dimanche 13 août 2023 · 12h36

#03 | Blanche

Écrit à Paris, dans la nuit du 12 au 13 août, en réponse à l’atelier du 25 juin, #03 | comme je l’avais dit, Gertrude Stein

Une autre nuit, une autre nuit parisienne, en trombes la pluie tombe à un mètre de celle qui écrit fenêtres d’été ouvertes. Au bout de la rue s’entendent les battements sourds et répétitifs d’une fête.

Écrire dans la perte de la langue. Écrire dans son bégaiement. Écrire depuis ce qu’il y a, non depuis ce qu’il devrait y avoir. Voir alors ce qu’il y a. Écrire depuis les rives de la perte de ma langue, depuis mon bégaiement. Dire la langue même comme symptôme. L’exposer. La langue d’avant le polissage, la mise au pas. Est-ce que toute langue ne navigue pas sur sa perte. Je parle ici de la langue individuelle, privée, de la langue de chacun.

Si nous ne sommes plus sûrs du nom de celle qui une fois encore écrit dans le noir, nom que je vais vous rappeler, soyons sûrs de son sexe : féminin. Elle, l’autrice, l’auteure, l’auteur, s’appellerait Sonia Delarue. Le sexe, lui, est sûr et certain. Seul lieu de l’absence de doute, son sexe, son être féminin, laissons-le lui. Sonia installée dans un creux de la nuit, au bord de son canapé.

Revenons au lieu précédemment décrit, c’est de lui qu’il convient de dire un mot de plus. Le laboratoire blanc. Où l’autrice fit apparaître une figure dont elle tarde à faire un personnage. La figure d’une petite fille, d’une jeune fille de quatorze ans possiblement, ou de quinze ans plutôt, ou de seize, malheureusement. Il y a tout en elle encore de l’enfant, dans cet indéfini où elle se trouve, cette sorte d’indéfini, dans ce pourtant excessivement féminin, petite fille, jeune fille, même si la jeune fille est plus pénible à évoquer, qui dans son exploration de ce lieu blanc, découvre une trappe au plafond, la soulève, y monte, s’y installe et alors ressent ce terrible désir de rester là, cachée, dans cette soupente, de ne plus réapparaître. Au monde ne reste que ce désir, qui prend tout, et ce désir est blanc, aussi blanc que le laboratoire, il est sans sentiment, sans sensation, sans couleur, neutre, il s’impose à elle, et durant une heure, peut-être plus, elle reste là, assise dans la pénombre, ayant refermé la trappe derrière elle. Et si elle est jeune fille, alors elle se sent, je la sens là très petite fille encore. Dans ce lieu-là, elle est petite fille. Elle redevient, elle retourne. Et ce qu’elle serait comme jeune fille, serait refoulé, complètement. Quelque chose éventuellement comme tout le malheur d’être jeune fille, comme cette sorte d’horreur, ou d’extériorité à soi. Que cela vous arrive, que des choses se soient mises à vous arriver.

Quand elle se mure dans le mur, quand elle se terre sous le toit, elle redevient petite fille. Elle rejoint quelque chose de son être. Et elle a l’idée de ce fantasme qui consisterait à pouvoir voir sans être vue. Cela la prend, cette terrible envie qui consisterait à voir tout son saoul et à n’être pas vue.

Tout ça est neutre, irréel, silencieux. Irréel est le bon mot.

Maintenant, il faudrait arriver à sortir de ce laboratoire. Je ne suis pas sûre que ce soit sa mère à la petite fille, à la jeune fille, à la jeune Blanche, qui soit venue la chercher. Non elle est redescendue de sa cachette, et sera remontée, mine de rien, rejoindre sa famille.

Traversé le dépôt, pris les escaliers, grimpé, passé l’atelier, grimpé, le palier, la porte, sa clenche métallique, ouverte. Et tout de suite, l’impatience du père à son égard, l’exaspération exprimée, c’est bien vrai qu’elle est devenue jeune fille, la petite n’éveillait pas cette exaspération. L’impatience à cause de son retard. Elle ne dit rien, elle traverse le salon, elle les rejoint à table où ils étaient 4 à l’attendre.

Donc, il y a le père dont il va falloir dire quelque chose, et on le tentera, même s’il semble bien que tout son personnage, à lui, tienne dans ce mot : père. Que ce mot-là à lui seul suffirait à le désigner, à le faire apparaître, qui est-il, il est le père, il est d’ailleurs barbu.

Mais il faut d’abord, encore que je vous dise quelque chose de la présence de Blanche, fantôme à elle-même et devenue jeune fille, abondamment, excessivement, toute encombrée de son corps, dont elle maîtrise et jouit pourtant parfaitement de la conduite, de la manipulation intérieure, ce corps qui dit d’elle plus et autre chose qu’elle n’en sait elle-même, ce corps qui de l’intérieur connaît les rôles, les rôles qu’il est à sa portée et à son plaisir d’adopter, ce corps adopte toutes sortes d’attitudes qu’elle n’est pas loin d’observer comme les autres, éberluée, muette. Quel corps joue-t-il, rejoue-t-il? De l’intérieur, il invente. Des attitudes, des postures, qui sont plus fortes qu’elle et qu’elle n’est pas loin d’admirer, elle adopte ce qui s’impose à elle, et qu’il lui est physiquement agréable d’adopter. Une arrogance, disons.

Une arrogance, principalement. Qui lui vient de ce corps de jeune fille. Dont il n’est pas du tout dit qu’elle l’aime. Mais il a toutes sortes de capacité de jeu, de cosplay, et il faut qu’elle se défende. On n’en dira pas plus pour le moment, mais tout ce que son corps est devenu la met sur la défensive, l’y oblige.

Et alors que c’est vraiment en fantôme qu’elle a grimpé les escaliers, dès qu’elle a poussé la porte, qu’elle a entendu les protestations du père, tout le rôle s’est mis en place, a pris possession de son corps en jambes, en fesses, en ventre, en seins, en cou, en yeux, en cheveux. Et par dessus tout, en vêtements extravagants.

Lui, le père, à ce moment-là, c’est comme s’il n’y avait que lui dans la pièce, qui l’attend de tout sa masse d’exaspération, depuis sa place à la table,. C’est comme s’il n’y avait que lui et elle, elle qui s’avance, sur ses talons de quinze centimètres, et qui va prendre sa place à elle, en bout de table, en face de sa mère.

Une arrogance, un zeste de triomphe, habillent un abîme de silence. Elle est montagne d’indifférence.

C’est l’heure pour l’auteure de reboire un café et d’aller se coucher. Vas-y vas-y, ça suffit.

Pourtant, il y a encore quelque chose que je voulais dire, à propos de Blanche dans la soupente, il y a la pensée, le souvenir qui lui revient d’une autre petite fille. Qui fut jeune fille. Aussi dans une soupente, dans un grenier. Dont elle avait lu le livre à l’école. Cétacé.

grandes difficultés à avancer. je retourne tout le temps en arrière, je me relis, pour me lancer à nouveau. là, je me suis forcée, vraiment. il faut en fait, à chaque fois. je viens cette nuit enfin d’écrire et de rater le #03. c’est cette difficulté extrême à accepter le personnage qui, en plus des contraintes extérieures – les travaux à faire avancer qui n’ont pas avancé, ma si chère petite maman, le retour à Paris – , m’a retardée dans l’écriture, m’a empêchée de continuer. après la difficulté de faire apparaître un lieu. la difficulté de faire apparaître un auteur. j’avance dans quelque chose de totalement contre nature.

qui plus est, j’ai loupé la consigne, oubliée, la consigne du « Comme je l’ai dit... » ou bien « Comme je l’avais dit... » liée à la superbe l’autrice, à son superbe livre, découvert dans cet atelier, non connu jusque là, extrait seulement lu, The making of Americans. Gertrude Stein. je regrette beaucoup, ça m’aurait plu de le faire. est-ce que je suis parvenue à le faire un peu. est-ce que quelque chose est resté de ce que je découvrais hier d’elle, émerveillée, que j’aurais voulu avoir connue plus tôt. est-ce qu’il ne faudrait pas le refaire. mais je veux avancer, je dois avancer. le retard que je prends, ce que je ressens comme retard, me déplaît beaucoup.

