lundi 1 janvier 2018 · 10h04

J’aime le ciel comme un oiseau,

J’aime le ciel comme un oiseau, les forêts comme un loup rôdeur, les rochers comme un chamois, l’herbe profonde pour m’y rouler, pour y courir comme un cheval et l’eau limpide pour y nager comme un poisson. Je sens frémir en moi quelque chose de toutes les espèces d’animaux, de tous les instincts, de tous les désirs confus des créatures inférieures. J’aime la terre comme elles et non comme vous, les hommes, je l’aime sans l’admirer, sans la poétiser, sans m’exalter. J’aime d’un amour bestial et profond, méprisable et sacré, tout ce qui vit, tout ce qui pousse, tout ce qu’on voit, car tout cela, laissant calme mon esprit, trouble mes yeux et mon cœur, tout : les jours, les nuits, les fleuves, les mers, les tempêtes, les bois, les aurores, le regard et la chair des femmes.

La caresse de l’eau sur le sable des rives ou sur le granit des roches m’émeut et m’attendrit, et la joie qui m’envahit, quand je me sens poussé par le vent et porté par la vague, naît de ce que je me livre aux forces brutales et naturelles du monde, de ce que je retourne à la vie primitive.

Quand il fait beau comme aujourd’hui, j’ai dans les veines le sang des vieux faunes lascifs et vagabonds, je ne suis plus le frère des hommes, mais le frère de tous les êtres et de toutes les choses !

Guy de Maupassant

vendredi 9 février 2018 · 11h13

vendredi 9 février 2018

Rêve – Je m’aperçois que je n’ai pas de boîte aux lettres. c’est tout ce dont je me souviens. Je crois qu’un autre nom est mis sur ma boîte aux lettres. Mon nom est sur une plaque, caché derrière les boîtes aux lettres. Je ne sais pas du tout si c’est ça. Il y a encore autre chose. ça paraît sans issue. 


Ajout du 18 janvier 2021

l’objet petit a derrière l’image narcissique i(a) dans la mélancolie

Lacan a très peu parlé de la mélancolie. A la fin du Séminaire X, il reprend la distinction de Freud entre deuil et mélancolie. Il avance que si on ne différencie pas l’objet a et i(a), c’est-à-dire de son image, on ne pourra pas concevoir la différence radicale entre le deuil et la mélancolie. « Le problème du deuil est celui du maintien, au niveau scopique, des liens par où le désir est suspendu, non pas à l’objet a, mais à i(a), par quoi est narcissiquement structuré tout amour. » (( Lacan Jacques, Le séminaire, Livre X, L’angoisse, p. 387. )) , affirme-t-il. Dans la mélancolie, il ne s’agit pas de i(a) , mais de l’objet (a). C’est parce que l’objet a est dissimulé derrière le i(a) du narcissisme et méconnu dans son essence, que le sujet mélancolique attaque sa propre image. Il l’attaque justement pour atteindre l’objet a. Lacan nous enseigne :

« Ce qui distingue ce qui est du cycle manie-mélancolie, de tout ce qui est du cycle idéal de la référence au deuil et au désir, nous ne pouvons le saisir qu’à accentuer la différence de fonction entre, d’une part, le rapport de a à i(a) dans le deuil, et, d’autre part, dans l’autre cycle, la référence au a, plus enracinante pour le sujet que n’importe quelle autre relation mais aussi foncièrement méconnue, aliénée dans le rapport narcissique (( Ibid. p. 388. ))

Dossia Avdelidi, La psychose ordinaire, La forclusion du Nom-du-Père dans le dernier enseignement de Lacan, Presses Universitaires de Rennes, p. 264

Je ne pense pas, même si cela me l’a évoqué, que l’on puisse prendre l’autre nom indiqué sur ma boite aux lettres , comme correspondant de l’image narcissique au-delà de laquelle serait caché le véritable objet perdu de l’amour, réintégré dans le moi, et qui devient objet de haine, mon nom.

Du rêve, je n’ai pas retenu quel était cet autre nom apposé sur la boîte aux lettres, ni, tout compte fait, quel était le nom qui aurait été mon nom.

Enfin, je ne sais pas si cet objet perdu dans la mélancolie – je me réfère ici à mon souvenir du texte de Freud – , objet perdu dont la nature n’est pas bien connue, se doit d’être identifié.

