le goût de la castration

Comment donnerai-je à  mon enfant le « goût de la castration». Si la castration se situe du côté de l’histoire, du tranchant de la date, de la coupure dans le temps. Du côté de la parole, du renoncement à une vérité toute, à une identification ultime, définitive. Comment la rendre suffisamment séduisante qu’il ait le goût la force de sortir du tout à la consommation immédiate, du tout à  l’immédiateté, l’instant ? Il faudrait pour cela que j’aie pour moi-même mieux pu jouir de ces choses que je voudrais lui donner à  mon tour, après qu’elles m’aient été donné par mes parents – l’art, la culture, le goût de la lecture, de la science, du savoir. Que j’apprenne à en jouir plus surtout qu’elles se dégagent de leur vêture d’idéal, à  moins qu’il ne s’agisse de ne plus les prendre comme les moyens du maître, l’instrument qui l’installe, l’établit. Que je puisse apprendre à  me réjouir de la relativité propre à n’importe quel savoir et que mon désir de certitude s’en tienne à  celle-là . Que ce ne soit plus mon être que j’aie à défendre quand la parole je veux prendre, que j’apprenne le courage de défendre ce dont je veux parler. Que je n’aille plus à  vouloir me confondre avec ce dont je voudrais parler. Que j’ose séparer ces choses de moi pour apprendre à elles les défendre et à en apprendre le partage. Comment sortir du silence ? De mon silence et pourquoi m’y contiens-je ? Silence mien depuis l’enfance. Silence de ma mère. Pour partie, silence d’hystérique gardé sur l’inestimable valeur de ce que je vaux comme petit a, comme innommable, comme femme. Et pourquoi faut-il que ça soit si difficile de faire exister ça et malgré tout prendre part au commerce des hommes. Comment cette chose peut-elle être si forte qu’elle me tienne absolument à  l’écart de la culture, si je considère que la culture commence du moment où un discours s’organise et s’adresse. C’est que je m’y veux toute à  cet endroit, toute à cet objet, par où d’ailleurs je le trahis, parce qu’il n’existe qu’en reste, nulle part incarné, d’une division que ma parole, la mienne, seule peut opérer.

sur les traces de la lamelle

aux poignets, mes coupures, aux poignets, dans le creux de mes bras

La libidio est l’organe essentiel à comprendre la nature de la pulsion. Cet organe est irréel. Irréel n’est point imaginaire. L’irréel se définit de s’articuler au réel d’une façon qui nous échappe, et c’est justement ce qui nécessite que sa représentation soit mythique, comme nous la faisons. Mais d’être irréel, cela n’empêche pas un organe de s’incarner.
Je vous en donne tout de suite la matérialisation. Une des formes les plus antiques à incarner, dans le corps, cet organe irréel, c’est le tatouage, la scarification. L’entaille a bel et bien la fonction d’être pour l’Autre, d’y situer le sujet, marquant sa place dans le champ des relations du groupe, entre chacun et tous les autres. Et en même temps, elle a de façon évidente une fonction érotique, que tous ceux qui en ont approché la réalité ont perçue.
(Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, p. 187)

mes coupures, pour l’Autre, y marquant ma place, comme sujet –

Chaque fois que se rompent les membranes de l’oeuf d’où va sortir le fœtus en passe de devenir un nouveau-né, imaginez un instant que quelque chose s’en envole, qu’on peut faire avec un œuf aussi qu’un homme, à savoir l’hommelette, ou la lamelle.

La lamelle, c’est quelque chose d’extra-plat, qui se déplace comme l’amibe. Simplement, c’est un peu plus compliqué. Mais ça passe partout. Et comme c’est quelque chose – je vous dirai tout à l’heure pourquoi – qui a à voir avec ce que l’être sexué perd dans la sexualité, c’est, comme est l’amibe par rapport aux êtres sexués, immortel. Puisque ça survit à toute division, puisque ça subsiste à toute intervention scissipare. Et ça court.

Eh bien! ça n’est pas rassurant. Supposez seulement que ça vienne vous envelopper le visage, pendant que vous dormez tranquillement…

Je vois mal comment nous n’entrerions pas en lutte avec un être capable de ces propriétés. Mais ça ne serait pas une lutte bien commode. Cette lamelle, cet organe, qui a pour caractéristique de ne pas exister, mais qui n’en est pas moins un organe – je pourrais vous donner plus de développement sur sa place zoologique – c’est la libido.