Américains d’Amérique, à la réflexion, je me demande si mon père n’avait pas ça dans sa bibliothèque.

je vais relire la consigne et relire ce que j’ai écrit.

j’arrive tout de même à un deuxième personnage, à la fin du texte.

Nous, c’est ce déjà qui va devenir la clé de tout. Reprenez votre contribution #02. Isolez le personnage, celui qui est déjà là, à la fin de la #02. Et, puisqu’il est déjà là, même si vous en connaissez bien peu, tellement peu (mais c’est cela, l’enjeu de la fiction, et qui fait de notre cycle un travail du roman), c’est là que vous l’appliquerez, littéralement, humblement, la haute cheville inductrice de Gertrude Stein : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » Qui, je ? Mais, dans la #01, est-ce qu’on ne l’a pas construit cet écrivain ou cette écrivaine précisément installé·e à sa table à écrire ? Juste pour la cohérence et la boussole (que voulez-vous, c’est comme pour Christophe Colomb : le but ne se révèle que rétrospectivement, et encore, pas forcément du tout où on avait prévu qu’il soit…), mais sans y accorder plus d’importance que cela pour l’instant — sinon que, dans son Making of Americans, la voix narrative de Gertrude Stein est une nappe qui enracine totalement l’ensemble et lui donne son fondement (voir les quelques lignes de son intro en tout début de l’extrait).

Alors, la consigne ? Elle est claire, non ? On reprend le personnage ébauché à la toute fin de la #02, à peine sorti des limbes et de l’opaque, mais on commence par écrire : « Comme je l’ai dit… » ou bien « Comme je l’avais dit… » et c’est ce personnage-là qu’on fouille. Alors la question vient implicitement : quelles sont les quatre personnes les plus immédiatement en lien avec ce personnage ? Et là, on a le défi de Gertrude Stein : le principe d’expansion d’un livre impossible, mais, à quelque endroit qu’on ouvre, qu’on identifie comme tel, et qui continue de se propager de personnage à personnage.

la difficulté, ça reste le nom, c’est l’obstacle. et je me demande si je ne devrais pas renoncer à tous les noms. revenir en arrière, et débaptiser, débaptiser l’auteur.

Blanche comme nom, pour le personnage, pourrait tenir. Du moment que j’arrive à la maintenir à distance. maintenir son étrangeté. Et du personnage même donner la disparité des personnages. comme ce “dépendante indépendante” de la Martha Hersland de Gertrude Stein.

Blanche pourrait tenir aussi parce qu’apparue au laboratoire.

le train la valise le laboratoire la douche la disparition, le blanc. une phrase m’apparaît me parle. mais est-ce que ce n’est déjà pas trop. pas voulu, apparu. la #03bis permettrait de développer quelque chose de l’héritage paternel, de tirer sur ce fil, ou pas.

jeudi 17 août 2023 · 07h15

#03bis 02 – Que fallait-il, il fallait, Une situation à quatre. A quatre personnages, un quatuor. Et tout en moi qui y résistait,

C’est fait, je l’ai sorti cette nuit le #03bis, ça ne me plaît pas du tout, mais enfin, il fallait. Bien avancer. Que fallait-il, il fallait, Une situation à quatre. A quatre personnages, un quatuor. Et tout en moi qui y résistait, qui y répugnait. Je m’en rends compte : il n’ y a pas, il n’y a plus d’autres personnages dont je veuille que le mien. Bon sang. Quel. Narcissime. Prête, je ne suis plus du tout alors alors à écrire un roman? C’est fini pour moi, le roman? A ces autres personnages, quelle utilité trouver? Bien sûr, il y a la possibilité de l’invention. C’est-à-dire, il n’y a pas. Il n’y a plus pour moi. Comme je l’ai déjà dit. A moins que ça ne me vienne, me revienne. Ce que je ne vois toujours pas venir. Je fais l’atelier pour donner la chance à ça. Ici, la scène que j’ai écrite, je la crois bien absolument inutile. Je ne vois absolument pas ce qu’elle pourrait apporter. J’ai juste fait ce qu’il fallait pour avoir une scène à quatre. J’ai cherché, cherché, j’ai d’ailleurs eu d’autres idées. Mais rien qui me. Enfin, très franchement, je ne pense pas que je vais garder ce texte. Qu’est-ce que j’y aimerais dans ce texte : la pluie par la fenêtre que je ne suis par arrivée pourtant à dire. C’est la fenêtre que je ne suis pas arrivée à dire, les fenêtres. La mère qui met les plats sur la table en disant : C’est raté. Pour le reste, je pourrais tenter de régulièrement d’y revenir, et gonfler les personnages de davantage de sang, de fièvre, de paroles, de corps, d’histoire, que sais-je. Je vais essayer. Je vais essayer, d’écrire d’autres frères que ceux que j’ai écrits. Mais quel autre frère serait possible. Comment affiner les portraits. Quelle petite touche? Que sais-je de ces deux enfants? Attendre que vienne cela qui m’entraînera autre part. Je ne pense pas que je vais garder ce texte. Vraiment, ce n’est pas ce que je veux faire. Se rendre compte, qu’au fond, un roman, peut-être pas… Ou apprendre à prendre plus de liberté avec les consignes. Ou…. Ne pas trop se poser de questions, continuer….J’ai pourtant a priori confiance en ce qui s’écrit, comme j’aurais confiance dans un rêve. Qui plus est, évidemment, c’est loin, très loin de la consigne Gertrude Stein… Y a pas à dire. Gertrude Stein fit des portraits. En relire alors, l’un ou l’autre. Je suis complètement enfermée en moi-même. Altos que l’envie de faire des portraits, pour justement me rapprocher des autres, pour aller vers eux, pourrait me tenter.

Aussi, plutôt découragée par moment. J’écris trop long et la vie, les contingences, sont trop prenantes. En même temps, que je voudrais lui donner du temps, aussi, à la vie : faire à manger, courir, se promener, errer. Et je me relis plus que je ne devrais, épouvantée alors par une virgule mal placée, tentée de passer au je un texte écrit au elle, etc, je ne devrais pas tant regarder en arrière, avancer. Avancer, avancer. Qu’est-ce qui m’attend pour le #04. Boire un café, me coucher, et réfléchir à ce que j’aurais pu faire d’autre, comme #03bis. Cette scène, par exemple, à laquelle je pense également, l’écrire? Dans la nuit de demain? L’affreuse scène du bar du Zodiac ? Faire une #3bis bis? Et le rêve? « Blanche ou le non au père », Le réécrire? Un #3bis Ter?

Sur le site du Tiers Livre, dans le blog de l’atelier : #été2023 #03bis | crème à la vanille

samedi 19 août 2023 · 15h35

#04 | 0 superposer les temps

Ecrit et publié au matin du samedi 19 août à Donn, publié à la date du 2 juillet, en réponse à la propositions #04 | superposer les temps


J’ai écrit, enfin, beaucoup plus que ce que je n’aurais cru. Je suis partie de l’idée du train, de Blanche dans le train. Bien sûr, j’ai complètement foiré, puisque je n’ai pas le deuxième temps (consigne : 2 voyages en train à des années de distance, avec les mêmes personnages ; alterner de paragraphe en paragraphe les 2 années et les distinguer en usant d’italiques). Enfin, j’ai rempli la première moitié du contrat. Et ceci s’est écrit tout entier tendu dans l’idée d’en écrire la répétition. Je pourrais, plus tard, faire le parcours répété – Blanche et dans le wagon à côté, une conversation écoutée. Mais, il faut que j’avance.

Il faut que je me souvienne que j’ai enregistré ce texte.

Et que je publie ici une photo d’un extrait de Ann je-ne-sais-qui que je lis en ce moment, une américaine. Sur ce que chacun est persuadé d’avoir à faire, à propos de quoi il n’a rien lu nulle part.

Il fait beau maintenant, je vais prendre un bain, je vais manger une glace, je regrette de ne pas faire de tai chi. C’est l’été, c’est l’été. J a demandé à ce qu’on joue un jeu de société. Ches dort. Je suis contente d’avoir enfin écrit. Tant pis si c’est raté. Je dois me dépêcher.

samedi 2 septembre 2023 · 14h58

#10 et #10bis

J’ai tout à fait perdu le fil, je crois. Publié sur le site du Tiers livre, les deux textes suivants, le 10 et le 10bis (pas encore publiés ici, pas le temps).

