samedi 3 juillet 2021 · 04h24

«Une telle âme ne peut rien désirer, ni rien craindre, elle ne soucie ni d’honneur, ni de bien, ni de vie, ainsi n’a-t-elle plus rien à ménager.»

Plus rien à ménager, c’est dire sa liberté.

Mais elle n’est pas sans désir puisque Dieu désire en elle et à travers elle. La manière dont le désir de Dieu la meut, n’est pas sans évoquer la manière dont le désir inconscient se manifeste, court-circuitant la réflexion, voire même la conscience. Il faut se laisser aller à ce qui vous pousse, ou vous meut. Le premier mouvement de l’âme transformée est de Dieu, c’est le bon. On a pu parler, à son propos, de somnambulisme divin, par exemple dans son rapport à l’écriture, où c’est Dieu qui écrit à travers elle.

La belle indifférence de Mme Guyon
Catherine Millot
Dans Insistance 2012/1 (n° 7), pages 89 à 97
https://www.cairn.info/revue-insistance-2012-1-page-89.htm
jeudi 8 juillet 2021 · 11h54

jeudi 8 juillet, 11h54 :: dégoût (le monde réduit à un diagnostic)

nuits d’insomnies se succèdent. c’est l’écriture sur le blog qui devient trop difficile. qui provoque en moi du dégoût. dégoût de la situation, de cette maladie, de ce que je décris. dégoût et crainte aussi.

sur le blog, j’ai ajouté une page qui liste tous les billets du mois de juin dans l’ordre chronologique. je voulais voir comment ça se lisait (je projette de faire ça pour tous les mois)1.

cette relecture de textes écrits pour la plupart dans l’urgence, la nuit, s’est avérée pénible. je ne cesse de trouver à corriger, à ré-écrire, à supprimer. éventuellement je m’aperçois que je me suis répétée, que deux jours à la suite j’ai redit la même chose, avec la même conviction, m’en effrayer. mais, le plus dur, c’est la confrontation avec ce symptôme nu, ces symptômes nus. car c’est la seule chose que j’écrive : le pire. ce qui n’appartenait qu’à la nuit est venu au grand jour. ça n’a rien de séduisant. qui plus est, il y a les choses que je ne suis pas arrivée à écrire. que je ne peux pas écrire. que je suis arrivée à laisser entendre à l’analyste, mais qu’il est hors de question que j’écrive ici. que je puisse avoir de telles pensées….

j’ai trop réduit mon monde, beaucoup trop.
réduit à ce diagnostic, à la maladie.
qui me paraît n’avoir plus rien d’aimable.
est-ce le point de vue psychanalytique qui en brosse un si abominable portrait?
ou est-ce moi?
prise au piège même de la maladie que j’ai cernée : puisque c’est une maladie où l’on ne s’aime pas, m’être toute enduite de ses symptômes et m’en détester à qui mieux mieux.
or ces symptômes ne sont pas faits pour vivre au grand jour. je leur ai tiré artificiellement la tête hors de terre, fleurs affreuses, informes, où ils ne sont pas censés vivre. à peine d’ailleurs, sont-ce des symptômes. car les symptômes sont faits, eux, pour vivre au grand air. représentants supportables, présentables de monstruosités souterraines. les folies que je rapporte, non, ne sont pas présentables.

mais, qu’ai-je jamais pu leur trouver d’aimable ?
qu’ai-je jamais pu leur trouver d’aimable ?

mal partout.
plus de force,
cassée. je ne sais que faire.

Note

  1. Trucs et astuces : comment faire une page où publier une archive mensuelle dans l’ordre chronologique dans WordPress?
    Eh bien, créer une catégorie du mois pour chaque mois. puis créer la page du mois en listant les articles de cette catégorie dans l’ordre chronologique, voila, c’est tout.
mardi 13 juillet 2021 · 07h45

C’est de la sculpture, je crois, que m’est venue cette habitude de ne penser que sur le moment,

C’est de la sculpture, je crois, que m’est venue cette habitude de ne penser que sur le moment, car j’avais pris l’habitude de ne penser qu’avec les mains et qu’à l’instant d’en faire usage. De la pratique intermittente de la sculpture, j’ai conservé aussi l’habitude du plaisir auquel j’étais par nature predisposée : mes yeux avaient tellement manié la forme des choses que j’en avais appris de mieux en mieux le plaisir, en m’y enracinant. Je pouvais, sans recourir à plus que je n’étais, je pouvais profiter de tout. Exactement comme hier devant la table de mon petit-déjeuner, je n’avais besoin pour former des boulettes de pain, que de la surface de mes doigts et de la surface de la mie de pain. Pour posséder ce que je possédais je n’avais jamais eu besoin de souffrance ni de talent. Ce que je possédais ce n’était pas pour moi de la conquête, c’était du don.

Et en relation aux hommes et aux femmes, qu’étais-je ? J’ai toujours eu une admiration extrêmement affectueuse pour les façons masculines, et sans empressement, j’ai le plaisir d’être féminine, être féminine fut pour moi aussi un don. Je n’ai eu que la facilité des dons, et non le bouleversement des vocations – est-ce cela ?

