brimborions
avoir un corps
Après toutes ces années de tai chi, de chi et de tai chi, il me semble que j’acquiers, que j’ai acquis un nouveau corps.
C’est un fait, c’est l’acquis, un corps. Par sa jouissance. La jouissance par les traçages intérieurs, enchanteurs. Les traçages de mondes, les dessins. Les géographies.
Être dit encore, reste. Reste à dire. Cela reste à dire encore. Ce corps acquis. La jouissance.
Les explorations auxquelles on procède, les manipulations intérieures, le bonheur qu’on y trouve, donnent un corps où il n’y en n’avait pas. Le corps se met à exister.
C’est une tentative de le dire. Ce n’est pas la première fois que je m’y essaie. Ce n’est pas dit très joliment. Cela ne se laisse pas attraper comme ça.
Ces jours-ci, avec tout ce que j’ai fait pendant les stages et les cours en ligne, tout ce que j’ai fait comme chi, mais comme tai chi aussi, j’ai pu à nouveau l’éprouver. combien, également, le corps se ré-érotise. combien, se libèrant des marques du passé, il s’ouvre, il porte à l’amour. c’est énigmatique.
le dentiste tué d’une balle dans la bouche
— jeudi 22 oct. 2020, 10:56
Donn
22 octobre, jour de mon anniversaire, 57 ans.
- Je suis en prison. Peu de souvenirs. Beaucoup de monde. Dortoirs.
Je dois aller chez le dentiste.
Quelqu’un essaye de tirer dans le dentiste qui a la bouche ouverte, dans sa bouche.
Il n’est pas mort. Les portes ont été fermées.
De l’autre côté de la paroi quelqu’un tire au hasard et touche le dentiste au cou, il meurt.
Je me réveille. Je me dis que je ne dois pas oublier. Je me souviens alors de beaucoup de choses. Je me rendors. Je rêve la suite du rêve. - Toujours en prison, je dois rentrer à la prison après l’assassinat du dentiste. C’est la nuit, j’éprouve de la fatigue. Il fait noir. Je marche entre les lits.
Quelqu’un pour une raison oubliée allume toutes les lumières en poussant des cris.
Tout le monde s’agite.
Je profite de la lumière pour me mettre en pyjama. J’y parviens. Je me couche alors que c’est le branle-bas de combat. Irène (très belle femme, amie, longtemps compagne de mon frère, femme très aguerrie, combattante) me dit qu’elle se demande comment elle doit s’habiller. Je lui dis qu’elle est très bien comme elle est. Elle se fâche en se déshabillant, me dit qu’elle ne me connaît pas assez (comme si nous allions sortir dîner), qu’on voit ses seins à travers le chemisier (je les vois alors en effet, je vois sa silhouette, elle se tient debout sur son lit, dans une position un peu en déséquilibre). Une fois changée, dans une tenue plus adéquate, elle s’en va en courant par dessus les lits.
Je sors. De loin, il me semble pouvoir observer qu’une manifestation avec d’énormes blindés militaires passe de l’autre côté du mur de la prison. Je les vois qui dépassent au dessus des murs de la prison, dont il n’est pas sûr qu’ils soient toujours debout (les murs). Je ne sais pas ce qui se passe. Il s’agit de défendre quelque chose. Je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de la bonne cause (ce pourrait être un coup d’état fasciste). Je marche lentement, à contre-cœur, vers les lieux de l’agitation. - Je suis arrêtée par l’observation d’une petite fille qui se tient immobile au milieu du courant. Elle fait quelque chose de très extraordinaire. Elle est capable de faire quelque chose d’extraordinaire et de surprenant. C’est petit, ça tient dans ses mains. Je ne sais plus ce que c’est. D’autres adultes sont penchés sur elle, attentifs. Je m’approche, elle me montre, me parle doucement. Nous remontons alors, devisant, à notre affaire, vers les lits.
Samedi 24 octobre
Dentiste
Je souffre d’une maladie parondontale, une parodondite. Je suis donc souvent amenée à aller chez le dentiste. Je pourrais y perdre toutes mes dents. J’en ai été beaucoup plus inquiète qu’aujourd’hui, je m’y suis faite.
C’est curieux que ce soit le dentiste qui soit tué. Balle en bouche, balle dans le cou.
À cette maladie, je lie la cigarette, dès que je fume, elle se réveille.