J’ai d’abord écrit l’instance et puis le non-écrite.

Je ne m’en sors toujours pas avec les consignes…… J’ai beau m’en imprégner, j’en ressors toujours avec quelque chose complètement à côté. En même temps que je réalise des choses sur moi-même.

samedi 2 septembre 2023 · 19h28

#05 – 00 | ce qui échappe (compressions du temps) / lamento absent
— Non publié sur le site du Tiers Livre

#ateliers #été2023 #05 | ce qui échappe (compressions du temps) – atelier du 9 juillet

Première tentative, je ne l’ai écrite que parce que j’en ai eu l’idée. Je voulais vérifier à quoi ça pouvait éventuellement mener. Ça mène trop loin et je ne l’ai pas publié sur le site de l’atelier. De quoi s’agissait-il ? De plusieurs voix qui commentent un même événement. « Se saisir d’un point d’intensité du réel, et en démultiplier le récit par témoins interposés  » et aussi : « développer le récit en relation inverse à la durée dont il traite, faire récit d’une compression du temps. » Sont cités : Baudelaire, Dostoïevski, surtout Faulkner dans Le bruit et la fureur : « …six narrateurs, chacun s’exprimant par monologues disjoints. La rupture décisive avec l’ancien principe convenu de réalité, puisque la réalité n’est que la somme disjointe de ses perceptions et représentations.« 
Or, je me suis trouvée complètement bloquée face à l’invention nécessaire de ces voix, alors même que l’idée de ces multiples fois voix me parlait, m’évoquait quelque chose d’aussi fuyant il est vrai qu’insistant. Donc, je me suis lancée dans ce que j’ai fait, pour m’en débarrasser, parce que je ne parvenais pas à m’en débarrasser (de ce fantôme d’idée). Comme il s’agissait avec Faulkner d’un enterrement, et aussi peut-être à cause d’un texte (renversant) publié sur le site de l’atelier, j’ai eu l’idée de ces voix imaginées par qui projetterait de se suicider. Je ne sais pas d’où me venait l’idée. Je pensais que quelque chose pourrait revenir. Mais rien. Rien n’est revenu. Sinon ce texte, et je dois chercher autre chose. Pourquoi faut-il que je songe à la mort, à cette mort, pourquoi est-ce que je reste coincée là. C’est à chaque fois pareil finalement, en réponse à la proposition quelque chose s’impose que je n’arrive pas à chasser, malgré ma compréhension globale de la proposition, ma compréhension et mon intérêt, je n’arrive à en retenir qu’une part, de laquelle je n’arrive pas à me décrocher et dont je ne veux pas. Noter, peut-être, à chaque fois, ce qui a « accroché », ce qui s’est imposé, empêchant la venue d’autre chose. Ici, ce qui a accroché, c’est : l’idée d’un enterrement et de ces voix imaginées qui parlent suivant un cercueil, le cercueil d’une personne suicidée. Par ailleurs, cette idée, une fois que je m’y suis engagée, j’ai espéré pouvoir en profiter pour multiplier effectivement les vois voix autour de l’un ou l’autre personnage restant à développer encore, faire entendre des voix qui pourraient en dire quelque chose, mais même ça, non. J’ajoute que dans ce que j’essaie de faire ici quelque chose résiste furieusement à la saisie d’aucun personnage. L’auteur en viendrait à se demander ce qui peut à ce point résister à faire exister –  vivre – un personnage (car c’est à proprement parler tout à fait extraordinaire – ce par quoi l’auteur en passe face à ce qu’elle ressent littéralement comme un impossible et à quoi elle ne s’attendait pas, dans l’erreur complète où elle était. Et encore elle se demande s’il s’agit pour elle d’un consentement à obtenir, d’un sacrifice à faire, à moins que ce qu’elle fait : ne pas y arriver (ne pas donner la vie, ne pas faire vivre ce personnage, qu’elle ne nomme même plus ici) : ce soit exactement ce qu’elle veut faire). A moins, et beaucoup plus simplement, qu’elle ne soit juste pas romancière, après tout, cela arrive (on en voit d’autres, on n’en meurt pas, non plus).
NB : je note que tout du long je choisis de dire « voix » plutôt que « narrateur » (et que cela me coûte 2 lapsus calami – multiple voix/fois/vois).

c’est ce dont j’ai toujours rêvé, dites-vous, pourtant je n’ai rien dit de tel, d’où cela viendrait-il. je n’ai rien dit, il me semble et votre agacement. ce n’est pas le moment de se taire. non, sans doute, non. vous vous plaisez à imaginer ce qu’ils diront. comment ils pleureront tous, comment ils pleureraient. du bout de la bouche, j’avoue, un peu. elle lâche ça. cela a pu avoir lieu. mais, qu’a-t-on dit, une fois qu’on a dit ça. on a dit quoi. qu’est-ce qu’on écrase, ignore. oui, un peu, oui. peut-être ça a été.  et pourtant non. non. je l’imagine assez, la façon dont. donc, non. je l’imagine assez ou je ne peux l’imaginer. j’imagine la destruction. pour les autres. je fais partie de ceux que cette pensée arrête. et souvent j’ai cherché à trouver les mots, à laisser les mots qui auraient pu rendre acceptable. les mots pour m’excuser. donc, c’est faux de croire, de dire, d’insinuer que j’aurais pris plaisir, que je prendrais plaisir à imaginer les pensées de celles et ceux, qui m’aiment, de mes proches, le jour de ma disparition. je me sais aimée. il faudrait que la pensée à eux disparaisse, disparaisse complètement. ce qui arrive, ce qui est arrivé. qu’ils n’aient plus existé. (s’il m’est m’arrivé d’imaginer les pensées d’un tel ou d’une telle à ma disparition, c’est qu’il s’agissait de quelqu’un que je ne connaissais pas vraiment, d’un fantasme ou d’un amour, mais s’agissant de ma famille, non, il ne faudrait pas que je pense à eux.) enfin, là je suis dans l’oubli, les temps se compriment. même dans le « désir de mourir » – qu’on peut à peine appeler comme ça tant le désir précisément en est inhabité, déserté -, même dans le besoin de fuir, de s’arracher, de s’expulser, ou dans ce qui au quotidien peut se  trahir d’une façon de ne pas tenir à la vie, il y eut une progression. depuis l’enfance à aujourd’hui. mais tout de suite : c’était moi. et il m’étonna que ce ne fut pas les autres. eh bien je parle de… cette façon de ne pas tenir à la vie… s’il y eut, s’il put y avoir l’imagination un jour, une nuit, le fantasme de ce qui se dirait de moi à mon enterrement, en suivant mon cercueil, si cela eut lieu qui me dit quelque chose, ring a bell,  c’était il y longtemps, c’était dans les premiers temps. des choses lues peut-être dans des livres théoriques. et cela fut levé, comme on lève un lièvre, par le susdit psy déconcerté, et cela sonna faux, et cela refermait, ce qu’il y aurait pu avoir à dire, sur ce désir, cette volonté, cet impératif. cette intervention de l’analyste, à propos du plaisir que j’y aurais pris à imaginer le désespoir de mes proches, cela me chargeait de cela, cela augmentait la charge, et tentait de réduire ce désir de mourir à une histoire qu’on se raconte pour se faire plaisir le soir quand c’en est tellement loin, cela refermait la possibilité d’une parole. même s’il n’ y en a probablement aucune possible.  est-ce que je me mens, est-ce qu’il n’y eut cette pensée, le cinéma qu’on se fait, que la honte de la question de l’analyste, vous vous plaisez à imaginer… a refoulée, rendue dorénavant impossible ? ce qui n’enleva cependant pas. ce qui ne ramena cependant pas. l’envie de poursuivre.  l’imagination de ce que des voix auraient dit. de ce qui se serait dit. ce qui se dit de vous après votre mort. aussi  quand j’y pense, tant qu’on y est, l’imagination du posthume, de l’écrit posthume. ce qui se dirait, puis, l’écrit exhumé. et donc, il n’y eut pas de désir de punir ? sursaut. c’était il y a très longtemps, son « premier divan », quel âge a-t-elle. punir ? est-ce pour punir que j’aurais voulu mourir ? mais qui d’autre, sinon moi-même. oui, dit l’analyste se levant, qui d’autre.

