mercredi 2 mai 2012 · 08h50

Oubli de certains noms communs, métier et littérature

mer 2 mai 2012

(#oubli J’ai toujours trouvé extraordinaire (sans jamais chercher à en faire plus que ça état) la façon dont le sens de certains mots persiste à m’échapper. Comme celui d’hérésiarque ou de de démiurge.  Ou celui de solipsisme et d’idiosyncrasie. Vrai que je n’ai jamais aimé interrompre ma lecture par de fastidieuses consultations du dictionnaire, toujours compté sur le contexte. Or, certains mots résistent. Mais de découvrir leur sens via le dictionnaire ne suffit pas à ce que je les intègre. A moins que ça ne tienne à leur sens. A quelque chose qui me rebute dans leur sens. A moins que ça ne tienne à leur forme. Qui le sait? Qui le saura ? )

#littérature Lis Fictions, de Borges. Un peu à cause de Toussaint Jean-Philippe ( L’urgence et la patience que je viens de finir). Ce sentiment de n’être pas assez proche de la littérature, de n’être pas suffisamment consciente de son existence ( un peu comme si elle n’existait pas) ( tandis que si) ( je venais à la rencontrer) ( alors, plus si affinités…)
Je ne la rencontrerai pas. Il aurait fallu pouvoir en faire un métier. J’aurais probablement aimé ce métier. Or, un métier, est justement ce que je ne suis pas parvenue à avoir. Je pourrais faire le récit de la façon dont j’ai raté mes tentatives d’avoir un métier. Un métier étant cela à quoi vous êtes d’abord identifié, ce qui vous situe socialement, en société. J’ai aimé les livres. Je les ai aimés sans aimer la littérature, sans avoir besoin de la littérature. Ce n’est pas que je n’aime pas la littérature. Je l’aime comme j’aime la vache dans le pré là-bas. Je ne m’en fais pas le reproche. Est-ce possible? Je m’habitue à moi-même. C’est une constatation. Cela ne m’empêche pas d’avoir envie d’écrire un livre…

#mononcle J’ai rêvé de mon oncle, je pense, cette nuit. Il y a quelqu’un sur la liste Escapades qui signe « Loncle ». J’ai bien cru hier que c’était lui qui m’écrivait d’outre-tombe, lui qui pareillement signait ses missives et lui qui a écrit un livre (mais ça n’a rien à voir).

#culture La présence et la voix, ce qui me sépare de la culture. Du désir peut-être aussi. (Mon oncle qui lui, entendait des voix – mais ça n’a pas de rapport.) Je suis en ce moment une très bonne femme de ménage.

Écrit pendant que tout le monde dort. Il y a quelques jours j’ai cru que j’étais atteinte d’une maladie incurable. Nous avons fait l’amour. Aspirer la vie de son corps.

vendredi 4 mai 2012 · 00h35

Edge of Darkness; peut-être

jeu 3 mai

fin de journée au square, ju et les mamans. agréable, sur l’herbe. ju et les enfants enchantés.

soir, au lit avec f. 2ème épisode de Edge of darkness (1985). jamais le temps de lire (juste eu le temps de commencer le Borges cette semaine, dont je voudrais relire la première nouvelle). peut-être que j’ai envie de faire l’amour. peut-être que j’ai envie de faire l’amour. f. devient fou.
emprunter à la bibliothèque le Journal de Kafka.

mercredi 9 mai 2012 · 15h47

rien

samedi 5 : 09:23 –  F. et moi communiquons par mail. enfin, moi surtout. 10:38  – de quoi est-ce que je parle ici ? de quoi est-ce que je parle et je reparle ? comment m’y prendre pour le savoir ? parce que je suis très loin de parler de tout. de moi, bien sûr, je ne parle que de moi. mais quel est l’objet que je ne cesse de poursuivre ? (s’il en est un / si c’est de cela qu’il s’agit / l’opposition dialectique poursuite><jouissance d’un objet est-elle valable?) (j’aurais aimé parler de ce qui me fait difficulté. quand certaines choses ne se laisseraient pas aisément saisir. d’autres se verraient transformées par l’écriture. j’essaie d’offrir à mes difficultés à se déployer, à se développer, à s’épanouir, à se dépasser. mais je n’arrive le plus souvent qu’à en tracer l’ébauche.) l’après-midi – retrouvailles agréables (qui me faisaient pourtant peur) avec les escapadeurs : Les maîtres du désordre. soir, dîner avec eux (elles, en l’occurrence); animé.