Il y a cette paroi au travers de laquelle le tireur tire, à l’aveugle (comme la paroi dans laquelle se fiche la balle de l’autre rêve, ah non du film, Le cercle rouge.)
Je pourrais retrouver le rêve fait il y a quelques années intitulé par moi : Parondontologie à la gencive / Par odd ontologie à l’agence Yves. Yves étant le prénom de mon analyste, de mon premier analyste à Bruxelles, pendant 10 ans. Roger chantait cette drôle de chanson : À l’agence des amants de Madame Müller.
Il y a aussi ce bout de phrase : suicidé balle en bouche (le grand père du château).
La paroi me fait penser à un film de samouraïs vu il y a quelques temps (Lone Wolf and Baby Cart). Le héros tirait souvent au travers de parois sans jamais rater son coup. Il devait entendre où l’adversaire se trouvait. Un ancien samouraï déclassé, parti sur les routes avec son fils, jeune enfant, qu’il pousse dans une drôle de charrette, pour venger l’assassinat de sa femme. Il ne tire pas de balle, use d’un sabre.
Troisième partie du rêve. Je ne sais quoi ajouter. La petite fille est toute petite, mais en âge de parler. Ce sont d’autres adultes qui sont d’abord avec elle. Puis moi. Elle m’est inconnue. Et elle le reste. Ce dont elle s’occupe évoque le tai chi. Une matière, une énergie impalpable, concentrée.
Bouche. Quand je ne vais pas bien, j’ai une tension particulière dans la bouche, je me souviens que je la ressentais, comme l’inscription même d’une maladie terrible dans les gencives, dans la mâchoire. J’essayais de travailler là dessus, de me détendre de la soigner avec du Chi, la nuit.
En ce moment, tension légère quand je fais du chi (travail du Chi), au moment de la prise en main du tantien. Toujours comme si la bouche voulait faire l’exercice à la place du ventre. Toujours occupée à essayer de détendre. Enfin, depuis quelques semaines. Puis, quand c’est bien parti dans le ventre, ça disparaît.
C’est quelque chose de connu en tai chi : comment démobiliser l’appareil phonateur, dans tout ce qu’on fait, sa constante participation, toujours à accompagner les pensées, à les articuler, déplacer alors l’appareil phonateur dans le ventre, au tantien, pour mettre la bouche au repos et disposer de toutes ses forces dans le ventre.
Quand la parondontite est en crise, c’est tout l’appareil phonateur qui va mal, la gorge, le nez les oreilles. Je soigne l’inflammation avec huiles essentielles.
*
* *
Pierre B., prof de tai chi, travaille beaucoup la disparition du corps. Ça n’est pas difficile pour moi. Je ne le suis pas dans sa façon de nommer Joie ce qui s’éprouve alors. Je me trouve dans quelque chose de neutre et parfois d’agréable ou de sensationnel.
Cours : Je me tiens assez bien à cette idée que je peux m’en sortir, que je suis tout à fait à ma place, que je peux m’en sortir sans la discipline quotidienne, sans les « années de pratique » toujours évoquées. Idée, volonté, qui date de l’été. Mais déjà bien préparée dans les derniers temps avec N, à cause de la souffrance, du mal-être, du malaise lors des cours ou des stages. Ce malaise de la mesure à l’aulne de l’autre. Ressenti par nombre d’autres que moi lorsque je leur en parlais. Quelque chose que N n’a pas la clé pour faire disparaître, qu’elle évoque bien sûr, aussi bien qu’elle provoque (les bons points, les mauvais points, les privilèges). Je laisse place à une volonté de tout, tout de suite, pas tout à l’heure, pas dans 10 ans, dans 20 ans, une volonté de sortir de l’idée du progrès, d’apprécier pleinement ce qui est là, dont je suis seule à pouvoir juger, que je veux d’ailleurs sortir du jugement, qui n’est plus dans le jugement.
Les cours que j’ai suivis pendant l’été étaient d’un niveau très avancé et c’était très bien. Jamais je ne me suis laissée distancer, préoccuper par le fait que quelque chose n’allait pas tout à fait. Il y a toujours moyen de revenir dans l’instant, l’instantané.
