lundi 23 février 2026 · 20h55

Sur la psychose ordinaire cours 1 &2 Section clinique de Bruxelles 2025

Je livre ici, tels que je les ai trouvés sur internet, les résumés de deux séances de l’un des cours de la Section clinique de Bruxelles de cette année (2025/26) intitulé « Bouleversements contemporains du diagnostic ». Ce cours est assuré par trois enseignants. Ce sont ici deux cours de Mme Monique Kusnierek.

cours du 27/09/2025 – Monique Kusnierek

Resserrage effectué par Dorothée Cols, participante à la Section clinique de Bruxelles, avec la contribution de Monique Kusnierek.

Lors de son premier cours, Monique Kusnierek a retracé une partie du chemin qui mène vers la psychose ordinaire1. Ce terme a été introduit, pour la première fois, par JAM lors de la Convention d’Antibes en 1998. Plus précisément, il résulte de trois conversations successives des Sections cliniques (Angers 1996, Arcachon 1997 et Antibes 1998).

Avant d’en venir à ces trois conversations, MK rappelle que, dans sa théorie classique2, Lacan formalise l’Œdipe à partir du schéma de la métaphore : dans la névrose, le Nom-du-Père vient se subsituer au désir de la mère et lui donner une signification phallique. Il indique encore que le Nom-du-Père est dans l’Autre, le signifiant de l’Autre en tant que le lieu de la loi – celui qui donne support à la loi. Il appréhende alors la psychose à partir de la forclusion du NDP.

Peu après, il mettra l’accent, au contraire, sur l’inexistence de l’Autre de l’Autre, sur l’absence de garantie dans l’Autre. La forclusion vaut dès lors pour tous, elle est généralisée3 et la clinique s’appréhende de manière continuiste. Il distingue alors le Nom-du-Père, comme élément signifiant, et la fonction NDP – barrer le désir de la mère, barrer la jouissance –, et il introduit la pluralisation des noms-du-père. À noter qu’il faut se référer au dernier enseignement de Lacan pour penser la psychose ordinaire.

A Angers, en 19964, sur le chemin de l’invention de ce terme de psychose ordinaire, JAM indiquait que névrose et psychose sont déjà susceptibles d’une perspective commune et continuiste à partir de l’articulation causale entre le signifiant et le signifié, au moment même où cette articulation se rompt. Pour chaque être parlant, le désir de la mère vaut en effet comme un x, une inconnue : dans la névrose, il prend la valeur de signification phallique ; dans la psychose, ça fait énigme.

Mais quand nous apercevons que le signifiant n’est pas transparent ni évanescent, qu’il a sa densité propre, qu’il ne meurt pas, qu’il ne s’évanouit pas dans les bras du signifié dont il accouche, alors on s’aperçoit que les signifiants ne parlent qu’aux signifiants. En général ces signifiants entre eux conspirent, ne nous veulent pas du bien. Et bien, cette lueur de lucidité, nous l’avons (chez le non-psychotique) dans la surprise où nous récupérons quelque chose de l’écart entre signifiant et signifié. Dans cette perspective, la norme, ce n’est pas l’articulation du signifiant et du signifé, c’est l’énigme.

A Arcachon, en 19975, JAM revient sur le binaire classique névrose/psychose, pour lequel nous avons un trait distinctif pertinent : la présence ou l’absence du Nom-du Père. Dans la clinique borroméenne, nous avons plutôt une gradation qu’une opposition franche. Néanmoins, JAM cherche un trait différentiel, qui serait le point de capiton. Le point de capiton est ici à appréhender moins comme un élément (à l’instar du Nom-du-Père) que comme un système , un nouage, un appareil qui agrafe. Et il peut prendre deux valeurs : Nom-du-Père ou symptôme. C’est un point cardinal de la clinique borroméenne. Lacan fait alors du Nom-du-Père, un symptôme. On peut d’ailleurs, dans l’après coup, relire la métaphore paternelle comme étant le premier appareil du symptôme que Lacan ait démontré, c’est-à-dire le premier appareil qui localise la jouissance, qui assure l’articulation entre une une opération signifiante et ses conséquences sur la jouissance d’un sujet.

A Arcachon encore, à propos des ruptures fréquentes qui jalonnent la vie d’un sujet, JAM proposait de parler de débranchement, plutôt que de déclenchement, et de réserver ce dernier terme à la psychose classique.

