l’écriture. alors que l’oubli s’en passe parfaitement, la vie. parce que quand il ne reste que la vie juste, nue, étrangement, ça serait  la douleur. tu ne sais pas de quoi je parle? je ne m’étendrai pas là-dessus. parfois elle je le senst (beaucoup de choses peuvent encore s’inventer sur les terminaisons). elle je l’ai senti voyant de moi s’éloigner la possibilité du roman, la distraction dans les personnages, les voyages entre les temps et les lieux. la cruauté de la vie nue. pourquoi d’ailleurs elle n’aurait pas plusieurs visages, la cruauté, non la vie nue.

échec de l’atelier, que je voudrais reprendre et reprendre et reprendre encore.

et alors que ma plainte étrangement je ne suis pas sûre de la vouloir entendue par personne.  

est-ce que tu ne crois pas que tu pourrais tout laisser là, je le crois, tout abandonner de ce que tu es, je le crois, et juste faire ce qu’il y a à faire. je le veux. oui, je le veux. peut-être sortir. je sors. je suis sortie. marcher. je marche. aller à la rencontre, je rencontre. ou encore faire bien les travaux, faire le ménage, faire la nourriture, grandeur de ces activités, tu le sais, grandeur, je le sais, faire les papiers. gagner l’argent. faire le sport. mettre des points où il en faut et cracher sur les fantaisies.

pourquoi l’écrire. pourquoi cet effort. tu te redis que tu n’as jamais écrit que pour te battre contre la maladie et contre cette implosion lente et certaine en toi de la parole de l’usage de la parole. « mental sanity ».

avoir de toute façon renoncé à l’amour. ce n’est pas le sujet. ça n’est pas l’actuel sujet.

cette idée : qu’arrivée au pied de l’échec elle arrive au pied de ce qu’elle a à faire : rater, rater mieux encore, et le dire.

lundi 18 septembre 2023 · 16h54

#12bis | retour sur la fiction

un peu n’imp. premier essai de vidéo, de lecture. je relis mon texte, en le corrigeant. 2 x d’ailleurs. la deuxième commence à 09:10. je le referai… je suis tout à fait affreuse.

