jeudi 1 janvier 2015 · 15h26

L’on aime et pourtant l’on se quitte

Une querelle doctrinale

On trouvera ici des extraits du premier chapitre de livre de Pierre Naveau Ce qui de la rencontre s’écrit, Etudes lacaniennes récemment publié aux Editions Michèle.

La querelle du phallus

karen horney et hélène deutsch se sont trompées, lacan le dit dans L’étourdit, elles ont été aveuglées par le « voile de l’organe », voile pudique sur la castration du père. ce qui compte ce n’est pas la répartition homme/femme de l’organe mais la façon dont un sujet appréhende le manque de signifiant et donc le phallus comme signifiant venant suppléer à ce manque

un monde où l’on se quitte

« la fille quitte sa mère pour son père, puis quitte son père (Freud, 1925) – l’ordre importe. »

« … Freud insiste sur ce point décisif – que la fille quitte sa mère « sous le signe de l’hostilité ». L’amour, alors, vire à la haine. La fille se détourne de sa mère et se tourne ainsi vers son père, afin d’obtenir de lui ce que sa mère ne lui a pas donné. C’est pour cette raison qu’elle l’aime, lui, le père. Il y’a quelque chose qu’elle désire : l’enfant à la place de l’organe. Et elle veut qu’il le lui donne. Ainsi attend-elle une preuve d’amour ou qu’au moins, il lui fasse signe. Mais elle s’aperçoit qu’il n’y a rien à espérer. C’est à la mère et non à elle qu’il l’a donnée. Alors, déçue, elle le quitte à son tour. A ce moment-là, la fille s’identifie à ce nouvel objet (le père) que, lui aussi, elle laisse tomber. » p. 26

« Est-ce que l’identification au père ouvre ou ferme le chemin qui conduit à la féminité? Est-ce un point d’appui ou un obstacle? Tel a été enjeu du débat passionné qui a opposé Hélène Deutsch et Karen Horney. »

La castration du père

« La castration, dit en effet Lacan, est le point de manque, le point de disparition, le point de fuite, qui est la marque du désir de l’Autre. C’est le noeud de l’affaire. Lacan avance que le centre du paradoxe du complexe de castration, c’est que ‘le désir de l’Autre, en tant qu’il est abordé dans la phase génitale, ne peut jamais être en fait accepté – c’est Lacan qui parle – dans ce que j’appellerai son rite, qui est en même temps sa fuyance‘ (( Lacan J. Le Séminaire, Livre VIII, Le transfert, p. 272)) . Ce mot de fuyance est le mot de Lacan.
La difficulté, pour la fille, ne vient pas, dès lors, de sa propre castration car, châtrée, elles l’est, dès l’origine. Ce dont il s’agit, c’est de la dialectique du désir. La difficulté, pour elle, vient en effet de sa relation au désir de l’Autre et, plus particulièrement, de sa relation au point de négativité qui, chez l’Autre, est rencontré – ce que Lacan a proposé d’écrire : (-phi).

(p.31)
Aussi le Neid qu’éprouve la fille est-il une demande qui porte sur le manque mis à nu dans l’Autre. Le Neid est le signe d’un refus – le refus, précisément de ce point de négativité auquel est est confrontée dans son rapport à l’Autre.
(…)
« Et sans doute y-a-t-il plus névrosant que de perdre le phallus – c’est de ne pas vouloir que l’Autre soit châtré »
(…)
« si la fille quitte son père, c’est parce qu’en effet, il ne lui donne rien et qu’elle a alors le sentiment que c’est lui qui la quitte, qui la laisse tomber. D’où la conséquence qu’elle en tire : L’on aime et pourtant l’on se quitte. » p. 34

samedi 3 janvier 2015 · 15h58

La femme qui dit non

Résumé du deuxième chapitre de livre de Pierre Naveau Ce qui de la rencontre s’écrit, Etudes lacaniennes publié aux Editions Michèle. Mes commentaires sont en italiques.

cas d’une femme qui a peur de son père et pourtant s’identifie à lui. cette peur s’étend à tous les hommes, que toutefois elle aime « autoritaires, virils, puissants ».

dit d’elle-même qu’elle est « la femme qui dit non » et refuse tout rapport sexuel tant qu’elle n’est pas sûre d’être aimée.

dimanche 4 janvier 2015 · 13h45

Je te demande de ne pas me proposer ce que je veux pour que je ne doive pas te le refuser

Moi-même, plus jeune, vers la trentaine dirais-je, j’avais remarqué combien il m’était impossible de ne pas dire non à ce que mon ami d’alors,  Vincent, me proposait, dire non presque à tout ce qu’il me proposait. Et il ne s’agissait pas seulement de faire l’amour.

Notre relation avait cependant été assez longue pour que je réalise que j’avais bien souvent envie de ce qu’il me proposait. Et il ne s’agissait pas seulement de faire l’amour. A quoi j’étais donc, malgré moi, obligée de répondre que Non, je n’en voulais pas.

Si bien que j’avais fini par lui proposer de s’arranger pour ne pas me proposer ce que je voulais, mais quelque chose juste à côté, de sorte que je puisse lui répondre que Non, il n’y comprenait rien, ce n’était pas ça que je voulais, mais bien plutôt ça, ça qu’il se serait, bien élégamment, retenu de me proposer et dont j’aurais pu alors reconnaître le désir. 