La passion selon G. H., Clarice Lispector, p. 36.
jeudi 15 juillet 2021 · 10h32

Je me levai enfin de ma table, cette femme.

Moi seule saurai si cette faille fut nécessaire.

Je me levai enfin de ma table, cette femme. Ne pas avoir ce jour-là de domestique allait m’autoriser à une occupation à mon goût : faire du rangement. J’ai toujours aimé ranger. Je suppose que c’est là mon unique vacation véritable. En mettant de l’ordre dans les choses, je crée et comprends en même temps. Mais comme je me suis peu à peu enrichie en plaçant assez bien mon argent, je m’en suis retrouvée empêchée d’exercer cette vocation : pour peu que je n’eusse pas appartenu par la culture et l’argent à la classe à laquelle j’appartiens, j’aurais normalement dû avoir un emploi de femme de ménage dans une grande maison de riches, où il y a beaucoup à ranger. Ranger, c’est trouver la meilleure forme. Pour peu que j’eusse été domestique-femme de ménage, je n’aurais pas même eu besoin de ma sculpture en amateure; si de mes mains j’avais pu ranger tout mon saoul. Mettre en forme rangée ?

Ce plaisir toujours interdit de ranger une maison était pour moi si grand que, encore assise à ma table, je m’étais déjà délecte de seulement dresser mon plan. J’avais regardé l’appartement : par où allais-je commencer ?

Et dans l’intention qu’ensuite à la septième heure comme au septième jour, je fusse libre de me reposer et de profiter d’une journée dans le calme. Calme presque sans joie, ce qui me ferait un bon équilibre : c’est à sculpter pendant des heures que j’avais appris ce calme presque sans joie. La semaine précédente je m’étais trop divertie, j’étais trop sortie, j’avais eu à l’excès tout ce que j’avais voulu, et je désirais à présent cette journée telle qu’elle s’annonçait : pesante et bonne et vide. Je la ferai la plus longue possible.

Clarice Lispector, La passion selon G. H.

vendredi 16 juillet 2021 · 22h50

vendredi 16 juillet :: sur les noms propres dans les magasins de disque

19h21. un verre en terrasse pendant qu’ils magasins de disque. ils toujours des heures magasins de disques. magasins de disque, ça ne veut rien dire pour moi. que des noms, des noms, des noms. je l’ai vu en rentrant dans le magasin, tous ces vinyls affichés qui recouvraient le mur, ces belles pochettes, ne signifient rien pour moi. que des noms, des noms de groupes, de musiciens. jamais arrivée à. il y en aurait des choses à dire. alors, cette fois je suis sortie. j’ai dit je vais boire un verre à côté et me voilà. voilà là. tout ce qui de la culture tient aux noms. aux noms propres. et la façon dont je n’y tiens pas. non, que je n’aie pas voulu. j’ai voulu, mais ça se détache, ça n’imprime pas. les noms propre se détachent. trous dans le discours. ils furent les premiers trous. les trous d’origine, le trou des noms propres. aujourd’hui, comme si leur trou se communiquaient aux autres mots, aux mots moins propres. je ne sais pas si c’est la maladie. je crois. (le monde, l’histoire, la géographie, ça tient par les noms propres, j’y ai suffisamment réfléchi.)

ici à Brux, l’anniversaire de ma mère.

mails catastrophés envoyés ce matin, à l’aube. je ne sais comment rattraper ça. à psy à amie à Pierre. en même temps. ce covid de mon frère, immuno-déprimé. c’est pas. mais je n’ai pas de réponse, donc, je suppose que ça ne se fait pas, qu’il faut encore que je m’excuse.

j’imaginais qu’il allait mourir. lui dit maintenant ça va aller. ce serait bien que ça aille. il dit Pfizer va faire son boulot. je me dis variant Delta l’agressera pas trop. il a annoncé ça hier. qu’ils sentaient les symptômes venir lui et sa compagne. alors que ses deux filles ont été testées positives y a une semaine.

douleurs qu’ils ont ressenties, ça peut être peur, stress, fatigue. espérons. je crains toujours le pire, madame catastrophe. je m’en veux pour ça. il y en aurait des choses à dire. le malheur a ses mots, les mots pour dire le gouffre. je m’y engouffre. et c’est comme si je m’en vantais. me voilà, avec quelque chose à vous dire. enfin.

et donc, le soir, plus tard, 23h34, le frère dit : peut-être c’est juste un rhume. re-testés lundi. mais oui, un rhume. bien.

samedi 17 juillet 2021 · 08h20

sam 17 juillet :: une invitation facebookienne (I)