elle disait qu’elle s’était récemment rendue compte qu’il lui était de plus en plus difficile de croire à la fiction, comme si tout devenait réel. idem, ajoutait-elle, au cinéma : de l’impossibilité de voir un film violent : sur sa chaise c’est elle qui encaisse les coups, qui gémit, qui se projette sur le côté tentant d’y échapper. ou encore : sortir épuisée d’un spectacle de danse. c’est-à-dire : toujours faire corps avec ce qu’il y a, avec ce qui arrive. et donc il lui semble que pour elle la fiction, tu vois, c’est fini. la possibilité d’écrire un livre de fiction, à plus forte raison un roman… tu parles. je ne vois pas le rapport. tu ne vois pas le rapport. le rapport va venir, il va venir le rapport, il viendra. alors que justement, alors que de plus en plus, elle en ressent la nécessité intérieure, de la fiction. de quoi croire? oui, à quoi croire. je crois qu’une fiction, on y croit. voilà. donc, partout où on dit ouin ouin c’est de la fiction écartez-moi ça, faites venir la vérité ou pire la science, elle dit mais non, dans son for intérieur elle le dit, mais non, son fort for, n’écartez rien, gardez, gardez tout. bien, là dessus elle ne dira rien de plus. elle, tenez, elle a cru, en Dieu, elle ne s’en trouvait pas mal, ça lui faisait de la compagnie, des discussions. et des sensations en pagaïe? pas tant que ça, non, elle aurait bien aimé, les trucs des mystiques, ça lui aurait plu, mais elle non, rien de ça, juste qu’elle papotait avec Dieu, un peu tout le temps. c’était ça, sa sensation, ce qui lui faisait sensation. ça n’est pas si mauvais. ben non, en fait, non. qu’est-ce qui compte finalement? pas sombrer dans le désespoir, ça compte, par exemple. pour ma part, je dirais, ça compte. c’est sûr, ça compte. après, y a eu la psychanalyse, toussatoussa. enfin pas jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est ce que je dis toujours, et à raison, puis on va pas s’attarder à ca maintenant, on en garde pour plus tard, voila. elle dirait : une fiction au lieu que le vide, une fiction, n’importe laquelle, plutôt que le vide. et ce serait mal dit. une voix dans l’ombre ajouterait, de façon presqu’inaudible : c’est que cela viserait quelque chose comme le spectre d’un goulot d’effroi. d’un goulot d’effroi ! d’étranglement. c’est vrai qu’on connaît, faut bien le dire, quand ça s’étrangle. elle essaierait de dire autrement : la fiction comme lien, comme liant, comme ce qui lierait les choses les unes aux autres. elle dirait : la fiction plutôt que le réel, le réel nu, qui n’est jamais vraiment rencontré, qui d’ailleurs parfois manque, manquerait, auquel on en appelle, peut-être ne sachant pas vraiment ce qu’on fait, mais auquel il ne faudrait pas rester trop longtemps réduit. elle dit : je parle de ce qui existe, des choses qui existent, chacune individuellement, les unes à côté des autres, sans que rien ne les lie ni ne les délie, indifféremment. cela existe-t-il? est-ce que tu n’as pas l’impression que cela existe? moi je ne sais plus si cela existe. ce moment où les choses ne disent plus rien. la sorte d’ennui qui en ressort. le rideau que cela jette. mais le rideau, quel rideau. oh je ne sais pas. est-ce qu’on aime le réel? l’aime-t-on le réel? elle ajoute : je suis liée aux sensations, et je tiens à ce qui me lie. ben oui. à cause de ce sentiment, parfois, de déliaison, voilà. être une chose sans nom parmi les choses sans nom. c’est ça la déliaision. est-ce que c’est ça la déliaision. ben ça va, on a compris, pas besoin de répéter, non? cela n’a pas de mémoire, cela est sans mémoire, cela est non-remémoré. mais pourquoi répéter ça trois fois. mais tu est folle. mais je ferais mieux de barrer. est-ce que les sensations sont réelles? on tient aux mots qui décrivent le réel. c’est ça qui est aimé. je ne tiens pas spécialement à la description, je tiens à ce qui parle. il ne faut pas chercher plus loin, dès que ça parle, il y a fiction. il y a l’aspiration du grand silence. mais d’où ça vient ça. c’est ce qui te vient à toi. on dit parole, tu dis silence. c’est ce que tu connais, c’est ce que je connais. tu connais aussi le long parler, la longue parole continue. je connais. et la parole qui s’entame qui se bouscule qui se heurte qui se précipite. tu parles de la pensée, de ses emballements. le recouvrement du vide. la déliaision. il faut alors faire quoi. il est possible de prendre alors une chose et de la décrire. quant à dire que c’est possible. laquelle, quand toutes se valent. la sensation, écrire la seule chose certaine. voilà. la sensation, c’est la certitude. à défaut de croire : ressentir. mon univers de mots ne tient pas bien. il ne tient que par la colle du réel, de la sensation réelle. mal dit. ben non c’est comme ça. face aux choses, se dire : est-ce que cela me fait quelque chose, je veux dire : physiquement. tu mens. je crois que je dis toujours la vérité. sans cette colle, de la sensation, les mondes se délitent. il n’y a plus de monde. c’est là la limite de son intelligence. toujours il faut qu’elle interroge le lien, physique, la sensation, et la sensation n’appartient qu’au présent. c’est là que se perd l’histoire, le temps. dira-t-on la sourde angoisse pourtant du temps qui passe. non. dira-t-on : tu inventes. oui. il faut inventer des fictions suffisamment forte qu’on puisse s’en souvenir quand ça dérape. tu crois que c’est possible? des marchepieds d’où repartir. je pourrais parler des sensations du temps qui m’ont été offertes par la peinture, les musées, la parole de mon père. je pourrais parler de l’endroit, du moment où le temps s’est figé, cet héritage de ton père, oui, la guerre, les camps. alors ça s’est arrêté, pour lui, pour toi. est-ce que tu crois qu’il faut y revenir. non. je ne crois pas. tu pleures? c’est de l’eau. un homme que j’ai aimé le disait : c’est de l’eau. je lui disais : tu pleures, Claude ? Claude, tu pleures ? il disait : c’est de l’eau. c’est comme ça. il pleuvait, il pleurait, c’est de l’eau. c’est la nuit. c’est aussi par là qu’on survit. à le dire, ça : c’est de l’eau. le corps réagit. tu me parleras de l’histoire en peinture? de tout ce que tu veux, tu ne pleures pas pour de vrai. qui le sait. le point de déliaison est aussi le point de liaison. l’ère de l’en même temps. oui.

