jeudi 4 septembre 2014 · 11h38

j’aurai décidément manqué d’effronterie

De : vrm
Envoyé : 4 septembre 2014 11:38
À : D
Objet : RE:

_ Dear D, Dear D, Dear D, Dear D, Dear D, Dear D, Dear D,
_ _________ Enfin seule, – seule seule – seule – seule peux donc t’écrire. Absolument incapable de faire quoi que ce soit quand ne suis pas seule. Présence d’un autre me mobilise et m’immobilise complètement.

_ En a toujours été ainsi, analyse n’y a rien fait.

_ Mon désir doit rester secret. Désir, vie-même, secret, interdite.

– Cela part-il de l’interdit sexuel et du désir que je ne peux me reconnaitre et cela s’étend-il à toutes choses.

– Quand je lisais encore de la psychanalyse, j’avais cru reconnaître là la structure du désir de l’obsessionnel : il faut qu’un Autre l’interdise, interdiction même qui le fait exister cet Autre – sans lequel Il n’existerait pas !  (peut-être n’y aurait-il eu que dans l’analyse que j’aurai, que j’aurais pu donner à mon désir une couleur présentable ; ►¿ or, l’est-il, peut-il l’être? le désir ? présentable ? )

_ aurai décidément manqué d’effronterie (et quiconque se montre timide est décidément honteux, honteux, honteux, honteux, honteux, honteux
du réel)saga03cover-1336680245

_

oui, nous étions à donn,

j’avance encore dans l’oubli.

mais oublier quoi ?

_

gros bisous,

_

♦ à toi,

_

véronique

_

_

vendredi 5 septembre 2014 · 10h45

Re: Fémininisme

« Reply #10 on: September 05, 2014, 10:09:09 pm »
 

Laissons la parole aux femmes du forum, j’ai pas grand chose à dire non plus (pour moi le féminisme est une perte de temps dans la grande lutte contre le Capital)

suis pas très féministe, désolée. ne m’y suis jamais beaucoup intéressée (ma curiosité sur les rapports hommes/femmes s’étant très très vite vu happée par la psychanalyse). cependant le hasard veut que je lise simone de beauvoir en ce moment, Mémoires d’une jeune fille rangée, et l’affreuse histoire de son amie zaza, aussi talentueuse que l’est Simone de Beauvoir, un peu moins désirante probablement, mais qui n’aura pu affronter les interdits de ses parents, interdits liés principalement au fait qu’elle est une femme. elle interrompt des études qui la passionnent, renonce aux amitiés jugées trop intellectuelles, se plie aux mondanités auxquelles sa condition (féminine et de classe) la contraignent pour finir par mourir de chagrin quand ses parents refusent qu’elle épouse pradelle (merleau-ponty) (au prétexte qu’il est un enfant illégitime). à lire ça, on se rappelle que le féminisme a été une lutte nécessaire qui m’aura permis aujourd’hui de jouir des libertés qui sont les miennes. mais je n’ai jamais beaucoup frémi à l’idée de la liberté en général non plus.

mercredi 10 septembre 2014 · 22h41

Re: féminisme (2)

Simon Leys, dans ce merveilleux petit livre de lui que je lis en ce moment, Le studio de l’inutilité, rapporte que G. K. Chesterton attachait un prix particulier à la notion d’amateur qu’il comptait pour supérieure à celle du professionnel. « Aucune activité humaine vraiment importante ne saurait être poursuivie d’une manière simplement professionnelle.« 

Chesterton reporta ce contraste amateur/professionnel à la comparaison généraliste/spécialiste. A ses yeux, les activité habituellement dévolues aux femmes ont sur celles des hommes la supériorité de la connaissance généraliste sur le savoir du spécialiste.