Bruxelles, 17 juillet, 8h20
Bonjour T.
Vous m’envoyez une invitation, je vous en remercie, vous ne savez pas qui je suis. J’ai bien peine à m’intéresser au monde tel qu’il s’exhibe dans les médias et je n’en recueille que très rarement d’autres échos. À peine je sais où est la Colombie. Tant de coordonnées m’échappent. Il me semble que le temps et  l’espace errent en moi entre zéro et l’infini sans transition.  Tous les jours, je perds un peu la parole et me bats pour trouver les moyens de construire un monde à ma taille où je ne finisse pas de perdre la raison : repérer, chérir, accorder, relier, tenter, de relier, entre eux, l’un ou l’autre propos qui garde à l’extérieur (entendez de votre côté, du côté des autres) quelques résonances. Je teste des formules, des formulations.
Là je séjourne depuis deux jours dans ma famille, à Bruxelles, où ils sont nombreux à être assez malades, je suis dans la joie soucieuse de faire pour eux ce qu’il faut, dans le même sentiment de nécessité que celui qui me pousse à chercher, à trouver les moyens de  soutenir mon jeune fils, grandissant, 16 ans, qui pleure parfois, qui a la vie devant lui, qui lui aussi cherche ses mots, sa parole, l’amour.
Contrainte dans les limites de l’instant, en marge de l’histoire, souvent condamnée au ressassement de mon passé pour échapper à ce qui se refuse au monde, je l’ai bien mal armé. Il y a les mesures anti Covid, les restrictions, la Bac, les incendies, les inondations. Telles sont les limites de mon monde qui requiert tant de mon attention (maintenir les bras ouverts) afin qu’il ne me retombe pas dessus. De plus en plus rarement, ses frontières coïncident avec celles des mondes facebookiens.
Je lis un peu aussi. Mais ce sont des auteurs comme Clarice Lispector qui me parlent, intimement.
Voilà à qui vous proposez une amitié facebookienne. Je ne pense pas pouvoir grand chose pour vous en ce moment. Vous faites certainement un travail de journaliste remarquable. Mais la Colombie est trop loin. S’agit-il des propos d’une bourgeoise blanche et individualiste et pas trop saine d’esprit. Oui. Or, j’ai longtemps essayé de m’y faire : vos mondes sont trop étendus et je ne peux rester liée à toutes les causes (perdues), aussi chrétiennement m’a-t-on élevée – j’en suis déjà toute sombrée.  Il y a ce qui nous dépasse. Peut être se rejoint on là-bas.
Amicalement,
Blanche

Je viens d’envoyer ceci. Quelle fatuité, je sais. Quelle vanité aussi.

dimanche 18 juillet 2021 · 09h41

dim 18 juillet :: une invitation facebookienne (II)

tours, dimanche, 9h41

cher monsieur, vous voudrez bien m’excuser j’espère pour ce que je vous écrivais hier. je sortais d’heures d’insomnies, stériles, l’angoisse s’épaississait que j’aurai tenté de dissiper en m’adressant, par écrit, à l’un ou à l’autre, c’est tombé sur vous.

pour autant que je m’en souvienne, c’est cette phrase de vous qui m’a fait réagir : qu’est-ce que vivre : participer au fait de la cité ( et non pas « simplement vivre »- Walter Benjamin).
je m’en serai sentie exclue, de par l’impossibilité où je suis de participer d’aucune façon à la vie de la Cité.

et puis… je sortais d’un mois de d’abstinence FB… et me sentais glisser à nouveau dans son étang de consommation – de jouissance – effrénée à la lecture de malheurs variés auxquels on ne peut rien mais à propos desquels on donne son avis. il y va aussi de la participation, ou du désir de participation, à un grand blabla, à la mise en place d’un discours commun qui vous fasse sentir, justement, comme partie prenante de la Cité, alors que le plus souvent il n’en n’est rien. et tandis que l’effort de participation à ce discours se fait… d’autres efforts se voient négligés qui ne relèvent que de la solitude. on se distrait. on quête un like, une approbation, une reconnaissance. alors que ce qui me pèse tellement, me handicape, c’est ce qui justement au monde n’est pas approuvé. réprouvé. non pas dans un désir de pardon, mais d’élucidation, d’apaisement. (car les voix de ce qui manque à l’entendement, sont les plus fortes et sourdes et incorruptibles).

blanche

lundi 19 juillet 2021 · 09h24

parenthèse cbd

dimanche 19 juillet, 9h32.
de nouveau dormi jusqu’à 9 h.
je dors comme ça depuis que j’ai augmenté le nombre de gouttes d’huile de CBD que je prends le soir, ainsi que me l’a conseillé le vendeur à qui j’expliquais que c’était de nouveau moins bien depuis quelques jours : augmentez, de 2,3 gouttes, testez. c’est une huile achetée à Bruxelles, pure, pas un isolat. j’en avais acheté un flacon il y a un mois, que je n’ai pas encore terminé, mais  j’en ai racheté un au moment de notre passage. j’ai donc augmenté les doses et effectivement, au plus j’en prends, au plus longtemps je dors. cela faisait des années que je n’avais pas dormi si tard. et le soir, je m’endors directement.
je pense redescendre à 3 gouttes dès ce soir ou demain. je n’en prends pas en journée (ainsi qu’il est par défaut conseillé, sur la notice, je ne le supporte pas, nausées, fatigue, endormissement. enfin, si parfois, quand il me semble que je pourrais avoir des raisons d’angoisser (ou sans raison, comme cela m’arrive quelquefois, vers 18h). et ça m’a aidée.

