vendredi 18 octobre 2024 · 09h29

ven., 18 oct. 24 _ le cahier noir et la colle du réel

journal de classe
qu’ai-je fait hier sur le site?
bien sûr, je ne m’en suis pas tenue à ce que j’ai dit, j’ai pas imprimé #Obiégly et j’ai travaillé dessus, tout publié en privé. me suis trouvée effectivement confrontée à des choses dont ne veux pas parler là, ai dû faire des coupes,  ce qui n’est pas mon fort. songé, de loin, à son cahier noir, à Obiégly. il faut que je trouve le moyen de supporter d’être seule avec mon cahier noir, m’y résoudre. qu’il y ait le cahier noir, secret, et puis l’autre, publié. je ne serais possédée par aucune autre volonté que celle de publier un cahier noir. comment consentir à camoufler. c’est bien là que je ne suis pas écrivain, toujours faut-il que je colle au réel (j’y tiendrais trop). de là à dire qu’il n’y a pas de métaphore pour moi… ou : trouver le moyen de me décoller, de m’arracher d’un certain réel, le réel/réalité, auquel non seulement je tiens mais je m’accroche, et…. plonger dans l’inconnu (comme Frisson l’écureuil). je ne pense pas que ça puisse arriver. cela m’est pourtant arrivé.

 

dimanche 20 octobre 2024 · 06h29

Donn, dim 20 oct, là pour le fuel

— 06:29 —

Donn. Arrivés hier. Comme entrions dans village, soudainement éblouie par la campagne, sa transformation depuis l’été. Me souvenir de ça aujourd’hui alors que réveillée au milieu de la nuit et envahie par les doutes à propos de ce que je fais.

//Blog : Hier, encore travail sur Gaëlle O et publication de ces derniers jours, de la semaine, mais n’aurais pas dû. Cela n’a aucun intérêt. Comment faire ? Que faire ? Publications aussi de Stories sur Insta. Encore : aucun intérêt. Aucun. Des images d’une expo vue, des images de Donn, des images de Palestine où les horreurs sans nom continuent.//

— 08:29 —

Retourner me coucher. Peut-être à nouveau se rapprocher du Tiers livre, François Bon. Chester monte avec moi les escaliers vers la chambre, m’attend en haut des marches.

— 12:09 —

Pas bonne à voyager, à changer de maison. Chaque fois pareil, me faut 2 jours d’adap. Pour ça que n’aime pas partir si peu de temps. Vu qu’on rentre à Paris mardi.

lundi 21 octobre 2024 · 08h09

21 octobre 2024 à 08h 09

je suis contente d’avoir dormi plus tard
je pense beaucoup à ce que je fais dans le blog
à ce dans quoi je me suis lancée

