lundi 23 septembre 2024 · 02h23

23 septembre 24 à 02h 23 min

Deux heures du matin ! Et j’ai de nouveau passé la journée d’hier à regarder une série, la saison 2, la suite de la veille, alors que ça devient du grand n’importe quoi et pour apprendre finalement qu’il y aurait encore une saison 3! Olala, je n’en peux plus. Et puis mal aux dents. je n’ai plus d’huile de nigelle. Je ne sais pas pourquoi l’analyste continue de dire que j’écris bien. Je lis encore la bio de Kafka. F m’a sortie pour voir un film que j’ai trouvé bien, que nous avons trouvé superbe en vérité, de Kurosawa, d’Akira Kurosawa, Entre le ciel et l’enfer, le titre ne ressemble pas au film. Hélas, je n’ai plus de lait (je bois une Ricoré). Deux heures du matin ! Frédéric avait un peu de fièvre. Il n’entend plus de l’oreille droite. 

 

 

— 04:02 —

Et donc je prétends qu’un récit, n’importe lequel, est ce qui sustente une vie, lui apporte continuité dans l’interruption. Sustente, suspend. Palestine, Industry (la série).

Ce dont je ne parle pas à mon analyste (certainement pas de la sustentation par la Palestine (quelle horreur), est-ce que l’on pressent ce dont là je m’accuse, je m’accuserais, car après tout, je n’en sais rien, je sens que ça cloche), ce qui pourtant m’obsède : la perte de mon intelligence et de la mémoire. Tous les jours, toutes les nuits je me réveille et me dispose à lui parler de ça, à l’analyste, à Hélène P, à lui écrire… puis…. suis prise par autre chose… me laisse prendre par autre chose…

— 08:46 —

Rendormie puis relevée, remise à la lecture du Kafka de Reiner Stach (que peut bien vouloir dire Stach ? Comment retenir ce nom ?)  (Je me demande si cette autrice que j’aime tant, psychanalyste, amante de Lacan et dont j’oublie le nom mais que je lus beaucoup, qui écrivit Ô solitude, n’a pas elle aussi écrit sur Kafka (Catherine Millot, je crois), bien sûr je ne me souviens de rien.) Je reconnais chez lui nombre certains de mes traits, symptômes, si ce n’est qu’il est beaucoup plus jeune que moi, si ce n’est que ses difficultés sont beaucoup plus grandes (à moins qu’il n’eut beaucoup plus de talent pour en parler) si ce n’est qu’il trouva très rapidement à se raccrocher à l’écriture et qu’il eut rapidement les appuis qu’il faut (je pense à Max Brod). Si ce n’est qu’il crut à l’écriture. Si ce n’est qu’il crut à l’écriture. Si ce n’est qu’il me semble moins isolé que je ne l’ai été, que je ne le suis. On apprend avec qu’il lui fallut une quinzaine d’années avant que l’écriture romanesque ne s’enclenche véritablement, soudainement, en une nuit, au moment climax d’une crise suite à une rencontre qui le bouleverse, la rencontre de Felice Bauer. En une nuit, il écrit Le verdict (!) d’une traite, sous la dictée. Il en sort plein d’une certitude à laquelle il ne voudra plus jamais renoncer, qui était ce qu’il attendait, cherchait, et qu’il saura reprovoquer. On lit dans les semaines qui suivent cette nuit quelque chose d’une crise maniaque. Mais, avant ça,  il y aura eu l’appui rêvé cherché (trouvé) dans les lettres à la jeune femme rencontrée, dans leur correspondance, même si son absence de réponse, parfois, à elle, Félice Bauer, son absence ou un mot qu’elle lui lance sans penser, le font souffrir plus que de raison. Cet appui est ce qui m’intéresse. Cet appui dans la lettre, le mode de cette rencontre. Comme si assuré qu’il était par cette correspondance, assuré, ancré, il peut, même si c’est sur un fil au dessus du vide, user de la main restée libre pour se laisser glisser dans l’écriture. Elle lui sert d’assureur. 