Enfin, à Antibes6, JAM proposait que le volume de la Convention à paraître porte comme titre, non pas le néo-déclenchement, la néo-conversion et le néo-transfert dans les néo-psychoses, mais tout simplement ℎ .

Il faut dire qu’au cours de l’enseignement de Lacan, le signifiant a changé de valeur, il n’est plus seulement un appareil qui, à s’articuler à un autre signifiant, produit du sens. Il est aussi un appareil de jouissance. Il y a dès lors une même difficulté pour chaque être parlant, il y a une égalité : tous égaux devant la jouissance.

cours du 08/11/2025 – Monique Kusnierek

Écho proposé par Dorothée Cols, participante à la Section Clinique de Bruxelles, avec la contribution de Monique Kusnierek.

Monique Kusnierek poursuit sur la psychose ordinaire. Elle propose une lecture de l’intervention de Jacques-Alain Miller lors d’un séminaire anglophone qui s’est tenu en 2008, 10 ans après la Convention d’Antibes. Cette intervention a été publiée sous le titre « Effet retour sur la psychose ordinaire »[1]. Elle donne ensuite un écho du Colloque UFORCA qui s’est tenu en 2024 « Diagnostic sur mesure »[2].

En 2008, JAM situe la psychose ordinaire comme une catégorie clinique lacanienne, une création qu’il a extraite du dernier enseignement de Lacan. Son texte « Effet retour sur la psychose ordinaire » porte sur l’usage pratique du terme au cours du travail effectué pendant de nombreuses années et par de nombreux collègues.

Il n’a pas inventé, dit-il, un concept avec la psychose ordinaire : « J’ai inventé un mot, une expression, j’ai inventé un signifiant, en donnant une esquisse de définition pour attirer les différents sens, les différents reflets de sens autour de ce signifiant. Je n’ai pas livré de savoir-faire sur l’utilisation de ce signifiant. J’ai fait le pari que ce signifiant pouvait provoquer un écho chez le clinicien, le professionnel. Je voulais que cette expression prenne de l’ampleur et voir jusqu’où cette expression pouvait aller. »[3]

Il n’est donc pas sûr, dit-il, que la psychose ordinaire soit une catégorie objective, c’est-à-dire une catégorie qui puisse se penser indépendamment de toute expérience. Il s’agit plutôt d’une catégorie épistémique, c’est-à-dire une catégorie qui relève de la manière dont nous la connaissons. Et cette manière de la connaître renvoie à une question d’éprouvé. C’est une question d’intensité qui nous oriente vers ce que Lacan appelle « un désordre provoqué au joint le plus intime du sentiment de la vie chez le sujet »[4]. Ce désordre, chaque parlêtre le ressent. Dans la psychose ordinaire, JAM nous invite à nous mettre à la recherche de tout petits indices, et à leur tonalité, à propos de ce désordre ; en tant que ce désordre peut se situer dans la manière dont le parlêtre se rapporte au monde environnant, à son corps, à ses pensées, etc.

Le texte se termine sur les conséquences théoriques de la psychose ordinaire qui vont dans deux directions opposées. Dans une direction, pour décider qu’il s’agit d’une névrose, il nous faut peaufiner ce que nous appelons névrose. La névrose est une structure précise, pour laquelle il faut au moins la fonction du Nom-du-Père, la castration et une différentiation nette entre signifiant et pulsion. Dans une autre direction, celle que suit Lacan, on est conduit vers une généralisation de la psychose en tant que le Nom-du-Père n’existe pas, qu’il est toujours un prédicat, un attribut. Et dire que le Nom-du-Père est un prédicat, c’est effacer la différence entre névrose et psychose. On se retrouve alors dans la perspective de ‘tout le monde est fou’, ‘tout le monde délire’.