C’est la libido, en tant que pur instinct de vie, c’est-à-dire de vie immortelle, de vie irrépressible, de vie qui n’a besoin, elle, d’aucun organe, de vie simplifiée et indestructible. C’est ce qui est justement soustrait à l’être vivant de ce qu’il est soumis au cycle de la reproduction sexuée. Et c’est de cela que sont les représentants, les équivalents, toutes les formes que l’on peut énumérer de l’objet a. Les objets a n’en sont que les représentants, les figures. Le sein – comme équivoque, comme élément caractéristique de l’organisation mammifère, le placenta par exemple – représente bien cette part de lui-même que l’individu perd à la naissance, et qui peut servir à symboliser le plus profond objet perdu. Pour tous les autres objets, je pourrais évoquer la même référence.

(Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, pp. 179,180)

l’a-pensée chewing gum
— (modalités lacaniennes

Un blog pour me libérer de la pensée qui a toujours été pour moi lieu de trop de jouissance pour finir par ne plus  tourner qu’en en rond, sur elle-même, cherchant à se mordre la queue.

Les émissions Miller à la radio de  cette semaine, m’ont permis d’entendre jusqu’à quel point la jouissance est solitaire. Eh bien, un des enjeux de ce blog serait pour moi de trouver le moyen de ne plus m’enfermer totalement dans cette jouissance. De m’en séparer, de ne plus faire corps avec elle, en passant mes pensées à l’épreuve de l’autre, du lecteur.

« Dans ma tête ça ne cesse pas de s’écrire ». Je ne cesse, mentalement, de chercher à écrire. Passerais-je à l’écriture, je sortirais de cette nécessité, je sortirais de ce qui ne cesse pas de s’écrire (en ne cessant pas de ne pas s’écrire, puisque ce n’est qu’en pensée que ça s’écrit), j’irais vers ce qui cesse de ne pas s’écrire, vers l’accident, vers la rencontre.

– le ne cesse pas de s’écrire le nécessaire, qui jouit de penser écrire, ne cesse de tourner autour du pot, de tourner autour du rien, du rien qu’il contourne, qu’il élève, pris toujours dans son mouvement,  ressassant, se jouissant.

– le cesse de ne pas s’écrire,  c’est la contingence, c’est la rencontre.  elle parle, rencontre, rend compte, s’affronte à ce qui ne cessera pas de ne pas s’écrire (l’impossible). séparer le corps des lettres, les envoyer dans le monde (il y a le corps qui prend la parole, il y a la voix, et il y a les lettres, qui passent à l’air, à l’extérieur de la tête, que l’autre entend).

– ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, c’est le réel, l’impossible, le rapport sexuel.

 ( la contingence fait reculer l’horizon de l’impossible.)

Il y a un symptôme : ma pensée qui ne cesse…
Il y a une inhibition (lisière du réel) : je n’écris pas ; je ne me confronte pas à ce qu’il ne soit pas possible de tout écrire et qu’il est une chose, par excellence, qui ne s’écrive pas : le rapport sexuel ; quand c’est l’écriture-même de ce rapport qui est à la racine de mon désir d’écrire et qui me pousse à vouloir tout penser, de sorte que je me prouve que le rapport sexuel aussi, à force, un jour, s’écrira.

Ce qui ne cesse pas de s’écrire  rêve que tout puisse s’écrire, qu’à toute chose un signifiant corresponde, qu’il n’y ait rien qui ne puisse être établi. C’est le symptôme de notre temps, l’idéal scientifique,  le fantasme, dont l’entretien assuré par la libido fait jouir. La pensée jouit. Sa constance, son entêtement, sa force, son caractère «malgré soi», mais aussi sa solitude, son silence pointent sa prise dans un processus pulsionnel. 

Aussi croirait-on sentir qu’il y a une différence entre mâcher un chewing gum et ressasser, remâcher des idées. Dans les deux cas, cependant,  quelque chose fonctionne seul, donnant à penser qu’il jouit de son seul fonctionnement. La pensée fonctionne comme une bouche qui mâchonne et ça machine, ça jouit, ça « j’ouis ».