lundi 19 juillet 2021 · 14h43

lun. 19 juillet – A Hélène Parker :: Le voici, le blog

Tours, lundi 19 juillet, 13:42
Chère Hélène Parker,
Voilà l’adresse du dernier article que j’ai publié, un cauchemar. et voici l’adresse du blog, que vous m’aviez demandée, pour le moment intitulé L’illisible.
Je vais, maintenant que je vous l’ai envoyé, m’empresser d’en changer « l’habillage ».
C’est une des contraintes liées pour moi au blog : je ne peux pas ne pas en modifier l’apparence à intervalles réguliers. Comme si l’habillage en modifierait la lisibilité. 
Il s’agit cette fois d’un blog WordPress, hébergé sur la plateforme de WordPress, la formule gratuite. La raison de ce choix est que cela limite notablement les possibilités de modification de l’habillage et des fonctionnalités du blog. Je m’en tiens au fil des lettres, je m’y contrains, je renonce à faire image, à tomber dans le trou de l’image impossible. Je m’en tiens à la possibilité d’une voix.
Pouvez-vous prendre cela comme un bloc-notes, comme un fourre-tout, du vaste brouillon. Comme un pare-au-pire. Dont j’espère un jour parvenir à tirer du lisible. 
Je veux aussi y témoigner de la psychanalyse,
Bien à vous,
Blanche Demy

NB : La sorte de réduction à laquelle l’écriture de ce blog m’avait amenée, qui m’était devenue insupportable, j’essaie maintenant de l’étoffer par des éléments du jour, des éléments qui ne soient plus seulement extraits de mes angoisses nocturnes. Je sais pertinemment que je ne fais pas de la littérature.

mardi 20 juillet 2021 · 07h28

mar. 20 juillet – à HP, non-envoyé :: des nouvelles

Bonjour,

De nouveau là car hier frère écrit qu’ils testés négatifs, mais qu’Elena malade « genre rhume-grippe très fort ». Je dis symptômes Delta. Il oui dit.

Sommes à Outrée pour terminer de vider l’appartement de C, vendu. Vider, jeter, ramener à Outrée ou à Tours. Il y a des meubles auxquels je suis très attachée. Je vous ai parlé de cet attachement. Demain vient un commissaire-priseur pour O et C. Il notera l’incommensurable.

Édouard fait le fou depuis quelques jours, crispant. Il ne va pas bien. Il ne parle plus que sur un ton impossible à croire. Un ton normal. Cela équivaut chez lui à de l’ironie. Je crois qu’il râle parce qu’il a pris congé et ne partira pas en vacances. Ça lui pèse. De ne pouvoir sortir de France aussi. Pour lui, les vacances, c’est à l’étranger.

J’ai arrêté de faire du tai chi. Sans en avoir vraiment fait état. C’est pourtant un fait important. Inattendu. Qui me donne à penser à toutes ces dernières années. J’ai arrêté (cela s’est arrêté) lorsque je me suis rendue compte que je n’irais pas au stage de Lise-Anne W, ici en France. Pas le courage de remettre ça. De revivre ça. J’ai écrit en ce sens à Pierre, une lettre restée sans réponse, ce qui a achevé d’emporter ma conviction.

Du coup, je ne sais plus très bien ce que je vais faire de mon corps.

(Sortie de la lecture de Catherine Millot, je suis passée à celle de La passion selon G. H. de Clarice Lispector qui à son tour me passionne, mais très différemment.)

Hier, après vous en avoir communiqué l’adresse et songeant à ce que j’avais publié dans la journée, cet impossible cauchemar, j’ai pensé que je ne continuerais pas longtemps ce site. Je ne vois pas comment le rendre « lisible ». Je suis stupidement attachée à tout ce que j’écris, sans distinction. Et tentée d’écrire toujours davantage. À l’époque, je pensais cela en terme de translation : translater, reporter sa vie dans le blog. Avez-vous eu, petite, un « translateur »? Cette règle roulante qui permet de tracer des parallèles (mais aussi des perpendiculaires, des carrés, des cercles, etc.)? C’est à ça que je pense. J’aimais beaucoup cet instrument.

Je ne sais pas si je peux continuer à vous écrire. Je l’ai fait ce matin (faux, je ne l’ai pas fait, pas envoyé ce mail), à cause du sentiment de devoir faire quelque chose pour mon frère. Et la crainte de ne pas le faire, d’être prise par les impératifs ici.

Édouard n’a pas beaucoup d’affection pour mon frère Pierre Louis. Un peu plus peut-être pour ma mère. Mais ça lui pèse d’être dans sa maison (ambiance trop maternelle, plombante, chaleur effroyable).

Il faut que je retourne à Bruxelles, régulièrement. Il faut que je le fasse. Il y a beaucoup à faire, pour ma mère, mon frère aussi.

Merci de m’avoir lue,

Blanche Demy

mardi 27 juillet 2021 · 10h23

mar. 27 juillet :: dedans dehors (d’inanité sonore)

Rentrés hier à Paris. Réveillée ce matin à 7 heures. Plein de rêves, plein de rêves. Traîné puis levée pour écrire et réinscrite réseaux sociaux, ça fait 2 heures que j’y.