Je ne me souviens pas que Vincent ait accepté de marcher dans cette  combine un peu tordue, mais je me souviens que nous nous amusions, oui que nous avions fini par nous amuser de mes refus. Et que nous avions tous les deux pu entendre, au fond, que je voulais ce que je refusais si énergiquement. Grâce, dirais-je, à son insistance.

C’est probablement en souvenir de ce Non que le livre de Pierre Naveau m’a tout d’abord retenue, au point que je veuille le relire. Quelque chose de ce Non, d’ailleurs, subsistant probablement aujourd’hui.

Donc, sa patiente, réclame, elle, de l’amour. Elle, le sait que c’est ça qu’elle veut. Peut-être bien mon propre Non réclamait-il de l’amour. Qu’il aurait obtenu, passé au filtre de nos infinies chamailleries. Mon Non ignorait beaucoup de choses de ce qui le causait, et de sa virulence, de l’impossibilité qu’il y avait à ne pas le proclamer.

Mais aussi, rapporte Pierre Naveau, fallait-il qu’elle se venge.


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lundi 12 janvier 2015 · 15h17

cette peine que l’on me vole

je relis ce texte, qui m’avait tellement énervée hier, et me trouve n’avoir finalement pas grand chose à y redire… pas grand chose, si ce n’est que je ne suis pas française, que le concept de France me passe un peu par-dessus la tête et que je crains que cette remarque sur le Un de l’islam ainsi que cette mention des 3 chevaliers de l’apocalypse, ne participent du discours qui cherche à stigmatiser des populations musulmanes qui le sont déjà suffisamment, quand c’est à elles, que moi je pense aujourd’hui (chacun son histoire, son nom, son trauma). et puis, toujours, chez Milller, ce désir d’aller trouver à l’intérieur de la religion islamique ce qui la prédisposerait au terrorisme, d’inscrire ce drame à l’intérieur d’une guerre de religion ou  d’un choc de civilisation!

Aujourd’hui, même des intellectuels antiracistes se demandent : est-ce qu’il n’y a pas quelque chose dans l’islam qui mène à ce genre de massacres ? Jusqu’ici, cette interrogation était réservée à certains pôles idéologiques : les populistes anti-immigration, la droite identitaire anti-islam et même une frange de la laïcité militante. Maintenant, cette idée est devenue un cliché et ce genre de parole s’est libéré, notamment depuis le débat sur l’identité nationale lancé par Sarkozy.

http://www.mediapart.fr/journal/france/110115/olivier-roy-la-communaute-musulmane-nexiste-pas?page_article=2

concernant la marche des charlies, le million et demi de charlies sur paris, j’avais cru pouvoir attribuer leur nombre, bien plutôt qu’à la peur des « soldats de l’Absolu » ou à l’amour de la liberté, à l’appel du tweet ou du statut facebook, à sa diffusion rhizomatique instantanée, à son effet hypnotique qui laisse chacun qui l’envoie d’abord dans la jouissance de ce qui n’en n’a plus aucune et la perte de tous les inconforts de la conscience, puis dans la retrouvaille d’une communauté (bien plus que d’une unité nationale) enfin possible et sous les feux des projecteurs. (les réseaux sociaux connaissent dorénavant leur pouvoir, celui de capter l’attention des médias et de connaître, le temps d’un rassemblement, éclair de préférence, leur instant-de-gloire.)

on 7th January 2015 political assassins fixed a highly media-visible specimen of mass media.

[…]

the 7th January barbarity crowns the lengthy process of deregulation – indeed the “de-institutionalisation”, individualization and privatisation of the human condition, as well as the perception of public affairs shifting away from the management of established aggregated bodies to the sphere of individual “life politics”. And away from social to  individual responsibility.

In our media-dominated information society people employed in constructing and distributing information moved or have been moved to the centre of the scene on which the drama of human coexistence is staged and seen to be played.

 

nightcallil est vrai que je n’ai pas vite peur, enfin pas ce genre de peur là. et puis, j’étais sur les dents. je lis le Sade d’Annie Lebrun ( Soudain un bloc d’abîme, Sade ) en ce moment et je venais de voir le film Night Call (avec Jake Gyllenhaal génial) sur la saloperie des journalistes et de la télévision. il me semblait que mon émotion, au moment où mon compagnon est venu m’annoncer l’attentat de charlie hebdo, la mort de tous ces dessinateurs, m’avait été ravie dès lors que j’avais allumé la radio pour écouter les news. je me suis sentie complètement brainwashée, je ne savais plus du tout quoi penser, j’étais complètement hérissée contre tout ce que j’entendais…. pareil sur twitter. pure récupération par les politiques et les médias, récupération révoltante, effrayante. et les gens heureux de se trouver des brins d’idées sur quoi se branler ensemble, de la même façon, heureux de faire masse, foule.

j’ai donc soupçonné les Charlie des places publiques de n’être pas vraiment tristes. leur chagrin né seulement de l’émulation des réseaux sociaux, d’un désir de visibilité médiatique, assorti d’un désir de « communauté », d’unité, de rassemblement. (Et je me demandais qui j’étais pour me permettre de penser des choses pareilles et si ce n’était pas moi qui étais sans cœur, complètement insensible). ils étaient tous là, ensemble, si bons, si « innocents », et la télé et le monde les voyaient. voyaient si bien que les politiques ont tôt fait de les rejoindre dans la rue.

mon propre chagrin, ma blessure, m’avaient été ôtés, pris en otage par les discours des médias venus l’oblitérer et auxquels je n’étais pas parvenue à résister.

