jeudi 31 janvier 2013 · 09h55

Expo d’hier, The museum of Everything, un mot, rapide

Beaucoup de textes affichés, des adresses, des suppliques.

J’ai pensé naïvement que c’était peut-être ça aussi l’art qu’on ne dit plus naïf brut :  naïvement écrire et exposer des textes qui comptent pour soi,  des pensées que l’on a.

Naïveté de l’art brut, « outsider », qui va directement straight to the point,  sans détours.

En quoi consiste les détours de ceux qui en font ? Délices d’interprétations?

Qu’est-ce qui me retient d’écrire des mots et de les mettre au mur ? De figer leur nature d’objet? Une de leurs natures d’objet.  Ah non, je n’aimerais pas m’exposer aussi crûment. Je ne pourrais pas. [...]  Lire la suite >

jeudi 31 janvier 2013 · 10h11

De l’art invendable.

En réponse à :

J’en viens parfois à me demander s’il ne faudrait pas se mettre à fabriquer, à créer des objets d’art, de l’art, qui ne puisse pas se vendre. Est-ce possible de créer de l’art invendable. Non pas gratuit mais invendable ? Bon, je sors du sujet mais je poste quand même, je réfléchis tout haut et je partage.
EV

De l’art invendable.

Je me demandais si ça ne serait pas vendu du moment où ça porterait le nom d’art, l’estampillage, la marque.

/ Ce à quoi travaille le Museum of Everything – faire sa marque, but prôné. Mais, s’agit ici de la marque d’un musée, pour, paradoxalement, exposer des gens qui ne se revendiquent pas en tant que tels, artistes. / [...]  Lire la suite >

samedi 9 février 2013 · 14h43

Entretien avec Marcel Duchamp

Entretien avec l’artiste Marcel DUCHAMP (1887-1968), fait en juin 1967, portant uniquement sur les « ready-made » inventés à New York. L’interview est faite à Paris à la galerie GIVAUDAN. Le ready made est né d’un ensemble de conclusions : de nombreux éléments d’un tableau sont achetés tout faits, la toile, les pinceaux… en poussant le raisonnement jusqu’au bout on arrive au « ready made ». Lui, l’artiste ne fait que signer. De toutes les façons une œuvre d’art est toujours un choix de l’artiste. Le ready made doit être indifférent à son auteur, ce n’est pas un choix esthétique. On doit se débarrasser de cette idée du beau et du laid. Les premiers « ready made » remontent à 1913, c’est « la roue de bicyclette ». La première chose qui l’a intéressée c’est le mouvement, puis il a compris que le mouvement n’était pas nécessaire. En 1914, est venu le « porte bouteille », puis en 1915-16, il a cessé d’en faire depuis très longtemps. Il commente  » l’effet rétinien » qu’il utilise à propos des tableaux. Il n’aime pas beaucoup l’art abstrait à cause de « l’effet rétinien ». Un ready made ne doit pas être regardé, on prend notion par les yeux qu’il existe, on ne le contemple pas. Il suffit de prendre note. La notion de contradiction n’a pas été assez exploitée. Les readymade ne sont qu’en huit exemplaires. A la simple reproduction d’un readymade, il manque la troisième dimension. Il s’explique par l’œuvre « Pharmacie ». Ce n’est pas l’effet rétinien qui compte pour le readymade, il peut exister seulement par la mémoire. L’œuvre n’est plus rétinienne. Les phrases des readymade sont des couleurs verbales, elles ne sont ni descriptives, ni explicatives. Les readymade avaient été oubliés, on ne les retrouve que maintenant. Il ne fait rien, attend la mort, les questions d’art ne l’intéressent plus. [...]  Lire la suite >

vendredi 15 février 2013 · 11h03

lire avec ses pieds // si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil

Daniel Spoerri, Dylaby, Stedelijk Museum, Amsterdam
Daniel Spoerri, Dilaby, Stedelijk Museum, Amsterdam

Merci Juliet pour ces images, l’évocation de cette exposition, Dylaby,  au Stedelijk d’Amsterdam en 1962. Exposition que je ne connaissais pas.

Intriguée aussi par la troisième image, la plus grande, que je n’arrivais pas à « déchiffrer », me demandant s’il s’agissait d’un montage, j’ai fait des recherches (pas plus loin que sur le net) et  lu un texte sur les labyrinthes dans l’art au XXè s. qui prend son départ de cette exposition et décrit la photographie qui m’avait donc intriguée.