J’y ai déjà successivement identifié : ma mère, la parole, mon nom.

Il y a un souvenir qui me revient toujours, incomplet, quand il est question de cet objet d’amour perdu. C’est moi, dans la rue, rue du Méridien, avec l’un de mes frères, qui lui demande : « Tu préfères qui, papa ou maman? » Réponse complètement abasourdie : « Mais, je les aime tous les deux! » Et moi alors de lui débiter les raisons de ma détestation de l’un des deux. C’était alors très clair et longtemps, je me suis souvenue duquel de mes deux parents il s’agissait. Jusqu’à ce que j’oublie, lequel était alors haï de moi. J’avais peut-être neuf ans.

La suite laisse à penser qu’il s’agissait de ma mère. Même si je suis complètement perplexe par rapport aux reproches que j’aurais pu lui adresser, dont je n’ai plus le moindre souvenir. S’agissant d’elle, au cours de mon analyse, j’ai souvent pensé qu’il s’agissait d’une détestation du sexe féminin, d’une haine du sexe féminin. Inconsciente.

S’agissant de l’image narcissique, jusqu’il y a quelques années, et alors qu’elle a pu me causer les plus affreuses causes de détestation de ma personne, elle me soutenait fondamentalement au travers du regard de l’autre, qui était souvent admiratif voire désirant. Les compliments reçus, même s’ils ne me consolaient que rarement, m’atteignait quelque part. Et il arrivait que ma propre beauté, je l’avoue, m’éblouisse. Cet éclat, du regard de l’autre, de mon propre regard, ne suffisait cependant fondamentalement pas à empêcher ces moments où la sensation de mon propre corps et la vison de lui que j’en avais dans le miroir étaient insupportables.

Seul le désir de l’autre le rendait supportable. Et parfois, une forme de grâce, quand j’arrivais à surmonter mes craintes, à m’habiller, à m’apprêter, à aller dans le monde, à un rendez-vous. Cette grâce était liée à une idée tôt reçue de la beauté, tôt reçu de mon artiste de père, et à l’amour que ce dernier me portait.

Je ne sais pas ce qui pouvait faire la frontière entre : y arriver ou pas , à sortir de chez moi, à penser que je pouvais sortir dehors le corps qui avait cette image-là, la mienne.

Je le faisais quand j’y étais obligée. Ou dans le désir d’un homme.

Être dehors et subitement penser que cela n’allait pas, que l’image n’était pas bonne, était une horreur, à vivre. J’ai alors appris à ne plus jamais me regarder dans un miroir dès lors que j’étais sortie de chez moi. De crainte d’y voir l’absolument insupportable.

Je me suis toujours préparée pour mon analyste. Il aura au moins servi à ça. C’est tout à fait injuste à dire.

Ma mère devait vivre, a dû vivre quelque chose de similaire. Ce qu’elle a perdu à la mort de mon père. La consistance imaginaire que cela lui procurait d’avoir été modèle pour mon père, les peintures qu’il a faites d’elle.

Pour elle comme pour moi, vieillir, perdre la jeunesse, la beauté, l’éclat, a entraîné tout un rééquilibrage. j’ai vieilli plus vite qu’elle parce que j’ai tendance à m’approprier ses symptômes.

mardi 13 février 2018 · 20h18

RV raté

Bonsoir ,

J’ai essayé d’atteindre votre cabinet mais je n’y suis pas parvenue. J’ai quitté bien à l’heure mon domicile à vélo, suis arrivée à moins le quart à Cité et là me suis perdue. Ai pris la mauvaise route et ne suis plus parvenue à  retrouver le 90  rue du Sanctuaire. J’ai tourné en rond une demi-heure  et suis finalement parvenue à rentrer chez moi,  assez décontenancée.

Peut-être pourrions-nous reprendre RV mardi prochain.

En espérant que vous voudrez bien m’excuser,

Blanche Demy

mardi 13 février 2018 · 20h22

13 février 2018

Madame ,

J’ai essayé d’atteindre votre cabinet mais je n’y suis pas parvenue. J’ai quitté bien à l’heure mon domicile à vélo, suis arrivée à moins le quart à Denfert et là me suis perdue. Ai pris la mauvaise route et ne suis plus parvenue à  retrouver votre adresse. J’ai tourné en rond une demi-heure et suis finalement parvenue à rentrer chez moi,  assez décontenancée.