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L’illusion lyrique

par Jacques-Alain Miller

De Paris, ce 11 janvier 2015, matin

Qui l’eût cru ? Qui l’eût dit ? La France debout comme un seul homme, ou une seule femme. La France devenue ou redevenue une. La République, courageuse, intrépide, ayant choisi la résistance. Finis les auto-reproches ! Les Français soudain sortis de leur dépression, de leurs divisions, et même, à en croire un académicien, redevenus « les soldats de l’An II ». Les Français faisant à nouveau l’admiration du monde. Et, dodelinant de la tête, le président Hollande accueillant avec son air de premier communiant le peu d’hommes tenant dans leurs mains les destinées de la planète. Pourquoi se précipiter ainsi à Paris ? On croirait qu’ils viennent s’y ressourcer, y raviver leur pouvoir, le légitimer, le lustrer. Une planète elle-même presque unie, unanime, parcourue d’un même frisson, comme formant une seule foule, en proie à une pandémie émotionnelle sans précédent, sinon peut-être le Jour de la Victoire qui mit fin à la Première Guerre mondiale, la Libération de Paris, le 8 mai 1945.

La France, l’humanité, semblent n’être plus des abstractions, semblent prendre chair, s’incarner sous nos yeux, dans nos cœurs, dans nos corps. Nous aurons donc connu cela, « l’illusion lyrique. » Impossible de s’y retrouver sans Freud et sa Massenpsychologie, ou même sa doctrine de la cure. L’événement fait coupure ; il reconfigure le sujet, ou plutôt le fait émerger sous une forme inédite. Cependant, les Bourses, jusqu’à présent, n’ont pas bougé, à la différence du 11 septembre. Or, c’est là ce qui fait office aujourd’hui d’épreuve du réel. Tant qu’elles n’auront pas enregistré la secousse, on reste dans l’imaginaire.

Tout a été mis en mouvement par trois hommes, pas un de plus, ayant donné leur vie pour le nom du Prophète. Toutefois, pour coiffer cet enthousiasme universel, ce n’est pas son nom, mais celui de Charlie qui surgit à la place. Charlie ! Une feuille hebdomadaire qui, dès avant que sa rédaction ne soit exterminée, était déjà, faute de lecteurs, à l’agonie. Le résidu, le déchet, d’une époque de l’esprit dès longtemps surmontée. C’est là que l’on vérifie ce qu’enseigne la psychanalyse, de la puissance que recèle la fonction du reste. Charlie meurt assassiné le mercredi ; le dimanche, c’est sa résurrection. Sa transformation, sa sublimation, son Aufhebung, en symbole universel. Le nouveau Christ. Ou, pour garder la mesure, le Here Comes Everybody de James Joyce.

On doit cet effet à nos trois djihadistes, ces chevaliers de l’Apocalypse, ces soldats de l’Absolu. Ils auront réussi ceci : effrayer, paniquer, une bonne partie de la planète. Comme l’écrivait hier dans un tweet cette vieille canaille de Murdoch, « Big jihadist danger looming everywhere from Philippines to Africa to Europe to US. » C’est dans le nombre que chacun va abriter sa peur et la sublimer en ardeur. Le nombre est la réponse démocratique à l’Absolu. Fait-il le poids ?

Aucune religion n’a magnifié la transcendance de l’Un, sa séparation, comme l’a fait le discours de Mahomet. Face à l’Absolu, ni le judaïsme, ni le christianisme, ne laissent seule la débilité humaine. Ils offrent au croyant la médiation, le secours, d’un peuple, d’une Eglise, tandis que l’Absolu islamique n’est pas mitigé, reste effréné. C’est le principe de sa splendeur. La certitude est de son côté, alors qu’on dispute de la définition du Juif, que les Eglises protestantes se chamaillent, que le Vatican même est atteint, aux dires du pape d’un « Alzheimer spirituel. » Un autre académicien prescrit à l’Islam de se soumettre à « l’épreuve de la critique » pour gagner sa vraie grandeur. En effet, tout est là. Quand les poules auront des dents…

Lorsque l’on manifeste, comme nous allons faire dans quelques heures, on s’adresse à une puissance qu’il s’agit de fléchir. Les cortèges qui, tout à l’heure, convergeront sur la place de la Nation, ne le savent pas, mais ils se préparent à célébrer le maître de demain. Quel est-il ? « Mais voyons, me dira-t-on, nous venons encenser la République, les Lumières, les Droits de l’Homme, la liberté d’expression » etc, etc. Croyez-vous vraiment, répondrai-je, solidaires de ces « valeurs » M. Poutine, M. Viktor Orban, les Grands de ce monde ? C’est beaucoup plus simple. De valeurs ils n’en ont qu’une : l’ordre public, le maintien de l’ordre. Et là-dessus les peuples s’accordent avec eux. Le lien social, voilà le Souverain Bien. Il n’y en a pas d’autre. On honore les victimes, sans doute. Mais d’abord, et partout, on compte sur la police.

