jeudi 11 avril 2019 · 18h25

« Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs « 
— Extrait d'une interview de J.-P. Vernant par Georges Charbonnier

« Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs », Marcel Detienne & Jean-Pierre Vernant, Ed. Flammarion, collection Champs, 7 janvier 1993, Poche : 316 pages, ISBN-10 : 2080810367, ISBN-13 : 978-2080810366

Notion centrale et notion très complexe, puisque le mot métis est d’abord un nom commun, qui signifie non pas l’intelligence mais une forme particulière d’intelligence qui est faite de ruses, d’astuces, de stratagèmes, et même de dissimulation, voire purement et simplement de mensonges. On peut dire que le héros humain de la métis, pour les Grecs, c’est Ulysse.

[…] de là aussi, dans le domaine du monde animal où certaines bêtes sont en quelque sorte aux yeux des Grecs, les symboles de ce type particulier d’intelligence et spécialement deux animaux : le renard, parce que le renard c’est l’animal à métis, c’est le fourbe, le rusé fait animal comme Ulysse est le rusé fait homme, et aussi le poulpe. Le poulpe, la seiche parce que ce sont des animaux d’une souplesse incomparable, qui peuvent prendre toutes les formes, qui peuvent se modeler sur toutes les situations, prendre la couleur du rocher, se confondre avec le sable, et dans la mer, sécréter une espèce d’encre qui crée l’obscurité au sein des flots et qui leur permet d’être à la fois l’animal qui échappe à toute les prises et qui surgit à l’improviste pour s’emparer de ce qu’ils convoitent. [...]  Lire la suite >

jeudi 11 avril 2019 · 19h18

Faire couple, avec la Métis, par Monique Variéras

Primatice est un des maîtres incontestés de l’École de Fontainebleau, le premier à mettre en scène la Cour. Il imagine fêtes et mascarades, multiplie les décors intérieurs (la Galerie Basse, l’Appartement des Bains, la chambre de la duchesse d'Étampes, le cabinet du roi, etc.) mais aussi dans le jardin du château de Fontainebleau (pavillon de Pomone, fontaine d'Hercule, grotte des Pins). Peintre du roi, à la fois dessinateur, sculpteur, architecte, Primatice fait évoluer l’art en introduisant en France le raffinement et le maniérisme italien, l'héroïsme épique (en référence permanente à la mythologie, dieux et héros) créant ainsi un style personnel, un style primaticien, dont l'influence va gagner toute l'Europe. Francesco Primaticcio, dit Le Primatice (né en 1504 Bologne, alors dans les États pontificaux et mort à Paris en 1570) est un peintre, architecte et sculpteur italien de la Renaissance tardive.
08/11/2015

Légende illustration : Ulysse et Pénélope, vers 1545, Le Primatice, (Toledo, Ohio, Toledo Museum of Art)