hier, journée mal commencée, si mal

je pensais à la mauvaise humeur  à laquelle j’ai déjà tellement réfléchi par le passé quand elle était plus régulière, ne comprenant pas ses envahissements réguliers et n’ayant comme matière à penser, côté Lacan, que sa petite phrase pour dire qu’il y s’agissait d’une « touche de réel ». my godness, on fait quoi avec ça ; plus récemment j’aurais pu faire tomber ça sous le syntagme « sautes d’humeur », me disais-je hier matin, sentant que ça n’allait pas. j’ai donc agressé F qui est resté stoïque et je me demandais comment j’allais me sortir de ce mauvais pas. probablement dû à l’insomnie, probablement dû au fait que je me réveillais là dans cet autre environnement, et ne savais pas quoi faire. or un lieu requiert de vous des activités spécifiques. il y a les activités propres au lieu. Donn, c’est toujours plus physique. comme nous arrivions, j’avais la veille  été envahiepar la force la beauté la douceur de ce que j’ai alors appelé l’automne, pour faire court, un automne mouillé où c’est l’ardeur des verts, leur générosité, qui me sautait à la figure, me saisissait derrière la vitre de la voiture. puis sur le mur du garage, cette façon qu’ont les feuilles de lierre à rougir de paraître gonflées, chacune tendue vers vous, chacune miraculeusement embellie. sur la vieille maison de nouvelles roses encore sur les plus anciens des rosiers. je râlais de n’avoir pas pris mon appareil photo. shame on me. et au matin, tout ça probablement en tête, et quoi en faire. traîné au lit espérant me rendormir et au lieu de quoi j’ai cherché des solutions techniques pour le blog, avec le sentiment grandissant que je n’arriverais pas à me lever, jamais, ni m’ habiller encore moins. quand j’ai eu dit à Frédéric qu’une fois de plus nous étions là ensemble, que j’étais là avec lui et que lui, il s’en foutait lui, du lieu, de la grandeur de ce qui nous entoure, qu’il ne m’accompagnerait pas dans une promenade dans les environs, qu’il ne ressentirait pas le besoin de travailler au jardin… je le disais et je pensais que je c’était peut-être la vérité, que c’était peut-être là la cause de ma mauvaise humeur, cette frustration par rapport à ça. Le lieu à ses exigences, il y a cet impératif d’en profiter, de ne pas laisser le temps passer, de ne pas rater l’instant. cet impératif courant des vacances, l’irruption du temps. c’est toujours ce qui se passe à Donnery. la nature n’attend pas. Le continuum parisien doit être interrompu. Le temps se met à exister, à compter, et je ne trouve pas le. moyen d’y échapper en même temps que je ne veux pas en même temps que je n’ai pas nécessairement les moyens, faute d’habitude, d’y faire face. et que je ne fasse plus de t’ai chi aussi me manque alors, parce que j’en ai tellement fait, ici au jardin, dans les arbres, la jungle… et j’ai tellement jardiné ici. et c’est chaise fois des choses physiques. or, je pourrais j’ aurais pu continuer à faire de l’ordi et du téléphone en même temps que je ne peux pas. si j’avais vécu ici je n’aurais pas arrêté le tai chi. maintenant quand on fait du t’ai chi on ne fait pas de jardinage et quand on ne fait pas de jardinage on ne va pas se promener. Frédéric a entendu quelque chose. il a fait à manger j’ai nettoyé la poubelle infectée de moucherons et après le repas il a proposé un tour au jardin, et tout de suite mis la main à la pâte, s’est mis à débroussailler, et moi aussi et le chat était avec moi et c’était bien. on s’était débarrassé de l’aubépine qui m’envahissait tout pour retrouver les rosiers plantés par son grand père… en mauvais état et ce n’est probablement pas le bon moment pour faire ça mais… quand sinon… après tour dans le jardin et faire tomber des arbres les branches abîmées, arrachées. la joie de ça.

j’écrivais à mes frères hier:

j’espère que vous allez bien, je pense bien sûr à vous
Sommes à Donnery pour le week-end (livraison fuel demain)
jardinage aujourd’hui, c’était bien
beauté brutale de l’automne, renversant
arrivée à entraîner F
on a récupéré les branches cassées dans les arbres.
tout le temps un arbre perd ses branches
on ne s’en rend pas compte
comme nous les cheveux
elles ne tombent pas au sol, elles restent en suspens, dans l’arbre, tête en bas, prises dans les autres branches
faut les tirer sans se les faire tomber dessus
ce qui m’est quelquefois arrivé
je fonce tout le temps là dedans avec fougue
et puis, tirer les branches, énormes parfois
faire des beaux tas
les arbres ici sont vieux, grands,
plantés par l’arrière grand père…
des bises

boire une Ricoré et remonter le coucher. quelle paresseuse je suis, toujours été.

mardi 22 octobre 2024 · 05h59

22 oct. // 61 ans que ça dure

— 05:59 —

birthday girl. réveillée à 4 heures.
mais suis totalement découragée.
vais refermer le blog, je pense.
ça n’aura pas duré longtemps.
on rentre aujourd’hui pour aller au resto ce soir.

— 06:26 —

vais retourner me coucher. j’avais mis un lien sur le blog dans Instagram et dans Facebook, je les enlevés tous les deux. vraiment honteuse à l’idée que des gens aient pu venir et voir ce que j’écrivais. comme s’ils étaient entrés dans ma tête et ressortis vite fait avec leur opinion… forcément négative… sinon ils m’auraient dit quelque chose, n’est-ce pas<,

épuisée maintenant. et triste.