Blanche, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, se lève à son tour, de sa poche tire les billets préparés, les lui tend en sortant. ce qui est étrange songe-t-elle remontant la rue vers chez elle, ce qui est étrange, c’est que j’ai été furieuse sur l’un de mes deux parents, sur papa ou sur maman, et que je ne parviens plus à m’en souvenir. il y eut un ressentiment profond, qui toujours la ramène à cette scène où, marchant dans la rue vers la boulangerie, elle avait interrogé  son frère : tu préfères qui toi, papa ou maman, sa surprise, à lui. et sa fureur à elle, à l’entendre répondre qu’il est sans préférence, elle explose de colère, contre l’un des deux, mais duquel s’agissait-il ? pendant des années elle s’en est souvenue. jusqu’à ce qu’elle oublie. est-ce que l’auteur ici ne pourrait pas décider ? est-ce que tu crois que ça a de l’importance ? ta mère aussi fut sans préférence.

samedi 16 septembre 2023 · 17h59

#12 | oreillers de l’auteure

encore une autre nuit, encore le noir et la chaleur agréable des draps les fenêtres ouvertes malgré la mi-septembre des disputes dans la rue et qu’est-ce qui dans ce moment est extraordinaire tout en ne l’étant absolument pas qu’y a t il qu’elle voudrait retenir encore empêcher  la nuit d’avancer de passer de s’en aller la vie de reprendre quelle vie le monde et son travail alors que dans sa tête rien qui ne trouve à s’élaborer rien elle le sait qui ne trouvera à s’écrire jusqu’à satisfaction à s’écrire jusqu’à avoir apporté satisfaction.

l’auteure ne s’en sort pas.

l’auteure s’est maintenant levée, elle est dans la pièce où il fait orange la nuit, elle tapote sur son téléphone, elle écrit. 

(depuis qu’elle écrit « l’auteure », c’était il y a peu, pour ce récit qu’actuellement elle tente, elle ne dit plus roman, dans le cadre donc de cet atelier, en reprenant le vocabulaire, l’auteure s’est mise, parlant, à prononcer les e muets d’un peu toutes sortes de mots, les e muets en fin de mot. ça fait « de bonne heurE », par exemple. il faut maintenant mettre ça entre parenthèse.) l’auteure est bien décidée à ne pas se prononcer sur l’écriture inclusive bien décidée à laisser les choses lui venir à la bouche, à la plume, ou pas, à ce débat elle refuse de prendre le temps de participer, elle attend que ça passe que ça passe dans les pratiques dans la sienne idem elle fera avec ce qu’il en restera, dans les usages, de la déchirure de l’écriture, c’est aussi de sa nature à l’écriture de se faire déchiqueter, déchiqueter les terminaisons, ça la déséquilibre bien sûr encore un peu plus, l’autrice, mais ça inscrit son déséquilibre dans un déséquilibrage mondial; tiens comment ça se passe dans les autres langues elle ne le sait même pas est-ce une spécificité française elle a honte de n’en rien savoir en même temps qu’elle s’en fout. quelque chose dans l’écriture perd de sa superbe, perd de son indifférence, accueille le doute du sexe les embrouilles – après tout. elle elle se tient à l’écart de ces débats, cela lui parvient de loin en loin. ça il faudra non pas le mettre entre parenthèse non mais le barrer. il y a que l’autrice a beaucoup d’autres chats à fouetter. comme celui de sa sanité mentale à préserver ayant surtout en tête la sanité mentale de l’être qu’elle a mis au monde et qui est maintenant dans ces âges qui ont été si difficiles pour elle, car qu’aura-t-il à hériter d’elle sinon la façon dont elle sera arrivée à faire face à ses monstres. lui bien sûr est jusqu’au cou dans ces histoires d’inclusion et de genre. c’est très bien.
l’inconsistance, est-ce le mot qu’elle cherchait. quelque chose de sa perception de l’inconsistance du langage, qui fait sa folie à elle, va s’inscrire dans l’écriture, dans l’alphabet, cherche à s’y inscrire. est-ce que ça va aller jusqu’à de nouvelles règles de grammaire
. l’auteure donc écrit l’auteure et parfois écrit elle l’autrice. et ça l’amuse.

il est maintenant sept heures vingt du matin cela fait bien une heure que je n’écris rien de ce que j’aurais pu vouloir écrire et le jour s’est levé, n’augurant rien de bon, voyant mes pensées s’envoler. il faut alors retourner au lit.  

il faut alors retourner au lit.

j’écrirai maintenant dans la soie odorante le lin chiffonné les rideaux tirés sur le jour la prolongation adorable de la nuit, j’écrirai dans l’épaisseur ravie de la chair enfoncée dans le matelas au niveau du pubis le souvenir halluciné de ton sexe de son sexe puis se retourner se relever fermer la fenêtre se recoucher un bras alors passé par dessus tête le chat aussi veut sa part le chat vient le chat s’allonge sur mon ventre c’est son heure à lui aussi s’avance sur ma poitrine me regarde de haut je lui souris la douceur est générale sonne le réveil du co-dormeur le chat s’éclipse 

la douceur est générale.

c’est quelle heure déjà.

devoir numéro 12, le nomologue : je ne m’en sors plus du tout, pas de lit à oreilles pour moi (pas d’oreilles tendues vers les absents présents de l’atelier en ligne). il y aura eu trop à un moment, trop à faire, à vouloir faire, c’est devenu trop
soudain c’est devenu trop
et trop a toujours été un marqueur
un signal du danger qui se traduira tôt ou tard par la transformation du
vouloir en devoir, en douloir,
et par la nécessité vite fait de s’y dérober. trop de douloirs de tous côtés, à ne plus savoir par quoi commencer à ne plus commencer; à vouloir retourner en arrière, tout reprendre du début, retrouver le fil, et sempiternellement reprendre vouloir reprendre sans plus y arriver. je parle voyons de l’actuel récit, du roman raté de l’atelier. s’égarer perdre du temps renoncer dormir tomber malade. le retrait s’organise tout naturellement la retraite se met en place tâcher d’écrire les tambours les trompettes dans la tête, maintes fois leur partition recommencée abandonnée. à un moment se dire : abandon, à un moment se dire : échec. elle monte les escaliers, les marches de bois, et ces mots lui viennent, qui lui font un peu mal, qui lui pincent un peu le coeur, et d’autres endroits sans qu’elle sache trop lesquels, beaucoup d’indiciprécisions l’ont prise ces temps-ci, elle se voit, je me souviens je montais ou est-ce que je les descendais, ces marches qu’il me fait toujours du bien au corps d’emprunter, est-ce leur hauteur, la hauteur des marches, je les remonte, je vais vers la chambre et ces mots qui se présentent : abandon, échec. ratage. je ne sais si je les chasse. les chasse-t-elle? elle ne s’attendait pas à les voir venir. je ne vous avais pas vu venir (murmure). elle ne s’y attendait pas, dans sa folie. titube-t-elle, le corps penche un peu sur la droite, contre le mur qu’elle frôle de l’épaule, se redresse, monte la dernière marche, la chambre. et alors, ça lui vient. une fois le choc passé, le mini choc, elle pincée dans le corps, par ces mots, ces mots qui reviennent, de quelque part, de pas très loin, ces mots qu’elle connaît, au fond, lui permettraient de s’y retrouver. car là, il ne reste plus grand chose d’elle au fond, là, elle très fortement embuée, la vois-tu évaporée, non? tandis que ces mots, elle les connaît, tu vois, chérie, elle les connaît pas mal, ces mots-là. pénétrant la chambre, elle entrevoit l’idée, la tentation alors de l’écrire, justement, cet abandon, cet échec, tant il est vrai qu’ils ont pris le pas sur tout autre sentiment, je veux dire tout autre sentiment disparu, elle l’écrirait dans une forme d’indifférence qui riait rejoindre la susdite inconsistance, constante inconsistance, dans la mesure où il aurait tellement fallu s’y attendre. décrire l’échec et l’abandon devenant une façon de continuer, de persévérer, de crânement transformer l’échec, l’exposer, tenir son ironique chronique, as-tu jamais voulu, petite chatte sonia, rien d’autre, qui est l’échec de l’écriture et de soi comme auteureuse. à l’écriture de l’échec échoueras-tu aussi. top.