Hier, Pierre a fait un récapitulatif de ce qu’il avait fait jusque là, et je me suis dit que ce serait bien que je reprenne, seule et prenne du temps pour… prendre au sérieux, travailler, ces propositions. J’ai senti chez lui une volonté d’enseigner et que ce pourrait être bien que je m’affronte un peu seule à… ce qui ne va pas tout seul…
Les cours de Pierre sont très proches de certaines sensations très fortes que j’ai pu éprouver petite fille. Donc, si dans les préparatifs « musculaires », techniques, je peux être parfois un peu perdue, quand on arrive au moment de la technique à proprement parler, à l’effet recherché (même si ça a déjà lieu tout au long de la préparation, si ça s’annonce), je constate que j’y suis toujours instantanément. Peut-être en va-t-il de même pour tout le monde. C’est à chaque fois une immense surprise. Même s’il y un refus des termes, refus sans animosité bien sûr, simplement ça ne me touche pas, que Pierre peut alors mettre : Vie ou Joie ou Force. Mais, peut-être que c’est chez moi quelque chose de l’ordre d’une défense. Qui me ressemble. J’aime alors ma neutralité.
J’ai déjà utilisé l’idée de vie pour contrer celle de mort. Je l’ai déjà fait pour combattre de très fortes angoisses, la nuit. J’ai brandi ce mot, de la façon dont on peut le faire lors des relaxations en tai chi, ainsi que je l’ai appris avec N, avec Vlady avant elle, pour l’opposer à ce qui s’imposait à moi. Dans une certaine neutralité, c’est-à-dire sans exaltation, sans croyance, j’ai brandi le mot Vie vide, tel que je le ressens, contre ce qui m’envahissait, de mortel, et où la mort, elle, avait ses mots lors des crises où j’entends des injonctions à mourir,… et ça avait marché. C’est vrai. C’était un exercice contre-nature, foncièrement, contre ma nature, mais c’était indispensable.
Quand dans le travail de chi on se vide, c’est comme quand j’essaie de vider la mâchoire, c’est arrêter un instant, dans tout le corps, l’incessante articulation. Pour la résoudre dans un point de vie, de battement, celui du tantien. Et ensuite re-remplir le corps d’une matière fort agréable. Et dans laquelle on croit, je crois à la bonté, au bon de cette matière. Et, c’est comme re-faconner de l’intérieur, se refaire.
Je connais bien sûr, parfois, la joie. Des moments. Rares et simples, intimes, silencieux. Pierre, comme professeur, doit les mettre, sur le moment même. Ces mots. Et c’est bien. C’est très bien. Cela sert, dans l’après-coup, l’après cours.
de bons voeux vingt et un
— jeudi 7 janv. 2021 à 12:41
Pierre,
Petit mot pour souhaiter bonne année. Que cette année unième vienne en douceur et délicatesse s’inscrire dans le vide de l’année zéro dont nous sortons tout juste, ébahis et égarés. Je vous entends. Je t’entends Pierre. J’écoute. Et je ne peux pas toujours répondre parce que c’est dense, c’est fort, parce que ça rejoint mes propres préoccupations, parce que ça répond, parce ça fait des surprises, parce que c’est plein de propositions, parce qu’il y a ce qui est évident et ce qui ne l’est pas. Parce que Noël m’a beaucoup accaparée. Parce que ça se décante. Parce que j’ai mes démons. Certains d’entre eux m’envoient vous dire, te dire, Pierre du Canada, que j’ai 56 ans et que ce n’est plus à mon âge que je continuerai d’attendre que les choses se passent demain et donc rien ne fera jamais que j’aie 40 ans de tai chi derrière moi et des milliards d’heures de pratique et pourtant, je veux tout tout de suite. Voilà, c’est ma responsabilité. En tai chi, c’est possible. Avancer au niveau du réel. Déjouer les valeurs, celles du bien, celles du mal. Il y a ce qu’il y a. Il y a ce que je sens, il y a la sensation. Il y a ce qui s’inscrit directement dans le corps. Où nous avançons ensemble. Moi, qui ai le goût du nous. Et je veux continuer d’avancer dans le tai chi en éventuellement ne faisant rien de ce que je dois et que pourtant ce soit bien. Et si nous avons eu la chance d’en faire un jour ensemble, vous et moi, toi et moi, et quelques autres, si nous avons ce bonheur, eh bien ce sera bien aussi. Ceci en réponse au maître et à la responsabilité. Je la prends à mon niveau de vieille de la veille : tant que possible, dans toute la mesure du possible, rendre compte, trouver le moyen de rendre compte de ce qu’il y a lieu d’inouï en tai chi. En tirer toutes les conséquences possibles. C’est mon obsession. Jamais, je n’atteindrai votre niveau de tai chi, et si me plaît, à moi, de suivre, je continuerai. La nuit, je suis seule. Et parfois, au fond des couvertures, dans le souvenir de ce qui m’a été enseigné, et plus loin encore, dans des contrées toutes inédites, je chasse les plus cruels des démons, j’invoque la vie et survis à la nuit. Et m’en renforce. Parfois. Et si le matin, je me réveille avec un gros tantien, et que j’ai pas dû m’esquinter, trimer, pour le former, eh bien je dis merci. J’ai mes moyens à moi de m’en tenir au tantien,
Bonne année à toi, Pierre.