Ulysse et Pénélope, un couple étrange et séparé qui tient pourtant le récit jusqu’au temps retrouvé. Dans l’éloignement spatial et temporel se répond ce qu’ils ont en commun : la métis. La métis, ruse du non rapport sexuel, fil ténu mais solide qui retient sur la rive du désir l’irrésistible dérive que commande la pulsion de mort. Dans cette longue et périlleuse Odyssée, Ulysse, le prométhéen, arrime son désir à sa ruse qui conduira son retour. Pénélope met en écho sa propre ruse par son activité tisserande qui ne connait pas de produit fini. Son pré-texte à l’assaut insistant des prétendants est le tissage d’un linceul pour Laërte. Rivés sur son retrait, sa navette, ses mêmes fils qu’elle tisse et détisse, certains commentateurs ont pu la dire inutile au récit. Mais son impopularité est le signe d’une intimité menacée. Elle s’inscrit comme symptôme dans la cité qui promeut un bonheur illusoire assurant à tous une jouissance dont les débordements gardent leur actualité.
C’est dans une texture toute particulière que prend place la toile de Pénélope. Homère en a défini les limites, elle ne sort pas de son rôle. Évitant le péril en sa demeure, à cause des séductions intéressées, elle transmet l’image d’Ithaque en pleine crise. Garante du texte à s’écrire, Pénélope dérationalise le discours justifiant la double avidité des prétendants, du pouvoir et du sexe, par le prétexte d’un nouvel ordre. La position est inversée lorsque qu’Ulysse se fait attacher au mât de son navire pour résister au chant des sirènes. C’est une rationalité indirecte ou secondaire qui met en lumière la stratégie du héros lorsqu’il reconnait sa faiblesse.
Leur Métis convoque l’endurance et la résistance. Ulysse, l’avisé, résiste aux chants des sirènes car il refuse une immortalité qui le jetterait dans l’oubli. Il tient à sa condition d’humain et préfère souffrir, vieillir, plutôt que de renoncer à sa gloire. Pénélope résiste aux prétendants et au désordre d’Ithaque. C’est le même Kléos (réputation maintenue), qui fera dire à Homère « qu’il existe entre eux une identité de pensée, rare entre un homme et une femme. »
La boucle se ferme sur un présent épais, accentué pour Ulysse par « La descente aux enfers ». L’Odyssée homérique, qui, entre autres, a pu inspirer l’écriture proustienne, donne sa pleine actualité au fait que nous portons tous le poids de nos tourments et de nos épreuves. Le tissage de Pénélope, délesté du pré-texte, enroule la toile jusqu’au temps retrouvé. La chair fait place à l’écriture tenue par les épithètes homériques qui insistent au long du périple. La lecture peut se faire alors non pas sur le fil de la signification mais par le signifiant et le mode de jouissance. Les exploits héroïques d’Ulysse, son errance dans les eaux piégées de nymphes et de sirènes qui le retiennent, indiquent le rapport à sa jouissance. Fidélité, attente, hésitation, dont Pénélope serait l’antonomase, livrent une figure fade et pâle du récit. C’est de fait un réveil de la mémoire. L’arc, les flèches, le lit, la blessure d’Ulysse, traits reconnaissables de leur alliance, font le motif de la toile. Mais son attente trace un bord au-delà duquel les frontières se brouillent, où il n’y a ni temps et espace, ni jour et nuit, mais un lieu indéfini, sans loi. Ce réel aspire le sujet dans une jouissance indicible débordant le référent phallique : la jouissance féminine.
Grande ruse, astuces, ou petits arrangements, la Métis est empreinte d’une pointe d’humour et d’ironie. En résonance chez Pénélope et Ulysse, elle relie leurs solitudes. Si les modes de jouissance sont inconciliables, la rencontre se joue dans une intermittence qui peut faire consistance. N’est-ce pas le pari du couple ? Hier comme aujourd’hui, que l’amour dure trois ans ou jusqu’au terme de la vie, en-deçà de l’illusion ou de l’idéalisation, un bel amour pourrait se concevoir et se moduler dans une poétique d’accords provisoires. [...]  Lire la suite >

mardi 11 juin 2019 · 15h11

Mada

Madame,

Je voudrais essayer de vous raconter quelque chose qui s’est passé hier, de quelque chose dans quoi je suis embourbée, dont je ne parviens pas à sortir, et qui ne se laisse pas facilement saisir, relater, même en analyse. Cela a trait à ma relation avec Édouard.

Avant cela, un bout de rêve fait cette nuit.  Je m’apprêtais à pénétrer, à la fin de ce rêve, dans la chambre d’un homme mourant. Allongé, les yeux clos, son visage et son corps dénudés, ses bras maigres, particulièrement éclairés. Il ouvre les yeux, me voit, dans l’entrebâillement de la porte. Il est possible que nous nous parlions. Nous nous parlons, même si cela a quelque chose de répugnant pour moi. Je sais qu’il ne va pas tarder à mourir. Je suis beaucoup plus jeune qu’aujourd’hui. Il est très vieux. Sa figure a quelque chose de biblique, évoque celle de Job, son image en peinture, son corps osseux, la peau flasque et éclairée, lumineuse. [...]  Lire la suite >

samedi 16 novembre 2019 · 15h29

Sans titre

p. 38 « Marc Aurèle entrevoit ici, semble-t-il, que la douceur est chose si délicate, que même vouloir être doux serait cesser d’être doux, parce que toute affectation détruit la douceur. D’ailleurs, on n’agit efficacement sur les autres que lorsqu’on ne cherche pas à agir sur eux […] Et, de même, lorsqu’on voudra faire du bien à autrui, l’intention de bien faire ne sera véritablement pure que si elle est spontanée et inconsciente d’elle-même. Le parfait bienfaiteur est celui qui ne sait pas ce qu’il a fait : « Il faut être de ceux qui font le bien inconsciemment. » On arrive ici au suprême paradoxe : un vouloir tellement fort qu’il se supprime comme vouloir, une habitude qui devient nature et spontanéité. »(( Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique? Gallimard, Folio essais, 1995, p. 333. ))
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samedi 16 novembre 2019 · 16h35

