Nathalie est fâchée sur moi et j'en suis fâchée. je tente de me faire excuser en lui disant que je suis bipolaire. je lui parle aussi de ce qui peut s'atteindre dans le corps, du corps, se vivre. j'exige alors d'être ramenée "quelque part". nous partons en taxi. arrivée cage aux ours, explosion. je repars dans ma rue seule et heureuse, avec le taximan.
la nature de mon corps
jeudi 8 juillet, 11h54 :: dégoût (le monde réduit à un diagnostic)
j'ai trop réduit mon monde, beaucoup trop. réduit à ce diagnostic, à la maladie. qui me paraît n'avoir plus rien d'aimable. est-ce le point de vue psychanalytique qui en brosse un si abominable portrait? ou est-ce moi? prise au piège même de la maladie que j'ai cernée : puisque c'est une maladie où l'on ne s'aime pas, m'être toute enduite de ses symptômes et m'en détester à qui mieux mieux. or ces symptômes ne sont pas faits pour vivre au grand jour. je leur tire artificiellement la tête hors de terre, fleurs affreuses, informes, où ils ne sont pas censés vivre. à peine d'ailleurs, sont-ce des symptômes. car les symptômes sont faits pour vivre au grand air. représentants supportables, présentables de monstruosités souterraines. les folies que je rapporte, non, ne sont pas présentables.
vendredi 16 juillet :: sur les noms propres dans les magasins de disque
19h21. un verre en terrasse pendant qu’ils magasins de disque. ils toujours des heures magasins de disques. magasins de disque, ça ne veut rien dire pour moi. que des noms, des noms, des noms. je l’ai vu en rentrant dans le magasin, tous ces vinyls affichés qui recouvraient le mur, ces belles pochettes, ne signifient rien pour moi. que des noms, des noms de groupes, de musiciens. jamais arrivée à. il y en aurait des choses à dire. alors, cette fois je suis sortie. j’ai dit je vais boire un verre à côté et me voilà. voilà là. tout ce qui de la culture tient aux noms. aux noms propres. et la façon dont je n’y tiens pas. non, que je n’aie pas voulu. j’ai voulu, mais ça se détache, ça n’imprime pas. les noms propre se détachent. trous dans le discours. ils furent les premiers trous. les trous d’origine, le trou des noms propres. aujourd’hui, comme si leur trou se communiquaient aux autres mots, aux mots moins propres. je ne sais pas si c’est la maladie. je crois. (le monde, l’histoire, la géographie, ça tient par les noms propres, j’y ai suffisamment réfléchi.) [...] Lire la suite >
sam 17 juillet :: une invitation facebookienne (I)
J'ai bien peine à m'intéresser au monde tel qu'il s'exhibe dans les médias et je n'en recueille que très rarement d'autres échos. À peine je sais où est la Colombie. Tant de coordonnées m'échappent. Il me semble que le temps et l'espace errent en moi entre zéro et l'infini sans transition. Tous les jours, je perds un peu la parole et me bats pour trouver les moyens de construire un monde à ma taille où je ne finisse pas de perdre la raison : repérer, chérir, accorder, relier, tenter, de relier, entre eux, l'un ou l'autre propos qui garde à l'extérieur (entendez de votre côté, du côté des autres) quelques résonances. Je teste des formules, des formulations. […]
dim 18 juillet :: une invitation facebookienne (II)
tours, dimanche, 9h41
cher monsieur, vous voudrez bien m’excuser j’espère pour ce que je vous écrivais hier. je sortais d’heures d’insomnies, stériles, l’angoisse s’épaississait que j’aurai tenté de dissiper en m’adressant, par écrit, à l’un ou à l’autre, c’est tombé sur vous.
pour autant que je m’en souvienne, c’est cette phrase de vous qui m’a fait réagir : qu’est-ce que vivre : participer au fait de la cité ( et non pas « simplement vivre »- Walter Benjamin).
je m’en serai sentie exclue, de par l’impossibilité où je suis de participer d’aucune façon à la vie de la Cité. [...] Lire la suite >
mar. 20 juillet – à HP, non-envoyé :: des nouvelles
Bonjour,
De nouveau là car hier frère écrit qu’ils testés négatifs, mais qu’Elena malade « genre rhume-grippe très fort ». Je dis symptômes Delta. Il oui dit.
Sommes à Outrée pour terminer de vider l’appartement de C, vendu. Vider, jeter, ramener à Outrée ou à Tours. Il y a des meubles auxquels je suis très attachée. Je vous ai parlé de cet attachement. Demain vient un commissaire-priseur pour O et C. Il notera l’incommensurable.
Édouard fait le fou depuis quelques jours, crispant. Il ne va pas bien. Il ne parle plus que sur un ton impossible à croire. Un ton normal. Cela équivaut chez lui à de l’ironie. Je crois qu’il râle parce qu’il a pris congé et ne partira pas en vacances. Ça lui pèse. De ne pouvoir sortir de France aussi. Pour lui, les vacances, c’est à l’étranger. [...] Lire la suite >
13 août – passera
Outrée,
jamais je ne sais
trop bien
ce qui me décidera
à
faire une chose
plutôt qu’une autre
(je ne tiens à
rien
en parti
cu
lier.)