Peut-être pourrions-nous reprendre RV mardi prochain.

En espérant que vous voudrez bien m’excuser,

Jeanne Janssens

vendredi 23 février 2018 · 10h54

23 février 2018

j’arrive au travail mais je n’ai plus ma place, ou plutôt Brice est assis à ma table,  en face de moi. je me lève, je suis debout. il me dit qu’il y a un problème, qu’il est mal à l’aise avec moi, qu’il ne peut pas m’en parler maintenant, plus tard. ça remet en cause le fait que je travaille là. il ne veut pas me dire quoi. je me demande ce qui se passe, j’éprouve un sentiment d’injustice. je me demande si Brice pense que je suis amoureuse de lui. je pense au travail que je fais, je me dis que c’est quand même du bon travail. je me retrouve assise seule à une autre table. je pense appeler ma mère. je me dis que tout le monde m’entendra dire « Maman ».

Brice à ma table, peut être quelqu’un d’autre avec lui. c’est une femme, une professionnelle. on parle. elle sourit. je ne sais pas ce qu’elle dit. finalement Brice dit qu’il peut bien me le dire, ce qu’il se passe, surtout aujourd’hui que je suis venue en pantalon. il dit que dorénavant quand je viens en jupe, je dois faire attention (quand j’étais assise, la femme qui était venue, elle avait vu, un jour (vu quoi?)  entre mes jambes). 

samedi 24 février 2018 · 11h16

24 février 2018

rêvé de Rachel, elle n’allait pas bien, pas bien du tout. moi, tout près d’elle (comme à un banc d’école ?) sur lieu de stage peut-être. on se parlait, comme deux élèves, copines. elle allait se reposer, je m’occupais d’elle.

rêvé aussi sorte viol au bureau. avais eu travail en plus qui n’avait rien à voir avec le boulot. 2 travaux différents. au départ n’avais presque rien à faire, mais là, débordée. pour l’un des deux travaux, surveillée par 2 enfants. à un moment dans le bureau, je fais un long pet, à un moment où je marche. je suis, gênée, sors, reviens, m’excuse, dis que c’est maladie, les 2 enfants m’énervent, je veux qu’ils s’en aillent. puis, il se passe quelque chose. j’ai l’objet du travail sur mes genoux (un ordinateur ? un sac de courses ?), je travaille, un texte m’est dit, je crois, que je suis, puis, à cause du positionnement de l’objet sur mes genoux, qui me fait une boule chaude dans l’aine, à droite, il y a comme quelque chose qui me pénètre. c’est hallucinatoire, je le sais, ça n’a pas lieu, ça ne sort pas de la machine, mais je le vis comme un viol. Édouard vient. je le lui dis, il fait le numéro d’une société de protection de consommateurs ou un SOS viol. je lui dis de raccrocher, je ne veux pas. c’est une grosse boîte pour laquelle je dois travailler. 

dimanche 11 mars 2018 · 07h49

interlude 1 – j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.

rêve
– les chosettes sont dans l’avalyse, toutes les chosettes.
avertissement
– le baiser de l’osier est un brasier.
rêve (suite)
– les chosettes en fait ce sont des femmes.
il est dit: elles sont rangées dans l’avalyse, comme des chaussettes, comme des enfants sans pair, on ne les entend pas parce que le couvercle est refermé sur elles.
addendum
– l’avalyse est non en cuir mais en osier.
doute : et si on ne les entendait pas uniquement parce qu’elles n’avaient RIEN à dire.
résultat dans la réalité
– grande ire.
va va va vol et nous venge
(longtemps, folle, j’écrivis des lettres sans double.)

rêve, aucun souvenir.

me réveille,
vois image de mon rêve: groupe de femmes. pense : femmes comme posées rangées dans valise, comme des enfants sans père et parce qu’il y a un couvercle on ne les entend pas. 