L’autre idée, c’est que si je n’écris pas (inhibition) c’est moins que ce soit moi qui m’en empêche que l’Autre qui ne le veut pas. (si j’en avais la permission tout s’écrirait mais ça ne peut pas car l’Autre ne veut pas.
ainsi, par exemple, pourrait-il vouloir que je fasse la vaisselle (même s’il ne le dit pas).)

Le ne cesse pas de ne pas s’écrire, (…) c’est l’impossible, tel que je le définis de ce qu’il ne puisse en aucun cas s’écrire, et c’est par là que je désigne ce qu’il en est du rapport sexuel – le rapport sexuel ne cesse pas de ne pas s’écrire.
(Jacques Lacan, Encore, p. 87.)

02/05/2005 - 10:36
02/05/2005 – 10:36

télévision

au passage
hier je lis
un optimiste
qui pense croit que
bientôt la télé
ça sera
fini
qu’elle aura tellement détruit
ses spectateurs
qu’ils ne spectateront plus

(je n’y
crois pas
je pense qu’elle détruit qu’elle mine
mais surtout
qu’elle satisfait
et forge à sa
satisfaction.

je me demande: là dedans aussi, c’est la pulsion qui
maîtresse règne
je me demande comment quel
fonctionnement
quel fonctionnement eu égard à ce qu’en ont élaboré freud
et puis lacan
et puis il y a miller
qui résume en disant
la pulsion c’est ce qui

pousse le corps à
se jouir

alors, face à la télévision
quoi du corps
se jouit?
solitairement (ça, ça se conçoit)
se passant de l’autre
et du désir
qu’est-ce qui
se jouit

inconsciemment

hier soir, je disais: devant la télé le corps s’oublie
n. répond, me dit
(elle me dit)

que non, qu’au contraire
face à la télé un corps se met à peser, à s’alourdir
à s’avachir
il n’se
tient plus

est-ce que cette
pesanteur
ce corps
plus même soutenu par
les conventions du savoir-vivre, du vivre ensemble

n’est pas un corps qui justement
se déleste de l’armature du symbolique

jeunette, brune, n. disait encore, hier soir : "la prison du corps"

regardant tv, corps
se déleste de l’armature du symbolique et n’en devient que
plus pesant
(mais non souffrant, lourd seulement)
retournant à l’état de
flaque
de flasque

n’est-ce pas une
façon de dire
sa (jouissance, muette, silencieuse)

enfin, cela dit
on n’a encore rien dit
si on ne se réfère pas aussi
à ce qui
capte
et l’imaginaire flatte

on fait dès lors retour
à freud à lacan
source de la pulsion : l’organe qui troue le corps,
l’organe qui fait bord
les yeux
– ils mangent
les oreilles
– elles mangent
l’image est
complétée le sens est arrêté

le téléspectateur peut tant qu’il veut
se complaire dans l’identification imaginaire à ce petit autre d’écran auquel rien ne semble manquer et qui à rien d’autre ne l’engage qu’à la concurrence (jalousie envie compèt, voir ce que dit lacan à propos de hegel, la lutte à mort et l’identification imaginaire )

bon, enough

trop

j’abrège

je

ferme

la parenthèse

)

ts: lacan hegel la lutte à mort

la sublimation – définition

La sublimation, selon le Vocabulaire de la psychanalyse, de J. Laplanche et J.- B. Pontalis, Éditions PUF, collection Quadrige:

Processus postulé par Freud pour rendre compte d’activités humaines apparemment sans rapport avec la sexualité, mais qui trouveraient leur ressort dans la force de la pulsion sexuelle. Freud a décrit comme activités de sublimation principalement l’activité artistique et l’investigation intellectuelle. La pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés.

