Entrer dans la parole et le langage provoque une division du sujet entre conscient et inconscient, mais aussi entre « être » et « corps », le fait de se voir décerner un « être » faisant simultanément passer le corps au registre de l’« avoir ». Or le propre de la position mélancolique est de ne pas croire que cet « être » ait une valeur supérieure à celle d’un objet quelconque. Dévalorisant la parole – la sienne, celle de l’Autre, celle de l’inconscient – la position mélancolique rend difficile le maintien de cet écart entre le « corps » et l’« être », auquel le névrosé a accepté de croire. Cet aplatissement réduit l’« être » et le « corps » à des avoirs de peu de valeur. Ce sont des sujets à qui « on ne la fait pas », à la lucidité extrême, qui ont pris acte de la chute des semblants. Mais ce qui leur échappe, c’est la jouissance en jeu : le fait notamment que l’auto-évaluation procédant par comparaison aboutit toujours à une auto-dévalorisation, avec, à la clef, la haine de soi et/ou la haine de l’autre comme conséquence logique.
affinité de la position mélancolique avec l’époque hypermoderne
quel jour, le quinze, quelle heure 6 heures 20, Paris, Palestine
Il est 6h24.
##Diarium Palestine
Hier, j’ai importé sur le site tout ce que j’ai bien pu écrire dans Diarium autour de la Palestine.
Je l’ai fait à cause d’une note publiée, mais laquelle ? où il était question de la Palestine. Une note de septembre. Un moment où j’ai regardé une série pendant 3 jours de suite, Industry. Je fais ça quand je ne sais vraiment plus quoi faire dans la vie. Nous revenions je crois de B.
J’y parlais d’un besoin de continuité et de la continuité dans le récit qu’offrait les séries…. mais aussi… la Palestine. C’est non-stop. Illimité, sans limite.
Je suis honteuse de penser ça, de soupçonner ça, mais…
De soupçonner que quelque chose trouve sa satisfaction dans ce récit de l’horreur continue.
C’est ce type de satisfaction que continûment je traque chez moi. C’ est ce qui m’a attachée à la psychanalyse. Par où j’ai exploité ma tendance à prendre la faute sur moi, la culpabilité.
Culpabilité qui en grande partie me paralyse.
Je n’arrive même pas à être d’accord avec mon indignation.
Donc, je voulais récupérer dans le blog mes autres réflexions sur la Palestine afin que cette phrase ne soit pas seule à témoigner de mes réflexions là dessus.
Il y a moyen dans Diarium d’apposer des étiquettes aux notes, donc j’ai importé toutes les notes étiquetées Palestine.
Et je n’en n’ai publié qu’une seule.
J’essaie de me souvenir de laquelle.
J’ai publié et ré-écrit pas mal de trucs.
Important: J’ai supprimé le plugin Jetpack, et donc les statistiques. Je ne veux pas savoir si on vient me lire ou pas. Les deux me font peur, ne me vont pas.
Je préfère ne pas être influencée par ça.
Mais j’ ai donné l’adresse du blog dans mes infos sur Facebook et dans le blog du Tiers Livre (Tiers Livre dont j’hésite à me rapprocher de nouveau: ça prend du temps).
J’ai modifié pas mal de trucs techniques.
Je suis couchée dans le salon, dans le noir, j’écris sur mon téléphone en buvant une Ricoré. Je devrais éteindre et fermer les yeux, profiter. Mais il y a le réveil qui fait tic tac.
les lieux et je ne sais pas ce qui est publié sur ce site
Je ne sais plus ce que j’ai fait hier. De nouveau prise dans la fièvre d’écriture/corrections/résolution de problèmes techniques. Ecrit des choses qui sur le moment m’ont parues importantes. J’ai commencé à parler de Bruxelles et curieusement en moi cela a résonné comme si c’était encore, déjà, aussi une façon de parler de la Palestine. Et du passé. De quelque chose qui est profondément moi. Moi et ma famille. A cause des quartiers où nous avons vécu. Comme de commencer à parler de quelque chose que je n’ai pas beaucoup dit, il me semble. Pas dit, pas écrit. Autour de mes derniers séjours dans cette ville, liés à ma mère, à mes frères. Ce nouvel amour qui a d’ailleurs subi quelques aléas. Comme tous les amours, I suppose. Amour pour ma mère, lui, inchangé, approfondi encore.