Pauvre Snowden ! Oui, nous voulons être surveillés, écoutés, fliqués, si la vie est à ce prix. Grande ruée vers la servitude volontaire. Que dis-je, volontaire ? Désirée, revendiquée, exigée. A l’horizon, le Léviathan, « Pax et Princeps. » Un moment vint à Rome, notait jadis Ronald Syme, où même les Républicains considérèrent comme un moindre mal « submission to absolute rule. » Houellebecq sur ce point n’a pas tort : la tendance aujourd’hui, contrairement aux apparences, n’est pas à la résistance, mais à la soumission.

( A paraître online sur lepoint.fr)

vendredi 30 janvier 2015 · 20h10

les bonnes intentions que Lacan n’avait pas

Tandis que Lacan, lui, il étend son « je suis méchant » à la position du sujet, je ne dirais pas de l’inconscient, mais à proprement parler il l’étend au sujet de la pulsion.

Cette « inversion de la paranoïa », si on l’isole ainsi, permet de mettre en série nombre d’énoncés de Lacan avec lesquels il jouait à surprendre, scandaliser, émouvoir son auditoire. Par exemple, quand il lui arrive de dire « Je n’ai pas de bonnes intentions » et même « à la différence de tout le monde », il parade en être méchant. N’oublions pas que les bonnes intentions, on dit que l’enfer en est pavé, on n’a pas attendu Lacan pour s’en méfier de la bonne intention. La bonne intention s’établit sur la supposition que je connais ton bien. C’est en raison de cette supposition gratuite, hasardeuse, cette supposition qui nie l’absolue altérité, c’est en fonction de cette supposition que je peux imaginer que mon intention est bonne, et par-là déployer à l’endroit de cet Autre que je crois connaître comme ma poche, tous les ménagements voire m’offrir à me sacrifier ou du moins au moins à me contraindre. À cet égard, ne pas avoir de bonnes intentions est de l’ordre de la salubrité. Ça veut dire : je ne préjuge pas de ce qu’est ton bien. Et pour l’analyste, il faut bien dire que c’est de tous les instants qu’il a à se méfier de ses bonnes intentions puisqu’on vient lui demander son aide et qu’il est par fonction préposé à faire le bien de l’Autre, il est requis dans cette fonction. C’est le fruit d’une discipline que de ne pas s’autoriser de cette présomption pour commencer par s’abstenir du savoir du sens commun.

C’est d’autant plus essentiel quand ce qui est en question, c’est le choix d’objet du patient, quand l’affaire concerne le lien que le patient a noué avec un partenaire : mari, épouse, concubin, compagne, et qu’il vient s’en plaindre, ou même s’il ne s’en plaint pas que l’analyste est conduit comme invinciblement à désapprouver, à considérer que, de toute évidence, il y a là un lien nocif ou pathologique et que, d’une façon ou d’une autre, il s’emploierait à le dénouer, à l’aider à se dénouer. Or c’est là que s’impose le précepte « Tu ne jugeras point » où il importe que l’analyste ne fasse pas confiance à ses préjugés de sens commun, et que si deux se sont retrouvés il vaut mieux partir de l’idée qu’il y a un niveau où ces deux-là se conviennent. Là, c’est toujours dans ce registre que la bonne intention de l’analyste s’expose à des retours qui surprennent, que de voir que débarrassé du partenaire, le sujet se trouve réduit ou à l’errance ou à un malaise, un malheur encore plus intense.

Le bonheur pour un analyste, ça n’a rien à voir avec se sentir bien, être heureux. Il y a un niveau où le sujet est heureux et qui n’a rien à voir avec aucun bien-être. Le bonheur se trouve au niveau de la pulsion et au niveau d’une expérience dont on doit supposer qu’elle satisfait puisque tout est bon pour qu’elle se répète et rien n’implique que cette expérience s’éprouve comme bien-être. Le bonheur repose sur l’égoïsme de la pulsion, qui trouve sa satisfaction en elle-même sur le modèle d’une boucle. C’est ainsi que Lacan avait donné comme paradigme de la pulsion le propos de Freud sur la pulsion orale dont la satisfaction évoquait la bouche qui s’embrasse elle-même. La subversion freudienne du sujet conduit à poser la solitude du sujet au niveau de sa jouissance. Et cette solitude du sujet au niveau de sa jouissance est corrélative de sa méchanceté foncière. La pulsion n’est pas humaniste, si je puis dire.

Vie de Lacan, Jacques-Alain Miller

(en réponse à ça )

