jeudi 14 novembre 2024 · 18h54

Vie de Laura (extraits)
— atelier du samedi 9 novembre, Raconter une vie, avec Roxane Gay

Dire ce qu’elle aime, Laura, elle le sait d’abord pas, pas tout de suite. Un peu comme quand elle était petite et qu’il lui fallait dire quelle était sa couleur préférée. Elle aurait bien choisi le rouge et n’osait pas. Comme si c’était le bleu qu’il fallait, le bleu qui convenait, le bleu qui lui convenait. Alors elle répondait bleu, y mettait même une certaine conviction, presque jusqu’à y croire elle-même. Elle avait peut-être toujours eu un certain souci des conventions, avec le désagréable sentiment de ne savoir absolument pas ce qui convenait. Sans doute lui manquait-il quelque chose, sans que l’on sache quoi. Au jeu des préférences, elle disait donc bleu, ce qui ne l’empêchait pas, aussi souvent que possible, de choisir le rouge. Le pion rouge par exemple, au jeu des petits chevaux. C’est le petit cheval rouge n’est-ce pas qui gagne. Elle n’avait aucune estime pour le cheval bleu.  [...]  Lire la suite >

vendredi 15 novembre 2024 · 14h41

racines (au nom de l’impossible)

i really feel stuck
into this conflict
israel/palestine
like being stuck, at the heart, of 
the conflict
between good and evil
and feeling guilty for it
how to step out of it
without betraying humanity

je me sens vraiment coincée dans ce conflit
I/P
c’est comme être coincé au cœur du conflit
le seul peut-être s’il en est
du bien et du mal
et s’en sentir coupable

Poursuivre la lecture racines (au nom de l’impossible)
mercredi 20 novembre 2024 · 11h22

comme fortement angoissée (présomption)

comme fortement angoissée mais j’exagère. hors d’haleine à bout de souffle dans la cour de la psy. aussi parce que j’ai écrit ce texte à H. aussi à cause de ma mère. étrange ces réactions physiques, dont je ne sais rien, strictement rien de ce qui les motive. rien ne me vient à l’esprit. il n’y a que ces malaises. je suis tout le obligée de présumer. 

vendredi 22 novembre 2024 · 22h43

compliqué

compliqué en ce moment
envie de regarder des séries, de jouer aux cartes, de passer du temps sur les RS
restée au lit je crois toute la journée, pas le courage au matin d’appeler maison de repos
finalement appelé l’après-midi pour parler à l’infirmière en chef, mais c’était trop tard
j’a pu parler à l’infirmier par contre, à R,
et à ma maman (!)

j’ai écrit alors à mes frères:

« coucou
j’ai eu R, l’infirmier au téléphone
il fera attention à maman dans les prochains jours…
il a dit que si l’un de mes frères vient, il pourra lui dire ce qu’il a observé
Je n’ai pas eu l’infirmière chef, j’ai appelé trop tard
elle était déjà partie
 
mais j’ai eu maman au téléphone
c’était mignon
elle a dit que c’était mieux avant
et que c’était l’hiver depuis pas longtemps
– tu as vu, c’est l’hiver maintenant
-oui, depuis pas longtemps
-et tu as vu hier la neige
-oui mais ça on connaît déjà. y a plus rien, y a les restes.
J’ai dit Ha ha, oui oui, tu as raison, y a les restes
je lui ai dit que j’allais venir
ça l’a étonnée puis
elle a exprimé que ce sera bien quand je viens
et elle a dit qu’elle se souvient
il y a eu d’autres mots et bribes de phrases et exclamations de ma part, j’ai beaucoup dit que je l’aimais et que je pensais à elle
à la fin elle a dit au revoir » [...]  Lire la suite >