Véronique
la nature de mon corps
lundi 28 juin, après-midi. je reprends l’écriture des nuits.
nuit du samedi 26 au dimanche 27
éveillée tôt mais plus tard que la veille, vers 5 heures. je me réveille, petit à petit mes pensées se relèvent, se mettent en branle, je rentre dans ce que je connais, un mâchage et rabâchage qui n’en finit pas. dont j’essaie de trouver l’issue de secours. je n’arrivais pas à ne pas penser à Rachel et au tai chi.
s’agissant des pensées vis-à-vis de Rachel, je suis sûre qu’il s’agit, quand j’ai ce genre de pensées revanchardes, accusatrices, « parano », d’une forme d’appui que je recherche, qui s’impose à moi dans certaines circonstances que je ne parviens pas encore à déterminer. c’est une pensée paranoïaque dont j’ignore l’office, qui s’impose au détriment de toute autre. j’ai encore besoin d’en vouloir à Rachel. j’ai encore besoin de souffrir d’elle, de rêver de vengeance, de penser avec peine à tout ce qui s’est passé. probablement face à certaines angoisses, à certain évidement, j’use de ce recours à un Autre méchant. il me semble qu’il y a là une forme de facilité. mais aussi une indéniable contrainte. j’ai beau ne pas vouloir prendre ces pensées au sérieux, je n’ai guère le choix. tous mes efforts se sont alors centrés là-dessus, me détacher de ces pensées accusatrices.
toujours est-il qu’il est également devenu nécessaire de penser à ce que Rachel a été pour moi, avant la rupture d’il y a un an. et c’est maintenant que ça se pense. jusqu’à présent, je l’ai chassé, escamoté. avec Paul, le nouveau professeur, j’ai essayé de donner une prolongation à cette relation, jusqu’à que j’arrive à aujourd’hui, où je me rends compte que ce n’est définitivement plus possible. ce qui s’est précipité avec la lecture de Millot, les douleurs lombaires, la solitude, la fin des cours, le fait que je n’irai pas au stage.
c’est pourquoi, j’essayais de penser au tai chi, à ce qu’avait été son office pendant des années, à ce qu’il en resterait si je n’y suivais plus un maître. que reste-t-il du tai chi, s’il n’est pas pris dans l’écolage et dans l’amour d’un maître.
est-ce qu’il n’en reste rien.
qu’en restait-il, à ce moment-là, d’insomnie.
que pouvais-je encore en retirer.
quelle avait été sa fonction, son apport. indépendamment du confort de « la voix de son maître ».
le tantien, qu’en reste-t-il ? est-il voulu ?
pouvais-je encore agir par lui ?
quel intérêt ?
j’ai fait plusieurs tentatives d’exercices respiratoires et autres. me souvenant combien ils m’avaient déjà aidée lors de nuits d’insomnie.
concentration sur les points, les « repères », tentative de faire ces exercices « d’appui d’inspir sur le tantien » pour faire gonfler, respirer, disparaître un coin du corps. tentative de laisser faire, sans intervenir. pensé à l’expansion du corps. jusqu’où ? je ne me souviens plus. la veille prise dans les limites du jardin. cette nuit… dans des limites reculées bien au-delà, sans qu’il y ait vraiment une sensation d’infini. (non, il n’y a pas eu de point auquel j’ai pensé, je crois, qui n’ait existé, dont les coordonnées n’auraient pu trouver à être écrites. ce qui est idiot, peu probable.)
