lundi 13 février 2023 · 18h39

Fermeture

Aujourd’hui, 13 février 2023, je décide de ne plus rien rajouter ici. Je tente cette coupure. Je pars ailleurs.

J’espère cependant arriver à tirer quelque chose du monstre qu’est devenu ce blog.

Je tiens  ici une liste des choses que je voudrais faire.
La page mod reprend les derniers articles sur lesquels je suis occupée à travailler.
La page asc par contre reprend tous les articles dans l’ordre chronologique.
Tandis que la page desc est dans l’ordre antéchronologique de rigueur dans les blogs.

Il y a la page des rêves.

vendredi 21 avril 2023 · 07h54

Une fois de plus, partie à BXL en urgence – 21 et 22 avril 23

(Souvenir du 21 avril, écrit et publié à Paris, le 2 mai. Ecrit ne me souvenant pas que j’avais déjà écrit ceci, sur le train le lendemain-même (craignant sans doute, à raison, que j’oublierais), tant pis, je verrai plus tard ce que je ferai. je supprimerai probablement ce texte-ci, vrai doublon.)

Une fois de plus partie à BXL en urgence. Quand? Que consulter? Mon carnet? Où est-il? Non rien, aucune note. Ma mémoire… Aucune idée. Si. Ma mère un soir ne voulait pas aller au lit et puis quand elle est montée, une fois mise en pyjama, est redescendue et quand Angélique a dit qu’elle partait, qu’elle prenait son train, a  voulu la suivre, est descendue à l’entrée avec elle, qui a alors appelé JP pour le prévenir. Plus tard, elle m’expliquera qu’elle a alors dû ruser : a dit à ma mère qu’elle pouvait venir avec elle mais qu’il fallait qu’elle mette son manteau, qu’elle ne pouvait pas sortir en pyjama, ma mère s’est aussitôt dirigée vers le porte-manteau et A en a profité pour s’éclipser. A refermé la porte que ma mère s’est mise à tambouriner, furieuse. A a alors rappelé JP, lui a dit de venir en urgence. JP était épuisé déjà au lit, pour une fois, il est à nouveau en crise de polyarthrite, a couru comme il a pu jusque là, trouvé attroupement autour maison mère, mère à la fenêtre à hurler, est rentré, dans le couloir a mis une demi-heure à la calmer, elle furieuse d’être enfermée, furieuse contre lui, il me dit qu’il a pour la première fois eu l’impression de voir ce dont il s’agit dans la démence, sont arrivés finalement à monter. est arrivé à la mettre au lit. Est redescendu. Je me souviens maintenant de nos messages WhatsApp envoyés. L’effroi traversé. 

C’était le 21 avril.
Dialogue à 3, trialogue: 
[22:31, 21/04/2023] Jean-François : Oh my God, JP vient d’appeler, il court chez maman parce qu’elle veut partir avec Angélique, ça a l’air grave
[23:03, 21/04/2023] Jean Pierre: Pas sorti de l’auberge .
[00:03, 22/04/2023] Eoik: Angélique vient de rentrer chez elle. On se parle demain. Dormez
[07:01, 22/04/2023] Eoik: Je viendrai probablement. Ce soir ou demain. Je ne sais pas très bien pourquoi j’attendrais demain. Peut-être pour un moment en famille avant départ de Jules en vacances demain.

Dialogue avec JP
[23:19, 21/04/2023] Eoik: Si Angélique le souhaite, qu’elle dorme là, OK ?
[23:25, 21/04/2023] Jean Pierre: Bah non puisqu’elle est partie prendre son train il y a une heure et que j’ai dû courir ici parce que maman voulait partir avec
[23:27, 21/04/2023] Eoik: Tu as essayé de m’appeler, con de téléphone muet après 23h. Bon je suis là
[23:28, 21/04/2023] Eoik: J’attends des nouvelles
[23:28, 21/04/2023] Eoik: Quand c’est possible….

Dialogue avec Angélique
[23:19, 21/04/2023] Eoik: Angélique,
Je ne sais pas ce qui se passe, mais n’hésitez pas à dormir là si nécessaire.
Véronique
[23:57, 21/04/2023] Angélique: Bonsoir Véronique, on verra ça demain je viens tout juste de rentrer à la maison.
[00:01, 22/04/2023] Eoik: Je suis désolée. On s’appelle demain pour parler de ce qui se passe. Reposez vous bien.
[00:01, 22/04/2023] Angélique : D’accord à demain
[00:01, 22/04/2023] Angélique : Bonne nuit
[00:01, 22/04/2023] Eoik: À vous aussi. Merci.

Le lendemain 22

Avec JF et JP
[09:48, 22/04/2023] Eoik: Je ne dis rien mais c’est pas parce que je suis pas disponible hein. C’est pour vous laisser libres… Je fais un repassage en attendant que F se réveille.
Prenez soin de vous
[09:50, 22/04/2023] Eoik: Je repasse en écoutant mon amie Zen,
https://open.spotify.com/track/1G1oCTDm0nyCphILI32egN

Avec JF
[10:45, 22/04/2023] Eoik: Je ne sais pas ce qui est nécessaire
[10:49, 22/04/2023] Jean-François: Ecoute, je ne sais pas. Cet après-midi on risque de laisser maman seule pendant quelques heures. Enfin pas seule il u aura Dirk, et puis moi, plus tard. Je veux dire, c’est sans doute gérable sans toi aujourd’hui mais c’est toujours mieux avec
[11:00, 22/04/2023] Eoik: Je pense surtout à la nuit. Il n’y aura personne ce soir, ce week-end.
Cet après-midi, c’est gérable
[11:00, 22/04/2023] Eoik: Je crois
[11:00, 22/04/2023] Jean-François: Oui je crois aussi
[11:01, 22/04/2023] Jean-François: Viens ce soir alors
[11:01, 22/04/2023] Eoik: Tu m’accueilles avec une tartine ?
[11:03, 22/04/2023] Jean-François: D’acc
[11:04, 22/04/2023] Eoik: Bon, j’attends encore un peu
[11:04, 22/04/2023] Eoik: Pour décider
[11:44, 22/04/2023] Jean-François: J’ai laissé C.I. et carte bancaire dans le petit tiroir
[11:45, 22/04/2023] Eoik: Thanks !
[11:49, 22/04/2023] Eoik: Je peux arriver à 19 moins le quart ou à quart
Si tu veux tu te reposes ce soir ?
[13:28, 22/04/2023] Eoik: Je peux t’appeler ?
[13:29, 22/04/2023] Jean-François: Ok
[14:03, 22/04/2023] Jean-François: Véro, je t’ai acheté pain, fromage, rodenbach, mousse d’aubergine…
[14:19, 22/04/2023] Eoik: Miam miam !
[17:24, 22/04/2023] Eoik: Tu as pu te reposer ?
[17:29, 22/04/2023] Jean-François: Je me repose maintenant
[22:24, 22/04/2023] Jean-François: Comment ça se passe?
[22:26, 22/04/2023] Eoik: Ça va ça va, tranquille
C’est de nouveau elle qui m’a dit qu’elle voulait aller au lit !
Elle termine à la salle de bain

Avec Angélique
[12:24, 22/04/2023] Eoik: Bonjour Angélique,
Je suis disponible si vous le souhaitez.
Véronique
[12:26, 22/04/2023] Eoik: J’aurais surtout bien aimé vous entendre parler de la façon dont ça se passe avec ma mère.
Je vais à Bruxelles tout à l’heure,
V
[13:41, 22/04/2023] Eoik: Donc JF a eu Mme N, mais elle dit que c’est à vous de fixer le prix. Pour elle 50 + 4, c’est OK, mais c’est à vous de dire !
[13:52, 22/04/2023] Angélique : C’est ok
[13:53, 22/04/2023] Eoik: Super, merci !

Donc, je suis partie parce que nous avons craint qu’Angélique ne veuille plus venir s’occuper de ma mère, en raison de ce qui s’était passé et du fait qu’elle était une fois de plus arrivée à minuit chez elle. Or, quand je lui ai parlé le lendemain, vers midi, il s’est avéré que pas du tout, elle ne voulait pas du tout arrêter, se faire remplacer. « J’ai des personnes beaucoup plus difficiles que ça. Elle est facile, il faut seulement avoir de la patience avec elle. Je suis avec vous. » Nous avons reparlé des nuits, de la possibilité pour elle de rester la nuit, et avons convenu que dorénavant en cas de situation comme celle de la veille,  elle resterait là, pour une somme vraiment modique. Le problème semblait régler, mais mon billet de train était déjà pris, je suis donc partie, pensant ne rester que le temps du week-end et soulager un peu mes frères (il n’y a pas d’aides qui viennent le week-end).  Je suis finalement restée jusqu’au jeudi soir. 

Sur le train pour Bruxelles, que lisais-je ? Le discours mélancolique de Marie-Claude Lambotte, je crois. A vérifier. 