Ca fait 2 heures que j’y.

Tout le monde dort, une fenêtre du salon ouverte sur le ciel blanc. Bruits qui résonnent dans ce qui s’entend encore du silence : c’est le matin, c’est les vacances. Mardi 27 juillet. Du dehors, l’air n’est pas tout à fait le même qu’au dedans. Il y aurait quelque chose à en dire, mais je ne trouve pas quoi. De la conscience de cette frontière, à quelques mètres de moi. Dedans dehors. Je songe une fois de plus à la joie de Proust qui écoute, guette ravi depuis sa chambre les bruits de la rue et nous les décrits. Il y a quelque chose de ça. N’était-ce la stridence de certains bruits parfois, qu’il faut supporter, accepter, intégrer. Le rugissement d’un camion. Ici, pas de marché, pas de marchand, de passant quotidien que l’on reconnaîtrait, rue anonyme. Des voix, des dialogues, pourtant, qui sont comme de toute éternité, même en langue étrangère, et tiens, voila du français, cet accent ! Ceci ne s’entend qu’au matin. Et que grincent les pneus d’un vélo dans la descente. – Allez, bonne chance ! – Bon courage ! Avec leur métier, leur âge tout inscrit dans leur voix, comme hier le lierre pris dans les branches blanches du vieux poirier. Chair, rocaille. Si l’on ne distingue ce qui se dit, un soupir s’entend. Dedans, dehors. Qu’est-ce qui me vaut ce qui s’apparenterait à de la joie. Une joie bien calme, qui ressemble au silence, au recueil. – Ce pays de merde ! Voix reconnue d’un clochard. Et l’absence de soleil. Qui ne se lèvera pas du jour, cela se laisse aisément prédire. Les deux amis qui passent en parlant. Les pas de ceux que je n’entends pas. 9h30. Quelle cloche sonne ? De Belzunce. Qu’est-ce qui nous vaut la joie, la joyance? Est-ce d’être seule, ce vol aux dormeurs, ce vol aux surveilleurs? Comment on sait si peu de soi et de ses raisons. Faut-il le savoir ? Le bus électrique se signale d’un son de cloche qui ressemble à celui des trams bruxellois. Ou s’agit-il seulement de cet état d’être, en extension, en élargissement. En neutre élargissement. Car le mot de joie est trop connoté, a trop pris parti, pour parler de cet instant qui n’est pas loin de se satisfaire de cela seulement qui résonne, se transmet, se répercute. Les voies sonores, l’épaisseur trouée du silence.

(l’air, vecteur, est cela qui vous enseigne)

*

Lu hier, de Bernard Lecoeur :

« L’identification contribue à transformer ce qui est de l’extérieur en intérieur. C’est une façon d’aménager l’espace, d’y introduire une certaine vérité qui n’est autre que celle du corps. L’identification participe à la mise en place de lieux, le lieu de «l’un comme tel [devient celui de] l’Autre » [1].
[1] Lacan J., Le Séminaire, livre IX, « L’identification », leçon du 29 novembre 1961, inédit.« 

https://www.hebdo-blog.fr/identification-a-distance/

qui se répercute ici sans que j’y comprenne rien.
De l’Un devient de l’Autre. Ce qui se répercute : de l’Autre. L’humanité.
De lieu : Disons : de corps étendu. Sa vérité ai-je tellement envie d’ajouter.

… au salon vide : nul ptyx
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

Je ferme la fenêtre le bruit, retourne me coucher
jusqu’à ce que tous se lèvent et que je puisse
à mon tour faire du bruit.

mardi 27 juillet 2021 · 12h00

mar. 27 juillet :: rêve -affublée d’un double

À ce que j’écrivais ce matin, je voudrais rapidement ajouter que je m’étais d’abord réveillée fort prise dans un rêve où j’ai aussi longtemps que possible continuer d’errer, que j’aimais alors qu’il s’agissait d’un cauchemar, dont je ne me souviens d’aucun terme, si ce n’est, peut-être, celui exagéré des silhouettes de ce sculpteur dont le nom me revient : Giacometti.

J’étais dans le rêve affublée d’un double, crois-je. Un double masculin dont l’allure évoquait l’un de ses longs marcheurs au corps de terre adoigtement rapprochée (je le dis comme ça me vient). Ce double avait une fonction déterminée liée à ce qu’il ne soit pas sans sens qu’il soit, lui, de sexe masculin. Cette fonction s’exerçait sur moi, consistait à me faire faire quelque chose. D’autres personnes étaient ainsi affublées de doubles. De doubles comme d’ombres.

(Dans une revue, j’avais vu hier une sculpture de Giacometti constituée, je crois, de 4 de ces longs marcheurs (pris dans une sorte de carré, de plaque carrée, à distance respectable les uns des autres), chacun solitaire*. Il y a de ça dans le rêve. Ainsi qu’une petite céramique de mon père.)