dimanche 6 – journée au lit (genoux bloqué (suite à un accident il se décompose petit à petit / parfois une poussière d’os se coince à un mauvais endroit)), mais aussi journée à attendre les résultats d’élection. soir, champagne, voilà, au moins sarkozy c’est fini.

lundi 7 : 9:43 – bon sang, c’est today, et comment continuer, où se tourner? Je me traîne, je ne sais plus. Peut-être pour avoir bu hier soir. Sur un mur écrit: et maintenant au boulot Hollande! après-midi : vois Dr G, conseille de continuer au Lysanxia (jusqu’à 2 par jour!) ; m’abonne au site Médiapart; déconcertante période d’élection : comment se faire un avis, se mêler de politique, quel point d’accroche ? ou : rester à l’écart ? m’occuper de  ce dont je suis capable de m’occuper ? dans cette optique, abonnée également à la revue l’Impossible, que j’aime beaucoup. soir – 1 lysanxia

mardi 8 – déjà mieux; soir: cinéma, magnifique et triste KEDACH ETHABNI (Combien je t’aime) de Fatma Zohra Zamoum; ensuite couscous avec gin (décompléter l’École (c’est fait), décompléter les analystes (c’est fait), décompléter la psychanalyse (c’est compliqué).)

vendredi 11 mai 2012 · 07h33

rêve : Se tue, ou tue, quelqu’un .

11 mai : rêve

Quel était ce rêve? Bureau de  police. Un crime a eu lieu, j’étais là. C’était la veille, ça avait eu lieu au bureau de police. Un homme devant moi dans la file pour… Se retourne s’énerve arme à la main grands gestes dit des choses les répète mais quoi, quoi quoi?  Se tue, ou tue quelqu’un. Police met un temps fou à intervenir. Alors que sommes au bureau  de police .

—–

Je me demande si je serai un jour capable d accepter tranquillement une caresse, une douceur

—-

F – j’agis toujours plus ou moins avec lui comme s’il était mon ennemi.

mardi 15 mai 2012 · 15h47

Re:

d*, dear, very dear, je vais bien, j’essaie de m’organiser, depuis si longtemps j’essaie de m’organiser. j’ai une carte maintenant pour aller au cinéma, d’envies j’en ai plein, mais je ne sais comment m’arranger, je ne trouve pas les moments. je me suis mise à cuisiner, voilà, c’est fait ; je n’y arrivais pas, ça m’angoissait, je m’y suis (re)mise. ça durera le temps que ça durera, à chaque fois on croit que c’est pour toujours. parfois, je fume des vraies cigarettes, j’ai froid aussi, surtout ces jours-ci. je me suis acheté une montre, mais elle n’a pas de pile. jules a un meilleur sens des priorités que moi: s’amuser. je n’aimerais pas qu’il perde ça, c’est précieux. lui épargner le devoir du devoir. je ne suis plus trop ce qui se passe sur la liste Escapades, il ne s’y passe plus grand-chose, du point de vue de l’écriture, je veux dire, les gens n’écrivent plus. mes cheveux frisotent. je veux écrire, mais pour ça il faut que je le mérite : il faut que je m’occupe du ménage, des courses, de la cuisine, du rangement. je veux lire aussi. inviter des gens à dîner. voir l’exposition crumb avec jules et fred. je n’ai pratiquement lu que ça pendant les vacances : le livre qu’ils ont écrit/dessiné ensemble, sa femme et lui. « Parle-moi d’amour », ça s’appelle. Frédéric a laissé jules le lire. bon. il n’aura pas eu la même éducation que moi… mais peut-être que l’expo, non, il ne devrait pas voir. on verra. il y avait quelques livres de Crumb hier à la librairie, que  nous n’avons pas, je n’ai pas vraiment eu envie de les acheter. au lieu de quoi j’ai craqué pour un livre sur l’évolution de la voix que je ne lirai probablement pas… qui rejoindra la floppée de livres que je ne lis pas. je t’écris tous ces petits trucs dear d*, pour m’excuser de ne t’avoir pas écrit plus tôt et t’exprimer, essayer, comment, d’une façon presque visuelle, ce gros bloc de texte plein de mots et de signes de ponctuation, il m’est simplement compliqué de trouver quoi te répondre, en ce moment, et surtout quand te voir (rendez-vous). il ne s’agit pas d’un manque d’envie, bien sûr, mais d’une façon diffuse de me sentir débordée, légèrement embarrassée… j’ai ajouté le film que tu m’as dit (« Avé ») à la liste que je tiens des films que je voudrais voir (par contre pas « l’enfant d’en haut », à cause de ce qu’en dit malik). je t’embrasse aussi tendrement que possible, à très bientôt, vé