 

samedi 22 avril 2023 · 06h42

Samedi 22 avril 2023, 6h42

(texte retrouvé après l’avoir ré-écrit et publié ici. Une fois que j’aurai terminé de publier la semaine entière, je rassemblerai les deux textes. Le blog me sert à compiler. A ordonner. A m’imaginer moins seule, à me mettre en présence d’un lecteur. M’offre la structure dont je remplis les trous au départ de ce que j’arrive à prendre comme note. Au départ de ce qui s’écrit, de ce qui trouve à s’écrire : notes, messages whatsapp, mails.  Après, pour le bienfait du récit, libre à moi de trouver quoi éliminer, supprimer, préciser. Sur le moment même, certaines émotions trouvent à peine un mot pour être dites, que je reconnais ensuite. S’obliger à ces mots, ces bribes. A ce qui se saisit.)

Paris, samedi 22 avril 2023. 
6h42. 
Ça aurait été l’anniversaire de papa, tiens. 

Endormie cette nuit pensant que ma mère mourait. Enfin, mis beaucoup de temps à m’endormir. 

Malheur hier. 

[21/04 à 22:31] Jean-François : Oh my god, JP vient d’appeler, il court chez maman parce qu’elle veut partir avec Angélique, ça a l’air grave 
[21/04 à 23:03] Jean Pierre: Pas sorti de l’auberge . 
[22/04 à 00:03] Eoik: Angélique vient de rentrer chez elle. On se parle demain. Dormez 

Tard le soir, comme il rentre de chez ma mère, Jean Pierre me raconte qu’Angélique l’avait appelé catastrophée parce que maman voulait partir avec elle. Ensuite l’a rappelé pour lui dire de venir très vite parce qu’elle était sortie, partie pour prendre son train et que  maman était de l’autre côté de la porte, à tambouriner. Jean Pierre qui était déjà au lit épuisé, malgré son état, a couru, quand il est arrivé maman criait à la fenêtre. Attroupement des voisins qui commentent Vous faites bien de la garder à la maison (c’est de l’ironie ?) JP entre, met du temps à la calmer, elle est furieuse, furieuse d’être enfermée, elle parvient à monter. A la salle de bain, elle enlève et remet 3 x son dentier. 

JP me dit qu’elle est au lit, qu’il croit qu’elle dort, qu’il a attendu 5 minutes en bas. 

Il me parle tandis qu’il marche avec peine. Il dit que ça fait 3 x qu’elle l’appelle, Angélique, depuis qu’elle travaille pour ma mère.  

Il me dit que Jean-François va très mal.  

On se dit au revoir. Qu’on se rappelle.  

Ensuite je parle à J-F qui avait un moment « disparu », m’inquiétant plus que de raison. 

Ils sont à bout, surchargés de boulot. 

 

Je ne sais pas si comme moi, ils s’endorment en pensant qu’elle va mourir, qu’elle meurt. Qu’elle est morte. Que tout cela est trop douloureux. 

 

Avec JP, la question de la maison de repos a été à nouveau évoquée.  Je suis inquiète de l’état dans lequel elle arriverait là. Je songe au fait que la deuxième maison visitée la semaine dernière affirmait qu’elle ne recourait jamais à la contention chimique ou physique. Je me dis que je dois poser la question à Tours et Taxis. 

Je pense qu’elle est peut-être morte et que je vais l’apprendre dans 3, 4 heures. 

Ce matin, Jules va à son cours d’EP (éducation physique) 

 

Il a passé la présélection de VF. Pas C. Ni je ne sais quelle autre prépa dans un lycée. L’entretien et la présentation de ses travaux  aura lieu dans un mois. Parfois je me dis que la seule chose que je puisse faire, c’est continuer à écrire, avec la constance que je lui souhaiterais à lui. Mais c’est à lui de trouver comment faire, comment « gérer » comme il dit. En tout cas, il ne sacrifiera pas ses vacances pour ça. Il part une semaine dans la Creuse quelque part. Et puis une semaine à Nantes. Ou le contraire.

Le fait que des amis à lui soient pris dans plus d’établissements que lui est « difficile pour son ego ». 

Il essaie de se faire à l’idée qu’il pourrait n’être pris nulle part.  

VF serait certainement ce qu’il y a de mieux pour lui. Mais il n’est pas boursier (et ils prennent 80% de boursiers). Les chances sont minces décidément. 

« Essaie de te rapprocher de toi. Ne regarde pas trop ce que les autres font. Tu es apprenti. Essaie de te rapprocher de ton intention, et s’il n’y en n’a pas, besides celle de devenir une star , essaie de te rapprocher de ce qui compte pour toi. C’est un beau métier dans lequel tu t’engages. Qui permet de traiter les choses essentielles. 
N’écoute pas la tentation de te dire Je ne suis pas bon, tous sont meilleurs que moi.  
Rejette ça. 
Adhère à la particularité de ce que tu es… »
Non-envoyé. Prendre le temps de lui écrire, absolument.

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 22 avril 2023 · 18h00

Sur le train pour BXL, 22 avril, 18:00

18 heures. Sur le train pour Bruxelles, une fois de plus. J’arriverai pour donner son souper à ma mère.

Je me force à écrire. Je ne sais ce qui se laissera écrire. Je sais que je le dois : sinon : tout à l’oubli. Tout au trou.

Je pars alors que la situation est déjà considérablement améliorée puisque qu’Angélique restera dorénavant à la maison la nuit quand il se passe des choses trop difficiles pour la modique somme de 10 euros de plus. Elle n’est pas du tout inquiète. Elle dit qu’il ne faut que de la patience avec maman. Que ça ne lui fait pas peur, qu’elle a des personnes beaucoup plus difficile que ça. Elle était très rassurante. Je craignais, nous craignions tous qu’elle ne veuille plus s’occuper de maman. Mais, non, pas du tout.  

Il y a cette mention sur son profil WhatsApp : Dieu est amour. 

Je lis sur la mélancolie, le bouquin de Lambotte. 

Cette nuit extrêmement inquiète. D’abord pour maman, puis mon fils. Mais j’ai pris 6 ou 7 gouttes de CBD et je me suis finalement endormie. Réveillée trop tôt, persuadée que j’apprendrais bientôt la mort de ma mère. (Je ne sais que dire de cette pensée à la mort de ma mère que je lui souhaite parfois quand la situation devient trop horrible. Pensée pire, encore, cette nuit. Pensée folle. Dont je veux trouver le moyen de faire état. Pour Jules, cette idée que je ne l’avais pas armé pour cette terre, qu’il s’engageait dans un métier impossible. Ce sont des pensées d’angoisse. Que dire des particularités de cette angoisse, de l’éventualité de la mort de ma mère.)

Après le coup de fil d’Angélique, incroyable soulagement. 

J’aurais pu ne pas venir, du coup. Mais le billet était pris et comme ça, je soulage un peu mes frères. Et je vois ma mère. 

 

18:38 

Suite à ce que je lis sur la mélancolie, je me dis : à quoi pourrais-je m’intéresser, d’autre que moi ? 

 

23:05 

Elle assise sur son lit, lit.  

dimanche 23 avril 2023 · 07h19

dimanche 23 avril 7h19
— message à JC

7h19. 
Déjà 50 minutes de Twitter… 
C’est parce que Jam est de retour…  

Comment ne pas fumer. Boire encore un café. Je suis au salon fenêtres ouvertes pour aérer. J’ai planqué les cigarettes. Je me demande si maman ne pourrait pas oublier qu’elle fume. 

 
Cher J-C,

Je suis de nouveau à BXL. Je me permets de te demander si nous pouvons à nouveau nous parler. 
J’aurais besoin de noter ce que tu m’as dit, qui m’a beaucoup aidée. Dont je voudrais encore affiner la transmission à mes proches. 

Un jour quand j’étais ici, à plusieurs reprises ma mère m’a demandé si quelqu’un savait qu’elle existait.

Est-ce que quelqu’un sait que j’existe ?
Est-ce que tu crois que quelqu’un sait que j’existe ? 

J’essaie d’écrire ce qui lui arrive. Autant que possible, d’écrire ce qui se passe.  
Tu sais que le pire est peut-être encore à venir.

Parfois je l’avoue j’ai envie de m’installer là.  
Ma venue est toujours efficace… Cela m’étonne moi-même et je voudrais l’être autant à Paris ! 
Mais, tu m’aides. Ça c’est incroyable comment tu m’aides bien.

Je ne t’appelle pas plus, parce que je suis trop consciente de ma propre diminution intellectuelle, que je combats comme je peux.  

Au revoir Cher ami précieux. Je te dis ça tout épistolairement. Il fut une époque où les gens s’écrivaient ce genre de choses, je pense qu’elle m’aurait été plus agréable. 

V

Rosanvallon, tu l’as sans doute entendu : la Constitution est prise à la lettre. C’est l’esprit qui est laissé sur le carreau.