Ce même Vocabulaire de la psychanalyse en dit encore:

Le terme de sublimation, introduit par Freud en psychanalyse, évoque à la fois le terme de sublime, employé notamment dans le domaine des beaux-arts pour désigner une production suggérant la grandeur, l’élévation, et le terme de sublimation utlisé en chimie pour désigner le procédé qui fait passer un corps directement de l’état solide à l’état gazeux.

doute matinal (et pousse-à-la-mise-en-page)

me suis réveillée
me disant quelle folie
quelle mouche me pique encore
d’avoir (re)fait ce blog

(alors que je ne pense pense pas que cette forme me
convienne

mais pourquoi, alors le fais-je
?
ne cesse de le vouloir
et pourquoi, vouloir en passer par over-blog
espérer que les contraintes qu’il
m’impose (over-blog) m’aideront

et donc aujourd’hui
(je continuerai) à  travailler

à  la

mise en page


mots-clé:
doute, ne cesse, mise en page

doute: la faute à  l’être
ne cesse: le symptôme
mise en page: le fantasme (la mise en livre)

Publié le
Catégorisé comme to be or

naissance de la lamelle

Pour la sexualité où l’on nous rappellerait qu’est la force à quoi nous avons affaire et qu’elle est biologique, nous pouvons trouver que l’analyse n’a peut-être pas tellement contribué qu’on a pu l’espérer un temps, à l’éclaircissement de ses ressorts, sinon à en prôner le naturel en des thèmes de ritournelles jusqu’au roucoulement. Nous allons essayer d’y apporter quelque chose de plus nouveau, à recourir à une forme que Freud lui-même là-dessus n’a jamais prétendu dépasser : celle du mythe.

Et pour aller sur les brisées de l’Aristophane du Banquet plus haut évoqué, rappelons sa bête à deux dos primitive où se soudent des moitiés aussi fermes à s’unir que celles d’une sphère de Magdebourg, lesquelles séparées en un second temps par une intervention chirurgienne de la jalousie de Zeus, représentent les êtres affamés d’un introuvable complément que nous sommes devenus dans l’amour.

À considérer cette sphéricité de l’Homme primordial autant que sa division, c’est l’œuf qui s’évoque et qui peut-être s’indique comme refoulé à la suite de Platon dans la prééminence accordée pendant des siècles à la sphère dans une hiérarchie des formes sanctionnée par les sciences de la nature.

Considérons cet œuf dans le ventre vivipare où il n’a pas besoin de coquille, et rappelons que chaque fois que s’en rompent les membranes, c’est une partie de l’œuf qui est blessée, car les membranes sont, de l’œuf fécondé, filles au même titre que le vivant qui vient au jour par leur perforation. D’où il résulte qu’à la section du cordon, ce que perd le nouveau-né, ce n’est pas, comme le pensent les analystes, sa mère, mais son complément anatomique.

Et bien ! imaginons qu’à chaque fois que se rompent les membranes, par la même issue un fantôme s’envole, celui d’une forme infiniment plus primaire de la vie, et qui n’est guère prête à redoubler le monde en microcosme.

À casser l’œuf se fait l’Homme, mais aussi l’Hommelette.

Supposons-la, large crêpe à se déplacer comme l’amibe, ultraplate à passer sous les portes, omnisciente d’être menée par le pur instinct de la vie, immortelle d’être scissipare. Voilà quelque chose qu’il ne serait pas bon de sentir se couler sur votre visage, sans bruit pendant votre sommeil, pour le cacheter.

À bien vouloir qu’en ce point le processus de digestion commence, on saisit que l’Hommelette aurait longtemps de quoi se sustenter (rappelons qu’il est des organismes, et déjà fort différenciés, qui n’ont pas d’appareil digestif).

Inutile d’ajouter que la lutte serait vite engagée contre un être aussi redoutable, mais qu’elle serait difficile. Car on peut supposer que l’absence d’appareil sensoriel chez l’Hommelette ne lui laissant pour se guider que le pur réel, elle en aurait avantage sur nous, Hommes, qui devons toujours nous fournir d’un homuncule dans notre tête, pour faire du même réel une réalité.

Il ne serait pas facile en effet d’obvier aux chemins de ses attaques, au reste impossibles à prévoir, puisque aussi bien elle n’y connaîtrait pas d’obstacles. Impossible de l’éduquer, de la piéger pas plus.

Pour ce qui est de détruire l’Hommelette, on ferait bien de se garder qu’il n’en arrive qu’elle pullule, puisque y faire une entaille serait prêter à sa reproduction, et que la moindre de ses boutures à survivre, fût-ce d’une mise à feu, conserverait tous ses pouvoirs de nuire. Hors des effets d’un rayon mortel qu’encore faudrait-il éprouver, la seule issue serait de l’enfermer, à la prendre dans les mâchoires d’une sphère de Magdebourg par exemple, qui revient là, seul instrument comme par hasard à se proposer.