mais pourquoi auteureuse ? hein. dit-elle riant. me dis-je à un autre moment. passant de la chambre à la cuisine, ou tournant en rond sur elle-même dans la cuisine, qui ne s’est pas à un moment ou à un autre vu.e tourner sur soi-même dans sa cuisine, 270 degrés? elle se dit, je me dis, pourquoi pas juste vivre ? pourquoi pas juste vivre ? mieux vivre d’ailleurs. mieux s’occuper de la réalité, du principe de réalité, des besoins, mieux s’occuper des besoins, de tout ce qui n’est pas l’écriture. tu n’es tu pas foutue tu de t’o
ccuper des be
soins
pourquoi ce confinement dans l’écriture. echo: pourquoi ce confinement dans l’écriture. alors que l’oubli s’en passe parfaitement, la vie. parce que quand il ne reste que la vie juste, nue, étrangement, ça serait  la douleur. tu ne sais pas de quoi je parle? je ne m’étendrai pas là-dessus. parfois elle je le senst (beaucoup de choses peuvent encore s’inventer sur les terminaisons). elle je l’ai senti voyant de moi s’éloigner la possibilité du roman, la distraction dans les personnages, les voyages entre les temps et les lieux. la cruauté de la vie nue. pourquoi d’ailleurs elle n’aurait pas plusieurs visages, la cruauté, non la vie nue.

échec de l’atelier, que je voudrais reprendre et reprendre et reprendre encore.

et alors que ma plainte étrangement je ne suis pas sûre de la vouloir entendue par personne.  

est-ce que tu ne crois pas que tu pourrais tout laisser là, je le crois, tout abandonner de ce que tu es, je le crois, et juste faire ce qu’il y a à faire. je le veux. oui, je le veux. peut-être sortir. je sors. je suis sortie. marcher. je marche. aller à la rencontre, je rencontre. ou encore faire bien les travaux, faire le ménage, faire la nourriture, grandeur de ces activités, tu le sais, grandeur, je le sais, faire les papiers. gagner l’argent. faire le sport. mettre des points où il en faut et cracher sur les fantaisies.

pourquoi l’écrire. pourquoi cet effort. tu te redis que tu n’as jamais écrit que pour te battre contre la maladie et contre cette implosion lente et certaine en toi de la parole de l’usage de la parole. « mental sanity ».

avoir de toute façon renoncé à l’amour. ce n’est pas le sujet. ça n’est pas l’actuel sujet.

cette idée : qu’arrivée au pied de l’échec elle arrive au pied de ce qu’elle a à faire : rater, rater mieux encore, et le dire.

dimanche 17 septembre 2023 · 10h01

#12 | 0=Thomas Bernhard, le fauteuil à oreilles
— du ratage, la héraulte

#été2023 #12 | Thomas Bernhard, le fauteuil à oreilles

Notes sur la consigne

Long monologue du fauteuil à oreilles, tiré de Des arbres à abattre de Thomas Bernhard. Réception dans grand appartement viennois. Narrateur assis dans un fauteuil à oreilles – des « oreilles comme des antennes, comme un appareil auditif ». Long monologue de 40 minutes. Le narrateur ressasse. Bribes de conversations qu’on entend mêlées à des souvenirs – 20 ans plus tôt le narrateur fréquentait ces gens.

Publié après-coup sur Facebook

Je pourrais dire que je regrette de n’avoir pas lu le monologue du fauteuil aux oreilles avant d’écrire ma 12, mais ce serait faux, je crois que le lire m’aurait rendu d’autant plus impossible d’écrire ce que j’ai finalement écrit et que je n’ai écrit que pour cesser d’avoir cessé d’écrire. Je l’ai écrit comme je peux, prise dans tout ce qui m’empêche en ce moment d’écrire, de continuer, toute la poix, et dans le souvenir du genre de monologue que je serais tout à fait capable de tenir à part moi, préférablement au fond de mon lit, enfin si je remonte le passé, également  au milieu d’une foule, même si jamais au grand jamais je ne m’y montrerais, je ne m’y serais montrée aussi persifleuse que TB. Je dois dire que je suis en ce moment dans de telles difficultés par rapport à l’atelier que je suis tentée par l’idée de me contenter d’écrire cet échec, l’échec de l’écriture d’un roman, écrire atelier par atelier ce que je rencontre comme point d’impossible qu’il ne m’aurait jamais autrement été donné de rencontrer, et le moyen que je trouve, ou pas, de le contourner, à ma façon. Écrire cet échec serait évidemment une réussite à quoi je devrais donc échouer étant de façon certainement définitive abonnée à l’échec, ce qu’il m’arrive heureusement d’oublier et qui m’amène à  me lancer dans des entreprises dont j’oublie la promesse d’échec, ainsi cet atelier d’été. Caramba encore raté, rater, rater mieux encore.

« D’abord le corps. Non. D’abord le lieu. Non. D’abord les deux. Tantôt l’un ou l’autre. Tantôt l’autre ou l’un. Dégoûté de l’un essayer l’autre. Dégoûté de l’autre retour au dégoût de l’un. Encore et encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’au dégoût des deux. Vomir et partir. Là où ni l’un ni l’autre. Jusqu’au dégoût de là. Vomir et revenir. Le corps encore. Où nul. Le lieu encore. Où nul. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. Jusqu’à être dégoûté pour de bon. Vomir pour de bon. Partir pour de bon. Là où ni l’un ni l’autre pour de bon. Une bonne fois pour toutes pour de bon.  »

Samuel Beckett, Cap au pire

Réponse à un commentaire / il avait fallu mettre un mot, ça a été celui-là

Ah MT non, non ce n’est certainement pas un concours pour moi. et c’est beaucoup plus léger que l’écho que j’en trouve ici… je crois que c’est drôle même un peu. c’est de l’écriture quand même… une écriture qui m’est chère… et c’est une façon de dépasser la difficulté rencontrée. c’est vrai, j’ai poussé le mot d’échec, mais il ne correspondait pas tout à fait à ce que je ressentais, les difficultés. il fallait mettre un mot, ça a été celui-là, avec lequel j’ai déjà une histoire, ça m’a permis de rebondir. un mot comme marchepied.
alors oui, j’aurais aimé que ça s’écrive, un roman, j’ai voulu croire à la magie (c’était à un moment par ailleurs très difficile que je me suis inscrite), ça allait m’aider, ça m’a aidée, ça m’a même amusée… bon, le roman, lui, résiste… or, c’est intéressant, ces points de résistance, ce que je rencontre de mes impossibles… mes solutions de contournement.. je n’en fais pas une maladie non plus (même s’il y a eu un petit covid)… et c’est vrai que je me suis sentie débordée par l’afflux de propositions mais c’était : débordée d’envies et le temps manquant… là encore, j’ai trouvé la solution : non pas tout plaquer, mais juste ne pas le faire, pas faire tout ce qu’on a envie. (et d’ailleurs, c’est à t’écrire que je m’en uis persuadée).
chaque proposition, ça a été un travail incroyable. une difficulté incroyable. le livre ! l’auteur ! le lieu ! les personnages !! le temps ! la répétition ! le corps ! mais c’est aussi parce que je me confronte à ce que je découvre comme impossible que je suis obligée d’inventer, d’inventer avec l’écriture. il n’y a que les personnages, jusqu’à présent et à mon avis pour toujours et à jamais, qui sont véritablement manquants. eh bien ce n’est pas une mince affaire que d’être confrontée à ça. je veux dire que le travail ça s’est passé là. réaliser, digérer, ce que cela révèle sur soi.
et alors, écrire encore.
quant au ratage… I mean, this is the story of my life.. The intimate story of my life. The story or the cement. d’autres l’ont dit bien mieux que moi. J’ai d’extraordinaires prédécesseurs. mais ça s’ouvre aussi comme enjeu : le ratage, le dire bien.