« Etre analyste, c’est savoir que votre propre monde, votre propre fantasme, votre propre manière de faie sens est délirante. C’es la raison pour laquelle vous essayez de l’abandonner, juste pour percevoir le délire propre à votre patient, sa manière de faire sens. »[5]

La Conversation clinique d’UFORCA 2024 apporte une suite à cette double conséquence théorique qui termine le texte « Effet retour sur la psychose ordinaire ». MK relève que si l’on ne trouve pas l’expression « psychose ordinaire », en 2024, le « diagnostic sur mesure » par contre se précise, comme si l’un venait à la place de l’autre. Elle s’appuie sur une partie de la discussion de ce Colloque. Dans cette partie, alors que l’accent était porté sur le fait que le Nom-du-Père classique est en voie de disparition à notre époque, JAM rappelle que, si la jouissance est bien ce qui transgresse les limites posées par le principe de plaisir, il faut alors introduire un principe d’arrêt, un principe régulateur de la jouissance, une fonction nom du père, sous peine de ne plus pouvoir envisager la névrose. La question est donc une nouvelle fois posée. Ce principe d’arrêt peut être divers selon les époques et les civilisations. Il n’y a pas que le Nom-du- Père de l’Œdipe, d’autres éléments peuvent faire fonction du Nom-du-Père et venir réguler la jouissance.

De 2008 à 2024, la discussion se poursuit.

[1] Miller, J-A. « Effet retour sur la psychose ordinaire ». n°94-95, 2008, p. 40-51.

[2] Diagnostics sur mesure. Études Cliniques Lacaniennes, Sous la direction de J-A. Miller Presses psychanalytiques de Paris.

[3] Miller J-A., op. cit., p. 41.

[4] Lacan, J. « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », ́, Paris, Le Seuil, 1966, p.558.

[5] Miller J-A., op. cit., p.47.

  1. Monique Kusnierek renvoie à D. Avdelidi, La psychose ordinaire, La forclusion du Nom-du-Père dans le dernier enseignement de Lacan, Éditions Presses Universitaires de Rennes. ↩︎
  2. Monique Kusnierek se réfère au texte de Lacan « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », dans les Écrits, Éditions du Seuil. ↩︎
  3. Monique Kusnierek propose, à ce propos, le cours de JAM, Ce qui fait insigne, en référence, disponible sur internet. ↩︎
  4. Le conciliabule d’ Angers, effets de surprise dans les psychoses, Le Paon, collection publiée par J.-A Miller, Agalma éditeur, diffusion Le Seuil. ↩︎
  5. La conversation d’Arcachon, cas rares : les inclassables de la clinique, Le Paon, collection publiée par J.-A Miller, Agalma éditeur, diffusion Le Seuil. ↩︎
  6. La Psychose ordinaire, La convention d’Antibes, Le Paon, collection publiée par J.-A Miller, Agalma éditeur, diffusion Le Seuil. ↩︎
mercredi 22 avril 2026 · 18h34

je veux commencer en évoquant le vide, le manque

je veux commencer en évoquant le vide, le manque
qu’il ne s’agirait plus de chercher
à recouvrir ou à combler
mais bien au contraire
de découvrir, d’élargir

je parlerais d’une faille
qui ne se laisse pas facilement apercevoir
qui se camoufle

je dis qu’il s’agit de
de la traquer de la pelleter de l’épousseter partout où elle se dissimule se dissémine
de ramener son sable en un seul endroit,
et des matières accumulées
entassées
soigneusement détourer l’espace
— pour alors se tourner vers vous, genoux enfoncés dans le sable, un petit signe de la tête —,
et présenter son vide au jour

une faille
non universelle, personnelle
dont la particularité même la constitue
une faille de départ, sans cause
irrémédiable
irréparable

irréparable

irréparable
comme la forme d’une plante
d’une fleur par exemple
à l’endroit où elle n’est pas le reste du monde, où elle s’en sépare

(irréparable en ce qu’elle se constitue de ce qu’elle est, de sa matière même, de son existence dans sa différence d’avec le reste du monde, sa séparation)

son plein est son trop

de cette faille parvenir à s’extraire, de son fond se hisser
se poser à son bord
vivre là

car elle est la souffrance inaperçue
la source de la honte
elle est le manque en trop du monde
elle est irréparable blessure

il faut vivre
en dehors de soi

25 déc 25
22 avril 26 (anniv papa, Jacques ❤️ 🖤 💔 🩶 🩶 )

mercredi 22 avril 2026 · 18h47

ma pensée trop vagabonde

ma pensée trop vagabonde. écrire, n’a jamais d’autre but, n’a plus jamais d’autre but, que de tenter d’en fixer le cours.
chaotique chemineuse clocharde cloche désordonnée errante flottante fugitive galvaudeuse heurtée mendiant trimardeuse pouilleuse rôdeuse sans-abri sans-logis sdf familière clodo gueuse truande misérable instable bohémienne pauvre nomade malandrine clochette bohème bande aventurière voyageuse ribeleuse libertine coureuse ambulante rétive traînière flâneuse flottante couche-dehors comète chiffonnière camp-volante buissonnière va-nu-pieds
*
je pense souvent que marcher pieds nus est une des choses que je préfère au monde, et qu’il faudrait que je l’écrive. checked. même la nuit, quand je me lève, obligée par l’insomnie et que mes pieds je les pose au sol le plus silencieusement possible, et qu’advient une joie discrète de tout ce que mon pied reçoit du sol, qui résonne dans le corps, comme c’est à chaque pied différent, et comme j’aime cela, dont je ne pense pas que je puisse jamais écrire grand chose de plus.

