mardi 1 novembre 2016 · 07h34

Re: discipline « Reply #25

Re: discipline 
« Reply #25 on: November 01, 2016, 07:34:50 pm »
 

ces histoires de projet me rappellent Bataille.  je l’avais découvert vers l’âge de 22 ans. lui qui m’avait permis de me départir,  dépêtrer, m’éloigner du projet la tête haute.

là, une consultation rapide de Google me rappelle que si Bataille ne voulait plus du projet, cela partait chez lui d’une volonté d’en finir avec le langage (dans lequel il semblait  pourtant bien installé, un poisson dans l’eau) et celle d’aller vers d’autres formes de communication, directes, non médiées.

décidément quelque chose qui continue de me diviser. même si je ne pense plus qu’on puisse quitter le langage. au moins cesser d’en vouloir comme seul habitat et inclure dans son emploi la conscience de ce qui ne lui obéit pas et qui existe. vivre dans des mondes déchirés. au cœur de la fêlure de ces mondes qui s’engendrent et s’ignorent. (car  le réel auquel Bataille voudrait atteindre de façon non-médiée est encore un réel né de la rencontre avec le langage, que le langage n’est pas seul à atteindre, n’atteint pas seul, ce à quoi il faut faire place dans l’usage du langage, dans le discours courant.)

http://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-Varia-III-4-La-nudite-totale-chez-Georges-Bataille-Avargues.pdf

« D’une  façon  analogue,  cette  quête  vise  à  mettre  en  cause  la  fiction  du langage  ;  fiction  qui,  incontestablement,  constitue  le  narcotique  le  plus  ancré dans  nos  existences  humaines.  Si  le  langage  est  à  mettre  à  bas,  c’est  parce  qu’il forme  une  médiation  entre  moi  et  le  monde,  et  donc  un  obstacle  à  leur rencontre.  En  effet,  toute  mise  en  mot  modifie,  transforme,  et  en  un  certain  sens trahit  l’expérience.  Parce  que  le  langage  a  pour  fonction  de  catégoriser  et d’établir  des  distinctions  à  ce  qui  n’en  a  pas  nécessairement  dans  l’expérience, ou,  au  contraire,  à  créer  des  liens  là  où  ils  sont  inexistants 9 ,  ils  ne  peuvent  que gâcher  l’expérience  en  question.  En  outre,  et  parce  que  l’on  échoue,  en  tant qu’humains,  à  sortir  de  la  mise  en  mots,  Bataille  définit  le  langage  comme  une cage  dont  les  barreaux  nous  sépareraient  du  monde.  C’est  dans  ce  contexte  qu’il exprime,  et  ce  via  une  écriture  poétique  qui  se  veut  ―  tragiquement  ―  une révolte  du  langage  au  sein  du  langage,  la  souffrance  de  sa  captivité  dans  les bornes langagières et la nécessité absolue d’en sortir :

«  je  ne  peux  plus  souffrir  /  ma  prison.  /  Je  dis  ceci  /  amèrement:  /  mots  qui m’étouffent,  /  laissez-moi,  /  lâchez-moi,  /  j’ai  soif  /  d’autre  chose  (…)  /  Je  hais cette vie d’instrument  /  je  cherche une  fêlure, /  ma fêlure,  /  pour  être brisé  »10.

Pour  parvenir  à  sortir  de  cette  cage,  il  s’agit  tout  d’abord  de  convenir,  comme Bataille,  que  le  «moi»  n’est  qu’une  fiction  langagière,  qu’une  belle  coquille vide.  Puis,  une  fois  comprise  et  acceptée  la  non  existence  du  «moi», l’exigence  du  non  savoir  nous  exhorte  à  briser  l’illusion  de  l’ego  pour  s’ouvrir absolument  au  monde  qui  nous  entoure.  Or,  cette  ouverture,  que  Bataille nomme  tour  à  tour  fêlure,  déchirure,  brisure,  ne  peut  être  catalysée  que  par l’atteinte  de  la  nudité  totale. « 

8 Autrement dit au jugement que l’existence n’a aucun sens : que le monde tel qu’il est ne devrait pas être et que le monde tel qu’il devrait être ne peut exister.
9 Voir F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Livre de Poche, 1972 : « Les mots et les sons ne sont-ils pas des arcs-en-ciel et des ponts illusoires entre ce qui est éternellement séparé ? ».
10 L’expérience intérieure, p. 71.

samedi 19 novembre 2016 · 19h24

relectures

19.XI.16

7h30

Réveillée, levée, bu grand verre d’eau tiède, ne sais pas bien quoi faire, assise au salon dans le noir, ne peut pas faire de bruit, tout le monde dort. 