J’y ai donc appris qu’il s’agissait de la proposition de Daniel Spoerri, lequel avait investi deux salles du musée :  plongé la première dans le noir et gardé pour la seconde l’apparence banale d’une salle de musée, si ce n’est que les murs en étaient basculés d’un quart de tour, si bien, dit l’auteur, Marie Escorne, que les spectateurs avaient l’impression de marcher sur les murs et, je la cite :  » Le spectateur constate alors physiquement que ‘si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil’. » (Rebecca Solnit, L’art de marcher[...]  Lire la suite >

mercredi 20 février 2013 · 19h16

RE: We Buy White Albums

http://www.dustandgrooves.com/rutherford-chang-we-buy-white-albums/

13h46

Je trouve ça très bien moi. 

Et, réflexion faite,  très intéressant sur le devenir possible d’un symptôme. 

S’agissant d’un symptôme obsessionnel  (hypothèse que je pose pour pouvoir en examiner les conséquences), il serait même réjouissant qu’il en vienne à découvrir l’envers de son postulat de départ : là où tout était le même, où tout se valait, tirer au jour la petit différence, et même faire en sorte que cette différence vous saute à la figure. 

Si le collectionneur est celui qui espère au travers de sa collection atteindre à un tout qui soit sans faille, s’il s’agit de l’exercice d’un comblement de ce qui serait sinon  insupportablement manquant,  troué,  de sorte que l’un (ou l’une) en plus ne soit jamais que l’un (ou l’une) en plus dont l’addition participe de la construction de l’inatteignable tout,  alors ce misérable un, quand bien même marqué du chiffre de la sériation (son numéro de série, marque (infâme) de l’objet industriel), prend une jolie revanche. Ici le tout rend les armes face au narcissisme de la petite différence dont la grandeur éclate. Le mysticisme à l’oeuvre au départ de la démarche de Roman Opalka se récupère du bout des doigts dans les gestes de manipulation des disques dont aucun n’est semblable à l’autre et où ce sont les flétrissures, les défauts, les marques de l’usage, les marques de leurs propriétaires, de leurs appropriations qui font le prix.  C’est,  à mon sens, un très joli détournement, retournement.  Si je retourne maintenant au symptôme obsessionnel, symptôme contemporain s’il en est, d’un désir maintenu secret afin d’échapper à l’interdiction venue d’un Autre dont il s’agit de préserver l’existence (quand l’annonce de sa mort est chroniquée de toutes parts) et d’une jouissance consommatrice et destructrice d’objets faciles, conformant une ironie de mise,  alors cette exposition dans un magasin où les objets ne sont pas à vendre me renforce dans l’idée que le symptôme n’est pas à combattre mais au contraire à déployer. Déploiement en l’occurrence rendu possible par la décision de l’artiste d’en faire une œuvre d’art, de lui donner ce statut. De l’extraire de sa souffrance quotidienne – sans déconner, parlant de symptôme, c’est le plus souvent de passion (au sens de pâtir de) qu’il est question –  et d’en révéler la face drôle, légère, jouissive. 

je ne dis tout cela que partant de mon symptôme à moi, qui est terrible, qui s’appelle la psychanalyse. [...]  Lire la suite >

mardi 5 mars 2013 · 19h57

Entretien avec Jean Clair – Éloge du désarroi

Emission « Les énigmes partagées, psychanalyse et neurosciences »

Avec Jean Clair, interviewé par François Ansermet, pychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, et Pierre Magistretti,  spécialiste du métabolisme cérébral.

1895, date clé, synchronie ahurissante :

L’esquisse de Freud, les travaux sur l’hystérie – véritable rupture épistémologique

découverte des rayons X par Röntgen –> influence sur littérature, ex Thomas Mann, La montagne magique, stupéfaction du héros quand il découvre les poumons de sa bien aimée réduits à une photographie spectrale

cinéma

découverte des géométries pluridimensionnelles, qui rendent les perspectives traditionnelles complètement caduques [...]  Lire la suite >

vendredi 29 mars 2013 · 18h57

Fer
— (déjà)

Il s’agira également de rapprocher cet usage et son « déjà » de Lagandré, du readymade de Duchamp. Pour Duchamp, la chose est déjà faite, la peinture est déjà en tube, elle n’est plus à faire. Et qu’elle ne soit plus à faire est ce qui rend l’artiste impuissant. Lui rend  impossible d’encore faire de l’art. Puisqu’il est fait. Puisque les machines l’ont déjà fait.