(aussi bien : j’aime tout)
et la nécessité toujours de se dégager de la contrainte de ce dont il faudrait profiter (l’été).
l’été : et ce réel : l’été passera
Paris, jeudi 2 septembre – F devient fou
chère,
m’endormant, je m’étais dit que : j’avais du sentiment pour vous.
le rêve de cette nuit – Frédéric devient fou
c’est la nuit. nous sommes F et moi dans la même chambre, pas dans le même lit. une chambre qui m’évoque quelque chose de celle de ma cousine Sylvie, dans l’enfance. nous dormons mal. il se réveille souvent. il me parle. il me propose une cigarette. il sort de la chambre. le couloir éclairé où il va est bien celui de l’appartement de ma tante Rose. il revient. s’approche de mon lit, est au pied de mon lit. me parle. c’est là que j’ai oublié : je crois que je peux dire qu’il est agressif, d’une façon telle que je pense qu’il est « devenu fou ». il y a autre chose, de plus précis, flagrant, mais je ne m’en souviens pas, ça vient de m’échapper (un triangle, une pyramide, qui lui sort du crâne ?).
– il y a chez moi, au moins au réveil, le sentiment que voilà, vous mon analyste n’êtes plus là, moi qui avais du sentiment pour vous, et Frédéric devient fou. –
il s’éloigne de moi, retourne à son lit. et tout d’un coup, je veux cette cigarette dont il m’a parlé, impérativement. je vais vers son lit, il est tout emmêlé dans sa couverture, je m’approche, le réveille, il cherche la cigarette, elle est, à moitié allumée, à moitié écrasée, à moitié fumée, contient-elle du shit, dans les draps, il me la donne, est-ce que je tire un coup dessus. il y a toujours dans la pièce la lumière allumée du couloir, tamisant sa pénombre.
couchée à nouveau, un enfant vient vers moi (figure spectrale qui évoque le « Père ne vois-tu pas que je brûle? » de Freud), se tient à la même place que celle de Frédéric auparavant, au pied de mon lit, plaintif et muet, un piteux bandage en oblique lui barre la bouche, qu’il aura lui-même mis, voulant camoufler quelque chose, est-ce une tache noire, des taches noires, c’est la lèpre. il y a cette question : où a-t-il attrapé ça, qui prévaut à : comment le guérir. est-ce la cigarette sur laquelle j’ai tiré. il y a un soupçon qui tombe sur F. il y a la consultation par Frédéric d’un médecin-guérisseur qui lui dit d’une grosse voix, alarmé : mais oui, souviens-toi, tu as eu la lèpre (en des temps anciens, sombres – les colonies ? ), et cela pouvait revenir à tout moment, tu pouvais redevenir contagieux du moment que tu te mettrais en colère. il y a le souvenir de son agressivité.
tout le vocabulaire du rêve est plus fin que celui-là.
alors, le bon médicament est donné à l’enfant (Jules ?), qui va guérir. [...] Lire la suite >
Brux-3/4 sept. :: bruxelles lez bains
ce que ça me fait, d’être là. à bxl. chez ma mère.
matin
nuit
après soirée arrosée, enfumée avec un ami, à la veille du départ, non sûre d’arriver à dormir, il fait bon, dans la chambre qui fut l’atelier de mon père, ma mère dans la pièce à côté, en face de moi son grand portrait enceinte, à ma gauche, une toile New York, corps est champagne, je ne sais à qui l’adresser, c’est pour Hélène, mystérieusement, je donne…que je n’enverrai pas
Chère Hélène, Vous êtes Hélène Je vous tiens un moment dans mon eau dans cette nuit si heureuse. Vous êtes dans la chair battante de mes doigts de mes mains que vous ne connaîtrez jamais, c’est pour vous, dans mon abattement profond, somptueux, sous mes côtes la respiration, dans ma gorge, je voudrais vous retenir là, dans la chair de mes lèvres qui sourient à vous, la bouche qui s’entrouvre, l’air prudent pétillant dans les narines, la cuisse lourde et aux aguets, respirons, dans la chaleur des paupières, une douleur à l’aine accueillie, le ventre, doux, je vous donne tout cela, la chaleur du pyjama, ma lourde reconnaissance. un moment dans mon eau, mon bonheur. je m’endors vers vous. bonnuit. battement délocalisé et comme à contretemps. l’étendue, la complicité de tous les sons. Mais surtout dans mes mains, Hélène. [...] Lire la suite >
mercredi 4 juin , 7h45 – envoyé
Je ne sais pas ce que vous aurez trouvé le plus ennuyeux. L'expression de ma suspicion vis-à-vis de la supposée vôtre, ou ce que je bafouille à propos d'IsraëlPalestine.