Hier, et ça m’a pris la journée, retournée sur le blog. Avais plus allumé l’ordi depuis longtemps. Y ai relu des textes sur le retard.  Sur Duchamp et le retard.
 
( Dans la foulée, trouvé un beau texte sur l’internet à propos du retard et des deux Marcel, Proust et Duchamp. Il y est également question de Socrate.)
 

De fil en aiguille, dans mes pérégrinations, tombée sur de vieux rêves de mai 2006  que j’ai tenté de retravailler, tant leurs analyses sont  mal foutues. Leur analyse et leur présentation. Je sais qu’à l’époque je n’aurais pas pu faire mieux. Je ne pense d’ailleurs pas pourvoir faire beaucoup mieux aujourd’hui. Il me semble toujours, il finit toujours pas me sembler que je n’arrive pas à saisir de conclusion. J’analyse, je développe. A chaque fois, il me semble qu’un « donc » se dessine, se profile qui reste fantomatique, insaisissable, décourageant. Là, je ne sais pas si je dois tenter de les reprendre à nouveau, ou laisser tomber.

Je cherche une voie à mon assiduité. Je n’en n’ai plus aucune, pas la moindre. Pour ça que je rêve de discipline.

« D’autre part, si vous être trop spacieux sans focalisation suffisante, vous n’êtes pas centré et vous pouvez facilement vous évader et faire du tort à vous-même et aux autres. Être spacieux sans focalisation crée un esprit qui saute continuellement d’une chose à l’autre – une forme de déficit d’attention – et ne ralentit pas suffisamment pour observer réellement ce qui se passe et comment accomplir ce qui doit vraiment être fait. »

Hier, j’ai finalement rouvert dans Word, un autre texte, plus récent, que je ne suis pas encore arrivée à finir.   Un texte en réaction à un propos d’Élise sur Stromboli, à propos du travail et de la pente, ce que j’appelle là  » la pente », reprenant un terme à lui dans son bouquin

Possiblement, je n’ose plus atteler ma pensée à quoi que ce soit. Peur de ses emballements aussi bien que de ses blocages. Je me vide.

S’agissant de ma mémoire. C’est parce que je la perds que j’ai arrêté les antidépresseurs, mais je n’ai plus du tout confiance en elle. Dès qu’il y a quelque chose qu’il faudrait retenir, je panique, je cherche de quoi noter. Dans ce que je relisais hier sur le blog, j’ai trouvé des traces déjà de ces perturbations. En plusieurs endroits, je cherche le nom de quelqu’un, qui ne me revient d’abord pas, puis qui finit par me revenir. De ces hésitations, de ces trous, j’ai toujours voulu laisser la trace. Je n’aurais pas pu renoncer à cela, renoncer à faire état de mon « manque à savoir ».  J’aurais trouvé cela malhonnête et surtout, il m’aurait semblé y perdre quelque chose, y perdre ce qui m’importe : parler depuis l’absence de maîtrise, faire état des trous, des manques, et que ça parle depuis là.  L’oubli cependant m’inquiète.  J’ai tenté de le traiter en symptôme.  Au départ, il ne s’agissait que de celui des noms propres (que j’ai beaucoup analysé, m’appuyant du texte de Freud sur l’oubli des noms propres). Mais il s’est ensuite étendu bien au-delà.  Et je ne cesse de rebuter sur cette perte des mots, sans que je sache quand ça a commencé ;  si ça a commencé un jour, oui, il me semble, que ça n’a pas été comme ça de toute éternité. Il s’agit bien d’une perte.  Qu’on attribuera pour partie à l’âge ( ou à une tu-meurs au cerveau) mais que j’impute également à un manque d’exercice, à force de solitude. Ça a toujours fait partie des raisons pour lesquelles j’ai voulu écrire, continuer d’écrire dans le blog : m’exercer, continuer de m’exercer au maniement du langage. Quand j’y renonce, c’est que cela me paraît vain. Et que je m’effraie de cette aspiration par le désir d’écrire, qui tourne à l’obsession, que je considère malade.  Et que je veux retourner, aller plus loin encore,  dans l’oubli du langage.  D’où mes longs silences, et sur le blog.  Mon intérêt pour le zen, le taï chi, la méditation. 

// Et puis, c’est toujours quand je suis sur le point d’écrire quelque chose que j’arrête. D’écrire quelque chose d’autre, et que je n’y arrive pas. Que j’arrête. Jusqu’à l’oubli. Pour le redécouvrir, alors, plus tard, neuf et légèrement modifié. //

samedi 19 novembre 2016 · 23h35

[quelqu’un à qui écrire]

Finalement, je constate que je cherche bien moins quelqu’un à qui parler que quelqu’un à qui écrire. 