lundi 2 octobre 2023 · 13h04

#11 | Portrait de l’auteure en lectrice
— en cours d'écriture —

« Ce qu’elle nous présente comme forme: un écart, une reconstruction fictionnelle, une mise à distance. Ce qui est reconstruit fictionnellement, c’est comment elle l’auteur est séparée d’elle-même par cette reconstruction d’elle qui lui arrive. » François Bon, à propos de Gertrude Stein dans Autobiographie d’Alice B Toklas

donn, nuit

elle marche tout à fait dans le vide maintenant. c’est encore une autre nuit. il n’y aurait presque rien d’autre à dire.  

la tête dans l’oreiller. elle marche tout à fait dans le vide maintenant. les consignes se multiplient, ne se ressemblent pas. de la tête elle ne sait plus où. y a la 11bis qui attend. il semble que j’avais déjà parlé de ça, de l’auteure en lectrice.1  or qu’ai-je déjà dit, c’est ce que je ne sais plus et le brouillard de ce que je ne sais plus s’étend à la terre, s’étend à la nuit. or oui tu l’as dit, tu as dit la bonne lectrice que tu as été, t’es abstenue de dire la mauvaise lectrice devenue. car c’est une très mauvaise lectrice l’auteure qu’elle est devenue, très mauvaise. tu dis cela à cause de la nuit. je dis cela à cause de l’exaspération. parce que j’en ai déjà parlé et qu’il faut remettre ça.  porctrait de l’auteur en lectrice. commençons comme ceci: elle lut. l’auctrice lut. et ne lit plus ? non, ne lit plus. imagine un personnage rincé de la lecture.

se lever, repousser les couvertures, le chat suit. ce bonheur de descendre les escaliers pieds nus, ces escaliers-là en particulier, est-ce leur hauteur, chaque fois elle se demande. la nuit. elle s’éclaire à presser un doigt sur son téléphone, en maintenir la veille.

elle lut/lut-elle?elle lut/et de l’impossibité de dire comment elle ne lit plus/comment le dire/faut-il le dire/qu’est-ce à dire/elle écrit les mots qu ilui sont venus plus tôt, dans le lit, la tête sur l’oreiller ,elle tente de rattraper les mots pensés, les mots en allés.

des années aurait lu, comme passe-temps. à quelques auteurs près, ça n’aura jamais été que comme passe-temps.  tu es dans la nuit de la destruction. je suis dans la nuit. tu es dans la destruction. comme passe-temps. quoi encore ? ça fait bien dans les dîners, où tu ne vas pas. les dîners ? quoi encore ? les événements mondains. quoi encore ? la culture. destruction à tout petit niveau. of course, venant d’elle. qu’est-ce qui viendrait à un haut niveau. of course. je disais donc. elle disait. il y a encore un autre pousse-à-lire. oui, quelque chose de l’ordre d’une croyance. oui. écoute, laissons la croyance en place. tu as raison. laissons. je crois que tu as bien raison.

et pourtant dans les dîners. elle y brille pas l’autrice. sinon par sa beauté ? sinon par son absence. car comme je l’ai déjà dit, l’auteurice, et comme j’ai pas tellement envie de le répéter, l’auteurice oublie les noms d’auteurs ce qui l’empêche de prendre part aux conversations. non mais de cinéaste aussi, etc. de personnages. c’est une tare. c’est une tache. non mais tais-toi, c’est désagréable. 

débaptisation de l’autrice

on en est là. on se voit devenir désagréable. qu’est-ce qui de ça s’écrit. est-ce obligé de devenir désagréable. j’ai l’idée depuis quelques jours, qui me trotte, de débaptiser l’auteur. tu ne penses pas qu’il faudrait la débaptiser ?  oui je le pense, oui. elle ne s’en sort pas. laissons-lui une chance. ce serait pour son bien. oui, son bien. pensons ensemble à son bien.

il y a des hauts / il y a des bas / jamais de très hauts / jamais de très bas. plus jamais de très hauts, plus jamais de très bas. il y eu. et quand les bas arrivent arrivent (la vérité chère autrice, arriverait alors tout ce qui te motive comme auctrice, arriverait à reculons, a massive train of thoughts aveugle qui revient vers toi prêt à t’écraser),

je vais débaptiser l’auteure et je vais la baptiser du nom de son personnage. bonne idée. oui, c’est pas mal comme idée, c’est vrai. ou on la garderait sans nom. tu sais, je crois que finalement, ça serait encore ce qu’il y a de mieux. oui, moi aussi. ce que je préférerais. tout compte fait. l’auteure, qu’elle n’ait pas de nom, ça ne l’empêche pas d’exister. ni d’écrire. exactement, ni d’écrire, de pianoter. ce qui est dommage ça serait qu’on supprime la scène du baptême. on supprime pas. on a essayé, on laisse. qu’on vienne pas nous dire qu’on n’a pas essayé. exactement. 