pensé aux mystiques de Millot. puis-je, dans une voie autre que celle du tai chi, penser « Dieu », utiliser l’évocation du nom de Dieu ? dans une tentative magique d’évoquer, dans un nom, le réel que je le suppose recouvrir, réel de ce qui manque au nom, absence même de Dieu? n’ai ressenti aucune révélation, sensation extraordinaire. que puis-je utiliser de Millot, de la pensée de Stefan W ? s’agit-il de rejoindre La Vie comme il disait ? est-ce du bonheur ? y a t il « une pensée du corps », le corps a-t-il quelque chose à me dire ? non, non, non et re-non, répondais-je, m’appuyant d’une pensée critique des propositions de Rachel qui là me paraissaient ridicules. de cet enseignement du tai chi qu’est-ce qui se garde, est à jeter, s’invente, disparaît ? et alors, à un moment, au coeur de ces pensées dont aucune ne se soutenait pas d’une circulation, d’un parcours dans ce corps étendu, à un moment donné, cette certitude atteinte d’un nouage réel / symbolique, de réaliser cela, point par point en mon corps, de façon satisfaisante et rassurante, dans un corps aux limites fluctuantes, sans qu’elles soient infinies. de façon satisfaisante et rassurante. je me suis donc endormie.
il y a alors eu deux rêves qui s’occupait de cette proposition, l’exploitait.
du premier, je ne sais plus rien.
du second…
j’étais fâchée que Nathalie (amie d’enfance) soit fâchée sur moi. je lui expliquais qui j’étais. je lui disais (pour m’excuser, pour me faire pardonner) que j’étais bipolaire et je lui parlais de ça, dans quoi je venais de m’endormir, de ce nouage réel / symbolique, dans un corps aux limites variables et tout à fait viable.
ce corps…. il ne s’agit pas de délire. il s’agit, pour échapper aux pensées, d’en augmenter la perception du corps en passant par des techniques apprises en tai chi. perception augmentée. d’augmenter la sensation. sensation augmentée. on rentre alors, je rentre alors, puisque je me suis aperçue que mon ressenti n’est pas universellement partagé, dans une perception autre des limites de mon corps, une perception qui serait plus proche de celle de l’inconscient. parce qu’il y a bien un endroit, au niveau de l’inconscient, où à un moment, je suis le jardin, où je suis la piscine, où je suis la maison de Donn. ce n’est qu’une question de dimension, de passage d’une dimension à l’autre dont je me rends consciente, que je recherche. que je cherche ou que je subis, d’ailleurs, selon. mais, ce matin, avoir la sensation d’être le jardin me donne des limites. c’est différent de ce qui se passe lorsque j’outrepasse ces limites…. à écrire ceci, je m’aperçois que la maison de ma belle-mère m’a offert un abri imaginaire, un repos, jamais ressenti ailleurs et menacé (réellement, pas dans mon imagination paranoïaque, depuis qu’elle n’est plus là pour en prendre soin). cette maison, ça a surtout été son jardin.
un corps non-infini, mais vaste (où cela reste inscriptible, à moins que ce ne soit l’inscription qui n’ordonne l’infinitisation) : c’est ce qui me sépare des mystiques de Millot : l’infini n’est pas atteint (je ne sors pas du lieu d’une écriture possible). au contraire, il s’agit plutôt d’une pensée des limites, même si elles sont hors-limites. je connais l’infini. il n’est pas atteint. éventuellement souhaitable. mais les limites ici outrepassées me préservent d’une impensable dissolution. une façon peut-être d’apprivoiser l’infini.
donc dans le rêve, une fois que pour me faire excuser j’ai « avoué » que j’étais bipolaire, j’exige d’être ramenée « quelque part ». je sens bien qu’il y a une forme de chantage dans l’aveu que je viens de faire, est-ce que bipolaire ça ne veut pas dire : qui peut se suicider à tout instant, chantage qui me permet d’avoir mes exigences, qui me donne un certain pouvoir, mais je voulais le pardon, je voulais récupérer son amitié.
je me retrouve avec elle et ses amis dans un taxi. le chauffeur parle des bipolaires, dit qu’il en a connu, lui aussi. Je pense que Nathalie a dû lui dire : je connais quelqu’un qui est bipolaire sans lui dire que c’était moi (comme quand on dit : j’ai un ami qui… sans dire que c’est soi l’ami….)
arrivés au lieu dit de la Cage aux ours (une place qui donne sur une rue d’habitation de mon adolescence, dont j’ai souvent rêvé), un incident impose que nous soyons séparés. cette séparation est acceptable et acceptée.
je dois continuer dans un taxi seule.
dans ce « taxi », je suis debout, le chauffeur est dans mon dos, debout lui aussi. c’est très agréable. il me serre. c’est délicieux. je voudrais qu’il me désire, qu’il m’aime. nous roulons dans ma rue.