mardi 3 mars 2015 · 11h59

Mardi 3 mars 2015
— de Véronique à Frédéric

Bonjour,
Je viens de me réveiller, je m’étais à nouveau recouchée aujourd’hui. Tu te souviens de cet article dont je t’avais parlé à Donnery, il y était question de rats auxquels on donnait de l’héroïne. Dans le premier temps de l’expérience, un rat seul dans sa cage préférait l’héroïne à l’eau. Dans un deuxième temps, la cage est aménagée au mieux et les rats ne sont plus seuls mais plusieurs. Alors, il ne choisissaient plus l’héroïne mais l’eau, toujours. Les expérimentateurs en concluaient que c’est lorsque le désir de sociabilité est frustré que le rat se tourne vers l’héroïne. J’avais pensé que comme je me considère addictée au sommeil, comme le sommeil est ma drogue, si je satisfais mieux à mon désir de sociabilité, je guérirais du sommeil. Dès que j’irai à l’école, je devrais donc aller mieux. Idem, ce soir j’essaierai d’aller au cours de l’École. Mais je ne suis pas sûre d’y arriver.
En effet, il me semble que tout me pousse au confinement, probablement plus encore en ce moment. Oui, j’ai l’impression d’être en pleine crise obsessionnelle.
Le pire c’est que j’ai l’impression qu’il ne faut surtout absolument pas que je trouve d’issue.
Et qu’il ne faut pas que tu interviennes trop. Je suis, serai trop impressionnée par tout ce que tu pourrais pourras dire, je crois que j’interprète j’interprèterais tout comme allant contre moi.
Et puis aussi je crois que je suis contrainte à ne surtout rien donner.
Je voudrais donner quelque chose (ex: faire à manger) mais tout se met en place pour l’empêcher.
Je voudrais faire à manger jeudi pour tes amis, mais tout se met en place pour que ce désir ne s’exprime même pas. Toute l’opacité de l’angoisse vient obscurcir cela, l’enténèbrer.
Je voudrais, je crois, aller à Bruxelles, mais je préfère observer que tu ne t’en doutes pas. Que tu ne le sais pas, que tu n’en veux pas.
Je vis tout comme étant voulu par l’Autre et ce vouloir devant absolument le contrer, n’y rien répondre. Je n’arrive pas à assumer mon propre désir et je le transforme en volonté de l’Autre dont il me faut absolument me protéger. Ou/et, là où je me reconnais un désir,  là où je serais prête à me reconnaître un désir, il ne faut surtout pas que j’en fasse état, il ne peut qu’être secret, non voulu par l’Autre, interdit, empêché.
Là, je me sens malade, et la plus grande tentation est de m’enfoncer dans cette maladie. Je suis tout de boue, chaude, et de la boue me sort des yeux.
Tu vois, j’ai un problème et tout en moi s’organise pour que je ne sorte pas de ce problème. C’est l’angoisse qui s’en occupe. Et tout ce qui pourrait me sortir de cette situation est vécu comme extrêmement angoissant, avec les sonnettes, les sirènes, d’alarme qui rugissent.
Et j’ai les deux oreilles bouchées.
Il faut que j’arrive à faire les choses l’air de rien.
Avec ce quelque chose en moi qui crie Surtout rien donner. Et que l’angoisse doive veiller à cela, à ce que surtout rien ne soit donné.
Et j’y arrive, j’y parviens très bien. Je ne donne rien là où il faudrait donner quelque chose. Tu vois,  je devrais faire une annonce sur la page FB de mon père. Et je préfère observer que ma mère préfère me laisser en dehors de ça. Et j’ai la culpabilité de ne pas le faire et la souffrance de ce qu’on ne veut pas que je le fasse. Et je dois me taire,, parce que ce qui est pour le moment est ce qui doit être. Et je dois beaucoup craindre tout ce qui viendrait mettre son doigt là dedans, tout ce qui voudrait intervenir. Donc, pour le moment, je suis en état de grande crainte, parce que je te donne l’occasion d’intervenir, en t’écrivant. Alors, je ne sais pas si je vais t’envoyer ça. L’ennui, c’est que je crois aussi que l’angoisse est communicable.
Tu vois,,  plus exactement, il me semble que je suis en état de détresse absolue et que cette détresse est voulue par l’autre, auquel je consens donc mais sans vouloir de l’aide que cette détresse appelle, sans vouloir laisser à l’Autre la satisfaction de m’aider,  de me sortir de ma détresse. Observant enfin son impuissance.
C’est pas drôle, non. Peut-être que je devrais voir un psy. Ou prendre un médicament de plus.
Je t’ envoie ceci parce que c’est peut-être bien. Mais je déteste tout ce que j’y avoue.
Bon, je tente l’envoi.
Peut-être qu’il ne faut rien faire, juste attendre que ça passe.
Véronique à Frédéric
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Je vais faire ma gym. Ça va s’arranger. Ne t’en fais pas.
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Tu sais ce qui m’arrive, je le connais. Que tu sois là, n’y change rien. Enfin, si,  ça change quelque chose dans la réalité, mais rien à ce qui m’arrive. J’ai déjà connu ça, beaucoup. Surtout quand j’étais seule. C’est de la Hilflosigkeit pure. Je suis hilflosig et je dois rester comme ça. Je ne sais juste pas pourquoi je suis tombée comme ça. Je veux dire que tu n’es pas l’Autre de ce qui m’arrive. C’est plutôt ma mère, tu vois. D’ailleurs, il me semble maintenant que je n’ai plus rien à lui dire depuis que je n’ai plus à me plaindre auprès d’elle. Mais, je ne sais pas pourquoi ça m’arrive maintenant. Peut-être seulement parce que j’ai bougé, parce que j’ai voulu faire quelque chose. Peut-être parce que j’ai peur de faire ce que je veux faire. Ce qui m’arrive, c’est un truc de fille à mère. De bébé à maman. Pas de femme à homme.
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Enfin, Excuse-moi de te dire tout ça.
 
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Salut. Je vais mieux. Fait du sport et pris RV avec un analyste.
dimanche 8 mars 2015 · 16h33

«Un répartitoire sexuel» par Jacques-Alain Miller – I

J’ai terminé le cours de la dernière fois par un dialogue que m’apportait l’actualité. Une dame dit – Je suis prête à tout. Et le monsieur répond, en manière d’objection – Plutôt à pas tout.