samedi 23 novembre 2024 · 09h55

une liste de plaintes oubliées
— de comportements défectueux ou manquants

mais qu’est-ce que je voulais écrire, en me réveillant ce matin, qu’est-ce que je voulais écrire à mon analyste ? que voulais-je écrire à Hélène Parker. différents points, quatre ou cinq, dont il m’apparaissait qu’on pouvait sans doute les qualifier de plaintes, de symptômes même. une liste très simple de comportements défectueux ou manquants, dont je parle peu, dont je ne parle pas. dont je ne parle plus ? (le fait que je ne sorte jamais? que je ne m’occupe de rien? que ce soit F qui s’occupe de tout? que je ne gagne pas d’argent? que je ne prépare pas à manger? que je sois totalement inadéquate face aux exigences pratiques de la vie?) c’est vraiment étrange, à ces choses, je ne penserais plus jamais qu’au réveil, je ne pense plus que dans les premiers instants du réveil. j’y aurais pensé davantage. oui, il est bien possible que j’y aie beaucoup pensé autrefois, considérablement même. voire que je n’aie pensé qu’à ça. et que face à l’impossibilité d’y pallier, ces manquements chez moi, ces tares, petit à petit, je les aie refoulés, je m’y serais faite, inadaptée, déficiente. en ne m’y confrontant plus, j’aurai trouvé le moyen de m’en épargner l’angoisse. j’ai abaissé mon niveau d’exigence. et jamais encore, je crois, quand ils réapparaissent, au petit matin, au réveil, la nuit, je ne suis allée jusqu’à les écrire, comme à chaque fois, je crois, je me le propose.  [...]  Lire la suite >

vendredi 29 novembre 2024 · 16h15

à l’heure de nulle part

  peu de choses continuent à tenir 
       (aucun travail que je puisse tenir sur la longueur)
   je ne publie plus que 
des choses sans suite
  à n'importe quel moment 
     ou de n'importe quel moment 
      (n'importe quelle année, mois, jour)
ce sont les dates (que la machine connaît, la machine blog) qui tiennent lieu 
 de rampes artificielle, d'édifice. par là me réintégrant quelque peu 
   à l'histoire.

c’est pourquoi la page MOD est la vraie page d’accueil de ce blog

samedi 30 novembre 2024 · 12h42

on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions

version du texte publié sur Facebook

on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions. je sais d’où vient que je sois obsédée par la Palestine et ce que commet aujourd’hui Israël. ça ne s’apaisera pas. ce serait lié à quelque chose de l’ordre du trauma et à la façon dont ça s’est combiné en moi pour y répondre, pour s’organiser, une organisation que je traite comme une maladie, considère comme une maladie, par où je cherche à m’absoudre, ce n’est pas moi, c’est la maladie, cette maladie honteuse qui m’a conduite à mener une vie d’inutile et d’exilée, dont le destin ne trouve à s’accomplir que dans le ratage, auquel je cherche seulement à donner un peu d’allure, à défaut d’en avoir aucune. partout: maladie. et chaque instant de ma vie tout entier tourné vers moi-même, à tenter de trouver grâce à mes propres yeux. depuis le diagnostic toutefois, relativement récent, j’ai pu finalement renoncer à exiger de moi des choses impossibles et me suis pardonnée beaucoup. [...]  Lire la suite >

lundi 2 décembre 2024 · 08h34

instagram ce matin

sur une place ensoleillée, deux enfants se serrent dans les bras,  se séparent, l’un s’éloigne vers la gauche, le visage grimaçant, l’autre avance grave vers la caméra. il s’apprête à faire un an de prison. d’autres jeunes se tiennent là, debout, témoins de la scène. ça se passe en Cisjordanie, quelque part.

extérieur. scène de foule, dense, compacte, beaucoup de femmes, il me semble, voilées, tentent de s’acheter du pain. au travers d’une fenêtre découpée dans des cloisons de tôles, probablement solidement renforcées pour résister à la pression d’une foule affamée, de longs bras se tendent, de longs doigts, les visages de voix  qui supplient. sous-titres : prends mon argent, prends-le maintenant. la femme qui prononce ces mots est refoulée. ces gens veulent acheter du pain.
sous une tente une femme au sol pleure la dépouille de son enfant morte, étouffée par cette foule.
d’autres encore sont mort.es à Gaza en achetant du pain. [...]  Lire la suite >

lundi 9 décembre 2024 · 06h53

de l’effet de quelques cigarettes (3)

je dois tout à fait renoncer à écrire jamais. et à publier. c’est la conclusion de ces récentes tentatives de travail sur le blog qui m’ont hier complètement démoralisée. j’écris un journal pour moi et basta.