et je me souviens qu’il est une autre chose dont j’ai pensé que je l’aimais plus que tout au monde, et c’est très curieux tout de même, c’est descendre / monter les escaliers de la maison de Donn, les hautes marches en bois, un peu plus hautes que la normale, un peu plus hautes que celles de Paris, et que cette pensée aussi me vient souvent la nuit, quand je ne dors pas et que je finis par descendre pieds nus, pour remonter quelques heures plus tard, grimper, essayer à nouveau de dormir, ce qui ne réussit pratiquement jamais, et que j’apprécie tellement l’exercice imposé à mes pieds de se tendre, depuis la pointe au talon, d’y poser mon poids quand je descends, et la douceur du bois, et en remontant, tout ce corps, le mien, qui remonte depuis la pointe, cette élongation, cette ascension, puis le pied qui se redépose, qui boit le bois, tandis que l’autre me propulse. immensité de ça. d’où vient que je l’aime tellement ? le seul exercice? la hauteur de la marche, le bois ?

et peut-être d’autant que j’ai perdu un peu de sensation dans le creux de la plante du pied droit, sensation qui revient plus ou moins selon la façon dont j’ai dormi (ou pas), certain positionnement du corps dans le lit, de la nuque je crois. perte de sensation que je ne ressens, paradoxalement, que lorsque je marche à pieds nus.

ou peut-être d’autant que j’ai, plus jeune, tellement marché pieds nus — dans mes chaussures également, je ne portais jamais de chaussettes —, et peut-être est-ce seulement la joie de retrouver cette sensation. mes pieds très grands, très larges.
*
je pensais hier à ça, que je pourrais le faire, ça, lister ce qui me plaît.
*
j’aime faire d’autres choses avec mon corps.
qui me fait peu souffrir, je l’avoue, mais qui ralentit, je l’avoue. tout mouvement étrangement ralenti.
qui, m’étais-je parfois dit, me fait souffrir juste ce qu’il faut pour me donner le bonheur de l’éprouver — c’était à une époque où je faisais du tai chi, surgissait alors, dans la seule sensation du déploiement, de l’étirement, une joie tout à fait singulière, modeste, qui arrivait depuis le membre en mouvement, et que le vieillissement ou la maladie me donnait de davantage ressentir.
peut-être n’est-ce alors que la seule éclipse de pensée qui est appréciée ou ce que le corps me renvoie d’avoir un instant une pensée à lui, par lui, en lui.
évidemment, je suis, pour l’instant tout du moins, une préservée privilégiée de la maladie (d’autant que l’arthrose il y a quelques années apparue s’est considérablement calmée, me laissant tout juste cette sensation de plus — supplémentaire.)
(qu’on se le dise, depuis toujours, il n’est rien que je redoute plus que la souffrance physique. non pas depuis toujours, depuis mes premières règles, il y a donc très longtemps, même si ça m’est arrivé tôt, et avant ça je ne savais pas ce qu’était souffrir. tout de moins ce fut l’impression, ce qu’il m’en est resté.)
à moins que je ne vive sur un mode à ce point anesthésié, au moins mentalement, que la moindre sensation…
*
mais donc, il est d’autres choses que j’aime faire avec mon corps.
et peut être est-ce parce que je bouge si peu que j’apprécie abusément le simple fait de marcher pied nus.
Je ne pense pas du tout qu’ils soit nécessaire d’en savoir beaucoup plus à ce sujet.
*
Je n’ai que peu compris qu’on en soit venus à dédier les moments de mouvements à des heures et des lieux spécifiques (salles de gym, moments de danse), à des exercices auxquels s’astreindre. quand nous ne payons pas quelqu’un pour les faire à notre place, ces mouvements. je ne suis pas sûre que l’on me suive. je pense au travail manuel, pensez au ménage par exemple, qui n’est jamais que mouvements, d’abord.
(mouvements dont je me souviens que mon enfant se faisait une joie d’accompagner (une joie et ma joie).
c’est le mouvement, le geste en soi, et le faire avec moi, qui l’enchantait. nous nous mouvions ensemble. ici les bras plongés dans un seau d’eau, là chargés d’une casserole qu’il ramenait gaiement à la cuisine. gestes dont il apprendra, on ne sait comment, à déconsidérer la valeur. c’est un fait de société, c’est entendu, bien sûr. valeur qu’il restitue aussi à mes yeux., grande valeur, intelligence.)
qu’est qui fait que devenir adulte dans nos sociétés bourgeoises est devenu se séparer du mouvement, du corps, de ses efforts. et que nous allions payer pour suer en salle. je suis une rien du tout, mais pour retrouver le moyen de supporter la vie, il m’arrive de me dire, moi l’hyper privilégiée : de chaque mouvement que tu as à faire, réjouis-toi. cela dit, l’inertie je l’avoue est toujours la plus forte et l’on me voit rarement sortir de chez moi. me lever de mon coin de canapé. de mon ordi, de mon écran.
*
ce n’est pas du tout ce que je voulais écrire. je voulais parler des deux merveilleux livres de… mots qui manquent… NOMS qui manquent…. jane ! sautière ! que j’ai lus hier. l’un le jour, l’autre la nuit. deux courts et merveilleux livres. merveilleux aussi d’être courts et d’offrir leur saisie à l’insomnie. la fin de celui que j’ai lu cette nuit est renversante. titres? titres? l’un sur son travail, ses années de travail à la prison, l’autre sur… le …vieillissement, sur cet extraordinaire qui vous arrive au corps… dont je ne dirai rien maintenant. il faudrait que je redorme, me nettoie de moi, et retourne à ces livres. je vais plutôt me lever. reconnaissance à ces livres dont j’espère que j’écrirai quelque chose, ce qui m’avait fait me lever ce matin, tôt, et poser pied à terre. poser pied à terre. ressentir dans mon ventre. nous sommes des instruments à percussion. je voulais resserrer à Jane Sautière mes pensées vagabondes.