Mais il faudrait qu’elle y vienne toute et toute seule. Car à y mettre les doigts de la pousser pour un rien qui déborde, le plus brave serait fondé à y regarder à deux fois, crainte qu’entre ses doigts elle ne lui glisse, et pour aller où ? se loger.

À son nom près que nous allons changer pour celui plus décent de lamelle (dont le mot omelette au reste n’est qu’une métastase[1]), cette image et ce mythe nous paraissent assez propres à figurer autant qu’à mettre en place, ce que nous appelons la libido.

L’image nous donne la libido pour ce qu’elle est, soit un organe, à quoi ses mœurs l’apparentent bien plus qu’à un champ de forces. Disons que c’est comme surface qu’elle ordonne ce champ de forces. Cette conception se met à l’épreuve, à reconnaître la structure de montage que Freud a conféré à la pulsion et à l’y articuler.

La référence à la théorie électro-magnétique et nommément à un théorème dit de Stokes, nous permettrait de situer dans la condition que cette surface s’appuie sur un bord fermé, qui est la zone érogène, – la raison de la constance de la poussée de la pulsion sur laquelle Freud insiste tant[2].

On voit aussi que ce que Freud appelle le Schub ou la coulée de la pulsion, n’est pas sa décharge, mais est à décrire plutôt comme l’évagination aller et retour d’un organe dont la fonction est à situer dans les coordonnées subjectives précédentes.

Cet organe doit être dit irréel, au sens où l’irréel n’est pas l’imaginaire et précède le subjectif qu’il conditionne, d’être en prise directe avec le réel.

C’est ce à quoi notre mythe, comme tout autre mythe, s’efforce à donner une articulation symbolique que son image masque plutôt.

Notre lamelle représente ici cette part du vivant qui se perd à ce qu’il se produise par les voies du sexe.

Cette part n’est pas certes sans s’indiquer en des supports que l’anatomie microscopique matérialise dans les globules expulsés aux deux étapes des phénomènes qui s’ordonnent autour de la réduction chromosomique, dans la maturation d’une gonade sexuée.

À être représentée ici par un être mortifère, elle marque la relation à laquelle le sujet prend sa part, de la sexualité, spécifiée dans l’individu, à sa mort.

De ce qui s’en représente dans le sujet, ce qui frappe, c’est la forme de coupure anatomique (ranimant le sens étymologique du mot : anatomie) où se décide la fonction de certains objets dont il faut dire non pas qu’ils sont partiels, mais qu’ils ont une situation bien à part.

Le sein, pour y prendre l’exemple des problèmes que suscitent ces objets, n’est pas seulement la source d’une nostalgie « régressive » pour avoir été celle d’une nourriture estimée. Il est lié au corps maternel, nous dit-on, à sa chaleur, voire aux soins de l’amour. Ce n’est pas donner là une raison suffisante de sa valeur érotique, dont un tableau (à Berlin) de Tiepolo dans son horreur exaltée à figurer sainte Agathe après son supplice, nous paraît plus proche dans l’idée.

En fait il ne s’agit pas du sein, au sens de la matrice, quoiqu’on mêle à plaisir ces résonances où le signifiant joue à plein de la métaphore. Il s’agit du sein spécifié dans la fonction du sevrage qui préfigure la castration.

Or le sevrage est trop lié dans l’expérience aux fantasmes du morcellement de la mère pour que nous ne soupçonnions pas qu’il faille en placer le plan de partage entre le sein et la mère, que le sevrage, c’est le sein perdu comme cause dans le désir.

Et il nous faut, nous souvenant de la relation de parasitisme où l’organisation mammifère met le petit, de l’embryon au nouveau-né, par rapport au corps de la mère, concevoir le sein comme relevant autant du domaine de l’organisme en formation, que l’est le placenta.

La libido, c’est cette lamelle que glisse l’être en son point de disjonction. Fonction de l’animal en sa racine, et que matérialise chez tel d’entre eux la chute subite de son pouvoir d’intimidation à la limite de son « territoire ».

Cette lamelle est organe, d’être instrument de l’organisme. Elle est parfois comme sensible, quand l’hystérique joue à en éprouver, à l’extrême, l’élasticité.