Je me réveille.
je me réveille, je pense au rêve, je me rendors aussitôt profondément.
Eléments d’interprétation
Nathalie : beaucoup rêvé d’elle fâchée. elle qui ne l’a jamais été. l’ai connue à l’école alors que j’avais six, sept ans ans, jusqu’à mes quinze, seize ans.
la dernière fois que j’ai vu l’analyste, Hélène Parker, je lui ai parlé de ce que j’étais arrivée en analyse disant que je voulais être impardonnable. que je voulais rejoindre ce point-là, cet endroit-là. que je le disais sans savoir ce que je voulais dire.
il y a cette plaidoirie pour me faire pardonner, excuser, comprendre, la mise en avant de la maladie, être bipolaire, et alors une fois qu’il n’est plus possible de m’en vouloir, ce n’est pas moi c’est la maladie, une fois que je suis déresponsabilisée (?), et en raison aussi de cette menace en quoi consiste cette maladie, puisqu’elle débouche souvent sur un suicide, profitant, abusant de cette menace, ce risque : j’avance cette exigence d’être ramenée quelque part, sans que l’on sache où.
quelque part. à certains égards, je suis sans lieu, je n’arrive pas à me trouver un lieu actuel. (relire ce que j’écrivais là sur mon absence de lieu) je n’ai de lieu que dans le passé. là, est-ce rue Waelhem que je veux retourner? est-ce là que je roule heureue, debout, avec le chauffeur de taxi? Donn, c’est une forme retrouvée, c’était une forme retrouvée de maison d’enfance, un lieu d’autrefois devenu actuel. une actualité augmentée du jardin, du dehors, de la nature, de la protection du regard. le jardin ayant été totalement fermé au monde extérieur. offrant un abri (pour le corps) exceptionnel, jamais connu, inédit, parfait.
l’incident Cage aux Ours : évoque de très loin un incident de cheval, de carriole, dans le cas de Freud, du petit Hans. quelque chose se soulève, dans la rue, se renverse, saute, explose.
il y eut Cage aux Ours une trahison, par une femme. se peut-il qu’il s’agisse de cela? j’ai déjà écrit ici sur cette femme. comment l’appeler? je l’avais dite « hommasse », je crois. parce qu’elle l’était. comment est-ce que ça pourrait revenir de si loin? j’ajoute trahison comme mot-clé de ce texte. j’ajoute aussi les mots-clés plaidoirie et procès. ça fait beaucoup trop comme mot-clés, mais on verra plus tard comment ça se recoupe et comment ça peut se réduire.
la rue Waelhem où je retourne donne dans la cage aux ours.
(j’ai envoyé une première version de ce texte à l’analyste mercredi 30 juin, à 8h.)
mercredi 11 janvier 2023
— « Il y a deux façons chez nous de devenir chamane : soit par la lignée, soit en ayant traversé des maladies ou des accidents »
Sept heures du mat, ou par là. Hier quatre gouttes. Levée à cause de trop de mots dans la tête, difficile à décrire, pas vraiment angoissant, mais ennuyant. Ça a commencé par « fracassemeurs » (mauvaises pensées, mots qui se répètent tel que « haine » ou « meurs » ou « tu es morte ») auxquelles j’opposais pensées « bonnes », puis ça s’est mélangé à des phrases ou des mots interrompus ou par des mots inexistants, des syllabes sans sens, le tout répété, martelé. Encore une fois sans angoisse, sans sentiment de malheur, mais j’ai préféré me lever.
Rêve cette nuit : rêvé de Vlady ! de Vlady et de sa femme, Michèle.
Ils venaient, ils devaient donner un stage. Il fallait tendre ses mains, Vlady passaient entre les participants et il s’est arrêté à moi, j’étais étonnée, il me disait que mes mains étaient pleines de chi et j’étais choisie.
C’est le premier jour, c’est une séance de chi, en fait nous sommes couchés sur le dos, nous dormons je crois, mais nous ne dormons pas, et je sens des choses dans mon ventre, et je sens la lumière environnante, nous devons être à l’extérieur, il y a du soleil, nous sommes dans la nature, couchés sur l’herbe, à l’ombre d’arbres, et je m’étonne, mais nous traversons une sorte de nuit, dont nous sortons, c’est la fin du premier jour, Quelque chose s’est transvasé de Vlady à moi. Vlady est très fatigué.