Il y a des lieux, dans ma vie, totalement séparés de l’écriture. Les lieux de vacances, tout simplement.
J’ai également recherché / retrouvé quelques-uns des nombreux blogs ouverts au cours de ces dernières années. Toutes tentatives avortées. Toujours dans l’idée de tout ramener ici, de tout rassembler.
Je sais que j’ai terminé la journée en mettant un lien sur le site dans Instagram, que j’ai retiré ce matin craignant une visite de J et que ça ne lui plaise ou bien plutôt qu’il n’y lise des choses qui ne le blessent. Toujours cet arrière-plan de #badmother, #mauvaisemere ? Ce fantasme ? Peut-être pas. Je ne sais pas vraiment ce qui est publié ici, puisque que pendant des années le blog a été fermé mais qu’il m’arrivait d’y déposer des choses sans me préoccuper des lecteurs, des choses au fond secrètes que je ne prenais pas la peine de travestir, camoufler. Il faut que je repère ces contenus et les passe en privé, non-ouvert à tous, ou les transforme. Ça m’est arrivé hier. Suis tombée sur quelque chose qui ne pouvait absolument pas être publié. Que j’avais complètement oublié. C’est étrange de retrouver ces choses écrites dans des moments de grande angoisse. J’ai effacé ce qui me paraissait le plus insupportable. Or c’est justement ça qui m’intéresse. Ça me fait penser aux réflexions de Gaëlle Obiégly sur son cahier noir. Cette autrice beaucoup lue l’an dernier. Qui m’a suivie un moment sur Instagram et puis plus. Plus je crois à partir du moment où j’ai commencé à publier du contenu sur la Palestine. Grande mon admiration pour elle. Grande l’impression que son travail a fait sur moi.
Mais, encore une fois, c’est quelqu’un qui a su faire le choix décidé de l’écriture. Elle, je veux dire comme Kafka. Il faut que je relise les notes que j’avais prises pendant mes lectures. Que je les importe dans le blog. A aucun moment chez moi, jamais, il n’y a eu de décision d’écrire.
Je commence à avoir mal à la main. J’écris allongée dans le canapé, sous couverture, sur téléphone. Couverture aux tons pastels.
à J.
Tu as cessé de publier sur la P. Est-ce que tu sais pourquoi ? Ce n’est pas un jugement. Ça m’intéresse. Je n’arrive pas à ne pas. Je diminue, je diminue beaucoup. Je cesse de regarder nombre de contenus. Mais c’est tout le temps là. Et je continue d’être choquée par le silence de ceux qui n’en parlent pas. Mais non, pas par ton silence, bien sûr, d’ailleurs nous en avons parlé. Non, je crois qu’il s’agit surtout du silence de certains de mes proches, dans ma famille, et d’amis, d’anciens amis, juifs par ailleurs, d’anciens collègues, qui publient régulièrement encore des photos des otages. Ces amis qui ne sont peut-être plus mes amis. Je pense même qu’ils pensent du mal de moi et n’osent pas me le dire. Oui. Je suppose. Enfin, je réfléchis beaucoup à tout ça sans trouver rien qui me convainque, qui s’inscrive en opinion. Je me trouve surtout stupide.
(non-envoyé)
merc 16 oct, marchant et profitant du réchauffement climatique
j’avance sur un fil dans une toile d’araignée où je ne cesse de bifurquer. l’important c’est la toile.
ici, c’est octobre mais soleil resplendissant, aveuglant. 25 degrés. écrit en marchant vers la place de la République. journée de sortie, journée psy.
