jeudi 2 janvier 2025 · 05h26

comme un chien, comme un rôti

Extraits de Kafka, le temps des décisions de Reiner Stach dans le chapitre « Abandon de soi et angoisse de la sexualité »

“ Ma vraie crainte — on ne peut sans doute rien dire ni entendre de pire — est que je ne pourrai jamais te posséder. Que dans le meilleur des cas j’en resterai toujours réduit à embrasser comme un chien insensément fidèle la main que tu me laisseras distraitement, ce qui ne sera pas un signe d’amour, mais seulement un signe du désespoir de l’animal condamné au mutisme et à une distance éternelle. Que je serai assis auprès de toi et que j’éprouverai comme cela est déjà arrivé le souffle et la vie de ton corps à mes côtés et que je serai au fond plus éloigné de toi que maintenant dans ma chambre. Que je ne serai jamais capable de guider ton regard, et qu’il sera vraiment perdu pour moi quand tu regarderas par la fenêtre ou que tu mettras ton visage dans tes mains. Que je passe main dans la main et lié à toi en apparence devant le monde entier et que rien de tout cela ne soit vrai. Bref, que je reste à jamais exclu de toi, même si tu te penches si bas vers moi que cela te met en danger1. »” (p. 403)

jeudi 2 janvier 2025 · 05h37

ascèse et sculpture de soi

Extraits de Kafka, le temps des décisions de Reiner Stach :

On ne peut l’imaginer s’en remettre aux manipulations d’un psychothérapeute : il ne supportait pas que d’autres portent la main à cette sculpture de soi à laquelle il œuvrait.

Chapitre « Ascèse et liste de mariage »

A la l’annonce de ses fiançailles dans le journal – « on peut deviner quelle dose d’énergie psychique ce brusque passage du rêve au réel dut coûter à Kafka. »
p. 655

sacrifice – « Kafka avait résisté, renoncé, détruit la lettre de candidature (l’emploi que Musil lui avait proposé) qu’il avait déjà cachetée. Il avait fait un sacrifice. Et maintenant, il voulait savoir très précisément au nom de quoi. »
p. 656

angoisse – « Il ne fait guère de doute que c’est l’angoisse qu’inspirait à Kafka la porosité de son moi — angoisse d’une abolition de ses frontières personnelles, angoisse d’une désintégration, angoisse, à terme, de la mort — qui le poussa progressivement à adopter cette stratégie de survie ascétique. »
p. 664

lundi 6 janvier 2025 · 18h43

Notes sur l’infinitif

– Atelier d’écriture Laura Vazquez du 28 décembre 2024 – 

s'être tue avoir tu être tue taire et se taire
avoir vécu avoir été  
n'avoir vécu n’avoir été 
fuir
avoir fui 
    avoir dormi 
        avoir oublié 
              s'être relevée
errer 
  l'infinitif, temps de l'être sans sujet
être l'errance 
  l'infinitif, temps sans adresse
manger, être ce qui mange 
danser
  temps du dedans du verbe
attendre
  temps du présent, de la présence du passé, de la présence du futur
  infinitif :  définitif de l'infini
rire jouir dire
le temps de la porosité 
de la peau en allée 
s'ouvrir 
s'être ouverte /  l'avoir été (avoir été ouverte)
s'en être allée avoir mouru être morte

 

 

Les ateliers d’écriture Laura L Vazquez:

https://lauralisavazquez.com/ateliers-ecriture/

https://www.instagram.com/lesateliersdecriture/?hl=fr

mardi 7 janvier 2025 · 09h30

paranoïa renoncée et paranoïa inversée de Lacan

On le sait, je me relis. Je relis depuis hier un rêve fait en 2012, en décembre 2012, « J’aurais tué Nathalie F ». Dans l’analyse de ce rêve où je vais aller en prison pour avoir tué quelqu’un, je cite rapidement la « paranoïa renoncée » de Lacan :