Deuxième réponse / « c’est raté »

je voudrais écrire pour alléger (je crois) et des petits pas de petits rats, ma foi… de jolis petits pas, je ne détesterais pas. des petits pas pas ratés, des petits pas trébuchés, j’aimerais. des petits pas de rats cabriolés. leiris – n’ai lu que Biffures et une correspondance avec bacon, je crois – autant son ‘reusement fut déterminant quant à son devenir d’écrivain, autant peut-être le fut pour moi le fait que jour après jour repas après repas ma mère gentiment nous servait à manger nous disant c’est raté. ça n’est pas l’histoire de tout le monde. non, c’est l’histoire d’une petite fille dont la mère n’a jamais rien fait sans être persuadée que c’était raté, toute confondue de haine pour elle-même, et s’en excusant. après, on se débrouille. moi-même fort attachée à ma mère je ne la trahis pas et je tiens fort souvent je l’avoue à mon cœur défendant à ne pas réussir, or très attachée aussi à mon fils, c’est une donnée nouvelle même s’il a 18 ans, et je voudrais maintenant de ce ratage dire la face sublime, la face clownesque aussi, cependant il se trouve que le mot de ratage même est fort affecté par le manque de considération qu’il trouve dans nos civilisations, du ratage on entend d’abord le drame, il faut donc que je soigne mieux mes préliminaires afin que d’en révéler la face cachée, jusqu’à un certain point totalement jouissive, et n’en vienne à trahir personne surtout pas moi, qui entre-temps, à force d’en être usée, m’y suis attachée. car le ratage détient une vérité ultime indépassable dont on peut venir à vouloir s’en faire le hérault, la héraulte. (ce qui m’embête, c’est d’être toujours aussi longue et sérieuse, et puis, je vois bien, MT, que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde ; or, le faut-il ? ne suffit-il de simplement résonner ?)

Alors, quel point d’échec

L’idée, je crois, d’avoir à écrire un monologue intérieur au milieu d’une foule, de devoir évoquer la présence de monde, je sais, ça n’était pas obligatoire, ça n’est jamais obligatoire, mais c’est ce que je ressentais comme impossible pour moi. L’exercice du monologue intérieur de 40 minutes, en soi, me paraissait facile. Enfin, surtout, je peinais beaucoup parce que je ne savais pas s’il fallait que je fasse ce #12 ou plutôt que je poursuive l’avancée des ateliers depuis le début, ou encore que je reprenne l’un ou l’autre atelier foiré. Mon esprit passait d’un atelier à l’autre sans parvenir à s’arrêter, se décider. Il y avait aussi les « Notes sur le confinement » et les mots du Livre d’un mot.

lundi 18 septembre 2023 · 16h54

#12bis | retour sur la fiction

un peu n’imp. premier essai de vidéo, de lecture. je relis mon texte, en le corrigeant. 2 x d’ailleurs. la deuxième commence à 09:10. je le referai… je suis tout à fait affreuse.

elle disait qu’elle s’était récemment rendue compte qu’il lui était de plus en plus difficile de croire à la fiction, comme si tout devenait réel. idem, ajoutait-elle, au cinéma : de l’impossibilité de voir un film violent : sur sa chaise c’est elle qui encaisse les coups, qui gémit, qui se projette sur le côté tentant d’y échapper. ou encore : sortir épuisée d’un spectacle de danse. c’est-à-dire : toujours faire corps avec ce qu’il y a, avec ce qui arrive. et donc il lui semble que pour elle la fiction, tu vois, c’est fini. la possibilité d’écrire un livre de fiction, à plus forte raison un roman… tu parles. je ne vois pas le rapport. tu ne vois pas le rapport. le rapport va venir, il va venir le rapport, il viendra. alors que justement, alors que de plus en plus, elle en ressent la nécessité intérieure, de la fiction. de quoi croire? oui, à quoi croire. je crois qu’une fiction, on y croit. voilà. donc, partout où on dit ouin ouin c’est de la fiction écartez-moi ça, faites venir la vérité ou pire la science, elle dit mais non, dans son for intérieur elle le dit, mais non, son fort for, n’écartez rien, gardez, gardez tout. bien, là dessus elle ne dira rien de plus. elle, tenez, elle a cru, en Dieu, elle ne s’en trouvait pas mal, ça lui faisait de la compagnie, des discussions. et des sensations en pagaïe? pas tant que ça, non, elle aurait bien aimé, les trucs des mystiques, ça lui aurait plu, mais elle non, rien de ça, juste qu’elle papotait avec Dieu, un peu tout le temps. c’était ça, sa sensation, ce qui lui faisait sensation. ça n’est pas si mauvais. ben non, en fait, non. qu’est-ce qui compte finalement? pas sombrer dans le désespoir, ça compte, par exemple. pour ma part, je dirais, ça compte. c’est sûr, ça compte. après, y a eu la psychanalyse, toussatoussa. enfin pas jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est ce que je dis toujours, et à raison, puis on va pas s’attarder à ca maintenant, on en garde pour plus tard, voila. elle dirait : une fiction au lieu que le vide, une fiction, n’importe laquelle, plutôt que le vide. et ce serait mal dit. une voix dans l’ombre ajouterait, de façon presqu’inaudible : c’est que cela viserait quelque chose comme le spectre d’un goulot d’effroi. d’un goulot d’effroi ! d’étranglement. c’est vrai qu’on connaît, faut bien le dire, quand ça s’étrangle. elle essaierait de dire autrement : la fiction comme lien, comme liant, comme ce qui lierait les choses les unes aux autres. elle dirait : la fiction plutôt que le réel, le réel nu, qui n’est jamais vraiment rencontré, qui d’ailleurs parfois manque, manquerait, auquel on en appelle, peut-être ne sachant pas vraiment ce qu’on fait, mais auquel il ne faudrait pas rester trop longtemps réduit. elle dit : je parle de ce qui existe, des choses qui existent, chacune individuellement, les unes à côté des autres, sans que rien ne les lie ni ne les délie, indifféremment. cela existe-t-il? est-ce que tu n’as pas l’impression que cela existe? moi je ne sais plus si cela existe. ce moment où les choses ne disent plus rien. la sorte d’ennui qui en ressort. le rideau que cela jette. mais le rideau, quel rideau. oh je ne sais pas. est-ce qu’on aime le réel? l’aime-t-on le réel? elle ajoute : je suis liée aux sensations, et je tiens à ce qui me lie. ben oui. à cause de ce sentiment, parfois, de déliaison, voilà. être une chose sans nom parmi les choses sans nom. c’est ça la déliaision. est-ce que c’est ça la déliaision. ben ça va, on a compris, pas besoin de répéter, non? cela n’a pas de mémoire, cela est sans mémoire, cela est non-remémoré. mais pourquoi répéter ça trois fois. mais tu est folle. mais je ferais mieux de barrer. est-ce que les sensations sont réelles? on tient aux mots qui décrivent le réel. c’est ça qui est aimé. je ne tiens pas spécialement à la description, je tiens à ce qui parle. il ne faut pas chercher plus loin, dès que ça parle, il y a fiction. il y a l’aspiration du grand silence. mais d’où ça vient ça. c’est ce qui te vient à toi. on dit parole, tu dis silence. c’est ce que tu connais, c’est ce que je connais. tu connais aussi le long parler, la longue parole continue. je connais. et la parole qui s’entame qui se bouscule qui se heurte qui se précipite. tu parles de la pensée, de ses emballements. le recouvrement du vide. la déliaision. il faut alors faire quoi. il est possible de prendre alors une chose et de la décrire. quant à dire que c’est possible. laquelle, quand toutes se valent. la sensation, écrire la seule chose certaine. voilà. la sensation, c’est la certitude. à défaut de croire : ressentir. mon univers de mots ne tient pas bien. il ne tient que par la colle du réel, de la sensation réelle. mal dit. ben non c’est comme ça. face aux choses, se dire : est-ce que cela me fait quelque chose, je veux dire : physiquement. tu mens. je crois que je dis toujours la vérité. sans cette colle, de la sensation, les mondes se délitent. il n’y a plus de monde. c’est là la limite de son intelligence. toujours il faut qu’elle interroge le lien, physique, la sensation, et la sensation n’appartient qu’au présent. c’est là que se perd l’histoire, le temps. dira-t-on la sourde angoisse pourtant du temps qui passe. non. dira-t-on : tu inventes. oui. il faut inventer des fictions suffisamment forte qu’on puisse s’en souvenir quand ça dérape. tu crois que c’est possible? des marchepieds d’où repartir. je pourrais parler des sensations du temps qui m’ont été offertes par la peinture, les musées, la parole de mon père. je pourrais parler de l’endroit, du moment où le temps s’est figé, cet héritage de ton père, oui, la guerre, les camps. alors ça s’est arrêté, pour lui, pour toi. est-ce que tu crois qu’il faut y revenir. non. je ne crois pas. tu pleures? c’est de l’eau. un homme que j’ai aimé le disait : c’est de l’eau. je lui disais : tu pleures, Claude ? Claude, tu pleures ? il disait : c’est de l’eau. c’est comme ça. il pleuvait, il pleurait, c’est de l’eau. c’est la nuit. c’est aussi par là qu’on survit. à le dire, ça : c’est de l’eau. le corps réagit. tu me parleras de l’histoire en peinture? de tout ce que tu veux, tu ne pleures pas pour de vrai. qui le sait. le point de déliaison est aussi le point de liaison. l’ère de l’en même temps. oui.