— 12:42 — beauté

— 12:42 — départ

— 12:58 — sur la route

mercredi 23 octobre 2024 · 12h35

on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions

on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions. je sais d’où vient que je sois obsédée par la Palestine et ce que commet aujourd’hui Israël. ça ne s’apaisera pas. ce serait lié à quelque chose de l’ordre du trauma et à la façon dont ça s’est combiné en moi pour y répondre, pour s’organiser, une organisation que je traite comme une maladie, considère comme une maladie, par où je cherche à m’absoudre, ce n’est pas moi, c’est la maladie, cette maladie honteuse qui m’a conduite à mener une vie d’inutile et d’exilée, dont le destin ne trouve à s’accomplir que dans le ratage, auquel je cherche seulement à donner un peu d’allure, à défaut d’en avoir aucune. partout: maladie. et chaque instant de ma vie tout entier tourné vers moi-même, à tenter de trouver grâce à mes propres yeux. depuis le diagnostic toutefois, relativement récent, j’ai pu finalement renoncer à exiger de moi des choses impossibles et me suis pardonnée beaucoup. diagnostic que j’ai endossé comme un nouveau costume et qui me tient.

cette obsession à propos ce qui se passe en Palestine tient à mon lien probablement indéfectible moins au monde juif, que je ne connais finalement peu, qu’à ce que j’appellerai ici l’être juif, à la place immense que cet être a pris en moi, être imaginaire et réel à la fois, réel en ce qu’il a organisé ma conception du monde, c’est cela l’héritage de mon père et de mon grand-père, et réel en retour de la souffrance où je suis du silence du monde alors même que se passe ce que suis bien obligée de me résoudre à appeler génocide, à quoi je ne consens qu’avec répugnance, tenant malgré moi à l’absolution d’Israël, ce qui est une erreur, une lâcheté, une rémanence d’un monde qui n’est plus, alors même disais-je donc qu’un génocide a lieu dans les souffrances les plus inouïes dont les mots ne cessent de me manquer, ne cessent de me creuser, ne cessent de me percer, de me vriller, qui veuillent dire ce que je ne cesse de voir sur mon tout petit écran, sur mon téléphone. tout cela me travaillant par en dessous, souterrainement, sans jamais se révéler directement à moi, ne se manifestant que dans cette obsession, ce grand désarroi. ce sentiment d’ultime imbécillité, débilité, inutilité.

et comme il est de ma nature (maladie) de m’auto-accuser, je m’accuse aussi de cette obsession, intégrant les critiques de ceux qui ne pensent pas comme moi, interprétant le silence de tous ceux qui se taisent (et qui m’accusent (d’anti-sémitisme)). ou encore je m’accuse d’entretenir une passion pour la palestine et l’injustice qui n’est jamais qu’une passion d’addiction et mauvaise pour une histoire dont le feuilleton s’éternise et dont je jouis autant que des petits chats que je swipe d’un doigt sur instagram ou des séries sur Netflix. accusation très grave, bien évidemment, gravissime. tandis que tout en même temps et tout aussi fort, je m’accuse de ne pas arriver à parler à ceux de mes amis qui ne jurent plus que par le 7 octobre, qui sont dans l’entretien d’un traumatisme qui les empêche d’avoir la moindre empathie pour les Palestiniens, qui persistent à ne vouloir pointer du doigt que les dangereux islamistes tout en se fermant ardemment les yeux sur ce qui se passe et en accusant le monde entier, face à eux donc je me reproche (violemment) mon propre silence, mon incapacité, ma stupidité et ma lâcheté. et c’est ce silence chez moi, en moi, qui me pousse à m’intéresser à là-bas encore et encore, jusqu’à enfin trouver le mots pour leur dire. alors je me dis, Véronique : toi aussi, ferme les yeux (si ça se trouve ta bouche s’ouvrira, mais ça c’est la phrase qui veut que j’écrive ça, pas moi). est-ce que c’est ça, est-ce que je suis là sur cette terre seulement pour ça, dans le vide crier à l’injustice. s’agit-il seulement d’injustice. il s’agit aussi d’injustice. j’écris ceci sous la couette, mon chat sur les pieds. suis-je là seulement pour accuser ? le drame de gaza sert-il seulement d’exutoire à ma passion de l’accusation (à ma parano). enfin, on a là une petite idée de ce qui me torture non pas non-stop* car j’ai mes trucs la plupart du temps pour amortir les coups de ces pensées funestes.

enfin tout ça pour dire que je peux supposer aux autres d’être semblablement attachés à leurs obsessions, éventuellement opposées aux miennes, ou situées tout à fait ailleurs, par des causes profondes. c’est qu’on ne choisit pas toujours, n’est-ce pas, ses obsessions.