(Envoyé par Messenger. Je n’étais pas là quand il m’a rappelée. Je n’ai pas rappelé moi-même.)

lundi 24 avril 2023 · 08h06

lundi 24 avril, 8h6

Bjr, 

Je suis l’amie de FM, je m’appelle Véronique.  

Ma mère est atteinte d’alzheimer et vit seule chez elle. 

Elle a des aides qui viennent plusieurs fois par jour.  

Des événements récents, un cambriolage et le fait qu’elle soit maintenant enfermée dans la maison ce qui l’empêche de passer sa tête à l’extérieur et de renifler l’air de la rue et saluer éventuellement l’un ou l’autre passant, semblent avoir aggravé la maladie, m’obligeant à venir séjourner chez elle, où je suis maintenant, plusieurs fois récemment. Mes frères, qui habitent à Bruxelles, sont au bord du burnout. 

Nous voulons éviter de la mettre en maison de retraite. 

Parce que les repères de sa maison, les murs, les meubles, paraissent êtres les seuls qui lui restent.  Et notre présence quand nous sommes là, la connaissance que nous avons de ses habitudes, scrupuleusement entretenues depuis des années. 

Je ne trouve pas de littérature sur cette maladie. 

Un article parle de maladie de l’oubli, de suicide mental.  

Je ne sais pas s’il y a des trucs pour la ré-intégrer dans le monde.  

Je constate qu’elle apprécie les moments où je la mets au lit par exemple, où l’on circule dans la maison, où l’on est dans des choses très quotidiennes sur lesquelles il lui reste encore des mots à mettre, à dire. Et des choses à faire.

« Est-ce qu’il y quelque chose que je vais faire maintenant avec toi ? » me demandait-elle lors de mon précédent séjour. 

À un autre moment, où son trou d’oubli paraissait s’être enfoncé de plusieurs lieues, elle m’a demandé si quelqu’un savait qu’elle existait, plusieurs fois. 

« Est-ce que quelqu’un sait que j’existe? » 

J’essaie de lui demander des choses. De l’aide pour la vaisselle, par exemple. 

Elle s’en étonne et s’en satisfait.  

Est-ce qu’il existerait des jeux ? 

La conversation est difficile. Elle n’a pas confiance en elle et il me semble qu’en ce moment elle comprend de moins en moins. Il arrive que je parvienne à la surprendre, si j’arrive à lui poser une question sans présumer de sa maladie, en la traitant comme une personne « normale », comme elle était avant. Quand nous sommes à trois, c’est plus facile. Du moment qu’on fasse attention à ne pas trop l’exclure, je dirais. 

Tout cela serait plus facile si elle vivait avec l’un d’entre-nous, dans un environnement plus familial, mais ce n’est pas comme ça. 

Les aides ont tendance à l’infantiliser, à faire les choses à sa place. C’est plus rapide, mais c’est une perte pour elle. 

Elle a été très seule pendant des années.  

J’ai lu des choses affreuses sur l’évolution de cette maladie. 

Ma mère est née en 1935. 

Je sais que Frédéric avait pu parler avec vous de sa mère. 

Il y a 2 maisons de retraite qui paraissent possibles. L’une se réclame de Montessori, dans l’autre j’ai vu des vieux rire et venir me parler. La deuxième, m’a parue plus souhaitable. Mais que font-ils avec les pensionnaires difficiles ? Dans quel état sont-ils derrière les portes fermées de leur chambre ? Dans la premier, ils disaient n’avoir jamais recours à des contentions chimiques ou physiques. Mais un avis Google disait que les soignants directs n’étaient pas du tout motivés, ignoraient tout des dossiers, n’étaient nullement impliqués dans l’esprit Montessori qui n’animait finalement que l’équipe de direction.  

Enfin… 

Je ne sais même pas que vous demandez. 

S’il existe une littérature, des axes de recherche, peut-être ?  

Véronique  

Suite à la conversation par Messenger qui s’en est suivie, j’ai annoté quelques photos avec les noms des personnes qui y figuraient, et écrit quelques papiers où je dis les grands faits de sa vie rapidement, de sorte qu’en cas d’oubli, et si elle était seule, elle puisse s’y référer. Elle a alors circulé avec ces papiers et s’est endormie dans le canapé au son de Mozart et les lisant. Dans sa main gauche, une photo d’elle et de mon père, de moi bébé. C’est ce qui a motivé les photos que j’ai faites.

mercredi 3 mai 2023 · 13h12

Lecture du discours mélancolique de Marie-Claude Lambotte – 1
— Avant-propos de l'édition de poche

Marie-Claude Lambotte, Le discours mélancolique. De la phénoménologie à la métapsychologieÉrès, « Psychanalyse – Poche », 2012, ISBN : 9782749234533. DOI : 10.3917/eres.lambo.2012.01.

Avant-propos à l’édition de poche

… « modes de résolution » du symptôme mélancolique et, avec eux, le nécessaire recours au registre de l’esthétique.

… p. 8 un certain type de discours dépressif que nous avons qualifié de « mélancolique » eu égard à son formalisme dépourvu d’affect et de fantaisie, à sa logique toute formelle et à l’impossibilité manifeste de cerner à son propos un quelconque récit

(Cette impossibilité d’un récit, de quoi parle-t-elle? N’est-ce à quoi je me coltine? N’y a-t-il de récit de la mélancolie? Serait-elle sans récit ? Mais à quoi m’obstinai-je ? Mon secret dessein ? Celui-ci qui anime toutes mes intentions? Et me désespère? Qu’est-ce qui sous-tend un récit?)

… l’originalité des formes d’organisation par lesquelles le mélancolique utilise son symptôme.

les signifiants essentiels

Ainsi, comparativement à la dépression que nous considérons comme un état symptomatique transversal qui peut aussi bien concerner les névroses et les psychoses, et à la p. 9 psychose maniaco-dépressive que nous considérons comme une psychose, nous avons cherché à caractériser plus précisément le discours mélancolique en fonction de ses signifiants essentiels, tels par le « rien » et le « destin » de même qu’en fonction de ses figures récurrentes telles le « tout ou rien« , « l’avant/l’après » et l' »apparent caché« . A considérer cette dernière figure, par exemple, la Vérité ou la vraie réalité serait pour le mélancolique « derrière les choses, là où ça brille » et la réalité quotidienne serait alors destinée à la masquer. Aussi bien est-ce pour cela que cette dernière se présente comme une surface plane, sans aucun relief et où tous les objets seraient subsitutables les uns aux autres et sans plus de valeur les uns que les autres. La réalité remplirait donc une fonction d’écran face cet objet du désir (l’objet petit a) sur lequel Lacan s’interroge relativement au sujet mélancolique et qui semble avoir affaire à cette expression de « suicide de l’objet » qu’il évoque comme hypothèse à la mélancolie dans la dernière leçon du Séminaire VIII : Le transfert.

Marie-Claude Lambotte ne considère donc pas la mélancolie comme une psychose – plus loin (p. 20), elle dira qu’elle tient ce diagnostic entre parenthèses et elle consacrera un chapitre à cette question (Ni névrose, ni psychose, pp. 678-701).

Certains de ce qu’elle appelle ses « signifiants essentiels » me sont très familiers, comme par exemple le tout et le rien, le tout ou rien, dont j’ai beaucoup fait état ici. Le destin est de moi une figure moins approchée (si ce n’est peut-être au travers de la lecture du livre éponyme de Imre Kertész), l’avant/l’après n’est pas non plus repéré par moi, même si c’est quelque chose que probablement j’espère, j’attends, je convoque, je tente de concevoir, qu’il y ait quelque chose un jour qui puisse faire rupture dans le fleuve morne des jours, de la perpétuelle présence, et qui s’est rarement présenté (si: le jour du diagnostic, si le jour du lapsus « Fréronique », d’autres sans doute, que je n’ai plus en tête). un événement qui historicise. L’apparent caché, il me semble que je vis tout le temps avec. Si nous parlons de la même chose, elle et moi, Marie-Claude Lambotte et moi-même, l’apparent caché (de l’inconscient) est bien l’objet de ma visée, de mon désir, se trouve derrière toutes les petites réalité de la vie et lui donne tout son prix. Son seul prix. L’insaisissable qui me lie à la vie.

border le trou

p. 9 Quant à la PMD, elle met en jeu la forclusion du signifiant du Nom du Père, en d’autres termes l’impossible prise en compte de ce signifiant primordial, seul apte à faire advenir « du » sujet dans la chaîne signifiante au sein d’un processus de métaphorisation. Or, le mélancolique, dans son insistance négativiste, semble parvenir au plan symbolique à border la figure d’un trou sous la forme d’un discours agressif et formel mais aussi – et cela le distingue du psychotique (entre autres traits de structure) – sous la forme d’une activité particulière de composition qui met en valeur des objets dont on s’est efforcée d’approcher la nature (( Cf. notre ouvrage La mélancolie. Etudes cliniques, Paris, Anthropos, 2007 et « L’objet du mélancolique », Essaim n° 20, érès, 2008.)).

la déception essentielle

Il restait alors à questionner le statut de ce trou (p.10) et, avec lui, questionner la fameuse « déception » énigmatique (Enttäuschung) que Freud évoque par deux fois dans « Deuil et mélancolie » et que Lacan…. « Quels traits se laissent-ils voir d’un objet si voilé, masqué, obscur? » ((Lacan, Le transfert, p. 458.))

déception essentielle, rôle majeur dans la structure mélancolique :

Cette « déception essentielle » qui traverse donc en filigrane les 3 parties de l’ouvrage, sera reprise plus tard par Marie-Claude Lambotte, notamment dans cet article : La mélancolie, névrose ou psychose?