« Le préjugé moderne qui consiste à dénoncer l’étroitesse des tâches domestiques suscite son indignation… il passe en revue tout l’éventail des besognes ménagères qui requièrent tour à tour, ou simultanément, les talents et l’initiative d’un homme d’État, d’un diplomate, d’un économiste, d’un éducateur et d’un philosophe, et il conclut : ‘Je conçois volontiers que toutes ces choses puissent épuiser l’esprit, je n’imagine pas comment elles pourraient jamais le rétrécir. La mission d’une femme est laborieuse, mais elle est telle parce qu’elle est gigantesque, et non parce qu’elle serait mesquine. Je plaindrai Mme Jones en raison de l’énormité de sa tâche, je ne la plaindrai jamais en raison de sa petitesse.' »

De mon côté, j’ai toujours eu envie de prendre la défense des tâches ménagères, jamais encore en ces termes mais plutôt partant  de ce « minimum mystique » que Chesterton attribue aux enfants et aux poètes –  » à savoir, la conscience de ce que les choses sont, point à la ligne. Si une chose n’est rien d’autre qu’elle-même, c’est bien : elle est, et c’est ça qui est bon.‘ »

 

samedi 13 septembre 2014 · 12h17

Sans titre

est-ce que vie aura vu    triomphe De jouissance sur      désir. C'est .   L'inquiétude.      

Jouissance triomphe de tout, désir glissé dans lâche enveloppe de présence. Tu vas là 

crachée par grande école.
vendredi 26 septembre 2014 · 12h56

ne me quitte pas mais

8h40, je ne vais sans doute pas tarder à me recoucher.

Rêve cette nuit.

Avec Roger (à la place de Frédéric) dans sous-sol rue Waelhem. Roger s’enferme dans pièce avant (qui ressemble aussi à cave rue Tiberghien) . Ne me quitte pas mais ne veut pas de moi tout le temps près de lui. Fait des choses, est très actif. Moi, j’attends dans pièce à côté. Lui, de temps en temps vient près de moi, puis retourne dans sa pièce. Sommes avec Francis, ami de JP, homosexuel, très joli garçon. Reste parfois près de moi, parfois près de Roger. Ma famille et Jules ne sont pas loin de moi, mais sont entre-eux, comme si je n’étais pas là. Sont comme assis sur une dune. Je regarde Jule, comme si je ne le connaissais pas, dans cette terrible séparation qui est la mienne quand je suis (très) en colère. Je ne comprends pas le comportement de Roger. C’est probablement ce qui me met en colère. Il n’a pas dit qu’on se quittait, mais. Je voudrais partir et le rendre jaloux. J’imagine partir et aller au cinéma. Qu’il ait le temps de s’inquiéter.

//

Ce que je ne comprends pas, c’est que cela m’apparaisse en rêve et en ce moment et comme si je ne le savais pas, comme pour me l’apprendre que la cause de ma grande colère, c’est la séparation, que la séparation me sépare. Mais quelle séparation, et pourquoi au sous-sol, et pourquoi avec Roger, et pourquoi ce souvenir de la cave de la rue Tiberghien. Que la séparation me précipite dans un détachement mortifère, létal. Où tout paraît juste. Où les sentiments sont ce qu’il sont, sans atours, sans apprêts.  Où tout paraît si juste, que c’est d’une force implacable : je – ne tiens – à rien.  Comme si le rêve me racontait cette histoire-là, inconsciente, me faisait la leçon. Comme si donc, c’était ce qui se rejouait en ce moment.

//

Je trouve des bottes qui étaient à Annick et qui sont à moi maintenant. Je les mets. Ce sont des cuissardes. Je les fais remonter jusqu’aux genoux puis les rabaisse. Je marche devant Roger.