tout ceci ne cessant d’être mal écrit, de se refuser à l’écriture

*et en même temps que tout ce qui s’est écrit ici ne se dit pas comme ça dans ma tête, dans ma tête, c’est mots déliés, phrases inachevées, impressions fugaces, lettres aux un.es zé zaux zautres adressées et subitement interrompues, c’est l’insaisissabilité même, et ça se mêle à d’autres soucis, un fragment pour l’alzheimer de la mère, pour l’accident du fils, pour les visions de Kafka, pour des problèmes techniques à résoudre, pour le brouillard, pour le féminisme que je n’ai pas suffisamment accroché, pour dire ce qui me pousse à prendre cette photo, pour une cigarette, pour l’âge de la mort de mon père dont je me rapproche, pour les livres que je ne lis pas, tout ce dont je ne parle pas, tout ce dont iels ne me parlent pas, quoi d’autre, etc. déjà ça donne une idée.

mercredi 23 octobre 2024 · 16h44

23 octobre 24 // lendemain de f ête (anniv)

— 16h 44 —

donc, cette nuit insomnie avec retour des FrM mais qui jouaient en sourdine (avec des choses qui flottaient devant???)
depuis hier mal de tête
est-ce bière ou vin ? pain ou fromage ? ou le découragement habituel ?
F adorable

pensé que j’avais 61 ans et que mon père était mort à 66.

— 19:44 —

 probablement de nouveau malade (?)

vendredi 1 novembre 2024 · 11h44

incidemment

— 11:51 —
réveillée ce matin à six heures, envoyé deux mails à H puis rendormie jusqu’à maintenant, 11h50 ! voilà qu’il me répond déjà. j’avais craint d’écrire trop long et remis de répondre à son précédent mail, mais apparemment, non. Hier pris 2 Reishi, mais je ne sais plus ce qui aide ce qui n’aide pas. je crois que je vais arrêter avec ça. peut-être un temps Lion’s Mane à cause de l’espoir, mais. bu de l’eau chaude avec du citron et de vinaigre de cidre. hier, avec F, film/concert à la maison de la culture du Japon, GiFT avec Kayo venue du Japon pour l’expo de Tori Kudo organisée par F à la galerie Treize. après, bu un verre avec Michel. Guillaume là aussi avec ses beaux yeux bleus et des amis à lui. semaine très sociable pour le coup, rarissime.

— 17:06 —

blog 
avais prévu la veille d’imprimer le mois de mai 2012, au lieu de quoi j’ai lu les mois qui précédaient. arrivée à ce moment qui a été terrible pour moi, la fin d’analyse avec L, mais dont je ne trouve que des traces, des indices. or le mois de mai auquel je cherchais à donner une forme lisible ne tient pas sans ça, ce coup-là, il vient dans la suite de ça.
continue d’être sidérée par le peu de choses écrites. alors bien sûr, je n’écris jamais quand je vais vraiment mal. mais du coup, que faire, comment relire ça, ou jamais le donner à lire, qui n’est que manques, que trous. dont rien d’indique je puisse les combler, surtout pas mon manque de persévérance. dans quoi étais-je ? 
me dis qu’il faudrait que je détermine les portions de temps à extraire et que je les ré-écrive. peut-être même à la 3ème personne. « Le 11 mai, elle fait un rêve, deux points, ouvrir les guillemets.  » (or, aucun projet auquel je me tienne, donc tout en vain.)

je réfléchis à des solutions techniques, à des procédures. des solutions qui travaillent les posts pris dans leur continuité temporelle d’une part, et selon différents sujets d’autre part. ce qui se cramponne au fil du temps mais qui ne cesse de lâcher et ce qui le transperce et s’en défie. (m’évoque les deux types d’aphasie qu’observe Jakobson, qui l’amène à distinguer les axes syntagmatique et paradigmatique de la langue, choses lues il y a très longtemps.) je suppose que je devrais réfléchir aux coupes de temps et aux topics (ou paradigmes) auxquels me restreindre, auxquels je travaillerais séparément de façon à ce qu’ils puissent être lus séparément. je suppose surtout que je dois trouver le moyen de démarrer quelque chose et de m’y tenir, ce qui devient de plus en plus compliqué : comment appeler cela? comment nommer ce symptôme qui s’aggrave?  depuis que j’ai fait foirer Titi, je n’ose plus me lancer, je me lance incidemment