on y va. 
Sonia  
au nom de je ne sais quoi et de je ne sais quoi 
de la mère ?  
ha ha
why not 
au nom de la mère et de l’autre mère et de l’arrière-terre,  
(au nom du non de la mère)
je te dépabtise
ouf, voilà c’est c’est fait, exit Sonia Delarue. 
et exit Sonia Rue.
et exit Sonia Ruhe.
tranquille

exit ce nom. 

elle, identique à la nuit qui noircit. exactement.  
on garde ça comme titre de chapitre : exactement. 

ok.  
on retourne à ses lectures ? et ses dîners ? 
à ses qualités de lectrice. elle en a cependant quelques qualités ? oui.  

une voiture passe dans la nuit. 

tu n’as pas donné le nom de ta mère. le nom de sa mère…

la triche elle est que quand même : tu dis l’auteure, ou l’autrice, tu l’as débaptisée mais t’as toujours les moyens de parler d’elle. car parler d’elle, je te dis, je le vois : c’est parler du lien de nuage qui la lie à son nom. tu aurais mieux fait de dire : nom de lauteur.trice : trou. tu aurais encore mieux faite de dire : Sonia Ruhe DelaRue : trou. tu vois que ça tient pas. fais de la poésie, si tu veux dire pour du vrai. c’est pas le point, le point c’est : brode. point brodé pour dire le nom de cette autrisse. ce qu’il faut cerner c’est c’est c’est – c’est quoi ce nom qu’elle a qui est sien qu’elle n’aime pas c’est quoi ce qui la lie à ça comment ça se nomme dit son lien à son nom, unique. et comment ce nom la sépare du monde. c’est beau ce que tu dis. oui. ce nom la sépare du monde. le monde est sans son nom. c’est ça. c’est dans le monde que ce nom est trou. tu sais qu’elle guérira pas. je sais. et tu sais pas d’où ça vient, je sais pas.

alors, parler d’elle en lectrice, c’est aussi parler d’elle et des noms qui pour elle tinrent. tu vois, reviens un peu par là chérie, grimpe un peu les rochers, reviens sur du dur, les noms qui ne s’écoulèrent pas dans la grande nuit de l’oubli. les noms qui furent les piliers de ses cathédrales. de sa cathédrale. une toute petite cathédrale alors. parfois immense. oui. parfois nombreuses.

certains noms tinrent. un certain temps, certains noms d’auteur tinrent. puis quelque chose se défit. faux. puis autre chose commença. elle changea de cathédrale. il va bien falloir finir par le dire.

comment lut-elle. dis le nom de sa mère. comment lut-elle. sa mère, à l’auctrice, s’appelle Lut. sa mère lut aussi. il n’est pas encore temps de parler de sa mère. si tu lui dis joyce, elle est dans joyce. duras ? dans duras. dostoievski ? dans dostoiev. et cætera. elle est dans la matière, elle est dans le livre. 

tout ça pas sérieux t’as raison, comment c’est mal vu mal dit mal écrit. pas sérieux.  

l’autrice est vraiment perturbée, ça fait des jours que ça dure, alors elle jette les mots qui veulent bien venir sans distinction.

quand elle lit, elle est dans la matière de ce qu’elle lit. tu crois pas qu’on l’est un peu tous. hm. elle croyait qu’il y avait un on. mais c’est de moins en moins certain. au plus ça va, au moins c’est certain, qu’il y ait le moindre on au monde, au plus elle accuse la différence. la différence de quoi. de jouissance. hm. efface

la vérité, c’est qu’on a déjà écrit le portrait de l’autrice comme lectrice et qu’on doit reporter le lecteur trice au chapitre 0, on a commencé par ça. 

de là, on ajoute. donc, comme je l’ai déjà dit, il fut un temps où l’auteur.e retenait les noms d’auteurs et puis un jour fini, elle retient plus. c’est cela. et on attribuerait ça a quoi. 

on ne peut pas tout savoir. 

une meilleure activité serait de retourner marcher dans le vide. 
indeed. 
non sans avoir préalablement un peu mâchonné. 
et se réjouir un peu de la nuit et des airs d’éternité qu’elle se donne. 
exactement. 

tu sais de quoi t’as pas parlé ? t’as oublié de dire qu’on était à l’heure où même les moucherons dorment. ça peut pas parler au lecteur. who knows ? il faudrait vérifier cela dans la littérature scientifique (Google), si les moucherons dorment. 

tu disais qu’elle ne lit plus. oui c’est mal. depuis quand ? depuis l’internet et les séries. ah ouais. et Blanche ? sa personnage ? si elle ne lit pas, ça sera autre chose. ça sera qu’on cherchera à dire autre chose d’elle. on voudrait qu’elle soit écrite indépendamment de cela. on ne sait très bien ce qu’on veut pour elle. on voudrait qu’elle soit aimée.  

inutile de consulter la littérature : les moucherons ne dorment pas.  

dormir.

lundi 2 octobre 2023 07:59

paris, nautre nuit, netit matin.