L’apologue de la dame au volant

Cela m’a été illustré il y a un instant, au moment où je me précipitais vers ce lieu, conduit par une dame. J’arrive un tout petit peu plus tard que je n’arrive en retard d’habitude. C’est que nous avons été arrêtés par la police.

Je suis encore sous le coup de la surprise de l’énumération qui est sortie de la bouche du Pandore de service, qui, sautant au bas de sa petite camionnette, dans un bel uniforme, a énuméré à ma compagne une liste impressionnante des infractions qu’elle venait de commettre depuis un kilomètre – d’avoir doublé à gauche, coupé la route de la camionnette policière, changé de file continûment, jusqu’à ce que, finalement, ils réussissent à la rattraper, et à signaler que le retrait de permis de conduire s’imposait. Ce qui n’a rencontré aucune objection, que sourire, que désolation, que soumission. Et, à ma stupéfaction, après le savon qui a été là passé – moi, je me faisais tout petit, me réservant, si nous étions emmenés, d’alléguer la désolation qui se serait répandue dans cette salle, et la mauvaise image qui en serait résultée pour les forces de l’ordre –, on s’en est tiré.

C’est sans doute que j’étais conduit par une dame presque prête à tout pour me livrer à vous, qui s’était fort heureusement, tout de même, arrêtée avant de passer un feu rouge. Délit qui, évidemment, n’aurait permis aucune indulgence de la part des puissances supérieures.

lundi 9 mars 2015 · 17h23

«Un répartitoire sexuel» par Jacques-Alain Miller – II

Je m’aperçois que je ne me suis pas interrogé sur pourquoi j’avais reçu spécialement un grand nombre de lettres depuis la semaine dernière, des lettres commentant ce que j’avais pu dire, ou me reprenant sur un certain nombre de points. J’avoue que j’ai laissé ça un peu de côté.

Certaines de ces lettres abondaient dans mon sens, d’autres m’interprétaient, ce à quoi j’avais prêté le flanc, en contant, en commençant, une anecdote personnelle. On a vu que, derrière le héros professant, il y avait une femme qui conduisait – ce qui est tout à fait exact, comme je l’avais moi-même indiqué. J’ai eu aussi un message du monsieur de l’histoire, où à la fois il se reconnaissait tout en disant que ce n’était pas lui, mais qu’il avait été en fait coincé entre deux dames, et que ce qu’il avait dit était tout à fait innocent, et que c’était ces deux viragos, si je puis dire, qui avaient donné à sa remarque, son objection du pas-tout, un sens qu’il était lui-même très loin de vouloir lui attribuer.

C’est une occasion pour moi de dire que je n’ai fait une histoire de cette anecdote qu’en m’abstenant de connaître les tenants et les aboutissants de l’histoire. J’en ai fait simplement une bonne histoire, et personne n’est tenu de se reconnaître dans ces personnages que j’ai seulement essayé d’élever à la dignité de paradigme. Il est certain que si l’on entre dans le détail, c’est beaucoup plus complexe – et de toute façon, tout le monde est innocent.

I DES PORTRAITS PSYCHOLOGIQUES CONTRASTES

Je me suis risqué la dernière fois à présenter, par une audace qui aujourd’hui me paraît répréhensible, un répartitoire sexuel, en partie double, et affectant à l’homme et à la femme des attributs contrastés. Je ne l’ai fait qu’en manière d’ironie, et spécialement en ce qui concernait le registre de la psychologie qui pouvait être reconnu à l’une et l’autre de ces positions sexuelles. J’espère que cette ironie a été sensible dans le fait que j’ai fait apparaître, au niveau psychologique, une inconsistance, qui a pu, d’après ce qu’on m’a écrit et que j’ai lu, troubler l’auditoire.

samedi 14 mars 2015 · 10h59

Chère Madame, Il est possible que je ne me sois pas suffisamment fait entendre,

Chère Madame,
Il est possible que je ne me sois pas suffisamment fait entendre, ou bien plutôt que je n’ai pas été assez précise (je ne me suis pas résolue à restreindre mon propos et à imposer d’abord ce qui avait en premier motivé ma venue). J’aurais dû résister aux sirènes que je joue volontiers (mais malgré moi et passionnément) dramatique de la psychanalyse,  mais j’ai fermé sur moi la porte de la machine à laver et je suis laissé emporter. A sec et éloignée de vos séduisants rivages, je vous dirais que je suis venue vers vous poussée par cette décision dont je vous ai à peine touché un mot,  d’entamer dès septembre prochain des études d’assistante sociale. Ce choix, difficile, est motivé par le fait que je souhaite retrouver une certaine indépendance, retrouver également une vie sociale qui s’ancre dans un monde moins « épistolairement » virtuel que le mien actuellement. Il s’agit aussi de suivre certaines inclinaisons tendant à un monde plus juste, une vie en résistance au capitalisme. J’aurai essayé de trouver sympathique de naviguer dans les îles du rien et de l’absence, mais je crois qu’il est temps de revenir à des terres moins insensées. On ne voyage pas en solitaire quand on manque d’argent et qu’on a charge d’enfant. L’autre du quotidien mérite amplement que je me plie à la quête de sens, aux séductions même vieillottes, même trompeuses du désir.

samedi 2 mai 2015 · 18h06

Note depuis Vacances de Printemps

Claude est mort. Je n’en reviens pas. Je ne cessais plus de penser à lui.