Le sujet humain a ce privilège de symboliser le sens mortifère de cet organe, qui tient à l’effet réel de la sexualité, parce que le signifiant comme tel, a, en le pétrifiant par première intention, fait entrer en lui le sens de la mort. (La lettre tue, mais nous l’apprenons de la lettre elle-même). C’est ce par quoi toute pulsion est virtuellement pulsion de mort.

L’important est de saisir où se fait l’enracinement de l’organisme dans la dialectique du sujet. Cet organe de l’irréel dans l’être vivant, c’est lui que le sujet à un moment vient placer au temps où s’opère sa séparation. C’est de sa mort que réellement, il fait l’objet du désir de l’Autre.

Tous les objets autres qui vont venir à cette place, en seront des substituts empruntés à ce qu’il perd, l’excrément, ou à ce qu’il trouve dans l’Autre qui soit support de son désir : son regard, sa voix.

C’est à les tourner pour en eux reprendre, en lui restaurer sa perte originelle que s’emploie cette activité qu’en lui nous dénommons pulsion (Trieb).

Il n’est pas d’autre voie par où se manifeste dans le sujet l’incidence de la sexualité. La pulsion en tant qu’elle représente la sexualité dans l’inconscient n’est jamais que pulsion partielle. C’est là la carence essentielle, à savoir celle de ce qui pourrait représenter dans le sujet, le mode en son être de ce qui y est mâle ou femelle.

Ce que notre expérience démontre de vacillation dans le sujet concernant son être de masculin ou de féminin, n’est pas tellement à rapporter à sa bisexualité biologique, qu’à ce qu’il n’y a rien dans sa dialectique qui représente la bipolarité du sexe, si ce n’est l’activité ou la passivité, c’est-à-dire une polarité pulsion-action de l’extérieur, qui est tout à fait impropre à la représenter dans son fonds.

C’est là où nous voulons en venir en ce discours, que la sexualité se répartit d’un côté à l’autre de notre bord en tant que seuil de l’inconscient, comme suit :

Du côté du vivant en tant qu’être à être pris dans la parole, en tant qu’il ne peut jamais enfin y tout entier advenir, dans cet en-deçà du seuil qui n’est pourtant ni dedans ni dehors, il n’y a d’accès à l’Autre du sexe opposé que par la voie des pulsions dites partielles où le sujet cherche un objet qui lui remplace cette perte de vie qui est la sienne d’être sexué.

Du côté de l’Autre, du lieu où la parole se vérifie de rencontrer l’échange des signifiants, les idéaux qu’ils supportent, les structures élémentaires de la parenté, la métaphore du père comme principe de la séparation, la division toujours rouverte dans le sujet dans son aliénation première, de ce côté seulement et par ces voies que nous venons de dire, l’ordre et la norme doivent s’instaurer qui disent au sujet ce qu’il faut faire comme homme ou femme.

Il n’est pas vrai que Dieu les fit mâle et femelle, si c’est le dire du couple d’Adam et Ève, comme aussi bien le contredit expressément le mythe ultra-condensé que l’on trouve dans le même texte sur la création de la compagne.

Sans doute y avait-il auparavant Lilith, mais elle n’arrange rien.

[1] Il nous revient qu’à l’enseigne du bon lait, on se gausse de nos références à… la métastase et la métonymie (sic). Donnons là l’occasion à la bouse de vache de sourire.

[2] On sait que ce théorème démontre que le flux de rotationnel provenant de la surface s’égale à la circulation de rotationnel sur le bord fermé où elle s’appuie, laquelle est constante. Ce rotationnel est obtenu comme dérivé des variations d’un vecteur lesquels sont définies pour chaque point de bord et de surface, en fonction de son voisinage.

