La vie de Sachs est en effet modelée par des traits de genre qui forment un système : la vie comme un texte , un palimpseste cousu de figures lisibles à qui sait les lire.
…
Première des figures de son existence rhétorique , le paradoxe de cet homme qui vénère la chose écrite est son incapacité à produire un texte en vue de le montrer. Impossible à rendre publique, l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau.Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc, pp. 20-21
l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau
écrire le journal de judas
Contrairement au tricheur qui jouit d’une petite supériorité d’un quart d’heure sur les autres et ne fait que justifier l’ordre auquel il s’adosse, le traître, lui, est une figure d’artiste, il est fondateur de péripéties. Gilles Deleuze a réglé trop vite « le cas pathétique de Maurice Sachs » sans voir que voleur, escroc, artiste ou faussaire ornaient son tissu de nuances multicolores.
[…]
Que fut la trahison pour lui, sinon l’autre visage, suprême et dégradé, de la Littérature? Sa propension à décevoir les autres ne prit fin que lorsqu’il s’enferma dans la fiction, déclarant forfait comme on retourne une carte. Un écrivain authentique aussi est un traître, traître au monde, à sa classe, traître aux choses qu’il remplace par leur ombre verbale, traitre au jeu de la respectabilité et des pouvoirs. « Peut-être écrirai-je un jour un journal de Judas ». [...] Lire la suite >
moi aussi, moi non plus
Contrairement à la loi qui veut que le meilleur livre soit celui qu’on est en train d’écrire, le texte au présent le déçoit. Sachs estime qu’il sera bon au futur antérieur. En effet, il sera bon une fois mort.
Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc, p. 36.
Son obsession pour la valeur – Suis-je bon? Suis-je mauvais?…
Ibid., p. 37.
oxymore
De toutes les figures, l’oxymore, qui émaille ses phrases – « on ne trahit bien que ceux qu’on aime », « j’aime les livres : ils intoxiquent », « les oisifs n’ont pas une minute à eux » – est la plus visible, organisant une existence qui forme l’oxymore parfait : solidaire mondain, homosexuel marié, juif gestapiste, artiste d’affaires, prêtre athée, vedette paria, escroc idéaliste, toutes ces clartés obscures éclatent comme des étoiles.
Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc, p. 44
l’artiste-escroc
« Dans tout artiste il y a un escroc : « Les poètes, dit Nietzche, n’ont pas de pudeur à l’égard de leurs sentiments : il les exploitent. » Et si Sachs, en se mettant à leur remorque, était l’escroc intérieur de tout artiste, la doublure noire de l’Ecrivain? Tel Peter Schlemihl, lui-même n’a pas d’ombre puisqu’il est celle des autres. Aussi se fait-il doubler, perdant sur les deux tableaux. Aux yeux des vrais créateurs, il n’existe pas, dominé par ses intrigues; pour les snobs de son temps, il est méprisable, n’étant pas connu. »
Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc, p.52 [...] Lire la suite >
je sors d’un rêve si long si bon
Sors d’un rêve si long, comment l’écrire, si long si bon. Tout à l’heure psychanalyste, on est lundi, cette envie de lui donner une toile de mon père, apparue clairement au sortir du rêve. Cette question aussi : pourquoi l’inconscient me ferait-il pareil « cadeau » – ce tableau d’une boucle bouclée, d’un parcours de mon analyse.
Comment est-ce que ça a commencé?
« Je suis chez mes parents avec Dimitri, un ancien amoureux.1Dimitri, dirai-je à l’analyste, le seul amour qui fût réciproque, idéalement réciproque. Une flambée courte et puissante d’amour réciproque. Les choses vont plutôt bien entre nous. Puis, c’est de l’ordre de moi qui ne veux plus. A lieu alors l’accident parodontologique . J’ai une maladie des gencives. Mon… (mot manque), ma couronne a sauté, a explosé, je risque quelque chose de très grave. C’est une couronne qui couvre plusieurs dents, en bas à gauche. Je suis en danger de mort. Je veux voir mon parodontiste, mais je n’ai pas son numéro de téléphone. Je veux donc partir de suite. Je sors. Y aller. Je pensais que savais où c’était mais c’est chez Dimitri que je vais, je me suis trompée. Je me rends compte que je ne sais pas du tout où il habite. [...] Lire la suite >
Notes en bas de page
- 1Dimitri, dirai-je à l’analyste, le seul amour qui fût réciproque, idéalement réciproque. Une flambée courte et puissante d’amour réciproque.
toutes choses n’étant plus égales
[ Lettre non – envoyée, brouillon]
Cher (( = L’analyste)),
L’idée m’effraie un peu d’avoir à interroger le pourquoi de ce « cadeau » que je vous ferais. (( Cette toile de mon père qu’il connaît et apprécie et dont il m’avait semblé clair qu’il « fallait » que je la lui offre au sortir du rêve «château».))
« Cadeau » – ce mot venu à ma bouche quand je vous en ai parlé. « Est-ce que vous accepteriez ce cadeau que je vous ferais ? » vous demandai-je, tournant ma tête vers vous.