Cependant qu’il est vrai que je ne supporte actuellement ni parole ni écrit qui me soit adressé ou dont je sois l’auteur. Tant l’une que l’autre me jette sur le qui-vive, au bord du gouffre. 

N dit : Se désidentifier de la pensée. De la parole, de l’écrit. Les considérer comme des composantes parmi d’autres, de soi, du monde. 

Se désintéresser du doute. N’être sûre que de ce que le corps ressent. 

J’écris pour me délivrer de la pensée. Quand elle est ce qui s’en rapproche le plus. L’écriture de la pensée. La parole, la voix, elles, viendraient me trouer la peau. Penser caresse de l’intérieur.

mardi 22 novembre 2016 · 14h59

La supplication intérieure est la seule raisonnable, car elle évite de raidir les muscles

« Essayer de remédier aux fautes par l’attention et non par la volonté.
[…]
La supplication intérieure est la seule raisonnable, car elle évite de raidir les muscles qui n’ont rien à voir dans l’affaire. Quoi de plus sot que de raidir les muscles et serrer les mâchoires à propos de vertu, ou de poésie ou de solution d’un problème ? L’attention est tout autre chose. »

Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, Paris, Plon, 1947, p. 133.

Se redresser, c’est être intéressé par ce qui se passe. 

vendredi 25 novembre 2016 · 19h32

Ce qui est sûr c’est que hors-corps le langage est mort.

Y avait ça qui traînait dans mes tiroirs. Qu’on n’aille pas croire que j’y parle à un(e) autre que moi. J’essaie de mettre au clair des trucs et ça ne marche pas comme je veux. Surtout, je ne pense pas que j’arrive à rendre ça  potable à quiconque ne s’intéresse pas un tant soit peu à la psychanalyse. Ça m’a travaillée, fatiguée, inquiétée, excitée, tenue éveillée, jusqu’à trop. Jusqu’à ce que ça devienne trop et que je doive l’oublier, oublier que je ne suis pas arrivée à écrire ce que je voulais, qui est resté je ne sais où, quelles limbes. Là, j’ai pris suffisamment de distance que pour pouvoir le publier. C’est-à-dire que je l’ai oublié. Dépitée seulement de n’y être, une fois de plus, pas arrivée, et que ça doive me rester (encore) en travers de la gorge.

Le travail c’est la plus belle chose qu’on puisse inventer.
Je pense que le Surmoi du vingtième si§cle (on fait tous partie ici de la même génération) est en train d’exploser pour notre bonheur à tous.

tu as très bien intégré le surmoi contemporain : Travaille!

(Arbeit macht frei)
Kidding!
je sais très bien que tu n’en fous pas une)
Kidding, Kidding !

C’est compliqué de parler du travail (surtout à toi, tout embué d’idéal). 

Mais est-ce qu’il n’y avait pas quelque chose dans Pommereulle, dans ton Pommereulle, qui préconisait de se laisser aller à sa pente, de se donner les moyens de se laisser aller à sa pente. Et que ça puisse trouver sa place dans le monde…

« Au fond il est plus difficile de se laisser aller à sa pente que l’inverse.« 

J’aimais bien ça. 

Je dis ça, parce que le travail et la pente, ça ne se recouvre pas nécessairement.  Cela nécessite un ajustement… que tu écrivais :

« Cela suppose une traversée de l’existence qui retourne les conditionnements et les envoûtements, pour abolir la séparation avec soi-même.« 

Cette séparation d’avec soi-même, qu’il s’agit de rejoindre, c’est la séparation d’avec le monde et  c’est la séparation d’avec le travail.

Tout ça pour dire que je préfère la pente au travail. Même si c’est encore tout un travail que de se faire à sa pente. Mais un travail particulier. En finesse et en délicatesse. Afin que la pente restât pente, échappe à la conversion (en grand’route sur morne plaine) que le travail tentera de lui imposer afin de la rendre présentable.  Un travail donc qui ne s’appliquât jamais qu’à ouvrir à la pente quelques menus détours, des sinuosités, afin qu’elle fût moins courte, moins casse gueule, mais restât pente toujours, c’est-à-dire liée à ce qui nous dépasse.

Si le surmoi, Travaille! (=Jouis!) fonctionne aussi bien, c’est qu’il y a une indifférence de la pulsion (capable de se satisfaire de n’importe quel objet). Il faut donc pouvoir la distinguer de la pente, laquelle se soutient de la marque, marque qu’elle imprime à la pulsion. Cette marque de la séparation d’avec soi dont il était question plus haut.  Non-indifférente pente donc. Or la marque, la marque fondamentale d’un sujet, c’est bien ce qui au monde se partage le moins, ce qu’il y a de plus secret. Au monde de moins communément partagé, reluisant, accepté.