vendredi 18 mai 2012 · 12h24

Gentil/Méchant

ven 18 mai Essaie de faire attention à F, d’être « gentille » (guillemets entourent ce mot à cause de ce que je le soupçonne d’agir comme un signifiant pour moi, c’est-à-dire d’avoir tendance à jouer sa partie tout seul, indépendamment de sa définition dans le dictionnaire….)

…. ces jours, où, petite, je décidais d’être gentille….

Gentil/Méchant – je n’ai décidément pas encore percé le rôle, la fonction particulière de cette opposition dans mon logiciel…

Termes enfantins avait fait remarquer GG (premier psy parisien)

Tant il est vrai que j’ai tendance à le traiter, considérer comme un  ennemi – ainsi que je le notais ici récemment…. ce qui est tout de même curieux. S’agit-il de rapprocher ça de ce que Miller développait de la « parano » de Lacan, il y a deux ans? y était-il également question du double?

« que mon amour soit mon guide et s’il n’y suffit pas y puisse surseoir sa haine. »

mardi 22 mai 2012 · 15h46

un manque de fer

J’étais tout le temps fatiguée, voire épuisée, ces analyses montrent qu’il s’agit en fait d’un manque de fer, d’une anémie, je suis donc tout à fait contente, rassurée. Cela me pesait beaucoup de penser que cette fatigue était « psychologique ». Je n’ai plus qu’à guérir maintenant.

dimanche 3 juin 2012 · 08h09

très, très longs rêves en ce moment. suis curieusement impressionnée, inconsciemment, par le fait que je manque de fer.

cette anémie qu’on m’a découverte. j’en rêve souvent, l’intègre dans mes rêves, l’explique dans mes rêves, si ce n’est qu’il me semble que c’est à chaque fois augmenté d’une ou deux autres maladies.

ai abandonné pour l’instant travail sur livre pour repartir dans projet escapade. c’est un peu passé versus présent. c’est un peu travail seul versus travail à plusieurs.

rêve à nouveau de miller. tiens à le noter. même si je ne peux pas en ajouter beaucoup plus, parce qu’il me semble que c’est important, de continuer, d’essayer de continuer cette sorte d’auto-analyse, ce prolongement que je donne à mon analyse.

lundi 4 juin 2012 · 05h25

plus-un (en moins)

