Deux heures du matin ! Et j’ai de nouveau passé la journée d’hier à regarder une série, la saison 2, la suite de la veille, alors que ça devient du grand n’importe quoi et pour apprendre finalement qu’il y aurait encore une saison 3! Olala, je n’en peux plus. Et puis mal aux dents. je n’ai plus d’huile de nigelle. Je ne sais pas pourquoi l’analyste continue de dire que j’écris bien. Je lis encore la bio de Kafka. F m’a sortie pour voir un film que j’ai trouvé bien, que nous avons trouvé superbe en vérité, de Kurosawa, d’Akira Kurosawa, Entre le ciel et l’enfer, le titre ne ressemble pas au film. Hélas, je n’ai plus de lait (je bois une Ricoré). Deux heures du matin ! Frédéric avait un peu de fièvre. Il n’entend plus de l’oreille droite.

— 04:02 —
Et donc je prétends qu’un récit, n’importe lequel, est ce qui sustente une vie, lui apporte continuité dans l’interruption. Sustente, suspend. Palestine, Industry (la série).
Ce dont je ne parle pas à mon analyste (certainement pas de la sustentation par la Palestine (quelle horreur), est-ce que l’on pressent ce dont là je m’accuse, je m’accuserais, car après tout, je n’en sais rien, je sens que ça cloche), ce qui pourtant m’obsède : la perte de mon intelligence et de la mémoire. Tous les jours, toutes les nuits je me réveille et me dispose à lui parler de ça, à l’analyste, à Hélène P, à lui écrire… puis…. suis prise par autre chose… me laisse prendre par autre chose…
— 08:46 —
Rendormie puis relevée, remise à la lecture du Kafka de Reiner Stach (que peut bien vouloir dire Stach ? Comment retenir ce nom ?) (Je me demande si cette autrice que j’aime tant, psychanalyste, amante de Lacan et dont j’oublie le nom mais que je lus beaucoup, qui écrivit Ô solitude, n’a pas elle aussi écrit sur Kafka (Catherine Millot, je crois), bien sûr je ne me souviens de rien.) Je reconnais chez lui nombre certains de mes traits, symptômes, si ce n’est qu’il est beaucoup plus jeune que moi, si ce n’est que ses difficultés sont beaucoup plus grandes (à moins qu’il n’eut beaucoup plus de talent pour en parler) si ce n’est qu’il trouva très rapidement à se raccrocher à l’écriture et qu’il eut rapidement les appuis qu’il faut (je pense à Max Brod). Si ce n’est qu’il crut à l’écriture. Si ce n’est qu’il crut à l’écriture. Si ce n’est qu’il me semble moins isolé que je ne l’ai été, que je ne le suis. On apprend avec qu’il lui fallut une quinzaine d’années avant que l’écriture romanesque ne s’enclenche véritablement, soudainement, en une nuit, au moment climax d’une crise suite à une rencontre qui le bouleverse, la rencontre de Felice Bauer. En une nuit, il écrit Le verdict (!) d’une traite, sous la dictée. Il en sort plein d’une certitude à laquelle il ne voudra plus jamais renoncer, qui était ce qu’il attendait, cherchait, et qu’il saura reprovoquer. On lit dans les semaines qui suivent cette nuit quelque chose d’une crise maniaque. Mais, avant ça, il y aura eu l’appui rêvé cherché (trouvé) dans les lettres à la jeune femme rencontrée, dans leur correspondance, même si son absence de réponse, parfois, à elle, Félice Bauer, son absence ou un mot qu’elle lui lance sans penser, le font souffrir plus que de raison. Cet appui est ce qui m’intéresse. Cet appui dans la lettre, le mode de cette rencontre. Comme si assuré qu’il était par cette correspondance, assuré, ancré, il peut, même si c’est sur un fil au dessus du vide, user de la main restée libre pour se laisser glisser dans l’écriture. Elle lui sert d’assureur.
— 09:06 —
Essayer de ne plus faire de RS le matin.