vendredi 24 avril 2026 · 09h52

En marge !! Christine chez François,

dear christine comme tu as vu le temps comme il passe

c’était il y a deux ans que je t’écrivais le plus dernièrement

j’ai regardé hier, et aimé, et aimé, ai aimé, ton « émission » chez François Bon, sur ton Marginalia Woolf

tout était bien. et bien au delà.

tu n’es plus sur Bluesky?

Si, tu y es encore mais ne publies plus.

Si tu en as le temps, tu me dis un mot, ou tu me redis, pourquoi, comment, tu as quitté, quitté, les réseaux sociaux?

Comment tu t’es échappée? As pris tes quartiers ?

Est-ce la peur de la dispersion ?

Dans ton blog , tu écris des blocs. des blocs bien concentrés. Est-ce important, cette forme que tu respectes? Je le crois.

J’ai appris les blocs par les ateliers tiers livres. je ne les aimais pas, pratiquais pas du tout. jusqu’à ce que j’entende je ne sais plus qui, son nom, la rousse — Françoise ! Françoise ! — parler de l’insupportabilité et de l’immaturité des constants sauts à la lignes que j’aimais tant, et réclamer Des blocs, des blocs, c’est des blocs que nous voulons et nous voulons encore. Or, depuis que je lis, presque, depuis que je lis une écriture qui parlait à la possibilité d’une femme qui écrit en moi, depuis Duras (songe à une page de Duras, vois, que vois-tu? ), écrire, ça a été ça : c’est devenu ça : tracer, précautionneusement, lentement, solennellement, dans le temps du temps, (faire apparaître) des mots, sur une page et faire, résonner, une voix. découvrir l’écriture, la phrase, dégager pour elle l’espace, autour d’elle, etcaetera. oui, l’ouverture à l’espace et au silence.