On dit que le désir est le désir de l’Autre. La jouissance, elle, fondamentalement n’est jamais que celle de l’Un, de l’Un-tout-seul. Toujours peu ou prou liée à la honte. Si aujourd’hui on s’attache tant à se montrer jouissant (« Regardez-moi jouir », c’est qu’il s’agit de se montrer jouissant de la bonne manière : c’est-à-dire : médiatisable. Or tout ce qui passe par les médias, y passe dépourvu, lavé de la marque. La jouissance médiatisée : celle qui essaie de se faire passer pour non-coupable , conforme. 

Pour ça que la plupart préfèrent s’en tenir à la marque commune : comme sujet (du verbe), je suis l’objet d’une jouissance (qui me dépasse et dont je ne veux rien savoir).

Chacun préférera se vivre comme sujet du langage, se placer, se garder sous sa coupe  plutôt que d’assumer sa jouissance (hors langage).

samedi 3 décembre 2016 · 14h31

du rien de la belle bouchère à l’huître de la belle mondaine

Eric Laurent, « De Radiophonie de J. Lacan », Conférence à Bruxelles le 15 octobre 2016

Écouter sur Radio Lacan : http://www.radiolacan.com/fr/topic/867/3# (épisode 3)

Extrait  (transcription rapide) :

[…] 6:45 Et l’articulation au phallus, cette nouvelle articulation, dans Radiophonie, je voudrais prendre l’exemple que Lacan donne de la nouvelle reformulation du désir, de la métonymie du désir, en tant qu’articulée à la jouissance.

Dans la première partie de son enseignement, Lacan avait fait de la métonymie du désir le fait que dans le désir, au cœur du désir, il y a un objet qui glisse, qui fait que finalement rien ne peut se fixer comme objet dernier du désir. Ça glisse toujours. D’objet en objet, le désir, l’objet court sous la barre du signifiant et la barre du sens, et donc l’objet métonymique c’était la fuite du désir. Et ça met en valeur le rien.

A partir de là, Lacan a voulu, commenter « Le rêve de la belle bouchère », la spirituelle bouchère, en mettant en avant le rien. L’accomplissement du désir dans le rêve de la belle bouchère, vous vous rappelez que c’était de « ne pas donner de déjeuner » – et Freud commentait : comment peut-on parler d’accomplissement de désir quand justement on ne le fait pas. Freud apporte une certaine réponse, Lacan en donne une autre, articulée autour du rien que conserve l’hystérique qui se fait valoir comme objet précieux, détentrice d’un rien qu’elle ne cède pas et qu’elle fait exister comme objet en ne le donnant pas. Ça c’était La belle bouchère.

« La métonymie, ce n’est pas du sens d’avant le sujet qu’elle joue (soit de la barrière du non-sens), c’est de la jouissance où le sujet se produit comme coupure : qui lui fait donc étoffe, mais à le réduire pour ça à une surface liée à ce corps, déjà le fait du signifiant. »

Et puis, Lacan surprend tout le monde dans Radiophonie où il note ceci : « la métonymie, ce n’est pas du sens d’avant le sujet qu’elle joue, c’est de la jouissance où le sujet se produit comme coupure. » La surprise c’est qu’alors que la métonymie normalement c’est de la coupure qui se promène vers le rien, maintenant c’est la jouissance qui fait coupure. 

Là (?), il donne l’exemple d’un « objet défini comme un reste irréductible à la symbolisation de l’Autre » qui « dépend néanmoins de cet Autre » (( « L’objet, défini comme un reste irréductible à la symbolisation au lieu de l’Autre, dépend néanmoins de cet Autre car, sinon, comment s’y articulerait-il ? » Jacques Lacan, Séminaire X, L’angoisse, p. 382.)),  qui nous fait comprendre sa déclaration « faire passer la jouissance à la comptabilité » – chose qui est polysémique, qui peut s’entendre de différentes façons.