A la recherche du nom perdu

« p. 41 … Le mystère de cette efficience silencieuse qui dépasse les ressources conscientes…

p. 42 Montaigne écrit à propos de l’effort pour se remémorer un rêve : « Plus j’ahane à le trouver, plus je l’enfonce en oubliance »

p. 43 Pourquoi dans certains cas, la volonté de se rappeler quelque chose constitue-t-elle un obstacle? Est-ce là un obstacle inhérent à l’effort ou est-ce simplement que ma volonté s’exerce au mauvais moment, dans une mauvaise occasion? Et quand le nom me vient soudain aux lèvres, comme par un don des Muses , que s’est-il passé? Puis-je toujours dire sincèrement que c’est parce que j’avais renoncé à me souvenir, parce que j’avais supprimé toute intention? N’y a-t-il pas quelque chose en moi qui continue secrètement à chercher alors même que je pense avoir renoncé? (( et si cela n’avait pas à chercher parce que cela s’y trouve, est attendu seulement le moment où quelque chose à l’intérieur acceptera que cela remonte à la surface?)) Tout se passe comme si l’on déléguait la tâche à quelqu’un en sous-main, lequel surgit à l’improviste après des recherches personnelles et lance en vous interrompant : j’ai trouvé ! Ne devrait-on pas parler d’un régime différent d’intentionnalité? En passant à un autre sujet de conversation après mon effort infructueux, il semble qu’une ressource inconnue ou mal aperçue en moi continue d’oeuvrer, et qu’au fond je ne fais que transférer le tôle de tête chercheuse, dévolu ordinairement à la conscience intentionnelle, à mes forces d’inconnaissance. En décidant de remettre la quête de ce nom à plus tard, j’ai libéré sans le vouloir les moyens de le retrouver, sans savoir ce qui se passe ou comment les choses se passent exactement. J’ai momentanément accepté de rester dans un état d’ignorance et d’obscurité. » [...]  Lire la suite >

lundi 2 décembre 2019 · 09h50

Il n’y a que la nuit que j’ai les idées claires

Il n’y a que la nuit que j’ai les idées claires. 
Il n’y a que la nuit que j’ai des idées tout court. 
Certaines idées ne me viennent que la nuit. Et je le regrette. Ce sont des idées sur lesquelles j’aimerais bien travailler. Non pas sur les idées mêmes, mais sur les réalités qu’elles cherchent à saisir. Des réalités de ma vie quotidienne. 
Ainsi, crois-je que toutes les nuits je m’effraie du temps qui passe. De l’oubli. Et de ce que je ne parviens pas à faire pour le contrer. 
Voilà, à tout le moins, ce dont je me souviens concernant les pensées de cette nuit.
Le pressentiment effleuré que ce n’était peut-être pas la réalité qu’il conviendrait de changer mais ces nocturnes pensées qui la juge. 
Mais quoi alors du temps qui passe. 
Il se passa bien d’autres choses. 
Ainsi, me passai-je des gouttes de Ravintsara un peu partout sur le corps. 
D’abord, très peu, une trace, appliqué sous les narines. Ensuite, à peine plus, sous les oreilles. Puis, sur la plante des pieds, qui réagirent fortement (c’est M qui conseille de le faire ainsi, pour combattre le rhume). Je respirais le plus doucement possible, jouissant des rondes effluves  qui grimper le long de mes parois nasales. C’était extrêmement doux. Je me ramollissais. J’eus envie d’en appliquer sur le plexus solaire. L’impression était que le plexus solaire, la poitrine, demandaient, aspiraient à recevoir leur onction de Ravintsara. Je le fis et cela me fit beaucoup de bien. J’en eu envie au poignet droit. J’ y frottai ma paume de main, ce qu’il restait de mes précédentes applications. Il me semblait que tous les endroits que j’avais oints vibraient d’une douce chaleur, qu’ils communiquaient entre eux, se réjouissaient véritablement. J’assistais à cela, c’était doux, prenant, étonnant. J’eus envie de me couler contre F, que nous coulions ensemble dans ce bien-être. Puis, j’en eu terriblement envie sur le gorge, dans le creux de la gorge. À quoi je résistai un moment (crainte de reprendre le flacon, l’ouvrir, tous ces gestes, l’odeur forte de cette huile essentielle, risquer à nouveau de réveiller F). Enfin, je ne résistai plus. Et je ne sais pas ce qui se passa alors. J’en fis couler un peu trop (j’étais dans le noir). J’en appliquai le surplus sur la poitrine, les poignets je crois. Je me sentais extrêmement bien. Je me couchai sur le côté. Je ne me souviens plus bien. 
Il y eu l’apparition d’un bébé sur une étagère, que je voulais absolument récupérer, que je retrouvais avec joie. 
J’ai beaucoup oublié. Cela ne fait pas partie des idées que j’ai habituellement la nuit, cela les chassa, remplaça agréablement. 
Au réveil, mon nez était encore légèrement bouché. 
Je me referai un massage des pieds dès que je me serai levée.