mon analyste n’aime pas l’idée que je travaille au blog



fatiguée fatiguée. beaucoup marché aujourd’hui, pense pas avoir rien publié. ah mais si, ce matin, avant d’aller chez l’analyste, un texte incroyable pour moi où il est question des fracassemeurs et de ce qui « fera cas », je ne sais pas comment je suis tombée là-dessus, un texte datant du mois de mars 24 et de la lecture de Gaëlle Obiégly qui m’avait tellement impressionnée et qui a probablement modifié quelque chose de mon rapport à la maladie et à l’écriture. retrouver ça m’a amenée à vouloir ramener sur le site toutes les notes Obiégly, il y en a pas mal. j’ai commencé à les travailler. mais comme elles se mêlent à des événements dont je ne pense pas que je voudrai jamais parler sur le site, que je dois camoufler, transformer, il faut que j’y aille doucement, réfléchir. idem d’ailleurs par rapport à Obiégly, délicat. heureuse de la retrouver, ça m’a donné envie de la relire. mais suis en plein Kafka.
vu l’analyste. elle, n’aime pas l’idée que je travaille sur le blog. elle veut que j’écrive un livre… est-ce que c’est décevant ? c’est troublant. aucun analyste, jusqu’à présent, n’a soutenu le blog. il m’est arrivé de penser que les choses auraient pu tourner très différemment pour moi si cela avait été le cas. si j’avais trouvé quelqu’un qui puisse m’accompagner, un peu, là-dedans. mais ils n’enveulent pas. avant mon analyste actuelle, je pensais que ça tenait au fait que je parle trop de psychanalyse, que je me mêle de psychanalyse, mais HP, non, ce n’est certainement pas ça qui l’arrête. elle me dit : pourquoi est-ce que vous ne vous mettez pas à écrire? mais j’écris. tout de même, il me semble que j’écris. ça ne la convainc pas. ce qui l’arrête, c’est la virtualité. je pense que ce que je fais, le fait que ce soit sur internet, sur écran, c’est ce qui le rend illisible. ça, c’est bien possible. et puis, je me dis, mais ce serait tout pareil sur papier. enfin. il faut que je poublie tout ça (comme aurait dit lacanà, il faut que j’en finisse. ne pas croire que je ne sois pas ici dans quelque chose de fini, de finissable. ça se finira dans les petites publications dont j’ai parlé, qui seront extraites du blog.
mettre obiégl de côté
je crois que je dois mettre Obiégly de côté. mes notes Obiégly. l’imprimer, si possible la relire, la mettre dans un classeur et passer à autre chose. revenir plus tard. tout ce que j’en dis est trop pris dans des événements dont je ne veux pas parler, qui concernent des proches. j’allais assez mal à ce moment-là, je le constate à me relire. ce que je peux dire et penser en de tels moments… je peux difficilement les publier tel quel. les angoisses que je peux avoir… même si je trouve bien d’être parvenue à en écrire quelque chose. mais le publier…
tombée dans instagram sur cette image que j’ai aimée.

ven., 18 oct. 24 _ le cahier noir et la colle du réel
journal de classe
qu’ai-je fait hier sur le site?
bien sûr, je ne m’en suis pas tenue à ce que j’ai dit, j’ai pas imprimé #Obiégly et j’ai travaillé dessus, tout publié en privé. me suis trouvée effectivement confrontée à des choses dont ne veux pas parler là, ai dû faire des coupes, ce qui n’est pas mon fort. songé, de loin, à son cahier noir, à Obiégly. il faut que je trouve le moyen de supporter d’être seule avec mon cahier noir, m’y résoudre. qu’il y ait le cahier noir, secret, et puis l’autre, publié. je ne serais possédée par aucune autre volonté que celle de publier un cahier noir. comment consentir à camoufler. c’est bien là que je ne suis pas écrivain, toujours faut-il que je colle au réel (j’y tiendrais trop). de là à dire qu’il n’y a pas de métaphore pour moi… ou : trouver le moyen de me décoller, de m’arracher d’un certain réel, le réel/réalité, auquel non seulement je tiens mais je m’accroche, et…. plonger dans l’inconnu (comme Frisson l’écureuil). je ne pense pas que ça puisse arriver. cela m’est pourtant arrivé.
sam 19 oct 24 // événement
dormi jusqu’à 8 heures !
Donn, dim 20 oct, là pour le fuel
— 06:29 —
Donn. Arrivés hier. Comme entrions dans village, soudainement éblouie par la campagne, sa transformation depuis l’été. Me souvenir de ça aujourd’hui alors que réveillée au milieu de la nuit et envahie par les doutes à propos de ce que je fais.