« Le premier type d’aphasie est lié à une altération des relations paradigmatiques (choix des mots et des sons) : le patient intervertit un son et un autre (« chameau » pour « chapeau », par exemple). Le second type d’aphasie relève d’un dérèglement des relations syntagmatiques (combinaison entre les mots ou les sons) : le patient permute des syllabes ou des bouts de phrases.
Ces deux types d’aphasie sont associées, selon R. Jakobson, à deux figures de rhétorique : la métaphore (comparaison implicite, par exemple « un océan de verdure » pour « une forêt ») et la métonymie (substitution avec un élément contigu, par exemple « boire un verre » alors que l’on boit son contenu). « La métaphore devient impossible dans le trouble de la similarité [paradigme], et la métonymie dans le trouble de la contiguïté [syntagme]. « 

axe paradigmatique –>  C’est l’axe des choix lexicaux et de la substitution –> choix des mots, des sons // chapeau pour chameau –> métaphore
“En linguistique moderne, un paradigme est constitué par l’ensemble des unités entretenant entre elles un rapport virtuel de substituabilité”
c’est sur cet axe, que quelque chose de l’inconscient peut « passer la barre de signification », qu’il peut y avoir effet de sens (incidemment)

axe syntagmatique –> celui de la production de la parole et de la combinaison des mots entre eux // combinaison entre mots ou sons (permutation de syllabes ou bouts de phrase) –> métonymie
Les rapports syntagmatiques sont “fondés sur le caractère linéaire de la langue, qui exclut la possibilité de prononcer deux éléments à la fois” (Saussure, 1967, 170) 

les choix paradigmatiques : dans le blog, les termes qui tiennent, qui reviennent (que je vais presque jusqu’à exploiter, que j’interroge)  sont toujours ceux de l’inconscient, des symptômes, des rêves. ceux-là, tiennent. tiennent parce qu’ils ne tiennent pas au sens, mais à autre chose. 

pas prendre au sérieux ce que j’avance, faudrait relire. j’ai lu ça, j’avais vingt ans. quelque chose m’avait frappé, quelque chose est alors passé.

 

samedi 2 novembre 2024 · 06h24

le mauvais interrupteur sur lequel on appuie malencontreusement

insomnies

pas pu m’endormir hier soir, tout allait bien, j’avais lu, manqué plusieurs fois de m’endormir, éteint la lumière, fermé les yeux, quand tout d’un coup, j’ai senti que non, que c’était trop tard, je ne m’endormirais pas, plus. c’est très étrange ce moment où quelque chose me signale que c’est fini, que j’ai quitté la zone d’endormissement que j’entre dans l’insomnie. lisant, j’avais peut-être attendu trop longtemps. c’est comme avoir malencontreusement appuyé sur le mauvais interrupteur. il devait être aux alentours de minuit. Frédéric a éteint sa lumière. vers une heure trente, je me suis levée et j’ai pris unanxyolitique, 1/4.
agacée par ces insomnies.
depuis combien de temps ça dure, maintenant ? je crois depuis dernier séjour à Bruxelles environ, à ce moment là que ça s’est de nouveau complètement déréglé. je ne sais plus. peut-être depuis que Jules est à Bruxelles. enfin peu importe. c’est de nouveau là et pour la première fois depuis longtemps, hors de contrôle.

Kafka

hier soir, comme je ne m’endormais pas, je pensais à tout ce qu’on s’était écrit H et moi, durant toute la journée… je pensais aussi à ce que je venais de lire de Kafka sur ses difficultés à écrire, sur ses moments d’arrêt, ses renoncements, sur le fait qu’il croyait à la possibilité de réussir à écrire sur le ratage, sur son désir de continuité, de tout le temps rester dans la force du sentiment de départ en opposition à son exigence de ne rien laisser dans son écriture au hasard, qu’il n’y ait rien de superflu, que tout corresponde à quelque chose. il avait une profonde intuition de ce que c’était écrire, bien écrire. une connaissance dont je suis totalement dépourvue. il faudrait que je reprenne ici les passages. ça y est, mal de tête. sa volonté de finir. Le fait qu’il ne croie pas au trajet pour y arriver mais à l’objet fini (à l’opposé de ce que j’écrivais moi-même il y a quelque jour…) je vais retourner me coucher.