lundi 2 décembre 2019 · 16h19

livre de cuisine
— n'être pas à la hauteur du réel

Je ne sais pas très bien à quelle place je mets les livres, une place idéale. Même la cuisine pour moi devrait sortir des livres. Je ne sais pas du tout cuisiner. Je me garde bien de savoir cuisiner. Et régulièrement, j’achète des livres de cuisine. Dont je dois croire à chaque fois qu’ils me changeront la vie. Ce qu’on est en droit d’attendre de tout livre. Quand je lis un livre, et que j’ai le sentiment qu’il pourrait me changer la vie, changer ma vie, je suis un peu triste. Car je sais bien, à force, non que ça arrive si souvent, que je ne serai pas à la hauteur du changement que le livre convoque. Du coup, un bon livre me rend un peu triste. Ce que j’appelle un bon livre. De n’être pas à la hauteur de la grandeur ressentie d’un livre. De la façon qu’il aura eue de cerner un réel.  (Tout comme on peut se sentir triste de n’être pas à la hauteur du réel tout court). Comme le Beckett lu hier. Cette pièce vue avant-hier, au théâtre, La dernière bande[...]  Lire la suite >

vendredi 20 décembre 2019 · 08h13

vendredi 20 décembre 2019

Hier. Commencé journée trop tôt matin par écrire lettre à l’analyste pour lui dire qu’arrête l’analyse. Ensuite, bonne partie de la matinée passée au lit à ressasser. Quand finalement levée, amère discussion avec F, à ce propos, la lettre, la séance d’hier, passée lui-dis-je à essayer de nous sauver. Il me dit qu’il ne veut pas être comme mon père ou mon frère ou son père et nous écraser de paroles, nous voler la parole. Je lui dis que pour autant, il ne peut pas se taire, ne rien dire. Il dit qu’il n’aime que les artistes contemporains. Qu’il peut aller voir Le Greco, mais que cela ne le touche pas. Je lui demande si ce n’est pas une raison suffisante de se quitter. [...]  Lire la suite >

samedi 21 décembre 2019 · 09h06

Miller, l’être et l’Un, Extraits

j’ai été formé par l’enseignement de Lacan à concevoir le sujet comme un manque-à-être, c’est-à-dire non-substantiel.
 
dans le dernier enseignement de Lacan, le manque-à-être, la visée du sujet comme manque-à-être, s’évanouit, disparaît.
Et, à la place de cette catégorie ontologique à proprement parler vient celle du trou.
 
 
Au fond, ma première  pratique s’est réglée sur le désir, entendu comme ce qu’il s’agit d’interpréter – et sans méconnaître, instruit que j’étais par Lacan, qu’interpréter le désir c’est aussi bien le faire être – l’interprétation, en cela, est créationniste. Et si ma pratique a évolué, ce n’est pas d’avoir abandonné l’interprétation du désir, mais c’est de ne pas s’y régler, de se régler sur un terme que l’on ne peut pas se prévaloir de faire être.
Ce terme, c’est celui de la jouissance. Là, vous devez vous désister de toute intention créationniste, et vous faire plus humble.
« Interpréter »,  le terme ici défaille. Il faudrait lui substituer quelque chose comme « cerner », « constater ».
Je n’en suis pas satisfait, de ce vocabulaire, je voudrais parvenir à trouver le vocabulaire qui dirait mieux ce dont il s’agit pour l’analyste, au regard de ce terme qui outre-passe l’ontologie.
 