Plus explicitement, la déception essentielle caractérisera la structure en un temps postérieur à l’opération de métaphorisation paternelle et donnera matière à un traumatisme dès lors que l’image idéalisée du père sera venue se confronter avec une faute énigmatique originaire; les conséquences en seront catastrophiques qui feront vaciller les repères symboliques pour laisser apparaître derrière ceux-ci la figure terrifiante et mythique du Père mort. C’est la position de Hamlet face au fantôme de son père qui lui apprend son brusque assassinat alors qu’il était encore « dans la fleur de ses péchés », c’est aussi celle de Kierkegaard qui décèle dans la piété reconnue et respectée du sien la faille irréductible qui barre son regard. L’arrimage au symbolique comme possibilité de création métaphorique peut alors s’avérer insuffisant à exprimer ce vécu catastrophe qui empoisonne désormais la relation à l’autre quand elle n’est pas garantie par une promesse d’absolu; cette dernière prémunit ainsi le sujet mélancolique contre la répétition possible d’un tel bouleversement en revêtant l’apparence d’une radicalité psychotique.

Cette déception du mélancolique, Lambotte l’attribue ici à une faute du père. Moi-même à la lecture de Freud, quand il m’est arrivé de m’interroger sur un moment déceptif dans mon enfance, je suis toujours ramenée à une scène dans la rue avec mon petit frère, Jean-François, nous nous dirigions vers une boulangerie je crois, où il nous faudra commander un « Grand pain, carré, coupé », nous étions rue du Méridien, où je lui ai, à sa grande surprise, demandé s’il préférait papa ou maman. Très perturbé par la question, il m’a répondu qu’il ne faisait pas de préférence, à quoi je lui rétorquai, sur le ton de la colère, comme si j’avais à me justifier, que je préférais… eh bien, l’un ou l’autre, je ne sais plus lequel. Je me souviens que je lui avais alors donner les raisons de ce choix et de ma grande déception. Longtemps, je m’en suis souvenue, longtemps je me suis rappelée cette scène, pour finalement oublier cet aveu chez moi d’une préférence, ma colère, mon accusation.

J’ai ramené ce souvenir en séance récemment pour l’interroger, et je ne m’en suis pas trouvée plus avancée. J’ai dit à l’analyste que ce qui se développait alors en séance, pouvait donner l’impression qu’il s’agissait de ma mère. Qui est aujourd’hui au centre de mon analyse, quand elle en a été complètement absente durant toute la première (et longue) tranche. Aujourd’hui d’ailleurs, je ne comprends pas que j’ai pu aussi longtemps parler de mon père. Peut-être s’agissait-il d’en découdre avec un sentiment ambivalent, peut-être n’ai-je cherché qu’à le comprendre et à démontrer mon complexe d’Oedipe. Peut-être exprimais-je une forme de déception, puis de pardon, non, de reconnaissance et d’admirations véritables, dont je me dis qu’elle me sauvait, dans les mois qui ont précédé sa mort. S’il y eut un moment de déception rejoué, rejoué par rapport à une déception « primitive », c’est, autre souvenir-écran qui me revient partiellement, quand il m’a assuré qu’il s’agissait avec les boutons, ou les points noirs, de petits animaux enfoncés dans la peau, dont on n’apercevait que la tête ou la queue. Cette croyance dont il voulut se départir, cette certitude qui m’amena à rire de lui, était assortie d’une autre que j’ai oubliée. Je ne me réfère ici qu’à une conversation eue inopinément, vers l’âge de quinze ans, mais qui entraîna chez moi une certaine forme de déception, de détachement, je me suis sentie trahie par ce manque d’intelligence, par cette croyance. Cette déception répétait-elle une première, oubliée, je ne saurais le dire.

Plus tard, à un ami psychanalyste, je devais avoir 16 ou 17 ans, à qui je parlais du ressentiment contre mon père, j’avouai que curieusement c’était à ma mère que j’avais un jour crié ma haine. D’un air énigmatique, il m’avait rétorqué Eh oui, eh oui…

Je pense qu’il eut à l’adolescence un conflit ouvert avec mon père. Mais qui était surtout de son fait. Ma mère s’étant faite l’intermédiaire. Et, prise par mes propres soucis, j’y étais relativement indifférente. Sa colère était ennuyeuse au quotidien, mais ne me touchait pas vraiment. Elle était trop à côté de ce que je vivais intérieurement.

*

Ecrit la nuit, dans la suite de cette lecture ((C’était très angoissant. Je me répétais qu’il me semblait que le « crime » ne cessait de se rapprocher de moi, tout en me disant que ce « crime », n’était jamais qu’un mot. Je me sentais en danger. Je pensais « pour moi-même et pour les autres ». L’idée d’un « crime » de mon père était odieuse. Ces pensées avaient une résonance littéraire qui les vidait de tout rapport à la réalité, n’en étant pas moins effrayantes, de quoi étais-je prévenue. Comment déjouer le sort? L’écrire à un psychanalyste me paraissait la seule issue possible, tout en craignant de faire trop peur alors que je l’étais moi-même, effrayée. Je me levai pour écrire, la réflexion autour du texte de Lambotte et la recherche de celui de Freud me ramenèrent à la raison. )) :

Lambotte, ce qu’elle appelle la déception essentielle du mélancolique : je n’ai pas envie qu’elle soit attribuable à mon père. Cela ne m’arrange pas. Qui peut accuser son père. Je n’avais jamais vu ça comme ça. C’est ce que j’ai oublié, s’il y a quelque chose à oublier. Or il n’y a pas eu, j’en suis certaine. Et s’il y a eu, je me suis trompée. C’est ma seule chance. Je me suis trompée. J’en qui convaincue. Il n’y a rien eu. 

Que je me sois trompée, est bien possible, tant de rêves le montrent. Qui pointent vers l’idée d’un crime de mon père. Mais c’est moi qui me suis trompée. Mon père n’est coupable de rien. Je ne sais pas pourquoi il y aurait cela dans ma tête. Je ne sais pas. Si il y a, c’est erreur, à rectifier. C’est là, aujourd’hui pour moi, la possibilité de rectifier.  Or, je sais que je le dédouane. Je le sais. Mais qu’est-ce qui en moi ne le dédouane pas.

Cela dit, et je reprends de jour cette réflexion, je ne sais à quel texte de Freud Lambotte se rapporte. Selon elle, il est deux fois questions de « déception » dans « Deuil et mélancolie ». Je ne me souviens pas qu’il y s’agisse du père seulement. Je n’ai pas le texte en tête. Mais le lisant, j’ai toujours pensé à ma mère, qui se prête beaucoup mieux à la déception (son silence) voire au crime (celui de trop de gentillesse). Ou à la perte d’une chose plus abstraite, « plus morale » dit Freud :

« Appliquons maintenant à la mélancolie ce que nous avons appris du deuil. Dans toute une série de cas, il est manifeste qu’elle peut être, elle aussi, une réaction à la perte d’un objet aimé ; dans d’autres occasions, on peut reconnaître que la perte est d’une nature plus morale. Sans doute l’objet n’est-il pas réellement mort mais il a été perdu en tant qu’objet d’amour (cas, par exemple, d’une fiancée abandonnée). Dans d’autre cas encore, on se croit obligé de maintenir l’hypothèse d’une telle perte mais on ne peut pas clairement reconnaître ce qui a été perdu, et l’on peut admettre à plus forte raison que le malade lui non plus ne peut saisir consciemment ce qu’il a perdu. D’ailleurs, ce pourrait encore être le cas lorsque la perte qui occasionne la mélancolie est connue du malade, celui-ci sachant sans doute qui il a perdu mais non ce qu’il a perdu en cette personne. Cela nous amènerait à rapporter d’une façon ou d’une autre la mélancolie à une perte de l’objet qui est soustraite à la à la conscience, à la différence du deuil dans lequel rien de ce qui concerne la personne n’est inconscient. »

C’est le texte que moi j’avais en tête. Mais ce ne sont pas ceux où il est question de déception, même si on peut lier à la déception à cette perte dont l’objet est ignoré et qui peut être morale.