samedi 2 novembre 2024 · 11h28

kafka, continuer, finir

ce chapitre du 1er tome du Kafka de Reiner Stach : « Le disparu : perfection et déchéance », extraits : 

p. 409
… Kafka voulait finir ses grands projets… ce qui comptait pour lui n’était pas le travail, mais bien le résultat. Le cheminement n’était pas une fin en soi, pas du tout..
p. 410
Ce que Kafka admirait le plus, et qu’il chercha avec obstination – on est tenté de dire avec une obstination incorrigible – jusque dans ses ultimes tentatives, était un absolu parachèvement formel, dans le détail comme dans l’ensemble. Cela signifiait avant tout qu’un texte littéraire devait se déployer de façon parfaitement organique à partir de son  germe fictionnel et imaginaire, sans revirement arbitraire, sans schématisme, sans hasard provoqué, sans détail superflu ou importun, ni autre impureté du même genre. 
p. 411
il voulait la « conclusion innée », celle qui s’anime déjà tel un foetus sous la surface de la toute première phrase et qui affirme peu à peu ses contours.
p. 412
Kafka savait que l’inspiration n’était pas suffisante et qu’il fallait ni plus ni moins que de l’énergie psychique, voire une sorte d’obsession délibérée, pour puiser une passion et une concentration toujours nouvelles dans un travail de plusieurs mois. Or l’état d’esprit à la fois supérieurement lucide et exalté qu’il avait défini comme son idéal créateur depuis la nuit du Verdict était forcément limité et générait de nouvelles inhibitions : le fait même d’écrire diminuait la tension; la circonstance qui avait soudain ouvert les profondeurs de sa psyché, pour sa plus grande jouissance et son plus grand tourment, était peu à peu recouverte par des expériences nouvelles, d’un autre genre; pour finir, l’oeuvre en cours générait son propre champ de forces, dictait des exigences étrangères, et le jeu se muait en devoir
p. 413-414
… Kafka ne maîtrisait donc pas son art?
Il n’en fut jamais vraiment sûr.

… il crut découvrir que seul le premier chapitre, Le Chauffeur, provenait d’une « vérité intérieure », tandis que tout le reste, soit tout de même 350 pages manuscrites, avait été « écrit comme en souvenir d’un sentiment grand mais absent de bout en bout, et donc bon à jeter » – bilan irréfutable…
Que se reprochait Kafka? D’avoir été guidé non par un « sentiment », mais par le souvenir de ce sentiment – en d’autres termes une interposition de sa conscience.
p. 416
C’est pourquoi le fait de « continuer » s’accompagne inévitablement d’un deuil, celui de la liberté et de la jouissance d’un engendrement pur.
Kafka ne manquait pas d’idées, il manquait de « continuations ». 
p. 417-418
Il n’y a pas chez Kafka de rebut narratif, ni de motif sans suite, ni de détail purement illustratif – qu’il s’agisse de la couleur d’un habit, d’un geste caractéristique ou seulement de l’indication de l’heure. Tout signifie quelque chose; tout renvoie à quelque chose; tout revient. 
….
Cette densification si radicale, qui confine aux limites du langage… 
Et plus cette trame est dense, plus la poursuite du roman devient une tâche artisanale dont la réussite exige à la fois des trouvailles sans cesse plus précises et, de la part de la conscience, un contrôle objectif sans cesse plus inflexible. Car plus le récit progresse, moins il est vraisemblable q’une trouvaille spontanée « s’insère » à l’endroit même où elle survient.
Tout cela jette une lumière décisive non pas sur la raison dernière, mais peut-être sur le moment de l’échec: c’est le moment où l’effort technique menace d’étouffer la création; la crise créative par excellence. 

samedi 2 novembre 2024 · 15h45

“Un livre ne commence ni ne finit, écrivait Mallarmé, tout au plus fait-il semblant”

blog
donc rien fait hier de ce que prévu
mais remontée dans le temps
espérant trouver par où commencer (le texte extrait du blog) pour aller vers cette « crise de fin d’analyse »
remontée jusqu’à 2011, plus précisément jusqu’à décembre 2010 (!) , avec ce texte de Mallarmé (ça m’a paru un particulièrement bon début) :

“Un livre ne commence ni ne finit, écrivait Mallarmé, tout au plus fait-il semblant”

il ne me reste plus qu’à trouver comment faire semblant (de faire semblant).