à donn, valise en osier où j’ai mis linge sale, où autrefois mettais mes chaussettes. encore aujourd’hui range mes chaussettes dans valise, mais dans une autre valise, en cuir. 
femmes comme des enfants sans père, des chaussettes hors paire, sans double, sans pair

osier, oser, baisier, brasier
il me dit baiser, je ne dis brasier.
je n’ai osié.

j’ai pensé hier qu’il fallait que je commence ma valise
mes mots comme des valises.
toujours détesté faire valises.

(va cours vole et nous venge) 

l’avalyse 
les chosetttes 
j’ai vu des femmes comme des chosettes dans l’avalyse, comme des enfants sans père.  

(quel objet est sans double : mes lettres le furent longtemps.)

lundi 26 mars 2018 · 10h45

l’écriture du symptôme

hier lundi, vu analyste HB.

ne pas perdre mon temps mon espoir à chercher à rassembler mes idées. tout dans l’épar, dans et par, dans et par l’épar. l’essentiel c’est de surmonter les vides, ni s’y arrêter ni tomber, sauter. n’importe comment.

mais pourquoi avez-vous arrêté de travailler, avez-vous laissé votre métier, perplexité, perplexité, mais parce que je n’y arrivais, y arrivais plus, plus le moindre faire, aucun, telle que me voyez là, suis là à la reconquête du faire.

l’écriture, ce qui s’est passé, si je n’ai plus écrit de fiction, c’est que je suis tombée amoureuse du symptôme, il me fallait, me faut, me fallait, inlassablement, tenter de restituer rendre cette écriture, je suis tombée amoureuse de l’écriture du symptôme. elle seule encore à mes yeux d’une quelconque valeur, intérêt, passion. j’ai tenté de redoubler dans l’écriture l’écriture du symptôme. 

 

 

 

 

mardi 10 avril 2018 · 07h37

mar. 10/04/2018 07:37

Madame, 

Je me permets de vous écrire,  parce qu’après je serai partie jusqu’au 29 avril  et que je n’arriverai peut-être pas à vous dire si clairement (si j’arrive seulement à vous l’écrire) et qu’il devient urgent que j’éclaircisse, évacue. 

Ce que je veux, c’est arriver à parler. Si j’écris, c’est pour cela, c’est cela, j’écris la perte de la parole, la déprise, c’est ce symptôme que je traque, qu’est-ce qui a fait qui fait que je ne parle que je ne rentre pas en parole que je n’aie rien à dire que je laisse la parole à l’autre. Franck Berger m’avait aidée par rapport à ça, me disant Ce qu’on ne peut dire,  il faut l’écrire. Ça m’avait rassurée (je me trouvais fautive).  Et pendant des années, j’ai cherché à écrire ce qui sépare la pensée de l’écriture, ce qui fait de la pensée une écriture à rejoindre, rejoindre ce qui ne cesse pas de s’écrire de l’écriture. Mais, aujourd’hui je vois qu’il s’agissait de chercher à l’écrire pour que ça puisse rejoindre la parole.

Aujourd’hui, je veux dire à mon fils la psychanalyse, c’est une ambition, et je veux la dire augmentée de ce que j’apprends dans le tai chi. J’ai réellement perdu mes mots pendant toutes ces années, perdu l’usage de la parole que je n’avais cependant peut-être jamais acquis. Et j’ai écrit pour les retrouver, pour endiguer  cette perte. Et j’ai écrit pour libérer la parole de l’écriture.

Mais j’ai aussi connu l’écriture comme symptôme, qui retenait la parole, qui ne la voulait qu’au livre, qui ne la destinait qu’au livre. La vie au livre, au seul livre. J’ai cru que les pensées faisait livre idéal.

Puis aussi, j’ai pensé que mon silence était féminin, et qu’il fallait trouver une forme de parole, d’écriture au féminin, qui rende compte de cette absence, cette déprise de la parole. Qu’il fallait cesser de se laisser impressionner par la parole masculine, et qu’il faudrait toujours risquer d’ouvrir la bouche au bord du vide, qu’il faudrait toujours prendre le risque du vide, qu’il faudrait toujours parler sans savoir, engager cette absence au savoir.

Je pensais que j’aurais à me battre contre ce savoir masculin, ce savoir au masculin, ce mode de savoir tout embué de mots. Et c’est là que j’ai rencontré le tai chi.