Soit on fait du tai chi tout de suite, soit on attend le lendemain.
Il y a quelque chose qui empêche d’arriver au lendemain. Quelque chose chez Vlady, sa fatigue.
Hier, vu encore un épisode avec F de cette série coréenne sur Netflix, Somebody, où l’un des personnages est une chamane. Après l’épisode j’ai fait une recherche Google sur le chamanisme en Corée, je ne sais pas vraiment pourquoi, parce que j’avais envie d’en savoir plus, j’ai d’abord surtout regardé les résultats images, et j’ai bien vu des photos avec des chamanes dont les costumes, blancs, ressemblaient à ceux de la série. J’ai appris qu’en Corée c’était surtout des chamanes femmes. Ensuite, j’ai lu un article du Monde, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les chamanes« , dans lequel il est question du chamanisme dans les différentes parties du monde. Il est un endroit, je ne sais plus où, où l’on devient chamane après être passé par des épreuves, maladie ou autres. Et j’avais pensé que peut-être, si j’avais vécu dans ce pays, je serais devenue chamane. Le chamane est celui qui fait la liaison avec les esprits de la nature ou des morts. Dans la série, c’est un « colonel » qui communique avec la chamane. Qui lui communique ses pouvoirs. Avant de m’endormir, j’avais essayé d’imaginer m’ouvrir à ce qu’il pourrait y avoir d' »autre » en moi et autour de moi et au-delà, de me rendre disponible au plus étranger, peut-être d’ouvrir mes perceptions à la maladie comme à ce qui me serait de plus étranger, m’ouvrir à ce qui vivrait selon de toutes autres lois. Tenter d’ouvrir mes perceptions à ce que je ne saurais absolument pas. Je n’ai rien senti, je crois, mais je me suis vraiment endormie en réfléchissant à cela, en me demandant comment penser ce qui vous serait à la fois le plus personnel et le plus absolument étranger. Et voilà que je fais ce rêve-là !
A la fin du premier jour, Vlady est comme bloqué. Et je me souviens que dans l’article, il est expliqué que lorsqu’une maladie ou une douleur se manifeste, il peut s’agir d’un pouvoir qui est bloqué, et qui lorsqu’il est débloqué, lorsqu’il n’est plus empêché, devient le pouvoir du chamane. C’est comme si à cet endroit-là du rêve, Vlady était atteint par « ma propre maladie »… Enfin, c’est ce que j’avais pensé, que ma maladie pourrait être l’expression d’un pouvoir contraint. Ce n’est pas que j’y croie, à ce pouvoir, mais je pensais que dans d’autres civilisations, d’autres cultures, cette maladie pourrait être perçue autrement. C’est tout de même bien ce que je veux chercher à montrer, démontrer, dire. Jusqu’à quel point notre monde ne tolère absolument pas la folie (que par ailleurs il ne cesse de provoquer (et comment) ) et jusqu’à quel point cette folie n’est pas « calculée », ne peut absolument pas s’inscrire dans l’actuel projet de société du monde contemporain, celui du travail obligatoire, du progrès, de la science, et de la morale. Comment faire place à la contradiction, à l’antinomique, à l’anti-dialectique, à « l’en même temps » m’étais-je demandée dans la journée, sans arriver à le formuler. Que faire de ce qui « ne calcule ni ne juge », comment faire place dans la conscience à ce qui s’oppose à la conscience, à ce qui fonctionne selon d’autres lois ? Le tai chi, tel que je l’ai pratiqué y pense, va vers ça.
Je retrouverai l’article.
Extraits :
« Il y a deux façons chez nous de devenir chamane : soit par la lignée, soit en ayant traversé des maladies ou des accidents », explique Eirik Myraugh, lui-même noaidi, terme qui désigne la fonction de chamane chez les Samis. Ce dernier peuple autochtone d’Europe du Nord est encore en partie nomade éleveur de rennes, mais bien ancré aussi dans la modernité scandinave.
Le chamane est un intermédiaire entre le monde visible et les mondes invisibles, décrits différemment selon les cultures, mais avec de nombreux points communs. Ces espaces sont accessibles par un élargissement de l’état de conscience, plus ou moins profond selon les régions du monde et les pratiques, qui permet de percevoir à travers un ou plusieurs sens ce que nous traduisons par « esprits » ou par « énergie », et d’entretenir une relation privilégiée avec ces dimensions.