là, je relis et sélectionne les posts qui pourraient faire partie d’une catégorie nouvellement créée que j’ai appelée, au moins provisoirement, Une fin d’a,
pour aller donc vers cette crise de fin.
peux pas remonter avant parce que trop riche en rêves et en rêves analysés
voilà

départ pour B
  faut lâcher le clavier
  faire la valise
  le lit
  J fait la vaisselle
  s’occuper de la clé à déposer en Keynest
  c’est St qui s’occupe du chat pendant notre absence
  se laver
  s’habiller

dimanche 3 novembre 2024 · 09h35

Bruxelles

Premier croissant de lune. J’ai dormi très tard, jusqu’à 9 heures, peut-être suite à anxyolitique de la nuit d’avant. sinon, je ne sais pas. quelque chose de reposant dans la journée d’hier ? je ne sais pas. Le voyage vers ici. qui n’est d’ordinaire pas supporté par moi. 

me suis levée parce que pensé au fait que si je ne travaillais pas un peu au blog, ne fût-ce que mentalement, j’oublierais tout le travail pendant le séjour ici et tout serait à refaire.

Je pense surtout au fait que non repris dans la suite des jours, ça ne tient pas, à moins de suivre au fur et à mesure, ce qui n’est plus possible puisque je ne publie pas au fur et à mesure. certains arrivent à publier au mois mais je manque de discipline. avant j’arrivais à publier dans l’urgence tous les jours, maintenant…. maintenant je suis tout le temps dans la réflexion sur ce qui a déjà été fait et sur quoi en faire….

donc je suis en 2012………

je me refais une Ricoré.

jeudi 14 novembre 2024 · 18h54

Vie de Laura (extraits)
— atelier du samedi 9 novembre, Raconter une vie, avec Roxane Gay

Dire ce qu’elle aime, Laura, elle le sait d’abord pas, pas tout de suite. Un peu comme quand elle était petite et qu’il lui fallait dire quelle était sa couleur préférée. Elle aurait bien choisi le rouge et n’osait pas. Comme si c’était le bleu qu’il fallait, le bleu qui convenait, le bleu qui lui convenait. Alors elle répondait bleu, y mettait même une certaine conviction, presque jusqu’à y croire elle-même. Elle avait peut-être toujours eu un certain souci des conventions, avec le désagréable sentiment de ne savoir absolument pas ce qui convenait. Sans doute lui manquait-il quelque chose, sans que l’on sache quoi. Au jeu des préférences, elle disait donc bleu, ce qui ne l’empêchait pas, aussi souvent que possible, de choisir le rouge. Le pion rouge par exemple, au jeu des petits chevaux. C’est le petit cheval rouge n’est-ce pas qui gagne. Elle n’avait aucune estime pour le cheval bleu. 

(Elle aimait bien le rose aussi, le rose, mais le rose, ça, le rose et tout ce que ça, non.) 

Ce qu’elle aime pas, Lau, elle le sait pas trop non plus. Les choux rouges. Elle aime pas trop se déclarer, on dira. Pas trop parler de ce qu’elle fait. Vous faites quoi dans la vie. Pas trop s’habiller non plus, elle aime. À vrai dire guère se laver se maquiller s’habiller. Guère sortir, le monde. Affirmer rien. Guère ne pas écrire. Elle n’aime guère ne pas écrire, Glauria. Alors, ce qu’elle aime : écrire à l’écart. S’affirmer en négatif. Envoyer des lettres d’adieu. Aimer au contraire. 