Finalement, j’ai appris qu’il était mort alors que je ne cessais plus de penser à lui d’avoir envie de lui

De le désirer, impérieusement

Je pensais si fort à toi

Claude

Comment tu me manquais,  comment c’était impossible que tu sois mort. Quel âge avait-il lorsqu’il était mort. Je pensais quel âge ag

dimanche 3 mai 2015 · 09h51

Sur les traces de l’oubli. Dimanche 3 mai 2015

9h51

On ne dirait pas que je vais faire le concours d’entrée d’assistant sociale le 19.

Hier. Réveil à 9h30. Levée, pris petit-déj habituel dans le canapé. Lu Libé. Articles sur les objets connectés et le Quantified Self. Un article très bien de Evgeny Morozov, chercheur d’origine biélorusse établi aux États-Unis, « Les technologies sont des concentrés d’idéologies ».

Ensuite, quand Frédéric s’est levé, rapidement passé au salon, où il nous a embrassés Jules et moi, puis retourné au lit, peut-être avec un café, je l’y ai suivi parce que j’avais froid et que je comptais lire, lire je ne sais plus quoi, mon livre du moment je crois, Rose (L’Aubépine) de Robert Coover (publié chez Seuil, dans la Collection Fiction & Cie), qui raconte de toutes les façons possibles, la traversée par les Princes de l’aubépine pour retrouver et réveiller, Belle la princesse endormie depuis cent ans).

« Elle sent l’aneth, la citronnelle, la lavande et la menthe, auxquels s’ajoutent la poussière et des odeurs moins plaisantes, et elle reconnaît l’odeur de l’enfance : les ajoncs mêlés d’herbes aromatiques qui jonchaient le sol du grand hall, où elle était souvent restée à jouer sous les tables à tréteaux pendant que les adultes mangeaient. Qu’elle entend à présent au-dessus d’elle, riant à gorge déployée. Elle ouvre les yeux et voit le singe debout sur sa poitrine, entre ses seins, il lui fait une grimace de sous la couronne miniature retenue sous le menton par un lien. Il pince un mamelon rose avec ses doigts minces et osseux, le soulève et le secoue comme une cloche, tandis que ses lèvres s’écartent en une grimace sardonique, et elle en ressent les ondes jusqu’au plus profond de son ventre, où réside une douleur sourde et lancinante. Sa mère et son père et tous leurs amis et leurs chevaliers et les domestiques du château sont rassemblés autour d’elle, ils dominent le spectacle, le plaisir se lit sur leurs visages graisseux, ils s’esclaffent et rient et se tapent les cuisses. »

En lisant, je me suis légèrement endormie, continuant d’entendre Jules et Frédéric à côté de moi. Un mot plus haut que d’autres m’a réveillée, je me suis levée et décidée, je crois, à prendre un bain. Il n’y avait presque plus de bain mousse (Le petit Marseillais), j’ai pensé qu’il fallait que je le note, mais je ne l’ai pas fait. Là, j’ai senti que les vacances commençaient à s’éloigner, que revenait le temps des listes et des courses hebdomadaires sur simplymarket.fr. Dans l’eau, je me suis longtemps frottée avec une crème exfoliante au coriandre, songeant que c’était peut-être spécifiquement féminin, ce long massage, ce geste, gratuit, dont le plaisir même est destiné à un immédiat oubli.

Au sortir de l’eau,  je me suis passée de la crème sur tout le corps. Un crème au gingembre, à l’odeur vieillotte. C’est cette odeur que je recherchais. Qui revenait de je ne sais plus où. Peut-être du château d’Assenois.

Ensuite, comme il était midi passé, je suis rapidement allée à la cuisine voir quels légumes me préparer. Frédéric jouait de la musique, je me suis donc décidée de faire à manger pour tout le monde. Des pâtes à l’encre de seiche, une sauce avec du poisson en boîte (dont j’ai oublié le nom), du brocoli à la poêle avec des pignons de pin, et même un petit restant de lentilles.

En fait, c’est faux, je me suis trompée, c’est après le repas que j’ai pris un bain. Et pendant que je prenais ce bain, Frédéric est venu me demander s’ils devaient m’attendre pour aller chercher des Comics. J’ai dit oui. J’y avais réfléchis et m’étais dit que j’irais de mon côté chercher de l’encre Rotring noire. Et l’un ou l’autre vêtement, peut-être. 

Nous y sommes allés en voiture, à Saint-Germain. En plus de mon encre Rotring chez Gibert, j’ai trouvé un jean bleu foncé pour Jules chez Gap.

Je m’attache à écrire tous ces noms parce que je m’efforce de m’en souvenir. Je m’attache à un exercice de mémoire.

Il me semble être accoutumée à oublier les noms propres, les marques, or hier, j’avais longtemps oublié, au moment du repas, le mot « lentilles », un mot donc des plus communs, ce qui m’avait effrayée, et à l’instant je me souviens du mot « maquereau », autre nom commun s’il en est, du nom du poisson en boîte oublié plus haut.

Au retour de leurs magasins de comics, Jules et Frédéric sont allés chez Marks & Spencer et je suis allée boire l’apéro en face du Champo – l’on y donnait un film des frères Coen,The Big Lebowski. J’ai pensé à Dominique et que je n’avais aucun souvenir de ce film, sinon celui de son titre tracé de ma main sur l’étiquette blanche d’une cassette VHS. 