 

Jacques Lacan, Écrits, « Position de l’inconscient au congrès de Bonneval – reprise de 1960 en 1964 », Seuil, Paris, 1966.
Position de l’inconscient (texte complet)

ce qui ne cesse (pas de s’écrire) et cyberculture

la « cyberculture » fonctionne sur un mode pulsionnel, où « ça ne cesse pas de s’écrire », à l’instar de l’inconscient qui ne calcule ni ne juge et qui ignore le temps. « ça jouit et ça sait rien », cette démultiplication de sens perdus, qui vont à la dérive, ne saurait recouvrir l’absence de sens du sens.

ce qui se trouve nié, dans cette éternisation, c’est le réel. la prolifération des écrits sur internet, témoigne de cette volonté de croire que le symbolique recouvrira, à force d’approximations, totalement le réel. alors que de celui du corps, de la mort et du sexe, elle ne veut rien savoir. ce réel-là exige le passage à la limite, exige qu’un saut par-dessus le vide soit fait. le symptôme ne cesse de refaire ce saut. et s’il ne cesse, de parler à l’encan, c’est qu’il lui faudrait, pour cesser, que sa cause soit entendue. que vienne à se savoir sa cause, sa raison d’être. ce à quoi il a affaire. il lui faudrait la présence de l’autre (« ce mystère de la présence »). il lui faut la rencontre.

or, si la « cyberculture » croit au copier-coller, à la répétition du même, à l’interprétation, elle ne veut pas de la coupure, de l’arrêt. il faut que ça soit fluide, que les connexions soient permanentes. l’amour pourtant, celui qu’il faut pour que « la jouissance condescende au désir », exige le nom, et même le nom propre. enfin, c’est ce qu’il me semble et ce qui s’entend dans les écrits de duras par exemple. le nom, la folie du nom dit, est au plus proche, dans l’étrangeté, de celle de symptôme.

hors-la-loi, l’amour et … cyberculture

enfin, vu qu’on a eu la bonté de me répondre, malgré la honte donc, j’ai continué :

bien le bonjour,

si je suis intervenue, c’est qu’il y a quelques jours, j’ai commencé de lire un livre sur internet. chaque fois que je voulais avancer, il fallait que je clique sur une flèche qui allait vers la droite. si d’aventure, j’avais voulu revenir en arrière, je pouvais cliquer sur une flèche qui allait vers la gauche. c’est là que je me suis rendu compte que le livre me manquait, que sa « totalité » me manquait – qu’il me manquait le « un » du livre. que j’aurais eu envie de pouvoir lire quelques mots des dernières pages, quelques bribes au milieu, décider de le reprendre depuis le début. m’installer pour ça dans un canapé ou sur mon lit. ma frustration s’est plus moins vaguement formulée en ces termes : internet me force à avancer de proche en proche, dans un processus métonymique, sans que je puisse véritablement savoir quelque chose de la totalité de l’objet que j’investis (délocalisation, etc.) – et j’ai arrêté ma lecture. je suis passée à autre chose. donc, effectivement, à ce niveau-là, la « totalisation » manque, fait défaut. « totalisation » qui s’est peut-être vue remplacée par ce qu’on désigne sous le terme de « globalisation ». qui est un terme très flou, qui semble devoir pouvoir « tout » englober. là on retrouve le « tout » et c’est un « tout » illimité. à mon avis le plus totalitaire qui soit. le livre qui me manquait, c’est celui auquel sa chair aurait donné une forme d’indépendance par rapport à ce tout-flou. là où il y a le corps,   y a d’l’un » (comme disait l’autre). et la métaphore, c’est ce dont elle s’occupe. qu’on ne veuille plus de l’identité, c’est une chose, il n’empêche, que « lom », c’est c’est celui « cahun un corps et nan-na Kun ».

donc, voilà, c’est ce que je voulais dénoncer dans ce que j’appelle processus de métonymisation, qui peut lui aussi croire à un « tout» dire possible, un « tout dire » qui se perd dans une infinitisation. infinitisation qui rappelle éventuellement l’espace, que découvre lacan dans encore, de la jouissance féminine – l’espace, infinitésimal, de la tortue, qui n’atteindra jamais la fin de la course. espace de la jouissance féminine qui, lui aussi, se localise ailleurs que dans le corps, se « délocalise ». bon, très bien. sans que je sois sûre que cet rapprochement tienne le coup d’une analyse plus poussée, j’ajoute quand même que cette jouissance peut être ravageante. c’est pour ça que je me suis souvenue de je ne sais plus quel livre de duras où la femme demande à l’homme qu’il lui dise, crie son nom, « Aurelia Steiner ». est-ce que c’est ça , c’est bien elle, « Aurelia Steiner » ? de nom, aussi, au départ, on n’en n’a qu’un. ce nom, non plus, on ne l’assume plus. et je suis bien placée pour en parler.