Nous savons tous comment les personnes sont faites, nous le savons. Nous sommes sans ignorance. Connaissance de la labilité, transparence complète sur les fonctionnements, géographies internes, aucun progrès encore à attendre, tout su, tout donné, reçu.  

Et donc nous pensons tous nous le pensons que tout sera toujours possible nous le pensons. Nous tous ainsi fûmes enseignés tous.  

Or, hélas, moi, Sonia-Blanche D. pourtant doit vous dire que non. Tout, non,  n’est pas possible, non. S’agissant de la Honte, avec h, tenez, que nous avons pour habitude, tous, d’écrire avec une majuscule, moi, Sonia-Blanche, D et alors que la Honte, sa localisation dans le cerveau, nous la connaissons, la Honte sa multi-localisation dans le corps, nous la connaissons, non ? Blanche-Sonia vous parlera de sa masse à elle de Honte. Sa masse Honte à elle est localisée de façon immuable dans une impasse de son cerveau,  au fond du creux d’un lobe, d’où elle ne se délogera plus, jamais, où, de jour en jour d’année en année, elle durcit davantage s’endurcit et comme elle est prise dans une poche dans un recoin à l’arrière d’un goulot d’étranglement, vous l’avez compris, elle n’en sortira plus. Je voudrais surtout que vous considériez que c’est jamais que cela n’arrivera plus jamais, que cette Honte ne la lâchera pas ne se ramollira pas, ne se diluera pas, ne s’évaporera pas, c’est une chose dont il convient absolument de se convaincre du réel de ça. Elle est née avec cette Honte là là et nul ne l’en délogera. M’opposerez-vous qu’elle n’est pas grosse, sa Honte, je vous répondrai que sa puissance est infinie. Et c’est de l’ombre de sa poche qu’elle dirige le monde de Sonia D Blanche.  

nlu tard

quoiqu’il en soit il y aura toujours la honte de Sonia blanche D dont elle ne se départira pas il n’y a  là dessus pas d’illusion à se faire 
et donc il n’arrivera pas qu’elle vienne vers vous au grand jour qu’elle sorte de son terrier qu’elle s’expose au grand j 
et s’il y avait un portrait d’elle à faire en lectrice ça serait vite fait elle ne lit plus il n’arrive plus qu’elle lise son temps de lecture aujourd’hui entièrement dépensé sur internet 

elle lut. 
lut-elle.  
elle lut (comme je l’ai déjà dit, elle lut) 
de la littérature, elle en lut.  
ne l’ai-je pas déjà dit.  

mercredi 4 octobre 23 06:43

n’y aura t il jamais que l’aveu 
la honte 
in fine 
d’autre visée que celle 
là 
en venir à l’aveu  
qu’y aurait-il 
d’autre 
que pourrait-il 

tu vois, va te coucher, te recoucher 
et cherche ça  
ce qui pourrait contrebalancer ça

souvent quand je me lève la nuit, je 
suis amenée à me dire : j’aime marcher pied nus  
les escaliers, aussi, les descendre  
pieds nus, les monter 
pieds nus 

  1. oui oui, tu l’as fait dans l’invention de l’auteur, non non, c’était dans le suivant, le zérounbis, le bloc brouillon, tu avais beaucoup trop parlé de tes lectures, mais déjà dans le zérozéro, le livre sans auteur, t’avais abusé. j’ai parlé d’elle à l’école, et comment elle aima ça mini-salope les livres, comment elle lut, dévoratrice, boulimique, comment elle fut bonne aussi, à bien tout lire, à bien tout retenir, et comment c’est par la littérature et les auteurs et leurs noms qu’elle trouva son introduction à l’histoire (avec un grand h), à la marche du temps. ensuite, j’ai raconté l’accident, les 3 mois passé au canapé, à lire découvrir Duras Beckett et Lacan, et alors à écrire. et certainement j’aurai mentionné le fait qu’elle ne lit presque plus. ↩︎
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