//

Et pourquoi ces bottes d’Annick, Annick dont j’ai pensé (un jour, à la lecture d’un séminaire de lacan, de pages sur la névrose idéale obsessionnelle) que c’était elle, mon idéal, mon idéal, inatteignable.  Ces bottes qu’elle a et que je n’aurai jamais. De même que je ne trouverai pas, jamais, chaussure à mon pied. Mais pourquoi des cuissardes ?  Rien ne pourra jamais détrôner Annick de cette place. Et, je serai toujours toujours celle qui ne sera pas ça. Je ne vois pas d’autre possibilité de me définir qu’en non-ça. En non-elle. Secrètement au monde non-elle. Je suis non-Annick. Annick a une définition, je n’ai que celle de son négatif.  Et j’ai la chance qu’elle soit mon amie. Je suis en complète humilité par rapport à ça. Et je sais qu’elle l’a parfois ressenti, que ça l’a parfois agacée.

//

Quelque chose me dit que Roger ne me quitte pas, mais je n’arrive pas à accepter les distances, la liberté qu’il prend.

/;/’*

Me fait penser au fait qu’hier cuiller suis allée à premiers tests d’inscription à un cours de secrétariat qui, si je les réussissais, auraient pour conséquence que je ne pourrai plus aller chercher Jules à l’école et que je ne pourrai plus l’aider à faire ses devoirs. Je ne pourrai plus non plus le conduire à l’école le matin.

Je m’inquiétais donc. De la distance que je prenais.
Me demandais si c’était bien. Si je ne l’abandonnais pas. Trouvais que ce n’était pas bien. Mais pourquoi la présence de Francis (ami homosexuel), dans le rêve. Poser la question c’est y répondre. Ne plus vivre cet amour de double, d’homosexuel. (pourtant, il m’est arrivé de penser que ma colère, était ce qu’il y avait de plus juste, chez moi (quand bien même)).

Mais en fait, je ne saurai jamais si c’est bien ou pas, pour Jules, puisque je ne serai plus là. C’est une séparation. Et tout ce qu’ elle comporte de perte.

Éventuellement ça dirait : tu vois ça comme une séparation. C’en est une. Mais, ça n’est pas la fin de l’amour. C’est pour que chacun puisse faire ce qu’il a à faire. / mais si il n’y arrivait pas, pas sans moi, et comment puis-je faire pour être sûre de ne pas l’empêcher d’y arriver, sans moi. Comment lui dire tu peux le faire sans moi, et l’accepter.

//ň

Aussi, Jules hier exprimait le sentiment d’avoir trop à faire, alors que ce n’était sans doute pas trop. J’en étais étonnée. Il était profondément dégoûté d’avoir autant de devoirs. Alors qu’il n’y en avait pas beaucoup. C’est ce que je ressens moi aussi, souvent. Ce trop. Alors que je n’ai sans doute probablement pas trop à faire, j’éprouve le sentiment épuisant d’avoir beaucoup infiniment trop à faire. Et ce trop n’ est sans doute jamais que l’opposé de rien. Plus que rien = trop. > rien = trop. Autre que rien = trop. Et autre que rien = voulu par l’Autre. Et rien = voulu par soi. Mais pourquoi un tel besoin de vacance, d’absence. De rien à faire. Un besoin hors du commun.

Et rien = voulu par soi ou = non-voulu par l’Autre. L’insupportable de la demande de l’Autre.

//

Pourquoi est-ce qu’il faut maintenant que je me recouche ? Alors que je ferais mieux de me lever, laver.

Bon, tant pis. Je peux me l’accorder. Mais pourquoi me sens-je si vite débordée ?

vendredi 3 octobre 2014 · 13h04

Artistes sans œuvres de Jean-Yves Jouannais,
— I would prefer not to

On trouvera ici des extraits du livre de J-Y Jouannais (les italiques [entre crochets, souvent]  indiquent mes propres annotations) que je note au fil de ma lecture, pour m’en souvenir.  Les numéros que l’on rencontre çà et là correspondent aux numéros de page.  Il arrive aussi que je me renseigne sur internet à propos des personnes ou des textes cités et que j’inclue ici ce que je découvre.