Les deux occurrences précises du terme de déception sont les suivantes :

1.

« Il n’est alors pas difficile de reconstruire ce processus. Il existait d’abord un choix d’objet, une liaison de la libido à une personne déterminée ; sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la part de la personne aimée, cette relation fut ébranlée. Le résultat ne fut pas celui qui aurait été normal, à savoir un retrait de la libido de cet objet et son déplacement sur un nouvel objet, mais un résultat différent, qui semble exiger pour se produire plusieurs conditions. L’investissement d’objet s’avéra peu résistant, il fut supprimé, mais la libido libre ne fut pas déplacée sur un autre objet, elle fut retirée dans le moi. Mais là, elle ne fut pas utilisée de façon quelconque : elle servit à établir une identification du moi avec l’objet abandonné. L’ombre de l’objet tomba ainsi sur le moi qui put alors être jugé par une instance particulière comme un objet, comme l’objet abandonné. De cette façon, la perte de l’objet s’était transformée en une perte du moi et le conflit entre le moi et la personne aimée en une scission entre la critique du moi et le moi modifié par identification. »

2.

« Les causes déclenchantes de la mélancolie débordent en général le cas bien clair de la perte due à la mort et englobent toutes les situations où l’on subit un préjudice, une humiliation, une déception, situations qui peuvent introduire dans la relation une opposition d’amour et de haine ou renforcer une ambivalence déjà présente. Ce conflit ambivalentiel dont l’origine peut tantôt être rattachée davantage à la réalité, tantôt davantage aux facteurs constitutionnels, ne doit pas être négligé parmi les conditions présupposées par la mélancolie. Si l’amour pour l’objet, qui ne peut pas être abandonné tandis que l’objet lui-même est abandonné, s’est réfugié dans l’identification narcissique, la haine entre en action sur cet objet substitutif en l’injuriant, en le rabaissant, en le faisant souffrir et en prenant à cette souffrance une satisfaction sadique. La torture que s’inflige le mélancolique et qui, indubitablement, lui procure une jouissance, représente, tout comme le phénomène correspondant dans la névrose obsessionnelle, la satisfaction de tendances sadiques et haineuses. »

Comment donc Marie-Claude Lambotte se tourne-t-elle plutôt vers le père? Elle n’est pas la seule, je sais, je me souviens d’un texte de E. Laurent qui se référait au père. Mais, ne semble-t-il pas quelque chose est perdu dans cette écriture d’une anamnèse possible de la mélancolie, d’un récit. Que moi-même j’ai cependant été tentée de retrouver. Et que certainement évoquent Hamlet ou Kierkegaard.

A lire (rapidement) son texte Névrose ou psychose, je m’aperçois qu’après tout mon père, qui était très croyant, dont j’aurais pu avoir idéalisé la foi, je pourrais, à l’instar de Kierkegaard, avoir eu des doutes sur sa foi, comme il se montrait souvent lui-même très angoissé, qui parlait de ses doutes ou qui pouvait se montrer prude, en particulier face aux images de cinéma, il fallait alors changer la chaîne au moindre baiser, et on sentait mes parents se tortiller de gêne, et émettre des petis bruits de bouche, oui qui considérait que les rapports sexuels en dehors du mariage étaient des péchés mortels.

 « Il s’agit, en effet, d’un savoir dans cette figure kierkegaardienne d’un père parfait au travers de laquelle le fils décèle, cependant, un arrière-fond d’angoisse. Celui-ci ne peut alors qu’indiquer, dans le contexte familial décrit par le philosophe, la béance du regard paternel que vient occuper un Autre tout-puissant qui préside à la destinée des âmes selon son unique bon vouloir puisqu’il fait fi de leur vertu. Nous entrevoyons ici, de nouveau, le père réel, en tant que père jouisseur, qui recouvre le père imaginaire de même qu’il pervertit le père symbolique 19. Et le mélancolique ne cessera d’occulter la place du sujet supposé savoir en s’efforçant de l’occuper lui-même ; son négativisme généralisé tient alors essentiellement d’une logique formelle, dont les raisonnements ne font que conforter la figure du destin en un il est trop tard ou bien les jeux sont déjà faits 20. 

http://www.revuepsychanalyse-yetu.com/wp-content/uploads/2014/11/la-m%C3%A9lancolie.N%C3%A9vrose-ou-psychose.-THEORIE.-PSY_16-M-C.Lambotte.pdf 

(J’ai encore à rapatrier ici tout le blog mélancolique. je le ferai plus tard. Je me propose de tenter la poursuite de la lecture bloguée de ce livre, ce xième livre sur la mélancolie.Je suis à peu près certaine de ne pas me tenir à cette promesse.)

jeudi 11 mai 2023 · 06h33

que j’ai moins affaire au trou de l’impossible à dire qu’au mur (manquant) de l’interdit (à dire), qui est toujours à dresser

Six heures du mat, réveillée par le chat vers quatre heures.
Les mots qui viennent à mon esprit fatigué, rincé.

Que j’ai moins affaire au trou de l’impossible à dire qu’au mur à dresser de l’interdit à dire. De ce qu’il n’y a pas à dire. Ou de ce qui n’est pas à lire par d’autre que moi ou/et un analyste ?
Comment le dresser ce mur ?
Comment ne pas dire ce que je dis ?
Pour devenir entendable, lisible.
Moi qui suis forcée à une écriture à raz-du-réel ?
Ce mur, je l’érigerais, qu’est-ce qui viendrait s’y écrire ? Quel tag, signature, de choc slogan ? S’y coller quelle affiche ? Et qui le lirait ? Quel anonyme mur.

Il me semble que je suis moins en butte à un impossible à dire qu’à un trop à dire. Déjà trop dit, trop écrit. Toujours à taire, à cacher. Que je ne trouve pas le moyen de dissimuler.
C’est très clair.
Ce que j’écris n’est pas à lire.
Tout est trop nu.
Il n’y a pas de mensonge, pas de vérité.
Je ne pourrais qu’ajouter, à chaque mot, Ne me crois pas. Tandis que c’est la fiction même qui me manque dans ce que j’écris , à laquelle je ne crois pas ? Quel panneau Attention fiction manquante?
Comment insérer dans ce que j’écris la distance qui pourtant existe de moi à moi. Elle existe mais elle disparaît dans l’écriture, happée, aspirée.
Comment non pas avoir le courage de parler mais la force de se taire, le courage. Puis alors mourir et emporter le secret dans sa tombe.

Est-ce que se hisser à hauteur du réel pour de vrai, ça ne serait pas s’en tenir à la confidence.

Se défaire de l’obligation universelle.

Se glisser dans le goutte à goutte de ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.

Moi que la honte toujours de ce que j’écris séparera d’une signature.

Six heures de l’aprèm.

Ai-je à voir qu’il n’y a pas d’interdit, qu’il n’y a que de l’impossible?
En suis-je à mettre de l’interdit là où il n’y aurait que de l’impossible?
Enfin, je le sais, tout ce que je n’écris pas. Non parce que ce serait impossible, mais parce que c’est inacceptable. Ce le serait. Quelle est la nature de cet inacceptable? Et parce qu’il m’est arrivé d’écrire certaines choses que tenais à écrire, que je cherchais à écrire, que j’ai écrites alors sans les travestir, mais non sans obstacle, et qui ont alors ont manqué de discrétion, dirai-je, ou de pudeur, ce qu’il ne m’apparaissait d’ailleurs pas toujours, et il est arrivé qu’on me dise : ça, ça ne se dit pas, ça se garde pour soi. Cela, cela existe.

De quoi s’agit-il ? Ne s’agit-il d’interdit? Est-ce de pudeur que je manque ? De délicatesse? Il m’est arrivé de dévoiler des choses qui n’auraient pas dû l’être.

Je continue de penser que je me coltine davantage un trop à dire qu’un manque. Et que ce trop qui me déborde et me fait honte, qui me donne un sentiment de nudité, je ne trouve pas le moyen de le vêtir, le travestir.

Cette nuit, à l’aube, je parlais de mur. C’est un mur que je dresse en ne publiant pas, en ne cherchant pas à me faire connaître, en n’assumant pas ce que j’écris. Ce que j’écris n’est pas impossible, c’est de lier à moi cet écrit qui l’est. Et c’est un mur que je voudrais dresser, ou une frontière, un obstacle, avec ce qui ne doit pas être écrit. Il y faudrait une intelligence. A quoi est-ce que je ne renonce pas, à quoi est-ce que je dois renoncer?

C’est moi qui voudrais arriver à trouer l’écriture, à indiquer son manque. Cela dit, quant aux choses qui ne peuvent pas l’être, écrites, sinon à blesser l’autre, elles le pourraient, prises dans une fiction, camouflées.