Mais là, dans Radiophonie, l’exemple clinique c’est un passage de Bel Ami. Je vous lis ce passage, p. 419 :

“J’ai montré en son temps que l’huître à gober qui s’évoque de l’oreille que Bel-Ami s’exerce à charmer, livre le secret de sa jouissance de maquereau. Sous la métonymie qui fait muqueuse de cette conque, plus personne de son côté pour payer l’écot que l’hystérique exige, à savoir qu’il soit la cause de son désir à elle par cette jouissance même.” 11:23 …

Bon, c’est difficile à suivre à l’audition. Mais bon, voyons ce qui est dit, quelle est la situation de Bel Ami. Bel Ami n’est pas exactement un maquereau, il ne met pas une femme sur le trottoir, mais c’est un sujet qui monte l’échelle sociale par les femmes. Il séduit les femmes, il est bel homme, il sait leur parler et une fois qu’il les a attrapées par l’oreille, elles font tout pour lui, et elles le présentent, etc. Bref, l’ascension sociale du séducteur, racontée par Maupassant dans le Paris très voyoucratique du second Empire, et dans lequel il y avait énormément d’ascensions sociales de ce genre. 12:32 [Le prototype étant … affairisme sensationnel…] Donc, le séducteur, il parle aux dames.

Alors, on fait un petit dîner, un petit souper fin dans lequel il y a le couple, Monsieur Madame, et on sert les huitres. 12:49  Pendant ce temps-là, lui ce qu’il fait Bel Ami, ce qu’il veut, c’est capturer l’oreille de la dame, donc tranquillement par la … des sous-entendus, du charme de cette dame qui comprend très bien qu’il veut obtenir d’elle ses dernières faveurs. Et donc, dit  Lacan, l’idée c’est   «  que lui soit la cause de son désir à elle par cette jouissance même« . Donc, c’est le contraire de La belle bouchère qui met en avant le rien. Là, il faut que le type veuille jouir d’elle et qu’il le montre et que justement en gobant l’huitre il montre très bien que ce qu’il veut gober c’est elle, qui est là, à qui il s’adresse. Et donc, métonymie de sa jouissance à lui. Sa jouissance est je veux coucher avec toi. Et la dame est ravie, elle a besoin de ce témoignage pour que, comme le dit Lacan, il soit la cause de son désir à elle par la jouissance même qu’il manifeste. Que justement dans le dîner, il est clair qu’il n’est pas question de sublimation, on n’est pas là pour parler d’histoire de l’art, avec des trucs chiqués utilisant des effets rhétoriques. Ou, il faut que dans les effets rhétoriques, il soit clair que la dame est visée. Là, ça l’enchante. Donc, position qui est l’envers de la position de la belle bouchère. Là, la belle mondaine de Bel Ami au contraire s’est appuyée sur un point de solidité : il faut que le désir de l’homme soit décidé et articulé à un objet, articulé là à un objet oral de façon claire. Et donc la définition qui est définie par Lacan, c’est une seconde théorie de la métonymie. Ça n’est plus le signifié qui court sous le sens comme sorte de moins qui toujours est là et permet de faire passer le désir qui ne se fixera point 15:23 Là au contraire il faut une fixation de jouissance, et à partir de là ça cause le désir d’elle comme désir hystérique, d’accord, c’est-à-dire comme objet précieux qui veut se dérober, mais qui veut être rejoint tout autant. Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’elle donnera tout à Bel Ami pour assurer son succès. A condition qu’il l’ait faite cause de son désir.

Donc, cette seconde théorie de la métonymie fait que l’effet de sens métonymique est articulé à la jouissance 16:02 et non plus simplement à l’effet de signification. D’où la position ensuite que Lacan va développer, qui est cette position d’attaquer ce qu’il appelle la linguistique universitaire, c’est-à-dire les professeurs d’université qui lui reprochaient de faire un usage de la métaphore et de la métonymie qui ne soit pas conforme aux tropes du désir, aux tropes des figures de rhétoriques telles que Jakobson les avaient amenées dans … Métaphores et métonymies, justement comme effets de signification. Avec le + du côté de la métaphore et le – du côté de la métonymie. Là, au contraire Lacan attaque ce point-là en disant effet lui il utilise métaphore/métonymie de façon toute autre, parce qu’il s’agit de faire valoir à chaque fois ce qui échappe aux effets de signification universitaires, c’est-à-dire la façon dont le sujet parle de sa jouissance. Le sujet parle avec l’Autre, mais de sa jouissance. 18:04 Et la phrase « L’homme parle avec son corps » du Séminaire XXIII, là c’est « L’homme parle avec l’Autre, le corps comme Autre, de sa jouissance à lui, par lequel il veut poursuivre son partenaire fantasmatique féminin ». Avec l’articulation de la femme, une femme, en position d’objet du fantasme, par rapport au moins phi qui est en jeu dans (leur rapport). Alors pour faire valoir cette position du sujet articulé il note la façon dont Saussure ca n’est pas simplement pour lui l’articulation […]

samedi 3 décembre 2016 · 14h42

de l’objet du désir à sa cause (la jouissance)
— du saumon à l'huître

Jacques-Alain Miller, La clinique lacanienne, cours du 27 janvier 1981

SOURCE : http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf

Extrait :

Nous pourrions nous en tenir là, si nous n’avions la reprise par Lacan du concept de métonymie non plus à partir du désir, mais à partir de la jouissance. Nous avons pendant des années fait valoir le désir comme métonymie, alors que “Radiophonie” fait valoir que ce qui est en jeu dans la métonymie, c’est la jouissance.