Long rêve  – Rêvé que JC, à qui j’ai proposé d’être +1  (( « La juste mesure pour un cartel, c’est quatre ou cinq personnes qui se choisissent un plus-un. Il n’y a pas dans les textes de Lacan d’indication sur les modalités de choix. Pas de règles strictes, pas de formalisme.
En 1964, dans son « Acte de fondation », Lacan dira que c’est autour du plus-un que se fait la conjonction des quatre.
En 1980, à la fondation de l’ECF, Lacan précisera : « La conjonction des 4 se fait autour d’un plus-un qui, s’il est quelconque doit être quelqu’un ». Quelqu’un qui a la charge « de veiller aux effets internes de l’entreprise, et d’en provoquer l’élaboration. » Voilà la fonction essentielle du plus-un : inciter à l’élaboration, sélectionner, discuter l’issue à réserver au travail de chacun. C’est ce que nous rappelle Jacques-Alain Miller dans un article intitulé : «L’élaboration provoquée ». (Lettre Mensuelle n°61).
[…]
En 1975, aux Journées des cartels, Lacan nous rappelait que la psychologie du groupe nécessite un leader « mais pour qu’il en subvertisse la fonction… Au lieu de gonfler le leader, il faut au contraire l’amincir, le réduire au minimum, en faire une fonction permutative, qui plus est » précisera-t-il. Il peut en effet être l’un quelconque des quatre. Il suffit qu’il s’ajoute aux quatre, sans faire nombre.
La fonction du plus-un est de conduire le travail de ses membres jusqu’au produit propre à chacun. Ce terme de «produit» ne préjuge d’aucune évaluation, produit n’est pas forcément œuvre, il n’est pas forcément destiné à la publication. L’important est que cela fasse progresser celui qui écrit. C’est une nécessité d’aboutir à ce qu’une mise en forme même minimale se dépose sur un papier. C’est à cela que le plus-un s’attelle : inciter, stimuler, provoquer, soutenir l’élaboration, réveiller du sommeil dogmatique, du dire tous pareil, du sens comme Un… Encore faut-il y consentir et ne pas refuser son opération… »
Claude Quénardel sur le site de l’Ecole de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/index.php/etudier/cartels/comment-faire-bon-usage-du-cartel )) du blog escapades, avait « récupéré » l’appartement dans lequel j’avais déjà beaucoup travaillé, commencé à peindre les murs en vert (le vert de notre appartement en fait, le vert de mon premier blog, to be or, abandonné), que j’avais commencé à repeindre mais pleine de doutes, qui était face à la mer, grande fenêtre sur la mer, mais que j’avais dû abandonner… raisons oubliées , était occupé par lui et… sa femme, lui nouvellement marié. Ils avaient terminé les travaux, c’était magnifique. Mais l’appartement était vide, quand je l’avais laissé plutôt encombré de meubles. Le prix de l’appartement n’avait pas été augmenté. Comme je l’avais fermé en le quittant, je me demandais un peu comment ils s’y étaient introduits.

dimanche 10 juin 2012 · 17h55

fin de voyage organisé

exposition d’images très anciennes liées à ma famille, photos, inédites. exposition va s’ouvrir. je prépare les images, exposition sur plusieurs étages, dans une sorte de moulin, on y accède par un escalator (comme exposition vue récemment, exposition Toutankhamon, comme exposition Atomium pendant enfance (souvenir-écran). les membres du voyage, membres de ma famille peuvent chacun gratuitement acheter entre 1 et 6 exemplaires de chaque image. je me souviens d’une planche contact avec des images de tapis, de chaussures sur le tapis, de vases, d’un enfant aux longs blonds que je suppose être mon père, ce que ma mère, puis ma tante me confirment. ma mère est là. il y a des images qui proviennent aussi bien de son côté de la famille que de celui de mon père. je crains d’avoir mal organisé l’exposition. car à chaque fois que je prends une photo celle-ci n’est plus exposée et donc n’est plus accessible aux autres.
le temps est limité puisque nous devons ensuite prendre l’avion.
l’exposition, comme je la visite, se transforme. les objets deviennent japonais. on dirait une exposition sur le japon. avec des bassins de poissons, de poissons volants, avec de la nourriture, des chips, avec un homme qui se dit prêt à expliquer ce dont il est question, à jouer au médiateur. je tombe sur une piscine où est joué de la musique classique, deux chats, y flottent sur le dos, visiblement satisfaits, un sourire aux lèvres. quelque chose m’excite, je veux me masturber, un chat est sur mon sexe, je crains qu’il ne comprenne, qu’il ne sente qq chose, mais je ne veux pas renoncer.
dimanche 8 juillet 2012 · 18h03