Je ne cherche rien d’autre qu’à dévoiler un secret qui me hante, dont je ne sais finalement pas grand chose, et à le camoufler tout aussitôt. Ou à parler, indéfiniment, espérant que ça finisse par sortir, de façon présentable, or ça ne le sera jamais.

A moins qu’impossible veuille dire : inavouable.

A moins qu’il n’y ait de secret que de l’aveu.

lundi 22 mai 2023 · 07h40

intermittences

un corps suffoque, deux horloges tictaquent. cliquètent l’une et l’autre à contre-temps. le frigo aussi produit son bruit, irrégulier, qui semble insister. parfois la bouche ahane, halète. gémit, pantèle. souffle. des bruits de corps pour dire une plainte sans mots. qui la soutiennent, l’accompagnent. quel est ce sifflement métallique venu s’ajouter.

vendredi 2 juin 2023 · 17h39

#00 | le livre oublié

Texte source : Atelier François Bon #été2023 #00 | le prologue ( 2 juin)
Je le publie ici au 2 juin pour qu’il apparaisse en premier, à la date où FB a donné cet atelier, mais la véritable date de publication sur le blog du Tiers Livre est celle 29 juillet 2023.

j’essaie de me souvenir d’un livre auquel je tiens beaucoup, et rien ne vient, rien ne revient, et cela me stupéfie. je ne me souviens ni du titre ni du nom de l’auteur, de l’autrice. du visage, je me souviens, de son très beau visage, ses cheveux noirs, lisses, tirés en arrière, sa bouche qui malgré le noir et blanc de la couverture paraissait fardée. je n’ose rien dire de plus de ce visage. je n’ose rien dire de plus, un petit quelque chose qui me retient, de ce visage dont je m’étais étonnée, à le découvrir, qu’il ne ressemblât pas davantage au mien. c’est dire. que nous fûmes même, l’une et l’autre, d’un « type » opposé. c’est la chose difficile à dire. l’une blonde, l’autre brune. c’était le deuxième livre que je lisais d’elle. mais quel avait été le premier. le souvenir est encore plus dégradé, voire absent, totalement. #blonde #brune

c’est l’été, drôle d’été. il a fait chaud, il a fait froid, je n’ai pas cessé, d’aller et de venir, de là à là, à encore là. ne pas penser à ça.

là, je me concentre. assise au bord de la piscine, je me concentre. que je ne me souvienne ni du titre ni de l’auteur indique qu’il s’agit d’une lecture récente. parce qu’au début de ma vie de lectrice, je retenais les noms. à mes premières lectures se sont toujours attachées et de façon solide les noms et titres de ce que je lisais. leurs noms d’ailleurs à l’opposé de tous les autres noms. mes balises. cette faculté s’est perdue. et je perds aujourd’hui les noms d’auteur au même titre que tous les autres noms. #lire #livres #loublidesnoms #loublidesnomspropres

découverte pendant des vacances, je crois. l’autrice. à cette époque de l’année. sur ce même siège. au bord de cette même piscine. c’était il y a deux ans.

au départ, il n’y avait que les noms propres qui faisaient trou. en dehors des noms d’auteurs.trices. aujourd’hui, ça s’est étendu à tous. il n’y a plus de distinction. l’oubli des noms propres s’est étendu aux noms communs. subsistent quelques noms du passé. ce n’est pas l’alzheimer. même s’il y a l’alzheimer de la mère. c’est aussi la vieillesse. et puis encore autre chose, probablement.

ce qui est curieux c’est que là, j’ai presque l’impression de faire l’effort de ne pas me souvenir de ce livre, de ce titre, de cet auteur. de cette autrice.

je le ferais pour m’attarder à cette matière de l’oubli. à la matière-même de l’oubli.

il était épais, le livre.

dans les premières pages, souvent il avait fallu que je reprenne ma lecture, que je lise et relise des passages entiers. je ne comprenais pas ce que je lisais. je ne comprenais pas pourquoi j’insistais. il y avait quelque chose d’extraordinaire. dès les premières pages.

je crois qu’elle est épouse de diplomate. l’autrice. il est possible que le personnage aussi, l’était. le personnage principal.

cela commencerait dans une cuisine. puis, il y la traversée longue d’un appartement et l’arrivée dans une pièce, une chambre, qui n’est pas celle de la narratrice, tout à l’écart. et claire, très claire. cette clarté — l’éclat du soleil, la blancheur d’un mur — est longuement décrite. aveuglante. il y a un lit. où s’assoira la narratrice. il y aura quelque chose au pied du lit. enfin, voilà, je me souviens, cette pièce avait été habitée par une personne ayant travaillé pour la narratrice, petit personnel de maison, et qui était partie, ou qui avait été chassée, dans des circonstances sombres, décrites sommairement. avec quelque chose d’énoncé sur une réalité sociale dure, implacable. une jeune femme chassée.

la pièce est petite, comme un poing au bout d’un bras, un point d’aboutissement, comme suspendue au-dessus de la ville, de l’histoire, un point d’exil aussi, de réclusion, qui fut celle de la personne qui avait vécu là, d’oubli. et il y a une façon de présence de la ville en contrebas. d’une ville qui aurait été grouillante.

comme j’aime ce souvenir, comme j’aime cette sensation.

il ne faut rien croire de ce que je dis.

tout le livre je pense se passera là.

et je ne sais plus ce qu’il se passe dans le livre.

et je ne sais plus s’il faut que je mette les virgules où il faut. ou si je peux me permettre de ne pas finir mes phrases.

à la fin, il y a une culpabilité qui se révèle, très forte. celle d’un meurtre ? une culpabilité monstrueuse. et le meurtre… mon dieu. il est question d’un enfant.  je n’en dirai rien de plus. #culpabilité #meurtre

c’est une écriture qui ne ressemble à aucune autre. absolument particulière. qui se lit très agréablement à haute voix. enfin, agréable n’est pas le terme. c’est d’une véritable expérience qu’il s’agit. j’en avais enregistré un extrait, que j’avais publié sur instagram, je le disais filmant le jardin autour de moi. ce jardin où je suis maintenant. le texte lu parlait de son rapport à la voix, de ce que son écriture appartienne à la voix.

je me souviens que j’ai rêvé le monter, ce texte, le jouer.

j’ai lu ensuite de nombreux livres d’elle.

je me suis récemment rendu compte qu’il m’était devenu très difficile de croire à la fiction. comme si tout devenait réel. comme si l’écart entre la fiction et le réel ne cessait de s’amenuiser. ainsi, il y a peu — par exemple —, je lisais un livre de X ( = autre nom oublié), et je me suis dit, tiens, X, elle a été scénariste, je ne le savais pas, et elle a vécu à Los Angeles, je ne le savais pas. et : tiens, elle est partie au Congo ? est-ce qu’elle ne serait pas belge par hasard ? comme moi, alors. après vérification : eh bien non, X n’était pas scénariste, mais non, ne l’avait jamais été et n’avait pas vécu à LA, jamais. elle est juste tout à fait capable de l’inventer. je n’invente rien. #fiction #réel

pour ce qui me concerne, cela fait quelques temps que j’ai remarqué que je suis de plus en plus amenée à coller au réel, à coller à la réalité de ce qui m’arrive au moment où cela m’arrive, cela s’appellerait le présent, ce serait comme ma matière — couchée sur la roue du temps, je cherche à produire les mots d’une histoire qui ne cesse de se dérober, qui ne cesse de me dérober, et donc à voir s’éloigner de moi la possibilité de la fiction. comme s’il me fallait constamment tisser autour de moi le grillage où je m’enroule, et que je ne puisse utiliser que les mots à portée, à ma portée directe. #présent

au cinéma, c’est pareil. je ne peux plus voir un film violent : sur ma chaise, c’est moi qui encaisse tous les coups, qui gémis, qui me projette sur les côtés tentant d’y échapper.

il reste certainement un lieu de fiction. je crois d’ailleurs absolument à sa nécessité.