Je n’y suis pas arrivée, me semble-t-il, au risque pris du vide, à la formalisation et à la défense de ce positionnement, par rapport à la parole, même si c’est toujours là où j’en suis. A affronter des yeux légèrement agrandis d’incompréhension et de scepticisme (avec le mépris en sous-main).

À côté de cela, il y a ce pour quoi je vous avais d’abord écrit à propos du harcèlement, ce qui s’entendait à ce moment-là dans les réseaux sociaux, qui m’avait moi-même ramenée à ce qui de moi s’était alors, au sortir de l’enfance, refermé sur moi-même, refermé sur mon corps, dans une enveloppe de silence, et à cette parole entendue ou imaginée par moi, comme je sortais de chez moi, le pied dans la rue, allant vers l’école, la porte a peine claquée, qui m’avait apostrophée du haut d’une haute fenêtre dans un mur de briques, et qui disait, et répétait peut-être même : « Eh, la muette, la muette de Portici ! » et qui riait. Deux personnes sans doute.

Enfin, c’est pour tout cela que je me bats débats en ce moment, en ayant à côtoyer l’angoisse, et avec beaucoup de crainte de ne pas y arriver, de foirer. 

À mercredi, 

Jeanne Janssens

lundi 21 mai 2018 · 09h09

Lundi, 21 mai 2018 – 9h9

Bonjour Madame,

Je me permets de vous écrire encore, parce que je viens de recevoir la réponse à ce mail, que je vous transmets, de mon amie, qui m’a entendue, ce qui me fait plaisir. S’il vous paraissait que je ne dois pas vous écrire, vous me le direz, comme l’avait fait Berger en son temps.

Le film dont il est question, est un film de Chantal Ackerman, Jeanne Dilman, quai du commerce 1080 Bruxelles. Il passe en ce moment sur Mubi, c’est une merveille. Je crois qu’il y a moyen de s’inscrire à Mubi et de faire une semaine d’essai gratuite, ça en vaut la peine.

Il me semble que ce film m’a montré la racine de mon mal, cette identification à une mère ménagère dont je n’arrive pas à m’extraire.
Dans ce que je lui ai dit, France a entendu le rien et j’en suis heureuse, je ne pensais pas qu’il percerait si bien dans ce que je lui écrivais.

Veuillez croire que ce rien m’étouffe, que j’ai maintes fois essayé de décliner sans succès opérant, conséquent.

Il m’est arrivé de n’y lire qu’un nom du vide, sa face symbolique – dont les gestes ménagers feraient l’alphabet, ainsi que ce film me l’a découvert. Le rien ne serait qu’un nom, mais quel nom, qui n’a d’autre répondant que le tout et quel tout. Car ce tout doit contenir l’infini. Sous l’empire du monde le plus cruel, l’emprise des choses à faire, l’enfer, une liste, la prescription, l’infinitude du devoir.

Elle le fait, Jeanne Dilman, elle accomplit les gestes, ce qui ne cessait de m’étonner, car enfin, me disais-je, son mari mort, elle seule avec son fils, où est encore l’obligation.

L’obligation tient à se confiner dans un rôle, à faire taire ce qui a cloché, ce qui a été méprisé, les choses dont il ne faut pas parler avec le fils, sa cruauté envers lui, elle devenue forteresse imprenable, son désir de femme, sa jouissance (qui finit par la surprendre avec un de ses clients, la pousse au crime (la jouissance est interdite ?) ).

Ma mère m’a servie autant qu’elle a servi mon père. Elle n’espérait pas que je devienne comme elle. Que du contraire. Elle se réservaient les basses tâches afin que nous puissions, nous, nous consacrer aux plus hautes œuvres. Et comme elle l’a toujours dit, elle n’a jamais fait de différence entre nous. Elle incarnait la seule différence. J’ai cherché à la rejoindre en sa différence. Mais, elle ne le veut pas. La seule, être la seule est quelque chose à quoi elle tient. Et le mépris où elle est d’elle-même, cette haine, l’empêcherait bien de vouloir pour moi ce qui l’a fait, aujourd’hui encore, tant souffrir.

Nathan : pour tout vous dire, la tentation pour moi de l’aimer, c’est celle de l’aimer en dehors de la mère, dans l’oubli, dans l’abandon de mon fils, sans compter celui d’Édouard. Il en serait fort marri, s’il l’apprenait (car je lui connais cette faiblesse de m’aimer mère).