Je dirais que ce texte, qui n’est pas le dernier mot de la théorie de Lacan, est pourtant un passage tout à fait obligé pour atteindre la suite de son enseignement. Il formule que le métabolisme de la jouissance n’est rien d’autre que la métonymie du désir. Ce que résume cette formule, c’est tout le paradoxe que nous avons à situer.

Reprenons cette fameuse expression de « passion du signifiant ». Nous avons une phrase de Lacan qui est la suivante :

“Sous ce qui s’inscrit glisse
la passion du signifiant
[c’est-à-dire]
la jouissance de l’Autre.”

Ce que dit cette phrase est pour nous un paradoxe par rapport à l’enseignement antérieur de Lacan. Ce que nous avions appris de la passion du signifiant, c’est qu’elle glisse sous ce qui s’inscrit dans la chaîne signifiante. Mais qu’est-ce que nous appelions jusqu’à présent la passion du signifiant ? Nous pouvions dire que la passion du signifiant c’est la castration, c’est moins-phi. Nous pouvions admettre que la passion du signifiant, c’est aussi bien le signifié comme effet du signifiant, que c’est le désir en tant qu’il est soumis au glissement indéfini des signifiants. On voit que toute cette construction de Lacan autour de la passion du signifiant ne permet que de mettre des termes négativés. Vous saisissez alors le paradoxe qu’il y a à dire que cette passion du signifiant sous ce qui s’inscrit est la jouissance de l’Autre. A un certain moment, Lacan cesse de mettre l’’accent sur le caractère dissolutif du signifiant de façon univoque, et réintroduit foncièrement une positivité dans son articulation. Là où toutes ses constructions étaient faites de négativités articulées les unes aux autres, il réintroduit une positivité qui est la jouissance de l’Autre. C’est vraiment là une novation.

Il en donne heureusement un exemple. C’est un exemple qui vient exactement pour faire comprendre l’expression de cause du désir, expression qui figure déjà dans “La signification du phallus”, mais qui est restée longtemps en attente dans cet enseignement. Disons que c’est au niveau de ce que Lacan appelle cause du désir, que toute la positivité dont est capable la condition humaine dans l’expérience analytique se trouve concentrée. Et c’est au niveau de l’objet du désir que toutes les négativités peuvent trouver leur place.

La positivité, elle, se situe dans l’en-deçà du désir. Nous pouvons dire cela en nous recommandant des passages de Lacan sur l’au-delà et l’en-deçà de la demande.

Voilà le passage de “Radiophonie” où Lacan nous donne peut-être le moyen d’approcher la difficulté :

“J’ai montré en son temps que l’huître à gober qui s’évoque de l’oreille que Bel-Ami s’exerce à charmer, livre le secret de sa jouissance de maquereau. Sous la métonymie qui fait muqueuse de cette conque, plus personne de son côté pour payer l’écot que l’hystérique exige, àsavoir qu’il soit la cause de son désir à elle par cette jouissance même.”

C’est extrêmement éclairant. Vous connaissez peut-être Bel-Ami. C’est un roman de Maupassant, un roman qu’il faut lire. C’est un roman très symbolique de la société française, puisque ça décrit un homme qui réussit par les femmes. Ce roman est l’histoire d’une ascension sociale par les femmes. Ce type d’ascension a la réputation d’être le plus sûr. Qu’est-ce que Stendhal raconte d’autre avec Julien Sorel ? Julien Sorel a aussi, d’une certaine façon, un côté Bel-Ami. Seulement, avec Maupassant, on est un peu loin du romantisme. C’est un roman qui est écrit sans fioritures. Si on le résume, on ne voit qu’un personnage qui saute de femme en femme jusqu’à réussir. Ce que Lacan est allé cueillir dans ce roman, ce n’est rien de plus qu’un petit paragraphe. Il y a un déjeuner où un couple, une femme et Bel-Ami sont présents. Ce dernier vise évidemment la femme du mari. Vous avez alors ce passage :

“Les huîtres d’Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés.”