Ce mot revenu quand je vous parle de cette pensée venue au réveil, « Pourquoi l’inconscient me ferait-il cadeau de ce rêve » où c’est quelque chose de la nature de l’inconscient que j’espère saisir, attraper. Comme j’aperçois qu’il y s’agit peut-être d’une mise en histoire du parcours de mon entrée et d’une sortie de l’analyse. [...] Lire la suite >
l’agence yves, dimitri et l’amour réciproque
[interrogations sur le transfert : texte à venir]
– éléments de la veille : ma gencive et l’ex a
— l’ex a, l’amour, les marques sur le corps (corps fendu par 3 fois + la mèche blanche)
— dimitri et l’amour réciproque; l’ex a et l’amour réciproque ?
c’est fête au château (noblesse de l’inconscient)
[texte à venir]
c’est donc fête de l’inconscient,
ça croisse, ça croasse, ça grouille – multiplication des objets
fête des signifiants (des signifiants familliers (famille + milliers + familiarité) en souvenir du « famillionnaire »)
et sentiment d’étrangeté.
« ça jouit » mais je n’y suis pas pour autant chez moi (dans l’inconscient)
– je me sens cependant extrêmement bien au sortir de ce rêve, extrêmement forte, sage.
difficile cependant de pointer pourquoi je serais chez des nobles (bien sûr nécessaire pour la grande très grande famille et la fête et la grande demeure mais) et j’y éprouverais un sentiment d’infériorité, de non-appartenance. faut-il rapprocher cela de ce que j’ai pu éprouver par rapport aux psychanalystes – eux trop bien pour moi? et voir dans chef de la demeure, maître de maison de la fin du rêve, l’analyste ? à qui je finis par parler ? ou cette noblesse que j’accorde à l’inconscient se rapporte-t-elle à autre chose ? supériorité du réel ? force supérieure certainement. mais, qu’est-ce qui le rendrait aristocrate, qu’est-ce qui caractérise l’aristocratie ? [...] Lire la suite >
sur la honte, l’aristocratie et le signifiant-maître
la question que je viens de me poser sur la « noblesse de l’inconscient » me conduit à ce texte :
Une certaine forme de honte a donc disparu : la honte qui était liée à l’honneur, à la pudeur, mais aussi à tout un monde de dignité, de noblesse, voire d’aristocratie. Dans le nouveau monde qui s’ouvre, il n’est plus question de sacrifier sa vie pour l’honneur ni de « mourir de honte». Jacques-Alain Miller interprète ce changement comme l’abandon d’un au-delà de la vie qui réduit celle-ci au « primum vivere», à la vie « pure et simple ». Une vie humaine dont le sujet ne serait mais plus marqué par un blason, un signifiant-maître, ni par un rapport à une « seconde mort ». C’est ce rapport à un au-delà de la vie pure et simple, et à une seconde mort qui permet à l’homme de pouvoir sacrifier tout sauf ce quelque chose qui lui est le plus précieux dans son existence et le plus intime (et que désigne dans le vocabulaire de Lacan dans un premier temps le « blason », et plus tard le « signifiant-maître »).
…
Un point énigmatique demeure car pour Lacan la psychanalyse n’était possible que pour des sujets préalablement marqués par un signifiant-maître (même si l’opération de l’analyse consistait à les en séparer) : que devient-elle alors dans ces nouvelles conditions de vie « pure et simple» ? Et où passe le désir, corrélé lui aussi par Lacan à l’aristocratie et la noblesse comme registre électif de la singularité (allusion au commentaire de Lacan sur Gide) ? [...] Lire la suite >
Sans titre
« Il y a dans le mauvais goût le plaisir aristocratique de déplaire » – Baudelaire
les 3 choses que je perds tout le temps
les choses que je perds et qui m’empêchent de sortir du château
la jeune femme du rêve
la jeune femme du rêve, de quel rêve, ben de cuilà, Parodontologie à l’agence yves…
bon, ça serait moi. avec ma mentalité de serve, servante, secrétaire… elle est malade. ben oui, bien fait pour elle, moi aussi moi non plus plus pour longtemps. on pensait que c’était ma copine. tu parles d’une copine (une conne oui). il va y avoir une explosion auprès d’elle (ben oui, c’est ma couronne, chuis au château avec ma couronne explosée, danger dans g, dent j’ai. ( frédéric va venir me chercher. sortir de g. )
les 3 coups
ma gencive c’est ma gencive, et l’ex-a, c’est mon ex analyste.
j’ai une maladie des gencives qui n’a été diagnostiquée en tant que telle que récemment malheureusement, mais qui dure depuis très longtemps. j’ai été soignée, mais il semblerait que ce soit une maladie qu’on traîne à vie. comme elle m’ennuie, comme à cause d’elle je suis obligée d’arrêter de fumer pour ne pas perdre davantage de dents, j’avais la veille du rêve pensé à la possibilité de la traiter (soigner, curer) en la mettant sur le dos de ma première analyse, de mon premier analyste, comme marque dans le corps de cet de mon (impossible incroyable) amour pour lui. je me doute qu’il conviendrait peut-être de parler de transfert, mais, à ce stade, je préfère parler d’amour, ça me paraît plus proche de ce qu’il en était et de ce que je peux en dire. ça rend une chaleur que le terme de transfert ne répercute pas nécessairement. sauf peut-être aux oreilles averties. [...] Lire la suite >
Quand il y a de l’honneur, la vie pure et simple est dévaluée.
Quand l’honneur est une valeur qui tient le coup, la vie comme telle ne l’emporte pas sur l’honneur. Quand il y a de l’honneur, la vie pure et simple est dévaluée. Cette vie pure et simple, c’est ce qui s’exprime traditionnellement dans les termes du primum vivere. D’abord vivre, on verra ensuite pourquoi. Sauver la vie comme valeur suprême.
Extrait de « Note sur la honte », Jacques-Alain Miller