Matin réveil dimanche / sensation de pression autour du cerveau, dans les méninges

Matin réveil dimanche / sensation de pression autour du cerveau, dans les méninges. J’écris cela parce que je vais mal en ce moment et qu’il y à plusieurs années, j’étais à paris déjà, j’avais remarqué ce phénomène aux moments de plus grande angoisse. C’est cela souvent qui me signalait que j’étais angoissée. Parfois, je vais mal et je ne sais même pas que je vais mal. Angoisse est un mot mis par une psychanalyste, auquel j’ai consenti, que j’ai adopté.

Cette sensation m’inquiète en ce moment car je crains d’être vraiment malade.
Elle s’accompagne actuellement d’une sensation aux dents.
Peut-être est-ce hystérique.
Et aux oreilles.
Ce n’est pas hystérique.
Cigarette: pas fumé mais vapoté. L’impression que vapote trop et que vapoter n’est pas tellement meilleur que fumer.
Lysanxia: ne me convient pas, plus, plus du tout.
Dents.
Sortie, lecture revue Depelsenaire.
Non pas aux oreilles, mais juste sous l’oreille.

laver les dents, mettre de l’huile essentielle, ça ira mieux?

mercredi 11 juillet 2012 · 08h32

mercredi, 11 juillet 2012

Chère Louise, je suis bien mal placée pour penser ces questions qui malheureusement m’échappent ayant bien des difficultés avec l’histoire, avec le temps.

Je crois que je suis phénoménalement trop inconsciente. Je n’arrive pas à intégrer les coups de hache de l’histoire, le temps dans sa durée ne cesse de m’échapper, malgré mes efforts répétés pour l’étudier. Ma mémoire s’acharne à contracter la ligne du temps en quelques points, voire à un seul. Je vivrais toujours hors temps, hors lieu, pourtant toujours bien là, présente.

Ces difficultés de mémoire que je suis tentée de traiter en symptôme me conduisent en tout cas à avoir la plus grande difficulté à croire à une quelconque objectivité possible des faits, à une vérité historique (à moins que cette  vérité n’assume tout ce que Lacan peut en dire : qu’elle ne soit que mi-dite, qu’elle soit fiction (mais qu’elle attienne au réel (du sujet qui l’élabore)), et qu’elle soit soeur de l’impuissance).

Ce qui m’avait rendue très sensible au texte de Rivka Warshawsky dont je vous ai déjà parlé, « Israël et l’holocauste – Du zéro au septième million ». 

Elle y parle d’une jeune femme en analyse chez elle et de son accès, son accession à l’histoire (c’est ma lecture). Elle y parle de ce qu’elle repère comme un phénomène d’identification à un signifiant unique « survivant de l’holocauste », un S1, un signifiant-maître, signifiant m’être, qui domine la vie de cette analysante et lui impose une vie « toute d’inhibitions et de souffrances inexpliquées » sur laquelle elle tient à rester mutique. Mutisme du sujet qui tient à préserver son (m)’être (« holocauste »). 

L’holocauste lui, est silencieux. 

Les chambres à gaz, sont silencieuses, souligne RW, se rapportant à ce livre de Lyotard,  « Le différend »,  qui souligne qu’aucune chambre à gaz n’apportera jamais la preuve de son œuvre de mort puisque qu’aucun n’en n’est sorti, ne peut en témoigner. Peut-être à cet endroit me direz-vous que c’est tiré par les cheveux, que l’on sait, que l’on connaît la vérité des faits, que l’on ne peut les ignorer. C’est là l’intérêt de cet article (enfin l’un des intérêts), c’est qu’il souligne qu’il est très important de reconnaître ce silence, ce trou des chambres à gaz, ce réel. 