 
Le premier enseignement de Lacan, je veux dire celui qui commence avec « Fonction et champ de la parole et du langage », celui qui a marqué les esprits, qui a marqué l’opinion,  culmine sur un enseignement qui porte sur le désir, comme constituant l’être du sujet. Et j’essaie précisément d’ébranler cette ontologie lacanienne, comme Lacan lui-même l’a fait, a été conduit à l’outrepasser. J’irais à extraire de ces considérations une définition ontologique selon laquelle l’être c’est le désir.
Mais il y a un autre régime de l’interprétation qui porte non sur le désir mais sur la cause du désir, et ça, c’est une interprétation qui traite le désir comme une défense. Qui traite le manque-à-être comme une défense contre ce qui existe.
Et ce qui existe, au contraire du désir qui est manque-à-être, ce qui existe, c’est ce que Freud a abordé par les pulsions et à quoi Lacan a donné le nom de jouissance. 
 
Cette cassure, Lacan lui a donné une formule que j’avais jadis soulignée : « le désir vient de l’Autre, la jouissance est du côté de la Chose » [2], avec un grand C.
Ça veut dire : le désir tient au langage, et à ce qui, dans le champ du langage, là où ce qui est communication fait appel à l’autre.
Et la Chose dont il est question, ça n’est pas la vérité première, celle qui dit « Moi, la vérité je parle », c’est le réel à quoi on donne sens. Et ce à quoi, Lacan au-delà de son premier enseignement est venu c’est que le premier réel qui se distingue de la donation de sens, et sur lequel s’exerce la donation de sens, c’est la jouissance, ce côté de la Chose où s’inscrit la jouissance, c’est le symptôme, c’est-à-dire ce qui reste quand l’analyse finit au sens de Freud, et c’est aussi ce qui reste après la passe de Lacan, c’est-à-dire après le dénouement du sens.
 
 
Alors c’est énorme, parce que tout ce que nous avons appris avec Lacan à reconstituer comme l’histoire du sujet, c’était précisément les aventures du sens de son être. Et, on n’y coupe pas, je ne dis pas qu’il y a un court-circuit, je ne dis pas qu’on peut s’en abstenir dans la pratique, mais que à l’horizon des avatars du sens de l’être, il y a un « Y a », il y a le primat de l’Un. Alors que ce qu’on croit avoir appris de Lacan, c’est le primat de l’Autre, de l’Autre de la parole, qui est si nécessaire pour la reconnaissance du sens, l’Autre, celui qui entérine le sens de ce qui est dit et du désir, eh bien, ici le désir passe au second plan, car le désir c’est le désir de l’Autre. Et au fond, la vérité qui se déprend de la passe de Lacan, c’est celle-là, qui donne la clé de la déflation qui s’y produit du désir, que le désir n’a jamais été que le désir de l’Autre. Et c’est par là que cet Autre, qui n’a jamais été que supposé, qui n’a jamais été qu’imaginé, s’évacue avec la consistance du désir.
Simplement, il y a un après. On a été forcé de constater qu’il y avait un après, et que l’après, c’était précisément que le sujet se trouvait au prise avec le Y a de l’Un : une fois qu’il avait la solution de son désir, c’est-à-dire qu’il ne s’y intéressait plus, qu’il l’avait désinvesti, néanmoins persiste le Y a de l’Un. Et ce Y a de l’Un, comme je le prends ici, c’est précisément le nom de ce que Freud nous donnait comme des restes symptomatiques.
Avec le primat de l’Un, c’est la jouissance qui vient au premier plan, celle du corps qu’on appelle le corps propre et qui est le corps de l’Un. Il s’agit d’une jouissance qui est primaire, au sens où il n’est que secondaire qu’elle soit l’objet d’un interdit.
 