— 09:06 —

Essayer de ne plus faire de RS le matin.

mercredi 9 octobre 2024 · 00h09

Kafka… Ce qu’il veut, c’est n’être qu’écriture…

Ce qu’il veut c’est n’être qu’écriture et non pas, comme on le traduit souvent, que littérature (il dit bien Schreiben et non Litteratur). L’écriture étant à comprendre comme une opération de survie psychique pour Franz Kafka, très explicite à de nombreuses reprises sur ce point.

: https://carnetpsy.fr/kafka/
mercredi 9 octobre 2024 · 00h24

Kafka, après sa demande en mariage à Felice Bauer

C’est dans sa correspondance avec Felice Bauer qu’il déploie de façon précise le plus grand pan de son mal-être. En effet, après avoir formulé sa première demande en mariage explicite dans sa lettre du 16 juin 1913, il enchaîne en dévoilant à sa destinataire une profonde déhiscence en lui:

« Car je ne suis rien, rien du tout […]. Porter un jugement sur les gens et m’identifier à eux, cela je m’y entends un peu […]. Je n’ai aucune mémoire, je ne me rappelle ni ce que j’apprends, ni ce que je lis, ni ce que je vis, ni ce que j’entends, je n’ai de mémoire ni pour les êtres ni pour les événements, je me fais l’effet de rien avoir vécu, de n’avoir rien appris […]. Je ne peux pas penser, en pensant je me heurte continuellement à des limites, je peux encore saisir certaines choses isolées au vol, mais une pensée cohérente et susceptible de développement m’est absolument impossible. En fait, je ne sais pas non plus raconter ; bien plus, je ne sais même pas parler ; quand je raconte quelque chose, j’ai le plus souvent un sentiment analogue à celui que pourraient avoir de petits enfants qui s’essaient à faire leurs premiers pas. »

« La détresse de Franz Kakfa », Jean-Marie Jadin, https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2007-2-page-143?lang=fr
mercredi 9 octobre 2024 · 00h24

Kafka parle de lui dans lettre à Felice Bauer après sa demande en mariage

C’est dans sa correspondance avec Felice Bauer qu’il déploie de façon précise le plus grand pan de son mal-être. En effet, après avoir formulé sa première demande en mariage explicite dans sa lettre du 16 juin 1913, il enchaîne en dévoilant à sa destinataire une profonde déhiscence en lui :

« Car je ne suis rien, rien du tout […]. Porter un jugement sur les gens et m’identifier à eux, cela je m’y entends un peu […]. Je n’ai aucune mémoire, je ne me rappelle ni ce que j’apprends, ni ce que je lis, ni ce que je vis, ni ce que j’entends, je n’ai de mémoire ni pour les êtres ni pour les événements, je me fais l’effet de rien avoir vécu, de n’avoir rien appris […]. Je ne peux pas penser, en pensant je me heurte continuellement à des limites, je peux encore saisir certaines choses isolées au vol, mais une pensée cohérente et susceptible de développement m’est absolument impossible. En fait, je ne sais pas non plus raconter ; bien plus, je ne sais même pas parler ; quand je raconte quelque chose, j’ai le plus souvent un sentiment analogue à celui que pourraient avoir de petits enfants qui s’essaient à faire leurs premiers pas. »

SOURCE : La détresse de Kafka, Jean-Marie Jadin

J’avais publié ce texte sur Facebook, où j’y répondis ceic à un commentaire étonné :

C’est ce qu’il vit. Et se dont il tente de se protéger en écrivant sans discontinuer. Dès qu’il cesse d’écrire, l’angoisse l’envahit et les pensées suicidaires apparaissent. La rencontre avec Felice Bauer lui offrira un ancrage / encrage dans les lettres qu’il lui envoie non stop et qu’il exige d’elle en retour. Dans ses lettres, c’est comme ça, dans sa déhiscence, qu’il se présente (non sans l’effrayer), lui parlant alors de son vital recours à l’écriture. Mais c’est à dater de la première lettre qu’il adresse à Felice Bauer qu’il se met à écrire ce qui va constituer l’œuvre qu’on lui connaît. Il écrit alors en une nuit Le Verdict et trouve alors ce qu’il avait jusque là cherché dans l’écriture : la certitude.