Les choses ne sont plus à faire. L’industrie s’en occupe.

Il n’y a plus rien à faire. Il y a bien des travailleurs spécialisés, encore, des ouvriers. Mais ils ne font que ce qu’ils font, dans le cadre de leur travail, et en dehors de leur travail ils consomment également des objets qui leur arrive tout-faits. Déjà faits. [...]  Lire la suite >

samedi 1 juin 2013 · 15h40

lettres de jouissance de simon hantaï (autoportrait d’une exposition en jardinière)

Simon Hantai-Ecriture rose-1958-1959-4
Simon Hantaï, Peinture / Écriture rose

« Poperinge. La maison de mes grands parents, du côté de ma mère. Nous allons loger là un moment. Mes cousins – Jo, Dirk et Roos – sont là. Je ne sais pas pourquoi nous sommes là. Nous sommes réfugiés un moment là. Le lieu était inhabité. Nous travaillons à l’arrière du jardin, à un coin du chemin qui courait tout autour. Je veux replanter une fleur reçue en cadeau. Je ne sais pas du tout de quel côté de l’angle du chemin la mettre. Je la mets d’abord contre le mur du fond, à un endroit où elle recevra le soleil toute l’après-midi, sur un petit promontoire où elle se niche parfaitement, telle la Vierge Marie dans sa grotte à Lourdes; mais ensuite, j’hésite à la mettre du côté plus ombragé, là où le chemin refile vers la maison. C’est là qu’oncle Robbe apparaît, probablement sortant de l’un des petits ateliers qui longent le chemin sombre. Il m’explique que si je la mets côté ombre, je pourrai lui faire longer tout le chemin, jusqu’à la faire rentrer dans le maison. Que ça mettra des taches de couleurs. Je rentre à la maison pour expliquer cela aux autres. Et ensemble nous décidons de planter la plante à l’ombre, et nous nous apercevons que nous pouvons déjà l’étirer jusqu’à la maison. Oncle Robbe est très heureux. Moi aussi. Il se met à travailler beaucoup, dans le jardin. Il dit qu’avant aussi, avant que les lieux ne fussent abandonnés, une telle plante remontait depuis le fond du jardin jusqu’à la maison. C’est une sorte de lierre rampant, florifère. Nous sommes tous contents. J’ai de plus en plus envie de rester là, de ne plus quitter cet endroit. Mais la plante est massacrée, coupée en morceaux. Nous ne savons pas par qui. Oncle Robbe dit que la mairie pourrait faire n’importe quoi pour que pour que la maison ne soit pas réinvestie, habitée. Alors, nous nous mettons à un certain endroit du jardin, toujours à l’arrière, tout près de là où nous étions auparavant, pour appeler ceux qui ont fait ça. Nous crions. Dans cette encoignure, le terrain est en creux. A quatre pattes, je grimpe en haut de la cuvette (comme une dune). De là, je les aperçois qui s’approchent, tapis au sol, ce sont des petits gitans. L’un d’entre-eux arrive juste au dessus de ma tête. Il ne me voit pas, je le devine. Après, s’il y a des explications avec eux, je ne sais plus quelles elles sont. Mais ensuite, tout est détruit dans le jardin, par d’énormes coups de cisaille. Nous ne voyons pas qui commet cela, c’est très rapide. À un moment, j’ai en main une sorte de liane, un faisceau de lianes que nous essayons de sauver (comme des câbles), mais elles se coupent alors que je les tiens dans mes bras. J’ai l’impression qu’on pourrait croire que c’est moi qui l’ait fait. Or ce n’est pas moi. Je me réveille. » [...]  Lire la suite >

samedi 1 juin 2013 · 18h04

« Plier une feuille de papier, l’aplatir et écrire là-dessus en continu avec l’encre de Chine,

« Plier une feuille de papier, l’aplatir et écrire là-dessus en continu avec l’encre de Chine, avec les variations décrites dans 1) 2) 3). Déplier ensuite. Apparitions de fissures. Textes dispersés. Coupures n’importe où. Plusieurs pliages sont possibles, du très serré au très troué . [… ] C’est une très ancienne idée. Chaque pliage donne avec le même texte des peintures différentes, et la coupure dans les mots est aussi chaque fois différente» .