Assise à une petite table ronde face que Champo, donc, j’ai commencé à écrire. Ce qui avait été, par ailleurs, la raison principale, mais jusqu’ici oubliée, pour laquelle j’avais accompagné F et J : j’avais pensé que je pourrais écrire installée à un café, en les attendant.

Il me semble que je suis tracassée ces temps-ci, d’abord par l’oubli bien sûr, et la vieillesse, mais également par cette idée que je cherche à former selon laquelle je n’écrirais pas faute de trouver où le faire, à quelle place, à quel endroit.  Cette place pour écrire, de même que celle que prend la chose écrite même, la place qu’elle prend, la place qu’elle m’impose de prendre dans le monde et celle qu’elle prend au monde, cette place de la chose écrite s’avérant l’objet impossible, l’objet de mon impossible quête et donc de mon désir .

Cela m’avait été remémoré dans la journée,lorsque j’avais aperçu une photo de l’économiseur d’écran de mon ordinateur, une photo de ce texte écrit à l’exposition de…. « Art must take space » (si mon souvenir est bon). Ou « Art must take place » (il faut que je vérifie). Je ne sais pas où écrire, ni sur quel support écrire. C’est la matérialité de l’écriture qui m’insupporte et elle pourtant que je désire. Je m’étais alors décidée d’essayer d’écrire dans un petit carnet, au bistrot donc.  Or au bistrot, précisément, ce petit carnet je l’avais oublié. Il ne me restait plus qu’à écrire sur mon smartphone, support le plus discret qu’il soit que je sois jamais parvenue à trouver pour écrire.

Enfin, j’étais au bistrot, je buvais une Maredsous, je m’apprêtais à écrire, quand je me rendis compte que j’avais oublié à propos de quoi j’avais projeté d’écrire. Je tâchai d’écrire à propos de la mort de Claude, mais ce fut un échec total. Fort heureusement Fred et Jules sont rapidement arrivés, me délivrant de cette tentative infructueuse. Nous sommes rentrés. Je ne pensais plus à rien. Arrivés à la maison, Ju a rapidement ouvert un paquet de chips, fort bon(ne)s (chips: masculin en Belgique, féminin en France) etje me suis mise à « faire du Facebook » (selon l’expression consacrée par l’usage).

Ensuite Frédéric a préparé à manger pour lui-même et J, de la viande, tandis que je me réchauffais un bol de soupe et me confectionnais une salade de roquette/tomate.

A table, F m’a demandé pourquoi j’étais silencieuse, je ne sais pas.

Après le repas, Jules et F ont regardé deux épisodes des Simpsons. Moi, je ne sais plus ce que je faisais, je lisais le journal, je crois, rien d’intéressant je crois. Des articles sur les geeks.. Ensuite J. a été se coucher, moi aussi. J’ai lu Rose et me suis endormie vers 23h20.

Là, il est 12:57, il est temps donc que je me dépêche, que j’abrège.

Pendant la journée, nous avons également été amenés à mettre de l’ordre tous ensemble pendant 15 minutes, en usant d’un minuteur. C’est une méthode assez efficace, économe en temps et en énergie.

mardi 25 août 2015 · 19h54

Travailler moins est-ce paresser?

On est évidemment, immédiatement, tenté d’inverser la question : paresser, est-ce travailler plus? Paresser n’a-t-il été perdu par notre société de loisirs qui si bien travaille à remplacer la vacance par l’activité. J’en veux pour exemple nos enfants qui doivent être occupés et ne sauraient être abandonnés à l’ennui, au risque qu’ils nous interpellent avec des questions dont nous ne saurions répondre. L’absence d’occupation est aujourd’hui largement déconsidérée, de même qu’on ne saurait rester longtemps seul avec soi, c’est-à-dire sans glisser, entre soi et soi, un écran qui nous capte.

L’autre qui encadre aujourd’hui n’est jamais loin qui nous dise ce que nous avons à faire – qu’il s’agisse du travail, du club Méditerranée, de l’émission de télé-réalité ou du jeu-vidéo. C’est que nous aimons à nous laisser dire, à nous laisser dicter. Paresser, ce serait prendre le risque de nous déconnecter de cette intrusion injonctive permanente de l’autre, dont nous sommes de plus en plus dépendants. Que ce soit quand il nous entraîne sur internet ou lorsqu’il nous pousse à vider le frigo familial. Il est devenu très difficile d’échapper à cette véritable injonction surmoïque à nous consumer pour échapper au métro-boulot-dodo.

Tout porte dès lors à croire que paresser plus conduirait à travailler mieux. Les Japonais, et les vraies entreprises de pointe à leur suite, l’ont bien compris qui poussent leurs employés à faire du tai-chi sur le lieu de travail. Dans ce contexte, faire du taï-chi, est-ce encore paresser? Il est permis d’en douter. Le taï-chi se veut une forme qui accueille le vide. Car c’est bien par le vide qu’il s’agit de se laisser interroger avec la paresse. Or dans les gratte-ciels nippons ou les déserts californiens, il est probable que le vide qu’on cherche à nous creuser au corps doive plutôt servir à mieux nous occuper (à travailler).

Plus sérieusement, on est poussé à croire qu’une paresse digne de ce nom nous conduirait à nous engager dans le travail d’une façon inédite. Non plus pour échapper à nous-mêmes ou aux questions de nos enfants, mais au contraire pour nous ouvrir à l’inconnu et à ce qui ne s’achète pas.

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