À partir du moment où il se met à écrire à Felice, où il fait tenir sa vie au fil de cette correspondance, il peut se lancer dans sin grand œuvre, une écriture sous dictée, d’une traite, en transe et qui n’offre plus aucune place au doute. Et il se débarrasse alors de tout ce qu’il a écrit jusque là, 15 ans d’écriture.

Mais il aura fallu qu’il entame cette correspondance où tout de suite il se livre à nu, exigeant de cette femme qu’il connaît à peine la contrepartie : qu’elle ne cesse de lui écrire, qu’elle lui dise tout, qu’elle l’inonder de tous les détails les plus triviaux de son existence. Elle y consentera.

Je me réfère ici au tome 1 du Kafka de Reiner Stach, dans lequel je n’avance que lentement tant il est passionnant. Je découvre en même temps le journal de Kafka et bien sûr sa correspondance avec Felice Bauer.

samedi 2 novembre 2024 · 06h24

le mauvais interrupteur sur lequel on appuie malencontreusement

insomnies

pas pu m’endormir hier soir, tout allait bien, j’avais lu, manqué plusieurs fois de m’endormir, éteint la lumière, fermé les yeux, quand tout d’un coup, j’ai senti que non, que c’était trop tard, je ne m’endormirais pas, plus. c’est très étrange ce moment où quelque chose me signale que c’est fini, que j’ai quitté la zone d’endormissement que j’entre dans l’insomnie. lisant, j’avais peut-être attendu trop longtemps. c’est comme avoir malencontreusement appuyé sur le mauvais interrupteur. il devait être aux alentours de minuit. Frédéric a éteint sa lumière. vers une heure trente, je me suis levée et j’ai pris unanxyolitique, 1/4.
agacée par ces insomnies.
depuis combien de temps ça dure, maintenant ? je crois depuis dernier séjour à Bruxelles environ, à ce moment là que ça s’est de nouveau complètement déréglé. je ne sais plus. peut-être depuis que Jules est à Bruxelles. enfin peu importe. c’est de nouveau là et pour la première fois depuis longtemps, hors de contrôle.

Kafka

hier soir, comme je ne m’endormais pas, je pensais à tout ce qu’on s’était écrit H et moi, durant toute la journée… je pensais aussi à ce que je venais de lire de Kafka sur ses difficultés à écrire, sur ses moments d’arrêt, ses renoncements, sur le fait qu’il croyait à la possibilité de réussir à écrire sur le ratage, sur son désir de continuité, de tout le temps rester dans la force du sentiment de départ en opposition à son exigence de ne rien laisser dans son écriture au hasard, qu’il n’y ait rien de superflu, que tout corresponde à quelque chose. il avait une profonde intuition de ce que c’était écrire, bien écrire. une connaissance dont je suis totalement dépourvue. il faudrait que je reprenne ici les passages. ça y est, mal de tête. sa volonté de finir. Le fait qu’il ne croie pas au trajet pour y arriver mais à l’objet fini (à l’opposé de ce que j’écrivais moi-même il y a quelque jour…) je vais retourner me coucher.

samedi 2 novembre 2024 · 11h28

kafka, continuer, finir

ce chapitre du 1er tome du Kafka de Reiner Stach : « Le disparu : perfection et déchéance », extraits : 