il fallait cependant que j’écrive ceci, si je m’en tiens à ce que je n’écris d’ordinaire pas, à ce qui fait symptôme, c’est déjà bien. je veux écrire comment j’ai été si mal un jour, et pourquoi, et comment le lendemain, tout avait disparu : 

quand je me suis réveillée vendredi, j’étais « mal » – je mets des guillemets parce que je ne sais plus ce que ça recouvre cet « être mal », cet envahissant désagrément dont je n’ai  alors d’autre recours que de me recommander d’avoir la patience d’attendre qu’il passe -, et je ne savais pas pourquoi, mais c’était au point que j’ai eu très envie de fumer, comme si une cigarette allait régler ça, et je pensais que je donnerais le reste du paquet à H, s’il venait au soir, ou à M, ah oui, c’était le jour du concert de F et les membres du groupe devaient venir loger à la maison, les 5 membres, et c’est peut être à cause de ce concert et de cette venue chez nous que j’allais si mal (alors qu’a priori j’aime plutôt ça, a priori ou a posteriori, mais pas quand le moment se rapproche, en vrai). F est parti vers 18h30 pour accueillir les musiciens et préparer la salle,  quand il m’a prévenue qu’ils viendraient ici, les musiciens, avant le concert, je suis sortie m’acheter à manger et des cigarettes[...]  Lire la suite >

mardi 10 décembre 2024 · 06h39

rien de définitif

pour la première fois depuis longtemps hier, travaillé et écrit hier d’une façon qui m’a rendue contente.

non que je me sois dit, tiens je suis contente de ce que j’ai écrit, mais je me  je me suis rendue compte,  au souper, au dîner, que j’étais contente, joyeuse même.

Je me suis mise à travailler à un vieux rêve de je ne sais quelle année, 2+1 chiens, un rêve très court, que j’avais trouvé beau,  dont je n’avais pas tiré grand chose, mais dont il m’avait semblé qu’il en ressortait quelque chose (de beau) (d’important) qui parvient à dépasser subitement tout ce qui a lieu. [...]  Lire la suite >

mardi 10 décembre 2024 · 07h50

s’il te plaît V

s’il te plaît, V, fais ça aujourd’hui. cette soupe non mixée potimarron pois chiche fenouil pousses d’épinards.

et stp, V, aujourd’hui, retravaille au texte 2+1 chiens.
relis le rêve, vois-le.
le noir, le blanc
le n, le b
le n, la haine
le blanc, semblant
fais une phrase sur les chiens (un chien maltraité n’ayant rien à dire sur son sort, n’ayant plus droit à la parole – voué à disparaître), sur l’immixtion des sujets
et écris un texte de présentation des fracassemeurs.

vendredi 13 décembre 2024 · 07h24

que tu puisses ne pas avoir honte de moi

au lit dans le noir dans la chambre
j’essaie de faire en sorte que tu puisses ne pas avoir honte de moi et dernière l’échec apparent, percevoir la réussite.

quel échec ?
la honte de ne pas avoir de métier, d’œuvre, de nom
quelle réussite ?
mince, réussite mince. celle en tout cas d’avoir su – comme je m’en suis rendu compte récemment – me dégager de toutes les situations trop anxiogènes pour moi, me permettant finalement, sans que ça puisse hélas jamais d’aucune façon être universalisable, recommandable, de vivre de façon vraiment privilégiée, à l’abri et souvent bien. (qu’est-ce que je pourrais, de ce que j’ai vécu, faire passer à l’universel? il y a une passion du symptôme. mieux: trouver à se dégager du tout, opter pour le pas-tout.) [...]  Lire la suite >

Top