Eveillée, songeant à ce rêve, l’oubliant tout en même temps, constatant ma fatigue, j’entendis l’une de ces voix dont j’oublie toujours les paroles, qui me disait, mais de façon fort neutre, de mourir. Je l’ai observé, le phénomène, j’ai vu qu’il pouvait s’amplifier (les phrases étaient prêtes à faire chorus). Je n’avais pas du tout peur, n’étais pas mal à l’aise, restais dans les traces du rêve où j’aurais aimé retourner, dans l’observation de mon ample fatigue, très remarquable, très agréable. J’ai envoyé tout de même l’une de ces phrases un peu stupides que j’utilise parfois pour contrer le phénomène, où je m’enjoins à vivre plutôt (que de mourir). Phrases un peu stupides, inspirées par le tai chi, mais qui ont certainement largement contribué à dédramatiser le phénomène, qui fut autrefois douloureux, qui l’est de moins en moins. Qui n’est plus qu’un signe mystérieux de je-ne-sais-quoi, d’une réalité de mon fonctionnement, d’une vérité même. Il y a en moi quelque chose qui ne tient pas tellement à ce que je vive.

Or, c’est la neutralité ce matin qui était le sentiment dominant. Rien n’était désagréable. Alors même qu’il y avait le cauchemar et les phrases. Je préfère le préciser, cette indéniable amélioration. Car j’ai écrit ici par le passé, le mois dernier, des choses qui moi-même m’ont effrayée.

Je ne dis pas qu’il n’y ait pas d’autres choses à écrire ici, qui aient trait à ce phénomène (des ordres de mourir que j’entends, ou des injures), dont, si je puis dire, la charge virale semble s’être considérablement amoindrie. Je le ferai. Je crois bien que je le ferai.

C’est ce phénomène, dont je ne retiens jamais comment les psys l’appelle, ce que j’ignorais jusqu’à peu, qu’ils l’appelaient, le nommaient, jusqu’à ce que je commence à lire sur la bipolarité, qui a signé pour moi ma mélancolie, dont j’ai même lu qu’elle était considérée « déclenchée » une fois que ces voix apparaissaient. personnellement, j’aurais préféré la case « psychose ordinaire ». Mais bon, ça change.

* Illustration : La sculpture était plus grande que celle de l’illustration que j’ai utilisée, sans être surélevée. Les personnages au moins 4, et plus distants.

mercredi 28 juillet 2021 · 15h55

timidité – comment je suis devenue seule – qu’est-ce que tu fais dans la vie?

on a été invités. 
j’espère qu’on répondra oui. bien sûr, j’y suis pour quelque chose, dans cette réponse. je puis y être pour quelque chose. or je ne sais ce qui de moi n’ira pas dans le sens de cette invitation, voire travaillera contre. 
je ne pense d’ailleurs  pas qu’il y ait moyen d’en savoir plus. 
d’en savoir plus sur ce qui  veut et ce qui ne veut pas. sur tout l’en même temps. 
« Points de fixation, ce titre est emprunté à Freud. C’est ainsi, en effet, qu’il désignait un arrêt de la pulsion en un ou plusieurs points du développement de la libido. Jacques-Alain Miller – dans son cours du 30 mars 2011 – fait équivaloir ce point de fixation freudien à la conjonction lacanienne du Un et de la jouissanceYad’lun, du Un de la jouissance qui ne laisse pas aller à la métamorphose, au déplacement, qui revient toujours à la même place, reste fixé en un point. » 
https://www.ecf-echoppe.com/produit/points-de-fixation/
point de fixation : je suis toute seule à la cour de récréation. 

ces derniers temps, je contemple ça, je suis fascinée par ça, j’interroge muettement ça, comment je suis seule, et surtout comment je suis seule depuis longtemps, comme si c’était depuis toujours, et sans que je m’en sois même nécessairement rendu compte.

comment ça a commencé, je me suis dit, comment ça s’est fait. comment une petite fille jolie, gentille, qui réussit bien à l’école, ne se fait pas vraiment d’ami, n’appartient jamais à aucun groupe d’ami.e.s. sans en souffrir beaucoup, d’ailleurs, d’abord. la voila qui grandit. adolescente. jeune adulte, il n’y aura jamais que l’une ou l’autre meilleure amie, plus tard l’un ou l’autre ami, amant, amoureux. qui toustes finissent toujours par disparaître.

alors, la cause ? timidité. d’accord, mettons ça sur le dos de la timidité. testons ça un instant. #timidité

ce serait quoi cette timidité. un autre nom de la maladie ? un mot trop vite mis sur certains comportements, qui empêche de voir ce qu’il en est ? #maladie

elle est timide.  je suis timide. combien au monde sommes-nous à être timides ?

comment as-tu été timide, chérie, raconte.

la vérité, c’est que tu ne sais pas.

d’abord, tu ne te sens pas bien dans les groupes, c’est là que tu te sens timide. tu ne supportes que les relations à deux, duelles. une à un.e. un homme ou une femme. et dès que 2 + 1, ça fait trop. tu n’appartiens à aucun club, de sport ou de loisir, tu ne vas à aucune fête, aucun dîner, aucun vernissage, à moins que tu ne sois accompagnée/protégée par une meilleure amie ou un ami/petit ami/amant protecteur. ton double. tu avances dans sa doublure. silencieuse. #double #doublure