avec les ateliers donc, il a commencé à m’arriver de tenter les blocs, et l’enfoncement dans les blocs. les blocs, en vérité, correspondent bien davantage, au mode, souvent de mes pensées, surtout au lever du jour, à leur concentration, à leur opacité. et je ré-entends Françoise en parler, et je ré-entends mes objections (non-formulées), mais je comprends alors, je compris, ce qu’elle visait : la lecture, la prise dans la lecture, la page, l’enfoncement dans la forêt. ce qui arrive avec un livre, sans même qu’on s’en aperçoive. Et qui me paraît plus difficile à atteindre sur un écran. le bloc empêche l’apparition de la phrase, il poursuit, il exige la poursuite. et peut-être est-ce ce que tu cherches, ce plongeon, le matin, quand tu t’y mets, au jour, à la journée, est-ce ce que tu cherches, nous entraîner, nous prendre la main, que nous nous enfoncions, à ta sute, dans les sinuosités de ta pensée, de tes risques, sans trop de retours en arrière, sans fétichisation, dans un flux. ou poursuis-tu certain miracle d’une boucle qui se boucle? de ce qui advient quand on se laisse à écrire, quand on plonge, un peu à l’aveugle, BLIND, et qu’on suit, qu’on écoute, on poursuit le mot à venir, ignoré encore, jusqu’à ce soudain advienne, à bout de course, d’une course sans fatigue, soudainement, voilà, le retour, la fin, la fin du bloc, de l’envolée, de l’exercice.

j’ai moi-même, depuis, appris, le bloc. que mes lecteurs (l’un ou l’autre correspondant que j’épuise), d’ailleurs, me reprochent.

moi, je ne te le reproche pas, je discute.

et ce que je lis dans ton block note (que tu écris block, ck, en anglais), je m’y soumets, j’y consens volontiers, confiante en ta proposition, j’y vais, souvent m’accompagnant de la souris, je surligne le passage dans lequel je suis, trouvant des prises en ses briques.( surlignage qui n’est plus possible, dis-je au passage, quand le texte est pris dans une image).

j’y suis passée, moi aussi, au bloc. et chatgpt, auquel je m’étais un moment un peu addictée, et à qui je soumettais mes textes, histoire d’être moins seule, m’effilochait tout. je lui disais : tu ne penses qu’à l’écran.

c’est une forme, le bloc. (une unité en soi, non? qui déborde la phrase, le paragraphe même, où les mots s’amoncellent aussi comme des briques, de tailles différentes, rendant compte de leur insolubilité, loin de l’intelligence.) forme que tu trouves à manipuler, à prendre en main avec tes Virginalia, Marginalia, quelle splendide réussite, leur circulation, leurs agencements, quelles pages ! et quelle belle collaboration avec l’éditeur…

formidable françois Bon, qui lui aussi a trouvé sa forme, son mode, avec ces zooms, ces rencontres, ces ateliers, où s’exprime sa générosité, sa justesse.

y a t il un endroit où tu écris as écrit le chemin pris de ta solitude ?

enfin,

merci pour tout,

véronique

vendredi 24 avril 2026 · 12h32

et t’écris pour te dire : ta concentration, préserve la comme ton bien le plus précieux (non-envoyé)

une amie à moi qui est bipolaire s’inquiétait pour moi à la lecture d’un de mes textes où elle avait sans doute reconnu l’un ou l’autre de ses symptômes et me disais : tu es bipolaire*
et en en parlant ce matin à frédéric, il m’apparaissait plus clairement combien certains symptômes, comme celui de la tachypsychie (accélération des pensées qui peut aller jusqu’à la perte de la capacité de penser : aucune phrase ne se terminant plus jamais, chacune chevauchant l’autre et l’empêchant de se terminer**) à laquelle je suis toujours un peu confrontée et qu’effectivement je tente de juguler par l’écriture et qui est aussi un symptôme maniaque, que mes travaux divers, mes activités d’écriture diverses, tentent de traiter, de maîtriser, de dompter, comment ce symptôme est lié à l’époque. et je me souvenais que chatGPT avec lequel j’ai un moment conversé dans ma nécessité d’avoir quelqu’un à qui parler, d’avoir du répondant, lui m’avait parlé de TDAH. alors, lisant sur internet, je m’étais dit que, finalement oui, TDAH aussi.