//Blog : Hier, encore travail sur Gaëlle O et publication de ces derniers jours, de la semaine, mais n’aurais pas dû. Cela n’a aucun intérêt. Comment faire ? Que faire ? Publications aussi de Stories sur Insta. Encore : aucun intérêt. Aucun. Des images d’une expo vue, des images de Donn, des images de Palestine où les horreurs sans nom continuent.//
— 08:29 —
Retourner me coucher. Peut-être à nouveau se rapprocher du Tiers livre, François Bon. Chester monte avec moi les escaliers vers la chambre, m’attend en haut des marches.
— 12:09 —
Pas bonne à voyager, à changer de maison. Chaque fois pareil, me faut 2 jours d’adap. Pour ça que n’aime pas partir si peu de temps. Vu qu’on rentre à Paris mardi.
21 octobre 2024 à 08h 09
je suis contente d’avoir dormi plus tard
je pense beaucoup à ce que je fais dans le blog
à ce dans quoi je me suis lancée
hier, journée mal commencée, si mal
je pensais à la mauvaise humeur à laquelle j’ai déjà tellement réfléchi par le passé quand elle était plus régulière, ne comprenant pas ses envahissements réguliers et n’ayant comme matière à penser, côté Lacan, que sa petite phrase pour dire qu’il y s’agissait d’une « touche de réel ». my godness, on fait quoi avec ça ; plus récemment j’aurais pu faire tomber ça sous le syntagme « sautes d’humeur », me disais-je hier matin, sentant que ça n’allait pas. j’ai donc agressé F qui est resté stoïque et je me demandais comment j’allais me sortir de ce mauvais pas. probablement dû à l’insomnie, probablement dû au fait que je me réveillais là dans cet autre environnement, et ne savais pas quoi faire. or un lieu requiert de vous des activités spécifiques. il y a les activités propres au lieu. Donn, c’est toujours plus physique. comme nous arrivions, j’avais la veille été envahiepar la force la beauté la douceur de ce que j’ai alors appelé l’automne, pour faire court, un automne mouillé où c’est l’ardeur des verts, leur générosité, qui me sautait à la figure, me saisissait derrière la vitre de la voiture. puis sur le mur du garage, cette façon qu’ont les feuilles de lierre à rougir de paraître gonflées, chacune tendue vers vous, chacune miraculeusement embellie. sur la vieille maison de nouvelles roses encore sur les plus anciens des rosiers. je râlais de n’avoir pas pris mon appareil photo. shame on me. et au matin, tout ça probablement en tête, et quoi en faire. traîné au lit espérant me rendormir et au lieu de quoi j’ai cherché des solutions techniques pour le blog, avec le sentiment grandissant que je n’arriverais pas à me lever, jamais, ni m’ habiller encore moins. quand j’ai eu dit à Frédéric qu’une fois de plus nous étions là ensemble, que j’étais là avec lui et que lui, il s’en foutait lui, du lieu, de la grandeur de ce qui nous entoure, qu’il ne m’accompagnerait pas dans une promenade dans les environs, qu’il ne ressentirait pas le besoin de travailler au jardin… je le disais et je pensais que je c’était peut-être la vérité, que c’était peut-être là la cause de ma mauvaise humeur, cette frustration par rapport à ça. Le lieu à ses exigences, il y a cet impératif d’en profiter, de ne pas laisser le temps passer, de ne pas rater l’instant. cet impératif courant des vacances, l’irruption du temps. c’est toujours ce qui se passe à Donnery. la nature n’attend pas. Le continuum parisien doit être interrompu. Le temps se met à exister, à compter, et je ne trouve pas le. moyen d’y échapper en même temps que je ne veux pas en même temps que je n’ai pas nécessairement les moyens, faute d’habitude, d’y faire face. et que je ne fasse plus de t’ai chi aussi me manque alors, parce que j’en ai tellement fait, ici au jardin, dans les arbres, la jungle… et j’ai tellement jardiné ici. et c’est chaise fois des choses physiques. or, je pourrais j’ aurais pu continuer à faire de l’ordi et du téléphone en même temps que je ne peux pas. si j’avais vécu ici je n’aurais pas arrêté le tai chi. maintenant quand on fait du t’ai chi on ne fait pas de jardinage et quand on ne fait pas de jardinage on ne va pas se promener. Frédéric a entendu quelque chose. il a fait à manger j’ai nettoyé la poubelle infectée de moucherons et après le repas il a proposé un tour au jardin, et tout de suite mis la main à la pâte, s’est mis à débroussailler, et moi aussi et le chat était avec moi et c’était bien. on s’était débarrassé de l’aubépine qui m’envahissait tout pour retrouver les rosiers plantés par son grand père… en mauvais état et ce n’est probablement pas le bon moment pour faire ça mais… quand sinon… après tour dans le jardin et faire tomber des arbres les branches abîmées, arrachées. la joie de ça.