Et ensuite, il cherchera à donner à la psychanalyse un nouveau fondement avec le langage. Ainsi, je vois la passion de Lacan traverser son enseignement, la passion qu’il subit d’être seul. Et en même temps, son mouvement propre est celui d’échapper à la clinique que promeut la passion d’être seul. Si Lacan a commencé par une clinique de la paranoïa dans sa thèse de psychiatrie, s’il a ensuite, et c’est peut-être le premier concept sur lequel il a enseigné, promut le thème de la connaissance paranoïaque, c’est précisément parce que – s’il a choisi dans Hegel, s’il a donné cette valeur au moment de la reconnaissance -, c’est précisément parce que sa pensée est dressée contre la paranoïa. Je ne dis pas sa passion d’être seul est précisément une paranoïa renoncée, je dis son enseignement – sa doctrine du sujet -, est précisément ce par quoi on peut dire qu’il y a comme une cure de Lacan. Et c’est la valeur que je donne également à la scission qu’il opère du moi et du sujet. Le moi tel qu’il l’a cerné est toujours gros de paranoïa et au contraire le sujet tel qu’il l’a d’abord amené est fonction de l’Autre, est fonction intersubjective. Eh bien j’infère de ça que le débat foncier de Lacan, c’était son débat avec sa passion d’être seul. Et, à cet égard, de la même façon qu’il peut dire de Gide, que Gide s’est accomplit avec le message de Goethe, Lacan s’est accompli avec le message de Hegel, c’est-à-dire avec une dialectique qui lui a permis de renoncer, et dès avant la fondation de l’École freudienne de Paris, de renoncer à la méconnaissance qui va avec la passion d’être seul.
Jacques-Alain Miller, Vie de Lacan, « Lacan contre tous et contre Lacan », cours du mercredi 17 février 2010

Plus tard cette année-là, Jacques-Alain Miller parlera ensuite de « paranoïa inversée de Lacan » : 

Si je prends au sérieux que Lacan quand je l’isolais dans cette posture se reconnaissait comme « parfaitement photographié », je dois dire que sa position foncière comporte que l’Autre, le grand Autre, dans la circonstance, l’ensemble de ceux qui font les spectateurs, l’Autre est bon et on peut dire corrélativement, en même temps qu’il assigne la bonté à l’Autre, qu’il lui assigne le sens commun, qu’il lui assigne la reconnaissance entre des semblables, nous partageons le même savoir, nous rions aux mêmes lapsus de l’Autre, à ses plaisanteries et on sent ainsi cet Autre, la masse de cet Autre à l’occasion parcourue d’ondes, vagues similaires. En regard lui Lacan, en regard de cette bonté de communauté, en regard lui, il est méchant. Et je le montre, au fond, blessant incessamment la sensibilité samaritaine d’une assistance pour une part, pour une grande part, faite de médecins et de psychologues. Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant ». Et c’est en quoi non seulement sa position n’est pas paranoïaque mais elle est proprement une paranoïa inversée.
Mettons en regard le cas Jean-Jacques RousseauLui, comme paradigme. Eh bien dans ce paradigme c’est l’Autre qui est méchant, c’est la civilisation qui est nocive et empreinte de méchanceté tandis qu’il revendique pour sa personne un fondamental « je suis bon », et qu’il l’étend, il étend cette déclaration à l’homme primitif. Tandis que Lacan, lui, il étend son « je suis méchant » à la position du sujet, je ne dirais pas de l’inconscient, mais à proprement parler il l’étend au sujet de la pulsion.
Cette inversion de la paranoïa, si on l’isole ainsi, permet de mettre en série nombre d’énoncés de Lacan avec lesquels il jouait à surprendre, scandaliser, émouvoir son auditoire. Par exemple, quand il lui arrive de dire « Je n’ai pas de bonnes intentions »  et même « à la différence de tout le monde », il parade en être méchant. N’oublions pas que les bonnes intentions, on dit que l’enfer en est pavé, on n’a pas attendu Lacan pour s’en méfier de la bonne intention. La bonne intention s’établit sur la supposition que je connais ton bien. C’est en raison de cette supposition gratuite, hasardeuse, cette supposition qui nie l’absolue altérité, c’est en fonction de cette supposition que je peux imaginer que mon intention est bonne, et par-là déployer à l’endroit de cet Autre que je crois connaître comme ma poche, tous les ménagements voire m’offrir à me sacrifier ou du moins au moins à me contraindre. À cet égard, ne pas avoir de bonnes intentions est de l’ordre de la salubrité. Ça veut dire : je ne préjuge pas de ce qu’est ton bien. Et pour l’analyste, il faut bien dire que c’est de tous les instants qu’il a à se méfier de ses bonnes intentions puisqu’on vient lui demander son aide et qu’il est par fonction préposé à faire le bien de l’Autre, il est requis dans cette fonction. C’est le fruit d’une discipline que de ne pas s’autoriser de cette présomption pour commencer par s’abstenir du savoir du sens commun.