C’est ce réel qui est l’œuvre dans le symptôme qui s’élabore de cette analysante. Il y a un trou, un impensable, un impensé. Lui, est antérieur. 

Le signifiant qui vient le barrer, le marquer, l’indicer, c’est cet un-signifiant « survivant de l’holocauste » dont l’analysante se fait le corps. Cet Un est sans mémoire. et ne peut que se répéter, hors sens (le sens est celui du temps, de l’histoire). « répétition et mémoire s’excluent », insiste RW. Cet Un auquel cette analysante cherche à s’identifier fait barre sur le trou. Son être se réduit à cette barre qu’elle doit faire sur le trou. 

Cette identification ne peut être qu’inhibitoire, puisqu’elle ne permet, n’autorise que la répétition. Itérer. Faire marque. Faire barre (aussi bien barre à soi-même, puisqu’on est dans l’obligation de la redresser encore et toujours cette barre, cette marque, cette croix dirais-je suivant mes origines chrétiennes. De retracer cet Un qui disparaît dans les limbes aussitôt qu’il est tracé.) C’est là un autre apport de ce texte que de souligner le lien de l’inhibition et de la nécessaire répétition du Un.

Et c’est quand l’analysante comprend, lors d’une interprétation de l’analyste, qu’elle a son histoire et que cette histoire ne va pas sans dire, qu’elle vient poser ce que RW appelle la question du zéro. « Si je suis de la deuxième génération mes parents de la première (les survivants), qu’est-ce qu’il y avait avant. Est-ce que c’était zéro? Et qu’est-ce qu’il y avait avant le zéro? »(citation de mémoire)

Voilà donc que le zéro vient se poser sur le réel de l’origine, de l’holocauste, le faisant exister. Le conte, le compte devient possible. A la place de ce zéro, c’est l’analysante bien-sûr qui va devoir venir se positionner comme sujet, sujet du verbe. Mais, au départ de ce zéro-nombre, on quitte le domaine de la cardinalité du Un et sa simple répétition pour rentrer dans l’ordinalité, le compte, la succession. Accession donc à l’histoire, à l’Histoire aussi bien.

Voilà ce que je peux vous dire pour le moment.  C’est que de toute façon, au départ, c’est pas les faits, c’est le réel. Les faits ne seront jamais ce qu’on peut en dire. 

Bien cordialement à vous,

Véronique 

lundi 6 août 2012 · 07h48

Mâchoire tenue en laisse
— ma mère en fils de fer

« Sortant de chez un médecin, je descends, je descends dans la rue, ça descend. Ça descend. Autour de moi, avec moi, une foule éparse descend. Cela pourrait m’évoquer un pèlerinage, une procession. À un tournant, un embranchement, venant d’un chemin sur la droite d’autres personnes passent devant moi. Une dame qui me suit en profite pour passer me dépasser. Fâchée, je m’arrange pour m’interposer entre elle et son mari, les séparant. Descendant des escaliers de pierre, je sens une mâchoire qui me saisit les mollets, me tient, tenue en laisse par le monsieur.
Je dis des choses au monsieur, lui parle de son argent, de son arrogance et d’autres choses plus terribles encore.
Je raconte tout ça à ma mère. Elle remplace ses yeux avec d’autres yeux ridicules, avec lesquels elle ne peut rien voir, qu’elle place sur ses yeux, en protection. Elle les fait tenir par dessus ses yeux avec du fil de fer. Ces gros yeux jaunes en caoutchouc ressemblent à des jouets pour chien.
Elle a toutes sortes de manteaux, de vêtements truqués, fil de ferrés. C’est son « vice », que je lui interdis.
Elle a un endroit à elle, un appartement en sous-sol où elle conserve toutes sortes de vieilles choses à nous, brinquebalantes, parsemées de choses en fil de fer.
Je lui détruis plein de choses. 
Elle invite des amies pour raconter ça dans son appartement secret. Elles sont très nombreuses, je crois qu’elle les initie au fil de fer.
Je détruis tout ce sur quoi je trouve d’objets en fil de fer, des mâchoires, des appendices. »

Mère venait d’avoir un accident au genou, tombant dans les escaliers d’une salle de spectacle, à l’entracte d’un concert organisé par mon frère où elle était avec mon autre frère qu’elle cherchait.  Sa rotule en trois morceaux allait être réparée avec du fil de fer.