Ah, j’ajoute que je crois personnellement à la sainteté des tâches ménagères. Elles ont leur part de sainteté que je rejoins pas suffisamment souvent. Leur sainteté, leur bonheur. Quand elles sont les gestes de ce dieu oublié, le corps, dont le silence ne dit pas rien et qui recèle la plus haute sagesse, à connaître (par rejet, par pure et simple exclusion) l’inanité de tout dit qui ne tiendrait de lui.

Et si je ne parviens pas à rejoindre cette sainteté, c’est que je ne parviens pas à m’extraire, à ôter ma tête de l’encolure de cet habit de la mère que je ne cesse de vouloir enfiler, sans y parvenir, car en vérité, de mère il n’y a qu’une : la mienne. Elle est l’impossible incarnation adorée et haie, aimée. L’angoisse est de ne pas devenir elle.

Et il m’a parfois semblé, j’ai cru, quand je me retrouvais dans cette grande maison, à faire les lits, que son angoisse à elle, à ma mère, était du même tenant, tonneau, que celui de sa mère aux 7 enfants, au mari, qui se levait tous les jours à 4 heures et qui avait eu tant de lits à faire, tous les jours. Et qui avait cette expression, quand elle n’avait pas-tout fini, qu’il en restait : c’est le levain pour le nouveau pain, le pain de demain. On n’échappe pas au reste à faire. Un enfer.

Donc, je crois à la grandeur des tâches ménagères, qui sont celles des moines zen d’ailleurs de et bien d’autres moines et moniales de part le monde, mais je pense qu’elles devraient être (pour le coup) plus universellement partagées, et leur grandeur reconnue (seulement ça ce serait parfaitement anti-social, sous sociétal).

Car enfin bon, les hautes sphères, les grandes œuvres intellectuelles, si il est quelque chose à quoi la psychanalyse m’a amenée, qui m’a soulagée sans pour autant me rendre la vie facile, c’est bien à ne jamais me les tenir pour dites, et à ne croire, à ne vouloir que de l’instant où elles me transpercent (jusques au fond du cœur), où elles me touchent intimement… là se tient ma responsabilité. I s’avère que couper des oignons pourrait, semblablement, m’émouvoir.

Je m’arrête là.
Merci.
Bonne fin de week-end,
Jeanne Janssens


Envoyé depuis mon smartphone. 


——– Message d’origine ——–De : jeanne Date : 20/05/2018  12:11  (GMT+01:00)À : France Courtois Objet : Re: « Signer »

Si chère France,
Hier, je t’écrivais ce qui suit que je pensais corriger compléter raccourcir, mais je n’en ai plus le courage. Je suis désolée, impossible de me relire. Édouard m’a hier soir poussée à avouer que j’étais amoureuse de quelqu’un d’autre. Et la situation est devenue vraiment difficile. Bon courage ma belle,
Je t’embrasse,
Jeanne

Je n’ai pas vu Signer finalement. C’était hier une de ces journées où je tombe dans une sorte de trou, d’oubli, où je n’arrive à rien faire, et qui peut devenir angoissant, mais que j’apprends à laisser passer, à neutraliser. Aussi en ai-je profité pour regarder Jeanne Dilman qui passait sur MUBI, je me suis dit que je n’en aurais peut-être plus jamais l’occasion. Je ne regrette pas du tout ce choix, ce film, je voudrais le voir encore et encore,  je pense l’avoir vu dans les meilleures conditions, prise moi-même dans cette énigmatique torpeur, ma séparation. Ce film ! Ah, il me semble qu’il contient ( je me suis embarquée dans cette phrase ne sachant pas vers quoi elle allait, me fiant à l’écriture et voilà que le mot ne vient pas, que je cherche)… l’alpha sans l’oméga ? Qu’il me montre ma mère, et peut-être la mère de ma mère et encore la mère de la mère de ma mère, etc., etc., etc. Une généalogie maternelle. Jusqu’à quand remonterait-elle? Et aujourd’hui, elle se serait cassée, elle commencerait à casser. Cette généalogie d’angoisse. Ou pas ? Ne meurt-elle de sa mère, Chantal Akerman, n’est-ce pas de sa mère qu’elle a souffert ? Une Genèse, peut-être est-ce ce mot que je cherchais, une Genèse dont la suite resterait à écrire, si l’on veut pouvoir échapper à la damnation. C’est une interprétation. J’y ai vu l’amorce de ce que je me suppose devoir écrire, pouvoir écrire pour échapper à ça, ce qu’elle montre, où il n’y a rien d’apaisant, pas un instant de soulagement.