La position de l’analyste quand il se confronte au Y a de l’Un dans l’outre-passe, n’est plus marquée par le désir de l’analyste, mais par une autre fonction qu’il nous faudra élaborer par la suite, et nous nous y attacherons plus tard.

dimanche 22 décembre 2019 · 09h37

travail de désengagement – doutes

Je n’ai plus envie de faire du tai chi .

Aller au cours me fait du bien, quand je suis sur place j’apprécie mais ça s’arrête là. Je sais que ça me fait du bien d’avoir ces RV fixes, de sortir de l’agenda indéterminé de ma vie, de devoir me lever laver habiller sortir rouler à vélo ou prendre le RER me dépêcher puis ces heures de cours, mais, ça s’arrête là. Le tai chi ne m’ accompagne pas dans le reste de ma vie. Pas ou peu. Si parfois la nuit, c’est la seule réponse, opposition que je peux faire à mes mauvaises pensées, insomnies. 
 
Peut-être qu’il y a une part de déni dans ce que j’écris ici. Je ne sais pas. Un part d’oubli. 
 
Le tai chi n’existe pas en moi en dehors du cours. Il a peut être existé davantage mais pris dans la relation ou le désir de relation avec Nicole. Quand je me suis aperçue que je ne serais pas aimée d’elle, aimée vraiment, non pas amoureusement, mais que je ne deviendrais pas pour elle quelqu’un d’important, qu’elle serait contente d’avoir dans sa vie, que nous ne deviendrons pas amies, voilà, simplement, ma relation au tai chi, mon rapport au tai chi s’en est fortement ressenti. Le tai chi existe pour moi dans la relation. Bien sûr, il y a des perceptions du chi qui sont fortes quand je suis seule, mais. 
 
J’ai pensé ce matin que les hommes pouvaient mieux que les femmes faire exister le tai chi indépendamment de la relation, de la relation à l’enseignant, de ce que la psychanalyse serait tentée d’appeler le transfert. Les hommes se mesurent au tai chi, les femmes à cette relation. Mais, c’est probablement une sottise. Cela traduit sans doute quelque chose de ce que je pense « réellement », « inconsciemment » des hommes et des femmes. Une possibilité pour les hommes de maîtrise de l’objet tai chi, une nécessaire dépendance pour les femmes. 
 
Se le donner à soi-même, le tai chi : possible. Quand je dis ça, je pense aux exercices de chi. Le donner aux autres : je n’y arrive pas. Le recevoir : oui. 
 
Mémoire. Je perds la mémoire. Il faudrait que je note après chaque cours ce qui s’est fait : je ne le fais pas. 
 
Pourquoi faut-il que j’en passe par ça pour le moment : cette envie de dire que je veux arrêter, que je veux laisser tomber, que je veux sortir de la formation enseignant, que je ne m’en sens pas le courage. Pourquoi ? Je n’oserai pas le faire, le dire, tout cela. Peut-être que je vais aller vers une situation qui me permettra de le faire, peut-être. Je n’oserai pas le faire, mais je n’ai envie que de ça. Je voudrais sortir de cette formation. 
 
Je n’arrive pas à travailler seule. 
 
Je crois que pour faire sérieusement cette formation il faudrait ne faire plus que ça. Y croire, et ne plus faire que ça. Jour après jour. Il faudrait y croire suffisamment, et s’y consacrer. C’est cela que j’attendrais de moi-même et c’est ce que je ne peux pas. Me donner. 
 
 
Ces jours ci tout le temps envie de cigarette. C’est extraordinaire, je ne le comprends pas du tout. 

dimanche 22 décembre 2019 · 13h30

la valise

Tâche : recopier ici tout ce que j’ai pu écrire autour des valises, principalement des rêves.
Toute cette angoisse, ce type d’angoisse-là, la résumer, la chapeauter de ce seul terme : valise.
( Et est-ce qu’il y aura moyen d’écrire l’avalise. L’avalyse ? )

Peut-être écrire à propos du train du livre d’Hélène Bonnaud récemment lu. Le corps, le meuble, le train. Non, ce n’est pas ça qu’elle disait, dont elle parlait, dans son livre, comment s’appelle-t-il, sur l’oubli, non sur l’attente. Monologues de l’attente. [...]  Lire la suite >

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