Y a bien longtemps, j’ai moi-même eu accident au genou me rendant à une répétition de théâtre. On avait également dû m’opérer en urgence, on ne m’avait pas mis du fil de fer, mais une vis, une longue vis . C’est pendant ma convalescence que j’avais fait la connaissance de Lacan et écrit mon premier roman, « Eugène Traktacus ». Je n’avais pas pu marcher pendant trois mois. Le spectacle avait été annulé. C’est au sortir de ma convalescence que j’ai quitté le domicile de mes parents et  trouvé l’appartement de l’avenue Paul Deschanel.

Fil de fer : Mais quoi donc? Je me souviens que rêvais enfant, jeune fille ou plutôt fillette, d’avoir un appareil dentaire, je rêvais d’avoir les dents trop en avant ou écartées que je doive porter un appareil dentaire en fil de fer. J’essayais d’écarter mes dents, bien en vain. quand je songe qu’aujourd’hui, il m’en faudrait bien, porter, d’appareil dentaire, avec cette maladie que j’ai, aux  gencives, à cause de laquelle mes dents ont bougé. D’où me venait ce désir, ma mère a-t-elle porté un appareil? Avais-je vu je vu ses fausses dents? Ses dents de devant qu’elle avait perdues enfant, une porte lui ayant été claqué au visage pas sa sœur, dans un jeu. ses 4 dents de devant? Ses dents, qui tenaient dans sa bouche, par du fil de fer. lui enviais-je cela? Cet appareil? Venait-il ce râtelier en « métaphore » d’une autre chose que nous aurions elle et moi en commun, de perdu. Il y a une sorte de souvenir-écran où devant la porte d’entrée virée de la rue Tiberghien, ma mère se penche sur moi, m’embrasse, et je ressens cette envie d’avoir comme elle « un appareil ». Être appareillée.

Ai-je travaillé à séparer mes parents? Oedipe ? S’agit-il de mon père et de ma mère dans ce couple du rêve? Au monsieur, je parle d’argent (!!!)

Et cette mâchoire tenue en laisse, par mon père cet homme, me mord elle de rage? mon père cet homme retient-il la pulsion orale de ma mère sa femme?

De quel objet (le jouet à mordre pour chien) ma mère use-t-elle pour s’aveugler? Mixte de pulsion orale et de pulsion de voir.

Je ne sais pas comment articuler tout ça. Il y faudrait du fil de fer. Et ce fer, ce goût de fer dans ma bouche. Le fer qui me manquait (anémie)…

Ma mère n’a jamais montré de rage, de ressentiment, c’est moi. Sauf peut-être quand mon père mourait, puis après, quand mon père était mort.

Je suis un râtelier. Là où le lié rate. Pourquoi je perds l’équilibre dans les ESCaliers.

Ma mère fait tout tenir par des fils de fer. Mais pourquoi pas, pourquoi ma rage? De ce que ça ne tienne pas, de qu’il en faille, du fil de fer, de ce qu’il en ait fallu, de ce fil de fer que je lui ai pourtant envié petite.

Et puis, c’est moi, qui ait habité des années dans un sous-sol… Et qui ait tendance à conserver des souvenirs inutiles que je bricole… Et qui ai ce désir d’enseigner ça aux autres, de le faire passer, ça, mon goût du fil de fer, ce fil qui me manque. Que je suis obligée d’ajouter partout.

j’abricole.

Peut-être pourquoi j’ai été si sensible à Duchamp et à ce qu’il développe de l’impossibilité du fer…

Et mon goût pour cette gravure de Goya, où une fil-de-fériste est au centre d’une arène de regards…

Donn, 6 août 2012.

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