mardi 7 janvier 2025 · 11h47

les extractions possibles

Or donc, je me relis, je me relis et je me dis que oui, il faudrait que je reprenne les Nathalie, tous les articles où Nathalie apparaît dans mes rêves et que j’en fasse un texte séparé, que je l’extraie du blog, que j’en fasse une petite publication séparée, qui tienne à soi seule, sur elle-même, comme j’ai eu l’ambition de le faire pour ma tante Titi. Mais on sait bien que je ne peux me permettre aucun ambition, que je ne me tiens à aucun projet. Pourtant, ce serait intéressant.

A quelles autres extractions ai-je déjà pensé ? Le K. Les Fracassemeurs,

Il y en a d’autres. Qui nombreuses se recoupent. A réfléchir, Ou pas. Puisqu’il s’agit d’y aller ou pas. Tout ça est au dessus de mes forces.

*

Mots-clés du mot-clé Nathalie

mercredi 8 janvier 2025 · 04h22

de vocalises silencieuses in the middle of the night et de leurs conséquences

je me suis réveillée vers 3 heures, il est 4h22, je suis dans le canapé du salon, assez fatiguée mais j’ai l’impression que je ne suis pas prête de dormir. je n’ai pas fait d’instagram puisque j’ai désactivé mon compte. un jour, on ne saura plus ce que c’est instagram. à la place j’ai mis de l’ordre dans mes photos sur onedrive. un jour on ne saura plus ce que c’est onedrive.

la pièce est éclairée avec la toute fine guirlande led, si fine qu’elle est un peu indémêlable, que jules avait tout de même un peu démêlée et installée.

j’ai l’impression d’une tension un peu élevée dans mon crâne, dans mon cerveau. je ne sais pas trop ce que ce serait. ça correspond à une forme d’énervement. je l’ai éprouvée hier matin aussi en travaillant sur le site. j’ai travaillé sur le site toute la journée. cette tension dans le crâne est apparue quand j’ai soudainement fait face à quelque chose, me suis trouvée confrontée, à je ne sais plus quoi. je m’en suis éloignée (mentalement, je me suis enfuie, été ailleurs) mais la tension est restée, a monté. c’est de nouveau là. ça m’empêche un peu de penser. ça pourrait précéder une migraine. c’est ce que je pressentais hier, un peu plus tard dans la journée.

je viens de prendre une cuillerée d’huile de nigelle. j’aurais dû le faire plus tôt.