Artistes sans œuvres

1. Publier ou non son cerveau

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. » Tchouang-Tseu

p. 9
« Pendant un siècle, les Wittgenstein ont produit des armes et des machines, puis, pour couronner le tout, ils ont fini par produire Ludwig et Paul, le célèbre philosophe d’importance historique, et le fou non moins célèbre (…) et qui, au fond, était tout aussi philosophe que son oncle Ludwig, tout comme à l’inverse, Ludwig le philosophe était tout aussi fou que son neveu Paul, l’un Ludwig, c’est sa philosophie qui l’a rendu célèbre, l’autre, Paul, sa folie.
Tous deux étaient des êtres extraordinaires, l’un a publié son cerveau, l’autre pas. J’oserais même dire que l’un a publié son cerveau, et que l’autre a mis son cerveau en pratique.« 
(Thomas Bernhard, Le Neveu de Wittgenstein, éd. Gallimard, Paris, 1982.)

Cette ligne qui partage la famille Wittgenstein traverse également l’histoire de l’art. Celle-ci, telle qu’elle s’écrit, se limite par convention à deux paramètres : les artefacts, les signatures.  p. 10 Elle se satisfait d’être une chronologie des objets produits et un index des noms propres.  Elle omet la chronique que rendraient lisible d’autres critères, à savoir une relation des phénomènes artistiques selon l’idée, selon le geste, selon l’énergie. Cette chronique discrète relaterait les Vies peu illustres d’artistes qui n’ont pas produit d’objets, mais n’en ont pas moins exercé une influence majeure sur leur époque. 

Une chronique qui, ne se départissant pas de la confiance accordée à l’art, s’énoncerait à partir d’une certitude, celle de l’inestimable bonheur de regarder des tableaux, de lire des livres, de voir des films.

Herboriser les obsessions

10 Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? Nombre de créateurs ont opté pour la non-création, ou plus précisément, peu séduits par l’idée d’avoir à donner des preuves de leur statut d’artiste, se sont contentés d’assumer celui-ci, de le vivre pour eux-mêmes, pour leur entourage, soit dans le pur éther conceptuel, soit dans l’esthétique vécue et partagée du quotidien, laquelle esthétique rassemble le geste dandy, la dérive situationniste,  l’infini éventail des poésies non écrites, l’apparente gratuité des congrès de banalise, ou encore, l’activisme des disciples d’Antisthène, le silence de Marcel Duchamp, l’art sans objet de Jacques Vaché, les romans inécrits de Félicien Marboeuf, le Musée des Obsessions d’Harald Szeemann, l’écriture introvertie de Joseph Joubert, les scandales d’Arthur Cravan, les gesta fondatrices évoquées par Pline (( Livres XXXIV, XXXV, XXXVI de l’Histoire naturelle. ))

Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque.

… L’immense majorité de ces auteurs, de fait, à l’image des femmes et hommes infâmes dont Michel Foucault rêva d’écrire l’histoire*, n’ont guère connu que l’ombre de l’anonymat… 12 D’être connu leur fait défaut pour être reconnu. Or ce défaut même, ils le cultivent. C’est leur passion, la caution de leur indépendance. 

b12349a95873f46b176825be4dcce216

* « La vie des hommes infâmes », texte publié dans Les Cahiers du chemin n° 29, 15 janvier 1977, devait être l’introduction d’une anthologie de textes administratifs du XVIII° siècle issus des archives de l’enfermement de l’Hôpital général et de la Bastille…..