Cela je me le dis à moi-même, parce que j’aurais pu croire, ou vouloir, j’aurais pu croire ma mère qui me disait, qui nous disait, le vouloir, l’avoir voulu, ce qu’elle appelait son sacrifice. Dont il n’y aurait rien d’autre à entendre que la jouissance? Je devrais croire ma mère, mariée à un homme qu’elle aimait et qu’elle voulait servir, je devrais la croire, mais, cette angoisse qu’elle m’a filée, dont je suis à mon tour responsable, je ne dois pas l’oublier, elle existe, existait, a existé et continuera de m’étouffer si je ne trouve pas le moyen d’y mettre un terme. Donc, pas de soulagement, dans cet état, une seule contrainte.

Tout au long du film, je me demandais mais pourquoi le fait-elle, elle qui n’y est même plus contrainte, mari mort, pourquoi le fait-elle, est-ce que son fils l’incarne encore pour elle, son mort de mari, la mâlitude ? Lui, qui pose toutes les bonnes questions et elle si complètement fermée à son appel, à son amour, même si le seul (ou le premier d’une paire) sourire, esquisse de sourire, est celui qui se peint sur ces lèvres lorsqu’elle l’entend rentrer à la maison, le premier jour, le premier soir (et le second, sourire, celui qu’elle a à l’avant-dernière image du film, assise à la table de sa salle-à-manger, une main ensanglantée, qui nait sur son visage, léger, de toute beauté, au souvenir peut être de la jouissance qu’elle vient de connaître, qui l’a surprise, que son corps recèle). Alors, pourquoi le fait-elle, ces gestes, ce ménage. Je me disais, je la voyais, je me disais Cette femme est folle, folle, parce que je ne la comprenais absolument pas, absolument pas ce qui lui permet ou ce qui la contraint à faire ces gestes et aussi impeccablement. Ces gestes que moi-même j’essaye de reproduire sans y parvenir et jour après jour. Et je n’ai pas trouvé dans ma petite tête d’explication. La seule chose que me sois dite c’était qu’elle n’avait dû avoir d’autre modèle, aucun autre, et/ou que ce modèle-là, de la mère, était le plus fort. Que c’était celui auquel moi aussi je cédais, comme ma mère avait cédé avant moi, avait cédé à sa mère, au modèle de sa mère, qui elle-même, etc. Que ce modèle était plus fort que tout, où la mère s’enferme, ou une mère s’enferme. Où une femme en vérité est enfermée. Et, je pensais qu’on était là à la racine du féminisme, non ? Que face à ça, il n’y avait rien d’autre, plus aucune autre issue, solution, que celle du féminisme. Mais, peut-être est-ce secondaire. Maintenant, il y a eu le féminisme, est-ce que la question est réglée. Pas pour moi. Mais la génération suivante, peut-être, la jeunesse actuelle comment s’en sort-elle? Pour moi, la question n’est pas réglée du tout. Si Jeanne Dielman les fait, les gestes du ménage, moi, je me suis toujours empêchée de les faire tout en m’y forçant, je n’y ai jamais pris le moindre plaisir, j’y ai cherché le plaisir, j’ai cherché à le rendre supportable, et je me suis toujours comparée à ma mère, malgré moi, ce modèle auquel je ne voulais ressembler à aucun prix, je m’y suis toujours comparée, et me suis toujours trouvée tellement moins bonne qu’elle. Et je m’en veux tellement de n’être pas arrivée à donner tout ce qu’elle m’a donné à mon fils. N’avoir pas rangé sa chambre fait son lit préparé ses bons repas ses bonnes collations à heures fixes, ne l’avoir pas toujours fait réciter autant qu’il le fallait. Enfin, je lui ai parlé, un peu plus qu’elle. J ai essayé. Et je sais que mon échec cuisant, souffrant, est en fait une victoire,  victoire du désir sur la jouissance du silence de la mère. Et ce que je lui reproche, son tout donner que je lui reproche, qu’elle nous ait tout donné, ce sacrifice, que j’attends encore, malgré moi, ce tout donner, ne s’embrasse finalement, ne se contient que dans ces gestes de ménage, cette vie silencieuse uniquement consacrée au service de l’autre, à son service ménager, à ses besoins. C’est un travail comme un autre, dira-t-on. Alors, peut être ont-elles raison, les féministes, et faut-il qu’il soit rémunéré, ce travail, rejetons cette gratuité qui nous oblige, qui en oblige tous les bénéficiaires, et, insidieusement autorise celui, celle qui l’accomplit ce travail, qui prodigue ses soins, aux pires abus. (Celui qui vous donne tout n’attend rien en retour. C’est de ce rien qu’il faut revenir, car vous êtes ce rien. Quel rien êtes-vous. Vous êtes le rien du sacrifice. Là où le désir est renié, le sujet est renié, et l’absence de sujet, objet de sa propre jouissance, ne saurait reconnaître aucun sujet. L’objet ne connaît d’Autre que dévorant. ) Et quel est cet amour, ce modèle d’amour, que j’attends encore. Et que je me reproche de ne pas apporter à mon tour. Tient-il dans ce silence (qui rejoint d’ailleurs le silence de la pulsion ?) Il tient à ma mère. Ah, je me suis interrompue. Ne sais plus bien où en étais. Qu’est-ce qui la fait céder à ce point sur son désir ? Tu vois, mon idée, c’est que nous souffrons de nos mères, nous souffrons d’une généalogie de femmes, de la lignée de femmes qui ont souffert de leur mère, de cette identification-là. Qui passe, ne passe par rien d’autre que l’énoncé discret, éventuellement uniquement au travers de gestes, qu’elle ne nous auront même pas communiqués verbalement, que nous aurons observés, et dont la répétition aura suffit pour imprimer en nos corps un corpus de règles, assez restreints mais immuable. L’enfant :  On a mangé si tard. Pour une fois, peut-on rester à la maison ? La réponse : Non. simple net et définitif. Donc, revenons-y, qu’est-ce qui la fait céder sur son désir ? Enfin, nous le savons. du moins, le sais-je.