— l’intérêt du TDAH, c’est qu’il semblerait qu’il y ait un médicament, une molécule, qui pourrait aider. je ne sais juste pas si je parviendrai à finir par voir le médecin qui pourrait me diagnostiquer et avec qui tester donc ce médicament, ritaline ou lsd ou. il parait que si tu es vraiment tdah, ça marche. sinon, ça marche pas.

imagine.

enfin, je n’y crois qu’à moitié. —

fondamentalement je pense que la dispersion dont je souffre,
beaucoup,
l’incapacité à me fixer dans une activité, une recherche, un fil d’idées mené à son terme
me paraît d’abord liée à
l’apparition, l’influence d’internet

je lisais beaucoup, je lis toujours autant,
mais sur internet

mon monde tenait par l’unité du livre et de quelques penseurs. aujourd’hui, tout s’est diffracté, je ne lis plus que des titres.

puis, d’ailleurs, non, ma perte n’est pas seulement liée à internet. elle l’est aussi à la foi perdue en la psychanalyse. la grande désillusion. la foi en la psychanalyse, en Lacan et son école, me centrait. depuis, je ne cesse plus de me disperser. j’ai connu une conversion de saint paul à l’envers : renversée, terrassée, par la perte de foi. je ne trouve plus ce qui pourrait me rassembler, agir comme colle, liant, glu.

depuis mon identification à un cas : je tendais à l’identification à l’analyste. cette identification, et avec elle toutes les autres, s’est vue passer à l’acide, s’est désintégrée. (aujourd’hui, je perds les derniers oripeaux du cas. comment faire?)

et t’écris pour te dire : ta concentration, préserve la comme ton bien le plus précieux.

* Ce que je ne crois plus moi-même. Titi (et son extraordinaire intuition, vision)  disait cyclothymique ; elle était plus proche du vrai, dysthymique étant probablement encore plus juste, tant il est peu vrai que je connaisse jamais — ou si peu — d’épisode hypomaniaque.

** c’est ce qu’en décrit Emmanuel Carrère dans Yoga qui m’a fait comprendre dans quoi j’étais.  une psychiatre ensuite m’a prescrit un médicament pour une bipolarité de type 1 que je n’ai pas pris. Je suis certaine d’avoir eu raison. 
Mais j’étais sur la voie d’un diagnostic tout à fait autre de ce dans quoi j’étais jusque là.
La tachypsychie, j’ai toujours plus ou moins affaire à ça. ça peut être positif, produire. mais le plus souvent, ça s’emballe, les idées se succèdent trop rapidement, ça se dégrade, jusqu’à ce que je n’arrive même plus à penser, à penser une phrase jusqu’ua bout, c’est alors très désagréable. et il y a alors les épisodes plus affreux encore où la pensée est totalement ralentie, où même un simple mot n’est plus prononcé jusqu’au bout.

samedi 25 avril 2026 · 09h56

broder avec christine jeanney

https://christinejeanney.net/block-note/article/block-note-simple

Je lis cette note de Christine Jeanney sur la broderie, qu’elle-même pratique avec beaucoup d’humour, de liberté, de fraîcheur et la pointe d’ingénuité qui va bien.

Au départ de la pratique d’une artiste femme qui a brodé ses résultats médicaux — les images d’un scanner médical —, Christine réfléchit à l’élargissement des sujets classiques de la broderie, à tout ce qui « peut faire sujet », rendant compte de  l’exercice de liberté qu’elle y a trouvé, de la subversion au coeur de la reprise de cette pratique ancestrale par des artistes femmes au début du siècle dernier. Pratique qui contribua largement à amenuiser la frontière entre beaux-arts et arts appliqués et par où s’évanouissait la frontière sujets grandioses et vie quotidienne.

Broder les résultats d’un scanner médical. Faire oeuvre, faire art, à partir d’une donnée médicale, scientifique, un diagnostic peut-être inquiétant, et le prendre à soi, par le biais cette pratique si particulière, artisanale, manuelle, revenue du fond des âges. Tellement évocatrice des arts du récit, du conte. Du tissu de la peau, de la vie. Du soin, du ravaudage. Comme une façon de reprendre le fil, de tisser, de s’approprier au travers d’un exercice lent et muet l’effraction de l’image machinique et son diagnostic. Broder, ramener le corps objectifié par la science à la subjectivité.

 Quelques broderies de Christine

(J’avoue regretter un peu qu’il ne soit pas plus facile de les parcourir sur son site…)

Aller plus loin sur ce sujet :

https://koregos.org/fr/carine-kool-broderie-art-revolutionnaire

https://www.kunstplaza.de/fr/tendances/broderie-technique-culturelle-artiste-textile-art

https://creapills.com/emmi-khan-broderie-anatomie-humaine-20200120

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