Ce que Lacan isole, ce sont les huîtres d’Ostende, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées dans des coquilles. Ce qui l’intéresse, c’est la comparaison “semblables à de petites oreilles”.  Il fait de cette comparaison la clef de toute la relation de séduction. Il attribue cette comparaison à Bel-Ami lui-même et il en fait exactement non pas une métaphore, mais une métonymie. Il y a la conque de l’huître enfermant, comme une petite perle, la petite oreille délicate qu’il s’agit de charmer. Admettons que ce soit une métonymie. En tout cas, ce n’est certainement pas une métaphore. C’est une métonymie au moins par la forme commune de l’oreille et de l’huître qui est là impliquée.

Voyons comment Lacan situe cette métonymie.

Il nous dit que l’usage de cette métonymie signale la jouissance propre de Bel-Ami, jouissance qui est de faire, de cette oreille de la femme, l’agalma précieuse à la recherche de quoi il est. Lacan voit dans cette métonymie le signe de la jouissance propre de Bel-Ami qui le rend susceptible d’être la cause du désir de la femme. C’est la jouissance de Bel-Ami, comme en témoigne la ravissante métonymie qu’il produit, qui va être susceptible d’être cause du désir pour la femme dont il s’agit. Nous avons alors la résolution de la phrase de Lacan que je citais :

“Sous ce qui s’inscrit glisse la passion du signifiant [c’est-à-dire] la jouissance de l’Autre.”

Cette métonymie apparaît au fond comme doublement référée. D’un côté, elle peut être référée au désir de la personne à charmer, au désir de cette femme. Et d’un autre côté, elle est référable à ce qui n’est pas désir mais jouissance. C’est une lecture tout à fait contraire à celle que Lacan aurait pu faire avant. Pensez à la belle bouchère, à ce fameux rêve d’hystérique. Là aussi la jouissance s’incarne dans un produit de la mer, à savoir le saumon. Pour la belle bouchère, ça se passe entre le saumon et le caviar, et ici ça se passe entre l’huître et l’oreille.

Tout ceci n’est évidemment pas une démonstration. J’essaye simplement de saisir ce que Lacan a voulu signaler. La jouissance de l’Autre qu’est Bel-Ami opère comme cause du désir pour l’hystérique.

La métonymie peut être référée au désir de l’hystérique d’être une petite chose précieuse. Qu’est-ce que l’expérience analytique fait miroiter pour l’hystérique, sinon cela : d’être une petite chose précieuse, une petite perle. A cet égard, un commentaire de la métonymie est possible sur le versant du désir de l’hystérique.

Mais dans cette histoire, qui met l’accent non plus sur le désir de l’hystérique mais sur ce qui fait la cause de jouissance, se résume toute la seconde bascule de l’enseignement de Lacan.

C’est bien aussi la question que pose le maniement de la position de l’analyste dans l’expérience analytique, à savoir se faire cause du désir et, pour se faire cause du désir, témoigner de sa jouissance. Comme disait Lacan, il ne faut pas que l’analyste s’y laisse prendre. Structuralement, l’analysant est persuadé que l’analyste jouit. C’est aussi bien la valeur du paiement de la séance que d’effacer, au moment où doit s’achever l’illusion qu’est toute séance analytique, ce qui n’a été qu’une apparence, au fond structurale, du plus-de-jouir.

A la semaine prochaine.

Jacques-Alain Miller

samedi 3 décembre 2016 · 16h21

po(l)issonneries

Jacques-Alain Miller, La clinique lacanienne, cours du 27 janvier 1982

SOURCE : http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf

Je vais aujourd’hui vous amuser un petit peu. Je suppose que je vais m’amuser aussi. J’ai un très gros rhume et j’ai pris ce qu’il fallait pour que ça ne paraisse pas. Il n’empêche que cela ne m’a pas mis forcément de bonne humeur.

Je voulais faire un cours sur l’huître mais je n’ai pas eu le temps de faire l’enquête qu’il fallait pour traiter ce sujet, à savoir d’abord d’aller en manger, puis d’introduire l’érudition nécessaire pour que ça devienne amusant.

Je voulais parler de l’huître, puisque Lacan lui-même nous a invités à trouver un rapport entre l’huître et l’hystérique. Si nous étions un peu jungiens, ça nous conduirait tout droit à étudier la signification érotique des poissons et des fruits de mer. Il ne fait aucun doute qu’on la trouverait. On peut trouver une signification érotique à tout. C’est ce que veut dire la signification du phallus. Ces fruits de mer sont évidemment le secret de l’affaire de la belle bouchère qui ne rêve que de caviar et de saumon. Elle nous présente, de façon sommaire et concrète, le désir d’autre chose, autre chose que ce qu’elle a dans la boucherie. Ça fait que l’on pourrait essayer de partir d’une condensation, et parler par exemple de “l’hystéruître”. Ça nous conduirait à étudier la métaphore, puisque c’est sous ce registre que Lacan reprend la condensation. Mais il s’agit ici pour nous de la métonymie de l’huître.