(on pourrait dire : la fiction au lieu que le vide, une fiction, n’importe laquelle, plutôt que le vide. mais ce serait peut-être trop facile. on pourrait dire : la fiction plutôt que le réel. parce que le réel serait ennuyeux. l’ennui du réel. je ne sais pas si c’est mieux dit. est-ce que l’on aime le réel. je suis liée aux sensations, et je tiens à ce qui me lie. est-ce que les sensations sont réelles ? on tient aux mots qui décrivent le réel. la sangsue fiction suffisante. c’est ce qui est aimé. est-ce ce qui est aimé ? mon univers de mots ne tient pas. l’univers des mots qui m’entoure(nt) ne me tient pas. il ne tient que par la colle du réel, de la sensation réelle. de la présence. est-ce que cette chose qui a lieu là, ça me fait quelque chose, comment est-ce que ça résonne en moi. suis-je marquée, de quelle façon ? sinon, les mondes se délitent. les mondes symboliques se délitent. c’est la (forte) limite de mon intelligence. je dois tout le temps recréer du lien. de la sensation, du corps, au monde.) #colleduréel #sensation #intelligence

je ne dis pas que je ne serais pas tentée de trouver le moyen d’aller un peu sans les mains, regarde maman, sans les mains, de me détendre, et de m’embarquer dans autre chose, sans le soutien de la réalité directe. je ne dis pas que je ne cherche pas un moyen. je cherche.

là, dans ce livre-là cependant, la fiction était tangible. on avait affaire à quelque chose de l’ordre de la métamorphose de kafka. il y a peut-être un insecte. seigneur ! il y a un insecte ! et ça met un très long livre pour aller chercher déterrer ce qui est probablement un souvenir autobiographique. ce souvenir étant vécu du point de vue de ce qui n’est pas su, de l’inconscient, de l’horreur de ce qui se raconte par en dessous pour parer à l’insoutenable. #kafka #inconscient

du réel de cette horreur. qui revient à la surface. dont l’émergence fait événement.

le réel de l’inconscient est hors temps. le réel de l’inconscient est a-géographique. de là vient que je me raccroche à ses fictions. elles trouvent leur encre encore en ma chair.

s’est-elle suicidée, l’autrice? je ne dirais pas que ce serait une raison de plus de l’aimer. il y a un moment dans le livre où elle parle de sa folie. bien sûr que c’est très important. ça. très important pour moi. je crois, oui, qu’elle trouve le moyen d’en parler. de dire des choses inouïes sur la folie, sur ce qui s’apparenterait à la folie. #folie

je crois que je me disais : parle-t-elle de la folie, là. elle est vraiment occupée à parler de la folie, là. c’est ce dont elle parle. que ce soit de folie qu’elle parlait ou pas, peu importe, ce dont elle parlait était profondément juste, méritait absolument d’être dit, redit encore, continué à dire.

je ne suis pas sûre finalement de vouloir me souvenir de son nom. et je ne sais pas pourquoi. comme si. la perte d’elle, son oubli était aussi, plus justement encore, l’amour d’elle. #amour

il faut faire un effort contre ça, résister.

résister à faire exister par le silence ce qui échappe aux mots.

je me souviens de son pays d’origine. amérique du sud.

j’ai aimé passionnément ce livre, et comme tous les livres que j’aime passionnément, je l’ai lu dans la tristesse déjà, le désespoir de l’inéluctable de sa perte, à l’idée que je le terminerais, que je sortirais du livre. et je me promettais, comme à chaque fois, de le relire. ce que je n’ai pas fait, bien sûr, puisque je suis passée à d’autres livres d’elle.  ce que j’ai fait pourtant, pour partie.

gourmande, boulimique. #boulimie

j’ai parlé d’elle, autour de moi. à une amie comédienne, j’ai espéré, qu’elle me dise, on le fait. et à une autre amie qui aime suffisamment le théâtre que pour vouloir m’aider à le monter. c’est ça aussi l’effet que me ferait un livre, il m’amènerait à. il donne du désir. il permettrait presque de recommencer à y croire, à.

son écriture, son invention, venait me chercher puissamment.

l’été suivant, je lisais une grande quantité de livres de Duras, dont je m’étais rendue compte peu auparavant, lisant le livre de Yann Andrea, après avoir vu le film, qu’il y en avait un bon nombre que je n’avais pas lus, joie, un bon nombre qu’il restait à lire. des romans, des pièces de théâtre. j’ai cherché Yann aussi, à qui je n’avais été pas loin de m’identifier. qui révèle dans son interview par Michèle Manceaux une face terrible de MD. ont suivi tout ce que je pouvais de YA et de biographies de Duras.

j’ai beau ne pas me souvenir, je continue d’avoir envie de lire des livres que je n’ai pas lus.

je lis de moins en moins. et ces coups de cœur sont rares.

est-ce que ma vie alors est vide.

il y a quelque chose de vide.

et quelque chose de toujours plein.

je sais que lire, la lecture, l’écriture, me permettent de me raccrocher, en noyée parfois, à la grande hache de l’histoire. il n’y a qu’eux qui défroissent le temps.

je me souviens du nom de Yann Andrea parce qu’il m’a été donné par MD, que j’ai commencé à lire à une époque où ma mémoire ne m’avait pas encore désertée.

et duras avait une façon bien à elle de nommer, de pouvoir nommer ses personnages et de restituer le prix de cette nomination. le prix exceptionnel de ces baptêmes. de ce qui se donne alors à un corps, à un être.

j’avais d’ailleurs appris que le nom, qu’il adopta dans un soulagement infini, de Yann Andrea, lui avait été donné par Duras.

duras me l’avait appris, ça, que pour certains, le don du nom, c’était de l’amour, et ça pénètre directement le corps, et ça vous ramène dans le monde.

je reviendrai lire ceci. et à paris, je retrouverai le livre.

Donn. Ce texte aurait dû constituer le prologue. “Ce qu’on attend du roman”. J’ai l’impression d’avoir triché. Il aurait fallu parler d’un roman sous le nommer, sans en donner ni le titre, ni l’auteur : j’ai parlé d’un roman qui m’est cher, mais dont j’avais oublié aussi bien le titre que le nom de l’auteur, ainsi qu’il en est d’ailleurs pour tous les livres que je lis. C’est ce qui m’a mise sur le track, la voie de l’oubli. J’espère que ce ne sera pas une dead end, au pire, une ornière, au mieux. Mais j’aime que cela m’ait conduit à ce qui est mon dada du moment, ma secrète ambition. J’y parle donc de l’oubli des noms, des noms propres en particulier. J’y parle de la fiction aussi. Et du point de vue de ce qui se passe par en dessous, souterrain. J’y parle de ma façon d’aimer les livres, de ce que Duras m’a appris, sur le pouvoir de la simple articulation d’un nom. Bien sûr, le texte est démesurément long.

lundi 5 juin 2023 · 12h32

sans titre – Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir
— Atelier rien nulle part (essai 1)

Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir dans la chaleur d’un lit une grande main étrange posée ouverte sur la peau du ventre. Le temps que ça dure c’est l’infini. 

Et puis, levée tout autre pour boire un café. Dans l’obscurité trébuche vers la lumière le temps d’apercevoir les fesses d’un autre corps posé là qui émergent d’une couette repoussée. Mes cheveux je devrais les couper je pense sans leur jeter un oeil dans le miroir de la salle de bain où je me couvre d’un peignoir. Dans le couloir me pencherais-je ou pas sur le chat qui vient vers moi. Je n’ai toujours pas de nom. La question qui se pose : que suis-je quand je n’écris pas. Ou ne se pose pas.

Moi, je ne me raconte pas d’histoire m’avait rétorqué la dame. Vieille chair entends-moi, les histoires ont une grande utilité. Le tout est de ne pas se raconter d’histoire à propos des histoires qu’on se raconte. Mais que voilà une belle histoire. Et comment et pourquoi et quelle béance elle vient couvrir : peu importe. Certains ont le vide plus vide que d’autres, un vide sans effroi ni joie, sans mot ni moi. Peuplé parfois de voix qui disent des choses qu’on ne répète pas. 

Vous nous mettrez une petite livre d’histoire là-dessus il n’y paraîtra plus. Ça vous fera 2 sous dit-elle vous passant le paquet par dessus le comptoir, je prends, je prends l’histoire à 2 balles emballée d’un double papier, l’extérieur rose et l’intérieur blanc, paraffiné. 

Que de mots tout de même, pour une image entraperçue me dis-je sortant de là prenant la rue, le trottoir. Et quelle longueur de mots, que de lettres. Souvenirs fleuris.  

S’il passe un vieil enfant entre deux âges qui alors te dit Let it be, je me dis Que nenni je ne let be qu’allongée à l’abri. Aux grands jours, tous divers, je dresse des histoires comme des os. Comme des nuages, des entrelacs. Entre-moi là entre-toi là entretenons-nous. Ou je m’évanouis.  Frotte frotte les meubles rêvés, polis.

L’histoire tu la mâchonnes tu la recraches c’est aussi simple que le slip le soir négligemment enlevé au pied du lit. 

Tu la recraches avant qu’elle te recrache of course. Sinon c’est bonsoir l’indigeste. Les gaz, les ballonnements. Ha ha. C’est pas drôle. Mais quand même.

 

C’est tout juste le matin la maison dort encore les doigts piquent. L’attente, le cliquetis. Temps pour un deuxième café et une caresse au divin chat. Et une caresse au divin chat.  

 

 

 

 

Peut-être ne suis-je rien qu’un corps posé là dans le noir dans la chaleur d’un lit une grande main étrange posée ouverte sur la peau du ventre. Le temps que ça dure c’est l’infini.  