Où elle habite lui ressemble, Loy, en ce sens qu’y règne une forme d’indétermination. C’est spacieux, elle est grande. Parsemé d’habits, d’habits abandonnés. Elle craint bien que ça ne ressemble à rien. En hauteur. Tout là-haut dans sa chambrette, sa chambrette était là haut, Loire fumait des cigarettes. Loire fume, lit dans les canapés. – Elle a un chat, Loire?  – Oui. Elle jette au sol les vêtements qui ne conviennent pas, elle interroge les miroirs, elle interroge surtout l’espace entre l’habit et sa peau, elle interroge la façon dont son corps est pris dans l’habit, s’il la serre où il faut, s’il la trahit, s’il la soutient, elle interroge ce qu’il lui fait, et comment sont les fesses, qu’est-il vu de dos et que dira cette soie à qui la voit. A l’intérieur ses talons claquent sur le bois, à l’extérieur ses talons claquent sur le pavé. Pourtant rien qu’elle n’aime tant que marcher pieds nus, rien, mais Dieu sait que certaines chaussures vous donnent au corps une impulsion venue du sol, une soudaine allure, qui n’appartient à rien d’autre qu’à l’apparaître, et qui l’accomplissent ce miracle : prise de corps de l’apparition. L’apparaître est court, rare et magique. Tient à l’un ou l’autre vêtement, une mèche de cheveu, des chaussures. Tient à tout d’incertain. Une fois qu’elle quitte sa maison elle n’interroge plus aucune miroir, ça l’amènerait à rentrer chez elle derechef. L’expérience le lui a appris: elle ne doit s’adresser qu’à des miroirs avec lesquels elle a un peu d’intimité. Sinon, assaillissement par l’horreur. Une fois qu’elle sort de sa maison, elle rencontre la surprise toujours renouvelée de l’air, et ça la lave, et la joie des jambes.

Syllabes. Lèvres. Bout des doigts.  Pulpe. Pulsatile.

Elle dit surtout pas comme. Elle dit surtout pas comme sa mère. Elle fait surtout pas comme sa mère. (Ce qui est fortement handicapant car sa mère s’occupe de bien des choses primaires, des besoins, primaires, comme le rouge et le bleu entre lesquels elle ne veut pas choisir.) Il y a des tas de choses qu’elle ne fait pas. Puisque mère, faisait tout. Mais elle se tait comme elle. Là, c’est le même mur. Le même amur. Le même grand am. La même haute tour. Le même enclos des dents. La langue reposée, les cœurs battants. Tant. Tant battant, gloire et yeux baissés. Modestie face ce qui vous dépasse. L’enclos mouillé des dents, douceur liquide de la paupière reposée sur l’oeil. Et quand rarement elle fait quelque chose, elle fait comme sa mère : elle rate. Insomniaque tourne les pages, se réveille lorsque le film s’arrête. « Si maman si »,  chantonne dans son lit. Sa mère lisait, sa mère console. Floire consolée. Lire, encore. 

Tant de confusion par moments, par maman. 

Qu’être pour sa mère. 

Rien ne se passe comme dans les livres. 

Qu’est-ce qui se saisit de quoi. Parfois ça rit. Ça rime. Je retiens surtout la lumière. 

Laure a de l’espoir. Pense qu’un jour. Elle est jeune et seule. Au travers de l’appartement au lattes dorées se voit courir vers le balcon, enjamber. Elle est souvent aimée. En ces temps-là. Longtemps de l’espoir pour demain. Les uns et les autres s’aiment. Les couples se croisent et se décroisent. Demain passe à hier. L’espoir cédé autant que le désespoir. 

(C’était déjà G. C’était encore la guerre. Racine. Ne dis pas ça. Le père meurt dans les caves, ouvre un œil, glisse à Laure son secret, le secret de la mère, de son étrangeté.)

Si elle s’est parfois trouvée belle, Lol, elle s’est souvent haïe. Haïe la chair. (Non pas celle du péché, celle de la matière, de l’épaisseur. Et de l’image.) Longtemps le regard des hommes la renseigne sur un degré de séduction dont elle ne sait rien, qui l’excède. L’image lui manque. C’est une danse intérieure qui la tient, la guide, un mouvement. La sensation des jambes quand elle arpente, la hauteur du menton, le bruit des pas. Ou un vêtement neuf qui n’a pas encore eu le temps de la désillusion. Lol aime les vêtements neufs. Lola aiment ceux empruntés. 

Jusqu’à ce que l’âge. Et qu’elle puisse s’en moquer. De ce qu’elle fait comme trou dans l’image. Sa mère perdant lentement la langue qu’elle n’a jamais eue, qu’elles n’ont jamais eue, elles se parlent enfin, elles se parlent en langue. Douceur atteinte. 

tant de choses non-dites qu’un rosier en hiver soudain se prend à énoncer clairement. les yeux se baissent. le même nombre de rides aux coins.

Sa mère prend le livre qu’elle ne sait plus lire,  dit  : une vie.  Tend son doigt vers toi. Dans l’ivresse d’un nom dont elle se souvient dit : Laura, une vie. Tourne le doigt vers sa poitrine : Vie. 

Ô mère. 

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