« C’est une anthologie d’existences. (…) J’étais parti à la recherche de ces sortes de particules dotées d’une énergie d’autant plus grande qu’elle sont elles-mêmes plus petites et difficiles à discerner. »

Sur « La vie des hommes infâmes », lire absolument : http://michel-foucault-archives.org/?La-vie-des-hommes-infames

 

«les héros de l’art brut »

13 Il faudra couvrir du même regard… ceux que Dubuffet appelle «les héros de l’art brut » …

…  précédent ouvrage (de Jean-Yves Jouannais), «Infamie», lequel interrogeait l’ensemble des pratiques à caractère non héroïque, antiprométhéennes en marge de l’histoire de l’art traditionnelle. Où l’infamie renvoyait précisément à son étymologie : tout ce qui, volontairement ou non contrarie, jusqu’à la condamner, la notoriété, la renommée, la gloire, la fama. « Ou comment des artistes, ne se contentant pas de commenter la fin du monument, de dénoncer l’illusion du chef d’œuvre, ont pris le risque de l’infamie, ont réalisé ou incarné cette fin du sublime dans le champ miné du fiasco, du ridicule, de l’ignominie, du grotesque, de la dérision, de l’incohérent, du mauvais goût. » Infamie, Éditions Hazan, Paris, 1995

14 « Les célébrateurs de la culture ne pensent pas assez au grand nombre  des humains et au caractère innombrable de productions de la pensée. (…) Ils devraient surtout avoir bien présent à l‘esprit le très petit nombre de personnes qui écrivent par rapport à celles qui n’en écrivent pas et dont les pensées seraient de ce fait vainement cherchées dans les fiches de bibliothèques. L’idée de l’Occidental, que la culture est affaire de livres, de peintures et de monuments, est enfantine…. » 

Francis Picabia, Jésus-Christ rastaquouère, page 34
Francis Picabia, Jésus-Christ rastaquouère, page 34

Picabia

« Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture; on ne parle jamais que des ratés; le monde se divise en deux catégories d’hommes; les ratés et les inconnus », Francis Picabia, Jésus-Christ Rastaquouère, éditions Au Sans Pareil, Paris, 1920.

Jacques Vaché « A part cela – qui est peu – Rien »

mort jeune ; écrivit à Fraenkel, Breton, Aragon

breton publia Lettres de guerre

p.19 « En effet, l’époque n’aurait pas suffi à faire de Breton un héros d’avant-garde, il lui fallut, pour cela, les leçons de Vaché : « Le premier, (…) il insista sur l’importance des gestes (…) » Ce sont ces gestes, cette attention portée au comportement, cette pratique d’une « totale indifférence ornée d’une paisible fumisterie» qui, les premiers, renseigneront Breton sur la possibilité d’un retrait par rapport à l’objet d’art. »  

« L’objet d’art, c’est l’ennemi. « 

Armand Robin

21 « Après avoir fait un art d’apprendre la musique, on devrait bien en faire un de l’écouter » Diderot, Traité du beau.

24 « Cette déségotisation forcenée se trouve formulée maintes fois, que ce soit dans un recueil au titre significatif Ma vie sans moi ou dans Quatre poètes russes ou Robin remercie Blog, Essenine, Maïakovski et Pasternak pour « l’avoir défendu contre sa propre poésie » (Christian Moncelet). Contre sa propre poésie, ou contre la propagande de celle-ci ? Car il y eut poésie, un parcours intense dans le langage lui-même, un étourdissement des langues, no pas subi, mais recherché, architecturé. Elle consiste en la jubilation propre à l’écoute des mots, en la composition, dans les circuits discrets de la mémoire, de poésies inédites dédiées au plaisir de l’instant .


D’après J-Y Jouannais, il n’y eut pas chez Armand Robin volonté de faire œuvre écrite mais œuvre d’écouteur. A lire Françoise Morvan, on découvre que la vérité de cela était moins simple que ce qu’il n’en laisse entendre :  http://francoisemorvan.com/recherche/edition/armand-robin/ :