jeudi 24 mai 2018 · 06h49

24 mai 6h49

j’ ai dit à l’analyste, à Hélène Parker, pour mon genou, elle m’a demandé si j’avais consulté, j’ai dit que j’avais peur qu’on ne dise que je ne pouvais plus faire du tai chi, elle m’a dit ça aussi vous avez peur qu’on vous l’interdire, eh bien, ça va loin ! j’ai ri, je me suis exclamée vous voyez, incroyable, c’est fou, c’est vraiment grave… et ça m’a rassurée 

vendredi 8 juin 2018 · 22h54

8 juin 2018 22h54

vendredi soir 

pas dire grand chose, si ce n’est que HP disait que partir en Auvergne, ça serait comme un passage à l’acte. Et elle se trompe, je crois. Elle disait que je ne connais rien de Nathan, qu’avec Édouard j’avais construit quelque chose. 

avec Nathan tout était beau et facile. nous n’avions aucun mauvais souvenir, aucune inquiétude. du moins quand nous nous voyions. je n’arrive pas à écrire beaucoup plus.

samedi 23 juin 2018 · 21h24

première leçon du Séminaire XXIII Le sinthome, « la difficulté d’arracher l’obsessionnel à l’emprise du regard »

« Lacan indique dans la première leçon du Séminaire XXIII Le sinthome, « la difficulté d’arracher l’obsessionnel à l’emprise du regard », ce regard de l’Autre qui fonctionne comme un Maître, comme Jacques-Alain Miller a pu l’évoquer, et qui lui permet de situer son propre regard : un regard auquel il se mesure en permanence. Raison pour laquelle Lacan évoque ici la fable de La Fontaine dans laquelle la grenouille voulait se faire aussi grosse que le bœuf. »

https://www.lobjetregard.com/2016/08/22/sous-lemprise-du-regard-par-fabian-fajnwaks/

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