 

 

Et puis, levée tout autre pour boire un café.  Dans l’obscurité trébuche vers la lumière le temps d’apercevoir les fesses d’un autre corps posé là qui émergent d’une couette repoussée. Mes cheveux je devrais les couper je pense sans même leur jeter un oeil dans le miroir de la salle de bain où je me couvre d’un peignoir. Dans le couloir  me pencherais-je ou pas sur le chat qui vient vers moi. Je n’ai toujours pas de nom. La question qui se pose : que suis-je quand je n’écris pas. Ou ne se pose pas.

 

Moi, je ne me raconte pas d’histoire m’avait rétorqué la dame. Vieille chair entends-moi, les histoires ont une grande utilité. Le tout est de ne pas se raconter d’histoire à propos des histoires qu’on se raconte. Mais que voilà une belle histoire. Et comment et pourquoi et quelle béance elle vient couvrir : peu importe. Certains ont le vide plus vide que d’autres, un vide sans effroi ni joie, sans mot ni moi. Peuplé parfois de voix de spectres qui disent des choses qu’on ne répète pas. 

 

Vous nous mettez une petite livre d’histoire là-dessus il n’y paraîtra plus. Ça vous fera 2 sous dit-elle vous passant le paquet par dessus le comptoir, je prends, je prends l’histoire à 2 balles emballée d’un double papier, l’extérieur rose et l’intérieur blanc, paraffiné. 

 

Que de mots tout de même, pour une image entraperçue me dis-je sortant de là prenant la rue, le trottoir. Et quelle longueur de mots, que de lettres. Souvenirs fleuris.  

 

S’il passe un vieil enfant entre deux âges qui alors te dit Let it be, je me dis Que nenni je ne let be qu’allongée à l’abri. Aux grands jours, tous divers, je dresse des histoires comme des os. Comme des nuages, des entrelacs. Entre-moi là entre-toi là entretenons-nous. Ou je m’évanouis.  Frotte frotte les meubles rêvés, polis. 

 

L’histoire tu la mâchonnes tu la recraches c’est aussi simple que le slip le soir négligemment enlevé au pied du lit. 

 

Tu la recraches avant qu’elle te recrache of course. Sinon c’est bonsoir l’indigeste. Les gaz, les ballonnements. Ha ha. C’est pas drôle. Mais quand même.

 

C’est tout juste le matin la maison dort encore les doigts piquent. L’attente, le cliquetis. Temps pour un deuxième café et une caresse au divin chat. Et une caresse au divin chat.  

vendredi 9 juin 2023 · 02h34

FORMULAIRE / RÉSUMÉ
— Atelier rien nulle part (essai 2) (que ce qui est à dire ne fasse que s'annoncer)

C’est avec ce texte, je crois, que j’ai été au plus proche de la  consigne proposée par Laura Vazquez, même s’il est  trop long, cherche encore sa forme, sa voix. Son mot d’absence.

Il tire son départ de  l’idée d’un formulaire à remplir, formulaire quelconque, type, l’un de ces écrits administratifs dont il est tellement impossible de répondre, qui vous réduit aux signifiants attendus de votre identité comme unité de production. Par excellence le genre d’écrit qui ne laisse aucune place à ce qui ne pourrait se dire, et sur la base duquel cependant notre société se construit.

C’est ma façon de tenter de me rapprocher du poème de May Ayim,  « objet : candidature », qui se joue de tous les envois de curriculum vitae, de toutes les langues vidées de leur substance auxquelles il est attendu qu’on se réduise.

Comme le disait si bien Laura, le poème se dérobe à toute tentative de fixation, à toute identification, il laisse vide toutes les étiquettes, et tout ce qu’il pourrait y avoir à dire n’y est qu’annoncé.

   « adressez-vous svp nulle part
    à n’importe qui »

Réponse ironique à la langue administrative qui vous traite comme n’importe qui, comme unité interchangeable. A rebours, sa langue est des plus familières, vivante, et son usage des déictiques, ces mots qui servent à désigner à pointer l’objet qu’ils visent, donnent au poème une allure de balade primesautière, tout en dénonçant le langage pour ce qu’il est : un indicateur dont on se joue:
 

« je m’appelle 
  comme ça
  je viens d’ici ou là et
  je fais ceci ou cela »

Et qu’elle rappelle à son manque :

  « ou s’il vous  manque quoi que ce soit
  adressez-vous svp…« 

Il me semble que je dois trouver le moyen de réduire mon texte de sorte qu’il trace plus significativement encore la place de ce qui ne s’y dit pas, de ce qui s’y dérobe, ainsi qu’indiqué par LV.

FORMULAIRE / RÉSUMÉ

Nom, prénom  D’où tu vas, où tu viens.
Date de naissance Me souviens de la date du lieu l’heure même à moins que je ne confonde avec celle. C’est le nom de la clinique où je nais que j’oublie et confonds avec celle où ma mère aujourd’hui
Nationalité Petit pays où je ne vis plus où j’ai quelques attaches
Etudes et solitude. Là que commencé sans m’en apercevoir m’en plaindre comme observé de l’extérieur (à connaître l’isolement)
Tout arrêté quand rencontré celle qui comme moi (jeune femme) plus loin que moi et qu’ensemble nous voulûmes – faire ce dont personne ne peut parler
Alors vinrent les nuits les danses les hommes qui apprécient les teenagers et ne vous veulent pas du bien (sauf un, inoubliable jeune et peroxydé et aussitôt perdu)
Puis l’inattendue version du pire le grand sommeil d’oubli les semaines au lit
Puis les études reprises contre le père
Puis laissées
Puis les études reprises dans les pas du père
Puis laissées
Pour suivre un homme qui m’apprit tant
Qui une nuit une seule dans l’appartement de son ami, en lisière du parc, l’appartement vide de tout et ensuite plus jamais
C’est alors que commencerait ladite expérience professionnelle et le jeu sans jouer les planches sans trac un texte enfin dans ma bouche pas de moi adopté de tout corps par coeur
Puis l’amour avec l’ami en âge d’être mon père l’ami de mon ami où l’on parlait de ce qui se parle nulle part chez qui j’arrive veines ouvertes. Qui aimait la pluie marcher au milieu de la rue et les jours au lit à s’écrire. Qui arrêta de boire que je laissai qui alla au pire mourir seul
Puis la raison, le travail, la nouvelle raison, la solitude. Pour le sauvetage, la pratique d’une parole pour laquelle on paie et l’élaboration du cas (le mien) comme identité inavouable
Ce, toujours à portée du pire, qui se chuchote en mon cerveau
Et la lecture des livres.
L’écriture des secrets l’amour tout épistolaire les rues arpentées
L’amie unique belle chère et lointaine.
Au loin les autres leurs fêtes, leurs amis.
Moi, je me rapproche toujours de moi tandis que se perd inéluctablement la possibilité de la fiction du camouflage du secret du scandale.
Les insomnies les longueurs de bassin
Des amoureux qui me suivent de loin
Le coup de foudre
L’amie qui aimait les femmes
L’écriture avec un homme qui me dit de quitter mon pays
Avoir tout quitté
Puis l’enfant et l’accalmie, la volonté de l’accalmie
Tout du long l’oubli avançant
Tout du long, profession : sans
Quoi qu’il en soir, profession : sans
Quelque soit le trop, de travail
La normalité jamais rapprochée la honte jamais laissée
Ceux et celles que l’on paie pour parler déballer l’obscur qui seul pourrait vous représenter
Plus tard, beaucoup plus tard, la folie de la mère l’alzheimer son lent recul sa sortie sa connaissance des gouffres
Tout du long quelques lettres pour survivre pour sur-vivre connaître l’ardeur se brûler à la vérité, la plume nourrie des sucs de l’intime, la joie, le repos, la lettre comme lieu où je possède un nom
(À côté, en parallèle, la rencontre d’un corps le mien l’apprentissage d’un corps délivré de l’image les coulisses du neutre la séparation de ce qui ne cesse de devoir être oublié. Le temps du geste ancestral, avec ses plis et tous ses au-delà)
Tout du long l’échec à améliorer toujours
Le renoncement à la normalité
L’intime sentiment de ce qui reste à accoucher à mettre au monde
Les liens impalpables
Le rire des langues désuètes des voix à provoquer du tout-fait à défaire
D’une table qui se rase
Le désir de vaincre le vain pour donner en gloire le rien qui est le mien, si fondateur, au nom de celui seul qui ancre soutient ma responsabilité, l’enfant né 20 ans plus tôt (et à qui je n’en donne aucun)
Les formules improbables poursuivies pour qu’il ne subisse de l’excès d’angoisse que l’inconnue force qui permet contre toute raison de défendre l’innommable l’innocence le moyen de dire même sans tout dire dans la sainteté du ratage le chant maudit de sa force le triomphe sûr de sa joie tranquille et sans haine ni amertume.
La constante inconnue.
La beauté.

VMVST  

– Ecrit de nuit, à Bruxelles, une de ces nuits où je craignais ne pas pouvoir dormir, je logeais dans la maison de ma mère. 

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