par ailleurs, en tout cas, c’est ce qu’on dit : au plus ça va, au plus les gens écrivent, au moins ils lisent. de plus en plus attachés à leur symptôme, ils ont perçu la valeur de vérité de la fiction de leur fantasme et ne veulent plus cesser de le déballer. c’est la faute aux analystes. on leur a dit  « causez, causez, dites n’importe quoi, il en sortira toujours quelque chose… » et les voilà pris dans une jouissance dont ils ne peuvent plus sortir, les voilà a-parolés. que ça soit sur les ondes ou derrière un écran. prisonniers d’une vérité qu’ils font sourde reine, qui les dépasse, qu’ils ne sauraient avoir de cesse de ramener à la « normalité». je dis « ils », je dis « on », je dis « les gens», c’est des trucs à quoi je crois, et dans ce « ils», dans ce « on », dans « ces gens », je m’y inclus.

là, il faudrait que je conclue, que je fasse vite, parce que j’ai déjà été suffisamment longue. je m’étale. je n’ai, pour ma part, sur internet, fait aucune rencontre, si ce n’est celle de l’homme pour qui j’ai quitté mon pays ma ville (relocalisation) et dont je tiens l’enfant qu’il m’a donné sur les genoux au moment où je vous écris.

quant à ces commentaires auxquels nous nous livrons pour le moment, c’est vrai qu’ils me permettent de mettre certaines idées au clair. cela arrive donc quelquefois. je vous remercie pour cela. je n’en suis néanmoins pas coutumière, des commentaires, et pour ce que j’en observe, je constate que souvent, ils servent à mettre des petits mondes d’accord, à constituer de petites communautés, de petites tribus qui vivent entre eux, qui s’entretiennent, cultivent leurs liens, soignent leur audience, surveillent leur audimat, perdent tout sens critique, pensent en terme de hits. qui se rapprochent d’aller vers le tous pareils, le prochain, le même, la norme.

alors que le symptôme, comme l’amour, est hors-la-loi.

si vous m’avez lue jusqu’ici, je vous en remercie. je n’aime pas beaucoup le ton que j’adopte. qui vaut peut-être mieux que de ne rien dire. et dont je ne crois pas qu’il soit le mien. en tout cas, internet permet ça, de sans lancer sans trop réfléchir. moi non plus, je ne crois vous avoir répondu. et je m’en excuse.

À  propos de la honte (1)

en vitesse, une petite citation, tirée d’un texte de jacques-alain miller:


On pourrait aussi essayer ceci que la culpabilité est un rapport au désir tandis que la honte est un rapport à  la jouissance qui touche à  ce que Lacan appelle, dans son « Kant avec Sade», «le plus intime du sujet». Il l’énonce à  propos de la jouissance sadienne en tant qu’elle traverserait la volonté du sujet pour s’installer en son plus intime, ce qui lui est plus intime que sa volonté, pour le provoquer au-delà  de sa volonté et au-delà  du bien et du mal, en atteignant sa pudeur – terme qui est l’antonyme de la honte.

on trouvera l’entièreté du texte là  : Note sur la honte


la fiction de ma vie

séance d’hier
– la fiction, j’en rêve…
– vous en REVEZ?
– ben oui, pour me débarrasser de la psychanalyse. me débarrasser de moi.

au sortir: je n’ai pas du tout envie qu’on pense que je veux voudrais devrais pourrais écrire de la fiction. qu’on pense que mon désir soit là . et qu’à  nouveau on veuille m’en embarrasser.

le jour après: mais souligner que je « rêve » de la fiction, n’implique pas nécessairement qu’on pense que mon désir soit là .

je veux me débarrasser de l’écriture. je veux me débarrasser de mon lien malade à  l’écriture. je veux justement cesser de « rêver » d’écrire. ça en passe par écrire. ça en passe par écrire, ça en passe par le faire. ce blog pourrait me le permettre.

je ne pense pas que je puisse retourner à  la fiction. et il est vrai que la psychanalyse, la pratique de la psychanalyse, a entraîné que je me suis passionnée pour la fiction que j’y découvrais, que j’y construisais, de ma vie.

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