lundi 2 octobre 2023 · 13h04

#11 | Portrait de l’auteure en lectrice
— en cours d'écriture —

« Ce qu’elle nous présente comme forme: un écart, une reconstruction fictionnelle, une mise à distance. Ce qui est reconstruit fictionnellement, c’est comment elle l’auteur est séparée d’elle-même par cette reconstruction d’elle qui lui arrive. » François Bon, à propos de Gertrude Stein dans Autobiographie d’Alice B Toklas

donn, nuit

elle marche tout à fait dans le vide maintenant. c’est encore une autre nuit. il n’y aurait presque rien d’autre à dire.  

la tête dans l’oreiller. elle marche tout à fait dans le vide maintenant. les consignes se multiplient, ne se ressemblent pas. de la tête elle ne sait plus où. y a la 11bis qui attend. il semble que j’avais déjà parlé de ça, de l’auteure en lectrice.1  or qu’ai-je déjà dit, c’est ce que je ne sais plus et le brouillard de ce que je ne sais plus s’étend à la terre, s’étend à la nuit. or oui tu l’as dit, tu as dit la bonne lectrice que tu as été, t’es abstenue de dire la mauvaise lectrice devenue. car c’est une très mauvaise lectrice l’auteure qu’elle est devenue, très mauvaise. tu dis cela à cause de la nuit. je dis cela à cause de l’exaspération. parce que j’en ai déjà parlé et qu’il faut remettre ça.  porctrait de l’auteur en lectrice. commençons comme ceci: elle lut. l’auctrice lut. et ne lit plus ? non, ne lit plus. imagine un personnage rincé de la lecture.

se lever, repousser les couvertures, le chat suit. ce bonheur de descendre les escaliers pieds nus, ces escaliers-là en particulier, est-ce leur hauteur, chaque fois elle se demande. la nuit. elle s’éclaire à presser un doigt sur son téléphone, en maintenir la veille.

elle lut/lut-elle?elle lut/et de l’impossibité de dire comment elle ne lit plus/comment le dire/faut-il le dire/qu’est-ce à dire/elle écrit les mots qu ilui sont venus plus tôt, dans le lit, la tête sur l’oreiller ,elle tente de rattraper les mots pensés, les mots en allés.

des années aurait lu, comme passe-temps. à quelques auteurs près, ça n’aura jamais été que comme passe-temps.  tu es dans la nuit de la destruction. je suis dans la nuit. tu es dans la destruction. comme passe-temps. quoi encore ? ça fait bien dans les dîners, où tu ne vas pas. les dîners ? quoi encore ? les événements mondains. quoi encore ? la culture. destruction à tout petit niveau. of course, venant d’elle. qu’est-ce qui viendrait à un haut niveau. of course. je disais donc. elle disait. il y a encore un autre pousse-à-lire. oui, quelque chose de l’ordre d’une croyance. oui. écoute, laissons la croyance en place. tu as raison. laissons. je crois que tu as bien raison.

et pourtant dans les dîners. elle y brille pas l’autrice. sinon par sa beauté ? sinon par son absence. car comme je l’ai déjà dit, l’auteurice, et comme j’ai pas tellement envie de le répéter, l’auteurice oublie les noms d’auteurs ce qui l’empêche de prendre part aux conversations. non mais de cinéaste aussi, etc. de personnages. c’est une tare. c’est une tache. non mais tais-toi, c’est désagréable. 

débaptisation de l’autrice

on en est là. on se voit devenir désagréable. qu’est-ce qui de ça s’écrit. est-ce obligé de devenir désagréable. j’ai l’idée depuis quelques jours, qui me trotte, de débaptiser l’auteur. tu ne penses pas qu’il faudrait la débaptiser ?  oui je le pense, oui. elle ne s’en sort pas. laissons-lui une chance. ce serait pour son bien. oui, son bien. pensons ensemble à son bien.

il y a des hauts / il y a des bas / jamais de très hauts / jamais de très bas. plus jamais de très hauts, plus jamais de très bas. il y eu. et quand les bas arrivent arrivent (la vérité chère autrice, arriverait alors tout ce qui te motive comme auctrice, arriverait à reculons, a massive train of thoughts aveugle qui revient vers toi prêt à t’écraser),

je vais débaptiser l’auteure et je vais la baptiser du nom de son personnage. bonne idée. oui, c’est pas mal comme idée, c’est vrai. ou on la garderait sans nom. tu sais, je crois que finalement, ça serait encore ce qu’il y a de mieux. oui, moi aussi. ce que je préférerais. tout compte fait. l’auteure, qu’elle n’ait pas de nom, ça ne l’empêche pas d’exister. ni d’écrire. exactement, ni d’écrire, de pianoter. ce qui est dommage ça serait qu’on supprime la scène du baptême. on supprime pas. on a essayé, on laisse. qu’on vienne pas nous dire qu’on n’a pas essayé. exactement. 

on y va. 
Sonia  
au nom de je ne sais quoi et de je ne sais quoi 
de la mère ?  
ha ha
why not 
au nom de la mère et de l’autre mère et de l’arrière-terre,  
(au nom du non de la mère)
je te dépabtise
ouf, voilà c’est c’est fait, exit Sonia Delarue. 
et exit Sonia Rue.
et exit Sonia Ruhe.
tranquille

exit ce nom. 

elle, identique à la nuit qui noircit. exactement.  
on garde ça comme titre de chapitre : exactement. 

ok.  
on retourne à ses lectures ? et ses dîners ? 
à ses qualités de lectrice. elle en a cependant quelques qualités ? oui.  

une voiture passe dans la nuit. 

tu n’as pas donné le nom de ta mère. le nom de sa mère…

la triche elle est que quand même : tu dis l’auteure, ou l’autrice, tu l’as débaptisée mais t’as toujours les moyens de parler d’elle. car parler d’elle, je te dis, je le vois : c’est parler du lien de nuage qui la lie à son nom. tu aurais mieux fait de dire : nom de lauteur.trice : trou. tu aurais encore mieux faite de dire : Sonia Ruhe DelaRue : trou. tu vois que ça tient pas. fais de la poésie, si tu veux dire pour du vrai. c’est pas le point, le point c’est : brode. point brodé pour dire le nom de cette autrisse. ce qu’il faut cerner c’est c’est c’est – c’est quoi ce nom qu’elle a qui est sien qu’elle n’aime pas c’est quoi ce qui la lie à ça comment ça se nomme dit son lien à son nom, unique. et comment ce nom la sépare du monde. c’est beau ce que tu dis. oui. ce nom la sépare du monde. le monde est sans son nom. c’est ça. c’est dans le monde que ce nom est trou. tu sais qu’elle guérira pas. je sais. et tu sais pas d’où ça vient, je sais pas.

alors, parler d’elle en lectrice, c’est aussi parler d’elle et des noms qui pour elle tinrent. tu vois, reviens un peu par là chérie, grimpe un peu les rochers, reviens sur du dur, les noms qui ne s’écoulèrent pas dans la grande nuit de l’oubli. les noms qui furent les piliers de ses cathédrales. de sa cathédrale. une toute petite cathédrale alors. parfois immense. oui. parfois nombreuses.

certains noms tinrent. un certain temps, certains noms d’auteur tinrent. puis quelque chose se défit. faux. puis autre chose commença. elle changea de cathédrale. il va bien falloir finir par le dire.