samedi 3 décembre 2016 · 17h36

métaphore/métonymie II. chabert et le reste de saumon de belle bouchère

 Jacques-Alain Miller, La clinique lacanienne, cours du 3 février 1982

SOURCE : http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf

Extrait :

La belle bouchère, donc.  Elle nous embarrasse.  Elle nous embarrasse parce que toute l’analyse du désir de l’hystérique est là présentée comme une affaire de signifiants. Dans son désir, elle est tout entière une affaire de signifiants.

Vous vous souvenez avec quel brio Lacan resserre sa métaphore et sa métonymie.

Il fait valoir que dans le rêve, qui est très bref, tout tourne autour du saumon, du signifiant saumon qui, puisque la belle bouchère précise que c’est en fait du caviar qu’elle désire, est un signifiant substitué au caviar. Il y a donc là métaphore.

Du côté de la métonymie, il faut passer par une double détente. Qu’est-ce que c’est que le caviar comme signifiant? C’est un signifiant qui dans l’existence de la patiente a pour signifié le désir insatisfait, insatisfait simplement parce qu’elle se refuse au moyen de le satisfaire. Elle dit bien qu’elle pense au caviar, mais que, étant donné son prix, elle se refuse à se le faire acheter. C’est pourtant à sa portée de bouchère. Les bouchers peuvent aller acheter des choses à la poissonnerie. Nous avons donc ce désir insatisfait, et Lacan présente alors les choses en disant que ce rapport est un rapport de métonymie entre le désir comme insatisfait et le désir de caviar. Ça demande, pour être convaincant, d’être supporté par la rhétorique de Lacan.

C’est un exemple amusant, qui montre
d’un côté cette métaphore du saumon substitué au caviar,
et de l’autre côté la métonymie du désir insatisfait en rapport au caviar.

Vous me direz que c’est tiré par les cheveux, mais ça ne me dérange pas.

Dans toute cette affaire, et jusqu’à la fin, le saumon est bien la seule chose qui figure dans le rêve, et il est traité par Lacan, tout du long, comme un simple signifiant de substitution, un signifiant de substitution du caviar.

Ce qui donc apparaît comme la cause du désir dans ce rêve, c’est le manque-à-être.

dimanche 4 décembre 2016 · 15h59

de 1959 à 1975, la belle bouchère chez Lacan

Ci-dessous, quelques-uns des textes de Lacan où il traite de la Belle bouchère.

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, p. 505 (10 juin 1959)

Mais quelle est la fonction du désir insatisfait chez l’hystérique ? Lacan nous dit que l’hystérique, qui veut être aimée, doit, afin de soutenir le désir amoureux, désirer autre chose. Et pour que ce désir d’autre chose remplisse sa fonction de soutien du désir amoureux, il faut qu’il reste insatisfait. La belle bouchère fait appel au mari en place d’Autre réel pour lui interdire la satisfaction du désir de caviar. Ainsi, à sa demande à elle, il lui crée un désir insatisfait, dans lequel elle trouve appui pour son désir. En entretenant l’insatisfaction, cette femme reste ainsi dans une position désirante.
Dominique Corpelet, La Belle Bouchère et le désir du sujet hystérique

Je vous rappelle l’exemple de la belle bouchère, où la structure du désir insatisfait apparaît de la façon plus claire. On trouve dans les associations de son rêve la forme en quelque sorte avouée de l’opération de l’hystérique la belle bouchère désire manger du caviar, mais elle ne veut pas que son mari le lui achète, parce qu’il faut que ce désir reste insatisfait. C’est là une de ces petites manœuvres dont est tissée la trame, le texte, de la vie quotidienne de ces sujets. Mais la structure ainsi imagée va en fait beaucoup plus loin.

Cette historiette révèle la fonction que l’hystérique se donne à elle-même – c’est elle qui est l’obstacle, c’est elle qui ne veut pas. Autrement dit, elle vient occuper dans le fantasme la position tierce entre sujet et objet qui était tout à l’heure dévolue au signifiant phobique. Ici, c’est elle qui est l’obstacle. Sa jouissance est d’empêcher le désir. C’est là une des fonctions fondamentales du sujet hystérique dans les situations qu’elle trame – empêcher le désir de venir à terme pour en rester elle-même l’enjeu.

Ainsi, le rêve de la Belle Bouchère interprète le désir de celle-ci : désir de désir insatisfait. Le rêve interprète l’inconscient.

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