Armand Robin « Je pourrais me reprocher cette naïveté, et l’outrecuidance, en plus de ça, de mes espoirs, mais ce n’était pas qu’illusion. Le travail de Robin sur les propagandes, travail qu’il a évoqué dans un essai publié aux éditions de Minuit en 1953 sous le titre de La Fausse Parole, est intéressant, et d’autant plus tenant compte du conformisme stalinien qui était alors de mise. Lire les bulletins d’écoute comme le roman de Robin passé par la planète, pris et repris par les ondes des propagandes, achevant de s’y perdre pour retrouver des lambeaux de soi dans les poèmes de Mao ou les pauses musicales de Radio Moscou peut être fascinant. Encore faut-il faire une croix sur l’image si séduisante du poète se sacrifiant à l’écoute des propagandes staliniennes à la suite d’un voyage en URSS en 1933, s’achetant un énorme poste de radio et s’inventant un curieux métier en chambre, le métier d’écouteur, pour lutter contre le totalitarisme, puis distribuant clandestinement ses bulletins d’écoute à la Résistance et poursuivant, contre vents et marée, son dur combat libertaire.
Cette vision enthousiasmante, j’y ai d’abord cru puisque ma première publication a été, en 1979, aux éditions Le Temps qu’il fait (ainsi nommées en hommage au roman de Robin) une réédition de La Fausse Parole, avec bulletins d’écoute inclus sous un rabat.

Pour que la biographie se fendille, il suffisait d’un tout petit fait, mais hélas indéniable : Robin ne s’est pas installé comme écouteur à son compte pour lutter contre les propagandes totalitaires mais a été engagé en 1941 par le ministère de l’Information sous Vichy au service des écoutes radiophoniques. Cela signifie qu’il a d’abord choisi de mettre son prodigieux don des langues au service de l’un des ministères les plus étroitement engagés dans la collaboration : il a donc dépendu de Laval et à partir de 1944 du sinistre Henriot, secrétaire d’État à l’Information imposé par les SS.

Les litanies désastreuses des Poèmes indésirables, je les comprends maintenant comme une manière de se condamner. Se mettre en marge, s’installer, après guerre, écouteur à son compte, en poursuivant ses traductions de poèmes après la grande rupture avec tous, avec soi, voilà qui peut se lire dans les fragments laissés après sa mort, voilà qui explique la présence dans un même volume — mais qui n’était pas du tout le même — de poèmes écrits pour soi, rayonnants, puis de litanies politiques pseudo-prolétariennes, puis, le seuil franchi, de poèmes badins, ne disant plus rien que cette parodie d’existence heureuse, cette parodie d’existence, heureuse ou pas, cette béance : et les traductions elles-mêmes deviennent les traces d’un effort de plus en plus vain pour revenir à soi. »

Françoise Morgan, « Pourquoi Robin », http://remue.net/spip.php?article4338


 

24 « Miracle secret » de Borges

 

Félix Fénéon

lundi 6 octobre 2014 · 14h51

addict est le nom de symptôme de la jouissance

Lacan annonçait en 1946 une montée en force du surmoi, que plus tard dans son enseignement il définira, en le différenciant de l’Idéal du moi, par l’impératif de jouissance : «Jouis». La généralisation du terme «addiction» est le symptôme qui réalise l’accomplissement de cette montée. Addict est donc le nom de symptôme de la jouissance, et le succès du terme rend manifeste le triomphe de cette dernière sur le désir, enraciné qu’il est dans une division du sujet que, précisément, l’addiction à quelque substance que ce soit fait s’évanouir. Ledit «manque» est, lui, d’un tout autre ordre que le désir. Il relève de la volonté, entendez la volonté de jouissance que Sade mit en scène.

L’Expérience des addicts ou le surmoi dans tous ses états, MARIE-HÉLÈNE BROUSSE

mercredi 8 octobre 2014 · 17h04

Frédéric Lordon – La révolution n’est pas un pique-nique

[e t Frédéric Lordon (( Frédéric Lordon est Directeur de recherche au CNRS, économiste passé chez les philosophes. Développe un programme de recherche spinoziste en économie politique et en sciences sociales. A récemment publié Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), D’un retournement l’autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, 2011) et La société des affects (Seuil, 2013)  )) de sous-titrer son exposé : »Analytique du dégrisement » — Or ça, je ne lui trouve rien de dégrisant à son analyse : que du contraire : pour ma part ça m’a bien COMPLÈTEMENT grisée…]

j’ai trouvé là, http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-revolution-n-est-pas-un-pique-153918 , le texte complet.