 [...]  Lire la suite >

mardi 4 juin 2013 · 21h51

Créer ce n’est pas assujettir mais consentir ; non pas saisir, mais se laisser surprendre.

L’œuvre d’Hantaï est une anti-performance.

Son parti pris de faire silence est une protestation contre l’ère des productions exemplaires. Peindre, pour ce peintre, ce n’est ni démontrer, ni se démontrer. Aussi son silence, loin d’être anecdotique, a-t-il la portée d’une initiation, que l’on peut rassembler autour d’un double refus

Premier refus : le refus d’interpréter, le refus du discours-clé, du concept dévoilant, qui serait le garant de l’énigme de l’œuvre. Cette œuvre refuse le “message” et c’est là sans doute une provocation à une époque où l’on place toute œuvre dans le prolongement d’une volonté de dire. Hantaï ne se veut le prophète d’aucune signification. Non pas que son œuvre ne donne pas à penser, mais elle ne saurait se réduire au simple prêt-à-voir d’un concept. [...]  Lire la suite >

jeudi 6 juin 2013 · 19h21

Hantaï, composantes de peinture : toile, peinture

Simon Hantaï, ?, 1956?
Simon Hantaï, ?, 1956?

 Je ne me souviens plus du titre de cette œuvre, peut-être tout simplement « Peinture ». Je l’ai prise en photo pour me souvenir que très vite pour Hantaï la toile, le tissu, sera l’objet de sa peinture. L’objet dans sa matérialité, réel. Ce qui paraît évident ici, où c’est le tissu même, dans ses plis et replis, qui est posé sur la toile, comme objet de la peinture, objet sur laquelle de la peinture est posée.

jeudi 13 juin 2013 · 21h09

Hantaï – Nancy : L’exposition qui n’a pas eu lieu. alors le livre d’une correspondance.

« Simon Hantaï, connu comme un des plus grands peintres français des années 1960 à 1990, avait décidé de ne plus peindre ni exposer. En revanche il lisait des philosophes et entretenait des rapports avec certains, soucieux qu’il était des enjeux de son art. Au fil d’années de conversations et d’un travail commun autour d’un livre de Derrida, Jean-Luc Nancy avait essayé d’ouvrir une voie vers un projet qui n’aurait pas abouti à une « exposition » mais à une mise au jour, à une monstration du travail et de la pensée de Hantaï. Celui-ci en vint à approuver ce projet qui commençait en même temps à pouvoir être pratiquement mis en œuvre. Mais sa disparition, en 2008, suspendit l’entreprise dès son premier pas. [...]  Lire la suite >

vendredi 14 juin 2013 · 09h54

le point de capiton de Simon Hantaï

La Madonna del Parto de Piero della Francesca v. 1455, Museo della Madonna del Parto, Monterchi
La Madonna del Parto de Piero della Francesca
v. 1455, Museo della Madonna del Parto, Monterchi

C’est à cette  Madonna del Parto de Piero della Francesca que Simon Hantaï dédie  …del Parto :

Sur un carton d’exposition, il la décrit  dans ces termes :

… del Parto, Tabula 1975Acrylique sur toile pliée 255 x 320 cm
Parmi les Tables peintes à cette époque, quelques unes de couleur terre. Terre verte, rouge, Pozzoli, terre brûlée et ce caput-mortuum.Pliée en rectangles, les croisements fixés par des nœuds à l’envers. La face capitonnée mise par terre est peinte. La couleur caput-mortuum rentre dans la toile instantanément. Ne bave pas, souligne les coupes, les échardes et l’étoilement sec et sans séduction. Les nœuds enlevés et dépliés, le capiton s’ouvre en fente partout.A la Madonna del Parto.

Sur ce carton, à l’encre manuscrite, il écrit également :

Quelque part, dans une lettre j’ai fait allusion au matelas chez Lacan. Cette toile était vraiment un matelas par terre que j’ai rempli de peinture.

Je donne ici quelques photos (toujours) tirées du film de Jean-Michel Meurice qui illlustrent bien à quel matelas, et quels points de capiton, Hantaï fait allusion, en référence avec l’importante notion lacanienne de « point de capiton » : [...]  Lire la suite >

Top