p. 409
… Kafka voulait finir ses grands projets… ce qui comptait pour lui n’était pas le travail, mais bien le résultat. Le cheminement n’était pas une fin en soi, pas du tout..
p. 410
Ce que Kafka admirait le plus, et qu’il chercha avec obstination – on est tenté de dire avec une obstination incorrigible – jusque dans ses ultimes tentatives, était un absolu parachèvement formel, dans le détail comme dans l’ensemble. Cela signifiait avant tout qu’un texte littéraire devait se déployer de façon parfaitement organique à partir de son  germe fictionnel et imaginaire, sans revirement arbitraire, sans schématisme, sans hasard provoqué, sans détail superflu ou importun, ni autre impureté du même genre. 
p. 411
il voulait la « conclusion innée », celle qui s’anime déjà tel un foetus sous la surface de la toute première phrase et qui affirme peu à peu ses contours.
p. 412
Kafka savait que l’inspiration n’était pas suffisante et qu’il fallait ni plus ni moins que de l’énergie psychique, voire une sorte d’obsession délibérée, pour puiser une passion et une concentration toujours nouvelles dans un travail de plusieurs mois. Or l’état d’esprit à la fois supérieurement lucide et exalté qu’il avait défini comme son idéal créateur depuis la nuit du Verdict était forcément limité et générait de nouvelles inhibitions : le fait même d’écrire diminuait la tension; la circonstance qui avait soudain ouvert les profondeurs de sa psyché, pour sa plus grande jouissance et son plus grand tourment, était peu à peu recouverte par des expériences nouvelles, d’un autre genre; pour finir, l’oeuvre en cours générait son propre champ de forces, dictait des exigences étrangères, et le jeu se muait en devoir
p. 413-414
… Kafka ne maîtrisait donc pas son art?
Il n’en fut jamais vraiment sûr.

… il crut découvrir que seul le premier chapitre, Le Chauffeur, provenait d’une « vérité intérieure », tandis que tout le reste, soit tout de même 350 pages manuscrites, avait été « écrit comme en souvenir d’un sentiment grand mais absent de bout en bout, et donc bon à jeter » – bilan irréfutable…
Que se reprochait Kafka? D’avoir été guidé non par un « sentiment », mais par le souvenir de ce sentiment – en d’autres termes une interposition de sa conscience.
p. 416
C’est pourquoi le fait de « continuer » s’accompagne inévitablement d’un deuil, celui de la liberté et de la jouissance d’un engendrement pur.
Kafka ne manquait pas d’idées, il manquait de « continuations ». 
p. 417-418
Il n’y a pas chez Kafka de rebut narratif, ni de motif sans suite, ni de détail purement illustratif – qu’il s’agisse de la couleur d’un habit, d’un geste caractéristique ou seulement de l’indication de l’heure. Tout signifie quelque chose; tout renvoie à quelque chose; tout revient. 
….
Cette densification si radicale, qui confine aux limites du langage… 
Et plus cette trame est dense, plus la poursuite du roman devient une tâche artisanale dont la réussite exige à la fois des trouvailles sans cesse plus précises et, de la part de la conscience, un contrôle objectif sans cesse plus inflexible. Car plus le récit progresse, moins il est vraisemblable q’une trouvaille spontanée « s’insère » à l’endroit même où elle survient.
Tout cela jette une lumière décisive non pas sur la raison dernière, mais peut-être sur le moment de l’échec: c’est le moment où l’effort technique menace d’étouffer la création; la crise créative par excellence. 

jeudi 2 janvier 2025 · 05h26

comme un chien, comme un rôti

Extraits de Kafka, le temps des décisions de Reiner Stach dans le chapitre « Abandon de soi et angoisse de la sexualité »

“ Ma vraie crainte — on ne peut sans doute rien dire ni entendre de pire — est que je ne pourrai jamais te posséder. Que dans le meilleur des cas j’en resterai toujours réduit à embrasser comme un chien insensément fidèle la main que tu me laisseras distraitement, ce qui ne sera pas un signe d’amour, mais seulement un signe du désespoir de l’animal condamné au mutisme et à une distance éternelle. Que je serai assis auprès de toi et que j’éprouverai comme cela est déjà arrivé le souffle et la vie de ton corps à mes côtés et que je serai au fond plus éloigné de toi que maintenant dans ma chambre. Que je ne serai jamais capable de guider ton regard, et qu’il sera vraiment perdu pour moi quand tu regarderas par la fenêtre ou que tu mettras ton visage dans tes mains. Que je passe main dans la main et lié à toi en apparence devant le monde entier et que rien de tout cela ne soit vrai. Bref, que je reste à jamais exclu de toi, même si tu te penches si bas vers moi que cela te met en danger1. »” (p. 403)

jeudi 2 janvier 2025 · 05h37

ascèse et sculpture de soi

Extraits de Kafka, le temps des décisions de Reiner Stach :

On ne peut l’imaginer s’en remettre aux manipulations d’un psychothérapeute : il ne supportait pas que d’autres portent la main à cette sculpture de soi à laquelle il œuvrait.