comment lut-elle. dis le nom de sa mère. comment lut-elle. sa mère, à l’auctrice, s’appelle Lut. sa mère lut aussi. il n’est pas encore temps de parler de sa mère. si tu lui dis joyce, elle est dans joyce. duras ? dans duras. dostoievski ? dans dostoiev. et cætera. elle est dans la matière, elle est dans le livre. 

tout ça pas sérieux t’as raison, comment c’est mal vu mal dit mal écrit. pas sérieux.  

l’autrice est vraiment perturbée, ça fait des jours que ça dure, alors elle jette les mots qui veulent bien venir sans distinction.

quand elle lit, elle est dans la matière de ce qu’elle lit. tu crois pas qu’on l’est un peu tous. hm. elle croyait qu’il y avait un on. mais c’est de moins en moins certain. au plus ça va, au moins c’est certain, qu’il y ait le moindre on au monde, au plus elle accuse la différence. la différence de quoi. de jouissance. hm. efface

la vérité, c’est qu’on a déjà écrit le portrait de l’autrice comme lectrice et qu’on doit reporter le lecteur trice au chapitre 0, on a commencé par ça. 

de là, on ajoute. donc, comme je l’ai déjà dit, il fut un temps où l’auteur.e retenait les noms d’auteurs et puis un jour fini, elle retient plus. c’est cela. et on attribuerait ça a quoi. 

on ne peut pas tout savoir. 

une meilleure activité serait de retourner marcher dans le vide. 
indeed. 
non sans avoir préalablement un peu mâchonné. 
et se réjouir un peu de la nuit et des airs d’éternité qu’elle se donne. 
exactement. 

tu sais de quoi t’as pas parlé ? t’as oublié de dire qu’on était à l’heure où même les moucherons dorment. ça peut pas parler au lecteur. who knows ? il faudrait vérifier cela dans la littérature scientifique (Google), si les moucherons dorment. 

tu disais qu’elle ne lit plus. oui c’est mal. depuis quand ? depuis l’internet et les séries. ah ouais. et Blanche ? sa personnage ? si elle ne lit pas, ça sera autre chose. ça sera qu’on cherchera à dire autre chose d’elle. on voudrait qu’elle soit écrite indépendamment de cela. on ne sait très bien ce qu’on veut pour elle. on voudrait qu’elle soit aimée.  

inutile de consulter la littérature : les moucherons ne dorment pas.  

dormir.

lundi 2 octobre 2023 07:59

paris, nautre nuit, netit matin.

Nous savons tous comment les personnes sont faites, nous le savons. Nous sommes sans ignorance. Connaissance de la labilité, transparence complète sur les fonctionnements, géographies internes, aucun progrès encore à attendre, tout su, tout donné, reçu.  

Et donc nous pensons tous nous le pensons que tout sera toujours possible nous le pensons. Nous tous ainsi fûmes enseignés tous.  

Or, hélas, moi, Sonia-Blanche D. pourtant doit vous dire que non. Tout, non,  n’est pas possible, non. S’agissant de la Honte, avec h, tenez, que nous avons pour habitude, tous, d’écrire avec une majuscule, moi, Sonia-Blanche, D et alors que la Honte, sa localisation dans le cerveau, nous la connaissons, la Honte sa multi-localisation dans le corps, nous la connaissons, non ? Blanche-Sonia vous parlera de sa masse à elle de Honte. Sa masse Honte à elle est localisée de façon immuable dans une impasse de son cerveau,  au fond du creux d’un lobe, d’où elle ne se délogera plus, jamais, où, de jour en jour d’année en année, elle durcit davantage s’endurcit et comme elle est prise dans une poche dans un recoin à l’arrière d’un goulot d’étranglement, vous l’avez compris, elle n’en sortira plus. Je voudrais surtout que vous considériez que c’est jamais que cela n’arrivera plus jamais, que cette Honte ne la lâchera pas ne se ramollira pas, ne se diluera pas, ne s’évaporera pas, c’est une chose dont il convient absolument de se convaincre du réel de ça. Elle est née avec cette Honte là là et nul ne l’en délogera. M’opposerez-vous qu’elle n’est pas grosse, sa Honte, je vous répondrai que sa puissance est infinie. Et c’est de l’ombre de sa poche qu’elle dirige le monde de Sonia D Blanche.  

nlu tard

quoiqu’il en soit il y aura toujours la honte de Sonia blanche D dont elle ne se départira pas il n’y a  là dessus pas d’illusion à se faire 
et donc il n’arrivera pas qu’elle vienne vers vous au grand jour qu’elle sorte de son terrier qu’elle s’expose au grand j 
et s’il y avait un portrait d’elle à faire en lectrice ça serait vite fait elle ne lit plus il n’arrive plus qu’elle lise son temps de lecture aujourd’hui entièrement dépensé sur internet 

elle lut. 
lut-elle.  
elle lut (comme je l’ai déjà dit, elle lut) 
de la littérature, elle en lut.  
ne l’ai-je pas déjà dit.  

mercredi 4 octobre 23 06:43

n’y aura t il jamais que l’aveu 
la honte 
in fine 
d’autre visée que celle 
là 
en venir à l’aveu  
qu’y aurait-il 
d’autre 
que pourrait-il 

tu vois, va te coucher, te recoucher 
et cherche ça  
ce qui pourrait contrebalancer ça

souvent quand je me lève la nuit, je 
suis amenée à me dire : j’aime marcher pied nus  
les escaliers, aussi, les descendre  
pieds nus, les monter 
pieds nus 

  1. oui oui, tu l’as fait dans l’invention de l’auteur, non non, c’était dans le suivant, le zérounbis, le bloc brouillon, tu avais beaucoup trop parlé de tes lectures, mais déjà dans le zérozéro, le livre sans auteur, t’avais abusé. j’ai parlé d’elle à l’école, et comment elle aima ça mini-salope les livres, comment elle lut, dévoratrice, boulimique, comment elle fut bonne aussi, à bien tout lire, à bien tout retenir, et comment c’est par la littérature et les auteurs et leurs noms qu’elle trouva son introduction à l’histoire (avec un grand h), à la marche du temps. ensuite, j’ai raconté l’accident, les 3 mois passé au canapé, à lire découvrir Duras Beckett et Lacan, et alors à écrire. et certainement j’aurai mentionné le fait qu’elle ne lit presque plus. ↩︎
samedi 11 novembre 2023 · 14h51

#enfances #03 #01 | cheveux (rien gravi)

la perte. dis d’elle la perte
c’est impossible c’est impossible
la perte inaperçue
alors désigne, fais advenir  

alors prie 

quels cheveux
  quelle est la couleur de ces cheveux
    est-ce que c’est ça blond vénitien
quels cheveux mais quels cheveux
  et cette peau
    et le bleu de ces yeux

cela pleut sur elle, cette enfant, cela pleut, glisse

ne dit-on les compliments pleuvent, c’est ce qu’on dit, c’est bien ce qu’on dit

les compliments pleuvent et glissent sur les baleines ouvertes et cassées du  parapluie qui redescend sur elle la couvre de son incompréhension  elle oiselle à deux pattes

elle ne se dit rien à l’audition de ces commentaires

contiennent-ils la moindre malveillance ? oh ! ils n’en contiennent aucune 

les a-t-elle jamais reçus comme compliments ? jamais, non, certes, aucun

il faudrait pouvoir dire, après coup, l’épaisseur vide qui la sépare de ces compliments, jusqu’à quel point cela ne lui parle pas, ne la parle pas, jusqu’au point peut-être où elle est expulsée de ce qui se parle ­– moins elle que son corps ; elle, elle, elle  aurait voulu être comme tout le monde elle bien plutôt aurait voulu qu’on lui dise combien elle était extraordinairement comme tout le monde 

que perd-elle à être distinguée ? distinguée n’est pas nécessaire
elle aurait eu besoin de se reconnaître dans les autres, elle aurait eu besoin de se retrouver, elle aurait eu besoin de leur appartenir 

la vois-tu elle vois-tu tous les autres

ex-sister. est ce qu’il n’y a pas là étymologiquement quelque chose d’un en dehors. emprunté du latin exsistere, « sortir de, s’élever, se manifester, se montrer » ­– quand elle aurait voulu se fondre

elle existe elle est existée elle est positionnée en dehors 

je
ne m’en
n’aperçus car
je n’avais pas / perdu la tête
nul (ne s’aperçut)

je ne perdis

tu n’as pas assez prié

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