j’écrivais à mes frères hier:
j’espère que vous allez bien, je pense bien sûr à vous
Sommes à Donnery pour le week-end (livraison fuel demain)
jardinage aujourd’hui, c’était bien
beauté brutale de l’automne, renversant
arrivée à entraîner F
on a récupéré les branches cassées dans les arbres.
tout le temps un arbre perd ses branches
on ne s’en rend pas compte
comme nous les cheveux
elles ne tombent pas au sol, elles restent en suspens, dans l’arbre, tête en bas, prises dans les autres branches
faut les tirer sans se les faire tomber dessus
ce qui m’est quelquefois arrivé
je fonce tout le temps là dedans avec fougue
et puis, tirer les branches, énormes parfois
faire des beaux tas
les arbres ici sont vieux, grands,
plantés par l’arrière grand père…
des bises
boire une Ricoré et remonter le coucher. quelle paresseuse je suis, toujours été.
21 octobre 2024
la question est plutôt est-ce que je trouverai le moyen de tolérer une identité ou pas.
toute photo est une question posée à ce que l’on voit, que l’on ne prend pas le temps d’écouter. une photo à défaut de méditer. méditer, jouir. à la méditation postposée.
22 oct. // 61 ans que ça dure
— 05:59 —
birthday girl. réveillée à 4 heures.
mais suis totalement découragée.
vais refermer le blog, je pense.
ça n’aura pas duré longtemps.
on rentre aujourd’hui pour aller au resto ce soir.
— 06:26 —
vais retourner me coucher. j’avais mis un lien sur le blog dans Instagram et dans Facebook, je les enlevés tous les deux. vraiment honteuse à l’idée que des gens aient pu venir et voir ce que j’écrivais. comme s’ils étaient entrés dans ma tête et ressortis vite fait avec leur opinion… forcément négative… sinon ils m’auraient dit quelque chose, n’est-ce pas<,
épuisée maintenant. et triste.
— 12:42 — beauté


— 12:42 — départ
— 12:58 — sur la route

23X24 – à nouveau
à nouveau réveil vers 4 heures. écœurée. écœurée de moi-même. par ma propre inutilité.
on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions
on a chacun ses plus ou moins grandes obsessions. je sais d’où vient que je sois obsédée par la Palestine et ce que commet aujourd’hui Israël. ça ne s’apaisera pas. ce serait lié à quelque chose de l’ordre du trauma et à la façon dont ça s’est combiné en moi pour y répondre, pour s’organiser, une organisation que je traite comme une maladie, considère comme une maladie, par où je cherche à m’absoudre, ce n’est pas moi, c’est la maladie, cette maladie honteuse qui m’a conduite à mener une vie d’inutile et d’exilée, dont le destin ne trouve à s’accomplir que dans le ratage, auquel je cherche seulement à donner un peu d’allure, à défaut d’en avoir aucune. partout: maladie. et chaque instant de ma vie tout entier tourné vers moi-même, à tenter de trouver grâce à mes propres yeux. depuis le diagnostic toutefois, relativement récent, j’ai pu finalement renoncer à exiger de moi des choses impossibles et me suis pardonnée beaucoup. diagnostic que j’ai endossé comme un nouveau costume et qui me tient.