Chapitre « Ascèse et liste de mariage »

A la l’annonce de ses fiançailles dans le journal – « on peut deviner quelle dose d’énergie psychique ce brusque passage du rêve au réel dut coûter à Kafka. »
p. 655

sacrifice – « Kafka avait résisté, renoncé, détruit la lettre de candidature (l’emploi que Musil lui avait proposé) qu’il avait déjà cachetée. Il avait fait un sacrifice. Et maintenant, il voulait savoir très précisément au nom de quoi. »
p. 656

angoisse – « Il ne fait guère de doute que c’est l’angoisse qu’inspirait à Kafka la porosité de son moi — angoisse d’une abolition de ses frontières personnelles, angoisse d’une désintégration, angoisse, à terme, de la mort — qui le poussa progressivement à adopter cette stratégie de survie ascétique. »
p. 664

vendredi 17 janvier 2025 · 20h02

Kafka – autojustice

Kafka, le temps des décisions de Reiner Stachs – extraits du chapitre « Autojustice : Le procès et Dans la colonie pénitentiaire« 

rire irrésistible – D’après une anecdote souvent citée, Kafka, lorsqu’il lut à ses amis le premier chapitre du Procès, aurait tant ri que « par instants il ne pouvait continuer sa lecture », tandis que ses auditeurs étaient eux-mêmes saisis d’un « rire irrésistible ». « Assez étonnant, écrivit Brod rétrospectivement, quand on songe au terrible sérieux de ce chapitre. Et pourtant, c’est la vérité.1 »

cachotterie – « Et pourtant, l’état chaotique de ses manuscrits, cause de plusieurs décennies de débats entre les spécialistes, n’a strictement rien à voir avec sa fameuse tendance à la « cachotterie ». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous ces obstacles découlent d’une décision tout à fait pragmatique de sa part en vue de discipliner son écriture.
p. 740

Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique a repoussé tout le reste dans l’accessoire et ce reste s’est atrophié d’une façon effrayante et n’en finit pas de s’atrophier.

Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique – “ Vu de la littérature mon destin est très simple. Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique a repoussé tout le reste dans l’accessoire et ce reste s’est atrophié d’une façon effrayante et n’en finit pas de s’atrophier. Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire. Mais la force dont je dispose pour cette représentation est totalement imprévisible, peut-être a-t-elle déjà disparu à jamais, peut-être me reviendra-t-elle tout de même encore une fois, les circonstances de ma vie ne lui sont certes pas favorables. C’est ainsi que je vacille, je m’élance sans arrêt au sommet de la montagne, mais à peine si je peux un instant me maintenir en haut. D’autres vacillent eux aussi, mais dans des régions basses, avec de plus grandes forces ; menacent-ils de tomber, le parent les rattrape qui marche auprès d’eux dans ce but. Mais moi je vacille là-haut, ce n’est pas la mort hélas, ce sont les éternels tourments du mourir.2 ”
p. 742

C’est la Grande Guerre, Kafka loge seul dans l’appartement de sa soeur retournée vivre chez ses parents – « Kafka entame la phase de création la plus féconde de sa vie. On peut deviner d’où provient ce brusque apport de combustible : c’est ce même quantum d’énergie que sa lutte en vue du mariage a consumé des mois et des années durant. »
p. 743

les fantasmes de châtiment resurgissent – « toutefois en même temps — les notes de son journal le prouvent. Ses vieux fantasmes de châtiment ressurgissent eux aussi, images d’une violence mécanique, dépassionnée. Écrivant la scène d’exécution du Procès, où deux bourreaux obséquieux plantent un couteau dans le cœur de l’accusé, Kafka se laisse entraîner à un point tel que, quelques secondes avant la mort de son héros, il perd le recul du narrateur et tombe soudain tête en avant dans son roman : « Je levai les mains et écartai les doigts », lit-on dans le manuscrit. Je. »
p.744

  1. “Max Brod, Über Franz Kafka, op. cit., p. 156.” ↩︎
  2. Journal, 6 août 1914. – Kafka n’ajouta qu’après coup la phrase : « Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire.  ↩︎
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