(tant et si bien que) tu ne poursuis pas tes études. tu ne poursuis pas tes études. d’abord tu ne sais pas quelles études faire, et ça dure, ce temps, sans savoir. ça te semble durer. puis tu te lances au hasard. tu te trompes. puis tu tentes des écoles qu’enfin tu as choisies et qui ne veulent pas de toi. tu fais alors des métiers, alimentaires comme on dit, dont tu n’es pas fière. tu n‘as pas de métier dont tu sois fière. tu t’enfermes dans les invitations déclinées, dans les évitements. tu fuis ces situations où tu n’arrives pas à faire face. les situations où tu ne parviens pas à répondre de ce que tu fais, qu’est-ce que tu fais ? dans la vie ? où tu esquives, tu ris, tu t’enfonces sous terre. où tu as honte de ce que tu es, de ce que tu n’es pas, où tu n’as plus rien à dire. où une chape de silence fond sur toi. où tu ne peux absolument pas être au même titre que les autres. où ta différence est malêtre de tous les instants. #honte

où ta seule issue, ça aura été la séduction, non pas celle que tu agis, mais celle que tu constates agir sur les autres, sur certains autres, celle que tu connais depuis longtemps, celle qui te donnerait presqu’une identité, de femme, plutôt que rien, où ça te dit femme, elle seule qui te soutient, devient dès lors impérative, pas d’autre être (para être). ce qui te met tout à fait à la merci du regard (de l’autre : tu es vue femme).  #femme

tu t’isoles.

cet isolement passe relativement inaperçu. tu as du travail, travail alimentaire s’il en est, le même travail que ta mère. tu as encore l’une ou l’autre ami.e que tu vois de temps en temps. qui de temps en temps te convoque, pardon, t’invite. souvent, avec l’âge, ce sera plutôt un homme. un homme que tu accompagnes, à l’ombre de qui tu choisis de marcher, où tu t’abrites. tu t’en sors à être la femme de, comme beaucoup plus tard tu t’en sortiras à être la mère de. tu iras t’abriter là. #mère

tu auras beau avoir été informée du féminisme.

et qu’y a-t-il encore qui tienne la main de la timidité et de son rien à dire: le rien à mettre. de tout temps le rien à mettre tient la main du rien à dire, se cache derrière ses jupes, ses longues jupes. le rien à dire a des jupes : nul doute à cela. #rien

rien. n’est-ce toi fille, incomplète, faite à demi ? pas une sans un autre. un représentant, un tenant-lieu. #demi

ta dépendance à cet autre accroît la haine où tu es de toi. tu lis les livres de psychanalyse, tu te forces, tu t’efforces, tu tends vers ça : sortir de l’aliénation, opérer la séparation. aliénation à un autre, séparation d’avec lui. à quoi tu t’acharnes. to stay alone, rester seule, allein bleiben, écris-tu dans une sorte de profession de foi. tu ne tends plus qu’à cela, te construire, séparée, achevée, complétée.

en as-tu souffert plus qu’aujourd’hui, de la solitude ? tu as grandi en elle. tu as fait face à toutes sortes de monstres, aujourd’hui assagis, voire disparus, et c’est maintenant que tu regardes les choses depuis cet angle, jusque-là délaissé, de ton isolement. #isolement

(isolement vs solitude)

depuis qu’on a donné un nouveau nom à ta maladie, tu regardes partout, tu regardes autour, tu regardes en arrière, bientôt tu regarderas en avant et toutes les questions te paraissent posées différemment. #maladie

avoir été seule, avoir été timide, de toujours, aurait été déjà un symptôme de la maladie. toi, tu pensais jusque-là que c’était un symptôme de femme, de l’être à moitié faite. pas tout à fait, il semblerait. la frontière est trouble. ça se chevauche.  #féminisme #êtrefemme

que tu te sois haïe, ne tient pas seulement à la haine (inconsciente) que tu vouerais à ton sexe. ce n’est seulement la femme que tu as haïe en toi. pas à elle seulement que tu ferais porter ton incomplétude. ou dont tu endosserais le rôle, secondaire, socialement imposé. il y a autre chose. de pire. il te semble. #hainedesoi

dont tu portes la faute, la responsabilité inconsciente. #faute

donc, tu voudrais en savoir plus sur la maladie, tu as envie de ce qui se sait de la maladie, dans les livres, et tu as envie de ce que toi tu pourrais en dire de plus, de ce que tu pourrais y ajouter. ça te motive. dire quelque chose de la maladie, dire de toi.  à la fois tu voudrais dire la grandeur de la maladie, à la fois tu voudrais n’en plus pâtir ni faire pâtir les autres. tu voudrais faire aimer la maladie. la maladie plus que toi-même. et tu veux la nouer à ton être de femme, auquel tu as toujours tenu. haï et tenu. tenu énormément. en quoi tu te reconnais. qu’il faut maintenant, vu l’âge, maintenir en vie hors la séduction, la séduction perdue et sans pleurer dessus. il faut lui donner mot, prendre voix. #êtrefemme #maladie

que sont ces riens à dire, riens à mettre de ton isolement, quels sont ces facteurs de la maladie. que tu n’ignorais pas, ces riens, tu les savais au cœur de ton fonctionnement, de tes dysfonctionnements, sans arriver à t’en soustraire, à en tirer ton épingle du jeu.