 Notes :

jeudi 9 octobre 2014 · 19h47

le saisissement moelleux des corps

Bz0GsPZCUAAlAX2ce… « saisissement moelleux des corps » de Frédéric Lordon, comme il dit bien comment le capitalisme nous fait jouir . consommer est jouissance ( ça -pense , ça jouit) . nous cantonne au régime du chacun pour soi . et nos désirs se réduisent à ce que nous dictent nos addictions – l’addiction qui concerne la jouissance possible, celle du besoin rassasié (ce besoin que Lacan oppose au désir) . le capitalisme joue de ça, produire un discours qui nous autorise=pousse à jouir en dépit du désir (parce que le désir lui n’a rien à voir avec ça, le désir ne veut pas jouir . )

capitalisme appareille nos corps aux objets qu’il produit (autan tde machines gadgets à jouir) .

>nos corps bien a p p a reillés

apparentés à des machines, et que fait une machine d’autre que
ron ronner

machines nos corps ron-ronnent

machine n’a d’autre cause que sa fonction

.

.

(puis, oui, je crois que la petite communauté est aujourd’hui plus à même de soigner/ panser le désir ( (aussi par l’amour) (car l’amour est ce qui fait que la jouissance condescend au désir))

à une plus grande échelle / la ville ses anonymes/ la jouissance ne peut se réguler que par le droit (et la police) : c’est cap au pire on le voit

l’heure est au dire et à l’entendre, ce qui se bruisse. c’est pourquoi il faut prendre l’addiction comme symptôme

vendredi 17 octobre 2014 · 11h45

dans l’éclipse du croire

L’ironie, que lui opposer sinon une forme du croire. Et la certitude. Or, la certitude n’est pas communicable. N’est pas un sentiment sur lequel on peut compter, est capricieuse. Les conditions de son apparition ne sont pas connues. En son absence, la croyance peut faire fonction. Emportant le doute avec elle.

La certitude ne se révèlera jamais plus longtemps qu’un moment (dans un déchirement). Elle fonde l’acte de l’artiste. A l’occasion, fond sur le regardeur.

L’ironiste, lui, connaît bien la certitude mais ne supporte pas les semblants du croire.

La certitude n’est pas loin d’offrir les caractères de l’hallucination.

Du croire, aujourd’hui, Dieu ne s’offre plus comme garant de la certitude.

lundi 20 octobre 2014 · 12h34

Quelqu’un a voulu (que je sois sans culotte)

Rêve. Recommence à travailler à Emak. Tout est à l’extérieur. B s’occupe beaucoup de moi. Très gentiment. Très, très gentiment. Il me semble que ma mère  est là aussi, gentille aussi. B glisse sa main sous ma jupe ou dans le tuyau de mon pantalon. Je crains qu’il ne sente que je n’ai pas de culotte et que ça ne lui donne de mauvaises indications sur moi. C’est quelqu’un d’autre qui avait voulu cela, que je n’aie pas de culotte. Que j’aie une jupe ou porte une robe et sois sans culotte. J’ai eu un autre rêve où il y avait ça. Et avant ça, un autre rêve encore. Quelqu’un avait voulu que je n’aie pas de culotte. C’est sans doute après le rêve que je pense à ça, directement après le rêve. Je pense au premier rêve comme au rêve primordial, ancestral. Je pense à la construction d’Un enfant est battu. Je pense  au fait qu’il y a déjà eu un rêve où j’étais sans culotte. Ce rêve où je suis comme un paresseux, l’animal, accrochée à une barre, au milieu d’un immense grenier vide, sans culotte. Paresseuse accrochée à une barre, sans culotte. 

Top