cette obsession à propos ce qui se passe en Palestine tient à mon lien probablement indéfectible moins au monde juif, que je ne connais finalement peu, qu’à ce que j’appellerai ici l’être juif, à la place immense que cet être a pris en moi, être imaginaire et réel à la fois, réel en ce qu’il a organisé ma conception du monde, c’est cela l’héritage de mon père et de mon grand-père, et réel en retour de la souffrance où je suis du silence du monde alors même que se passe ce que suis bien obligée de me résoudre à appeler génocide, à quoi je ne consens qu’avec répugnance, tenant malgré moi à l’absolution d’Israël, ce qui est une erreur, une lâcheté, une rémanence d’un monde qui n’est plus, alors même disais-je donc qu’un génocide a lieu dans les souffrances les plus inouïes dont les mots ne cessent de me manquer, ne cessent de me creuser, ne cessent de me percer, de me vriller, qui veuillent dire ce que je ne cesse de voir sur mon tout petit écran, sur mon téléphone. tout cela me travaillant par en dessous, souterrainement, sans jamais se révéler directement à moi, ne se manifestant que dans cette obsession, ce grand désarroi. ce sentiment d’ultime imbécillité, débilité, inutilité.
et comme il est de ma nature (maladie) de m’auto-accuser, je m’accuse aussi de cette obsession, intégrant les critiques de ceux qui ne pensent pas comme moi, interprétant le silence de tous ceux qui se taisent (et qui m’accusent (d’anti-sémitisme)). ou encore je m’accuse d’entretenir une passion pour la palestine et l’injustice qui n’est jamais qu’une passion d’addiction et mauvaise pour une histoire dont le feuilleton s’éternise et dont je jouis autant que des petits chats que je swipe d’un doigt sur instagram ou des séries sur Netflix. accusation très grave, bien évidemment, gravissime. tandis que tout en même temps et tout aussi fort, je m’accuse de ne pas arriver à parler à ceux de mes amis qui ne jurent plus que par le 7 octobre, qui sont dans l’entretien d’un traumatisme qui les empêche d’avoir la moindre empathie pour les Palestiniens, qui persistent à ne vouloir pointer du doigt que les dangereux islamistes tout en se fermant ardemment les yeux sur ce qui se passe et en accusant le monde entier, face à eux donc je me reproche (violemment) mon propre silence, mon incapacité, ma stupidité et ma lâcheté. et c’est ce silence chez moi, en moi, qui me pousse à m’intéresser à là-bas encore et encore, jusqu’à enfin trouver le mots pour leur dire. alors je me dis, Véronique : toi aussi, ferme les yeux (si ça se trouve ta bouche s’ouvrira, mais ça c’est la phrase qui veut que j’écrive ça, pas moi). est-ce que c’est ça, est-ce que je suis là sur cette terre seulement pour ça, dans le vide crier à l’injustice. s’agit-il seulement d’injustice. il s’agit aussi d’injustice. j’écris ceci sous la couette, mon chat sur les pieds. suis-je là seulement pour accuser ? le drame de gaza sert-il seulement d’exutoire à ma passion de l’accusation (à ma parano). enfin, on a là une petite idée de ce qui me torture non pas non-stop* car j’ai mes trucs la plupart du temps pour amortir les coups de ces pensées funestes.
enfin tout ça pour dire que je peux supposer aux autres d’être semblablement attachés à leurs obsessions, éventuellement opposées aux miennes, ou situées tout à fait ailleurs, par des causes profondes. c’est qu’on ne choisit pas toujours, n’est-ce pas, ses obsessions.
tout ceci ne cessant d’être mal écrit, de se refuser à l’écriture
*et en même temps que tout ce qui s’est écrit ici ne se dit pas comme ça dans ma tête, dans ma tête, c’est mots déliés, phrases inachevées, impressions fugaces, lettres aux un.es zé zaux zautres adressées et subitement interrompues, c’est l’insaisissabilité même, et ça se mêle à d’autres soucis, un fragment pour l’alzheimer de la mère, pour l’accident du fils, pour les visions de Kafka, pour des problèmes techniques à résoudre, pour le brouillard, pour le féminisme que je n’ai pas suffisamment accroché, pour dire ce qui me pousse à prendre cette photo, pour une cigarette, pour l’âge de la mort de mon père dont je me rapproche, pour les livres que je ne lis pas, tout ce dont je ne parle pas, tout ce dont iels ne me parlent pas, quoi d’autre, etc. déjà ça donne une idée.