du rien, tu voyais le lien à la mystique, à la jouissance, sans trouver le moyen de l’approfondir –

pourtant tu seras bientôt seule avec le rien. année après année, tu le vois faire le vide autour de toi, sans que tu y puisses mais, tu le vois manigancer, ignorante de ses secrètes fins : bientôt il n’y a plus rien entre le rien et toi, rien qui vous sépare, on pourrait presque vous confondre, n’était-ce peut-être chez toi le désir perpétué, rené, d’analyse, d’écriture de ce rien.

aujourd’hui, tu n’as plus de travail, plus d’astreinte, plus aucune contrainte, l’angoisse et celle liée à la vie de ta petite famille, s’en sont atténuées largement, tu as recommencé à dormir. une forme d’équilibre est atteint.

tu te sais mue par l’amour du réel. #réel

le réel du symptôme. #symptôme

et tu entrevois qu’il ne s’éteindra pas, que sa source ne s’épuisera pas, que tu trouveras à t’y abreuver sans fin. il y aura toujours quelque chose à écrire.

tu penses que tu es privilégiée. tu penses que tu as fait de ta condamnation un privilège. tu sais que c’est une question de vie ou de mort. qu’il y a d’autres questions. comme celle du temps, que l’on n’arrête pas. mais que celle-là, quoi qu’il en soit, tu ne peux pas y renoncer. ce sera toujours dans la balance. ça n’est pas nécessairement confortable. c’est un choix malgré toi. que tu n’as pas élucidé. dont la maladie est un nom. tu as avancé jusque-là entre les murs formés des vagues relevées de l’angoisse, toujours prêtes à t’engloutir. avancé dans la mer morte.

du rien, tu voyais le lien à la mort, au suicide, à l’échec, au ratage, à l’anonymat obligés. du rien tu craignais les ravages sur ton fils.

du rien, tu voyais l’oubli perpétuellement avançant, grignotant, la perte inéluctable de la langue, de la raison. #oubli

tu as considéré les mots qu’il te restait, et l’estime où tu tiens ce qui avance ne s’ignorant pas seulement mu par la jouissance du parler en dépit du moindre sens.

du rien tu as vu les bouchées qu’il fait de la vie des uns, de la vie des autres. et du peu de poids qu’il accorde jamais à l’opinion où il n’en pèse d’ailleurs aucun, sinon celui-ci : par l’opinion tu trahis ton intelligence, non pas celle de l’Autre, celle de l’Un qui ne s’y laissera pas réduire. aucune opinion ne détermine, ne résout une identité, toutes te mèneront à te trahir, à trahir le flot, le non-identifié. je me dis alors : parle pour toi, c’est bien assez. #opinion

du rien donc, et ça en sera assez pour aujourd’hui, il te reste à trouver le moyen d’entrer dans la grande joie, et si ce n’est pas la grande porte, ce sera par la petite, l’étroite, et trouveras à l’enseigner de sorte qu’à ceux dont il est comme à toi le mot de damnation, tu

… rien

est-ce que j’ai seulement dit quelque chose ?

mercredi 28 juillet 2021 · 16h41

I write just one or two pages a day, yes, only in the morning, and I never add or take out anything.

« I write just one or two pages a day, yes, only in the morning, and I never add or take out anything. But what is important is that I never have a plan or a story in mind. Each page is revealed to me at the moment I start to write. This is the only way that I can write, for writing is not a job for me, nor an art, but a faith, a sort of a personal religion. To continue writing I don’t need to know where I’m headed, only that I can do it, that I’m the only one who can.

This is how I wrote my most important books—Orbitor v. 1-3 (Blinding v. 1), Levantul, Nostalgia (Nostalgia), and Solenoid—and this is how, for forty-five years, I have written my journal, which is the point of origin for all my writings.

(…)

I’ve always written about myself to understand my situation and to heal myself (to paraphrase Kafka and Salinger, respectively).

(…)

My journal is made of the same stuff as my literature. It’s literature in the same way that my literature is actually a journal. Kafka used to write both his daily notes and his stories in the same notebooks, making very little or no distinction between them.

It is almost the same with me. I cannot tell you how important it is to write these notes for me, day by day, drawing in my notebooks all the tropisms of my mind and body, each thought, each sensation, each symptom, each vision, each and every dream.

It is my scriptural skin, following, in a topological way, all the protrusions and intrusions of my body, mind, soul. If I cannot write for three or four days in my journal, I suffer a real and painful panic attack. »

Source : A CONVERSATION WITH MIRCEA CĂRTĂRESCU, December 11, 2018 by Rodrigo Hasbún

Top