il faut ou je pourrais considérer l’activité d’écrire comme une activité absolument passagère me procurant un plaisir sur le moment-même, et sans plus. et non pas du tout comme une activité qui aurait la moindre noblesse, une quelconque noblesse, une noblesse un peu supérieure à toute autre activité, mais pourquoi est-ce que je parle de noblesse, pourquoi est-ce qu’aucun autre mot ne me vient à l’esprit, valeur aurais-je pu dire. non, je ne peux pas dire ça. je ne dois pas dire ce genre de chose. à tout le moins quand je cherche à écrire, cet exercice me permet-il d’entraîner mon esprit, de retarder sa déchéance, la perte des mots, la perte de l’usage de la langue, la possibilité de réflexion ou de communication. et il y a un certain plaisir, il me semble à tapoter sur le téléphone. et à entendre ma voix, intérieurement, entendre ces phrases que j’écris. il y a un certain plaisir dans le moment de l’écriture-même, dans le fait d’écrire. cet écheveau (je ne sais même pas ce que c’est) déroulé. ça sent mauvais ici, ça a été la première chose que j’ai faite en me levant, à 3 heures, changer le bac du chat, la litière. je ne sais pas bien comment combattre ce sentiment que tout est de même valeur. je le dis ça, je ressens ça, que tout vaut tout, que rien ne vaut rien que tout vaut, démocratie de la valeur, d’où le fait que j’aie voulu parler de noblesse, en même temps que j’ai le sentiment que non, que je n’y crois pas, que c’est du déni de dire que rien n’a plus de valeur que quoique ce soit d’autre. peut-être que dans l’absolu ça n’en n’a pas, mais que de façon relative, relative à moi, ça en a. à moins que je ne parvienne pas à croire ou ne veuille pas croire ou ne veuille pas faire montre que je croirais que je puisse produire quoique ce soit de la moindre valeur, de valeur. dans ce que j’aime de l’écriture, j’aime surtout le rythme. il m’arrive bien souvent de rajouter des mots juste pour le rythme. quand je songe à kafka qui ne songe qu’à alléger, qu’à supprimer, pour qui dans un écrit aucun mot ne devrait être sans raison d’être. je suis tellement loin de ça, de cette science de l’écriture, cette connaissance intime, ce désir, cette volonté. cette idée d’un bien écrit, quand ce qui seulement dans mon plaisir commande, c’est quelque chose de l’ordre du rythme, du bercement. d’un trop trot, petit trot, d’un galop, d’un entraînement, du sacrifice à cet entrainement, sacrifice du sens, d’une surdité, d’une surdité au lieu du tapotement, le frappé est ce qui compte, ce qui prévaut, d’un espoir. le goût de l’éclosion, de voir éclore. de la répétition. du doute. je me suis déjà demandé comment le transcrire, ça, cet éprouvé du rythme, par où ça passe ? le tapoté, le tapotement, régulier, sur le clavier du téléphone, sur celui du Mac, et est-ce que ça ne tient qu’à la longueur de la phrase, à l’emplacement des virgules ou à leur absence. est que ça tient à des sonorités ? il y a le bruit sourd des touches  et ce qui s’entend des sons. autre nappe. est-ce que les différentes voyelles, les diphtongues ou que sais-je, agissent comme des notes ? avec quelle rapidité le cerveau les entend, les ressent, et vous propose vite fait le son qui entre en résonance. ou le plaisir ne tient-il que dans le suspense, le jeu de la possible apparition d’un sens pour moi. comment l’appelait-il cet après-coup du sens au bout de la phrase, Lacan? du nom d’un point de couture. peu importe. point de capiton. le délicieux ou intolérable suspense par rapport au moment de capitonnage du sens. aller voir au dictionnaire (=interroger Google) ce que veut dire le mot diphtongue et chercher d’autres mots de ce style. Voyelle qui change de timbre en cours d’émission. Les diphtongues n’existent plus en français moderne. eh bien zut. alors. qu’est-ce qui existe du coup. les sons phonétiques… les phonèmes. En français, on distingue et reconnaît 36 sons. En phonétique, on va utiliser le terme phonème pour désigner les sons. trente-six sons. trente-six notes. de la disparition des diphtongues en français moderne. (j’ai trouvé sur internet des exemples de corrections appliquées (par des linguistes?) à la langue qui m’ont paru d’une violence extraordinaire, en vue d’y éliminer les diphtongues. pour ce que j’ai pu en repérer, il s’agissait d’y éliminer les accents au nom d’un parler pur, d’un français pur, je n’ai pas poussé mes recherches plus avant, dieu sait d’ailleurs ce que je recherchais). Lorsque l’on parle, plusieurs muscles et organes de l’appareil vocal sont utilisés : poumons, larynx, cordes vocales, langue, lèvres, etc. Selon la disposition de la mâchoire, de la langue et des lèvres, l’être humain est capable de produire différents sons. Certains sons reviennent dans toutes les langues, mais en général, chaque langue a des sons qui lui sont propres. je devrais transcrire en couleurs les phonèmes de ce texte.

je crois que je vais aller me coucher.

*

 

*

 

aimes-tu ton poumon, aimes-tu ton larynx, aimes-tu tes cordes vocales, et ta langue l’aimes-tu, aimes-tu tes lèvres, tes lèvres deux, ton palais l’aimes-tu, le connais-tu ton palais ? connais-tu ton palais ? et son voile tu le connais, et ta trachée ? où en es-tu avec elle, le sais-tu seulement, tu le sais ?

ta salive ? tu y penses à elle ? penses à elle ? et à toutes les voyelles, tu y penses ? et les phonèmes, tu y songes, tu les aimes ? aux résonateurs, tu penses, aux tambours  aux ondes aux rebonds ? les perçois-tu les ondes qui t’inondent, les sons qui te sondent, qui te transpercent ? réponds, dis.

et tes douces dents t’en es où ? tes doigts ? la merveille de tes orteils, tes orteils à toi ? petit cœur, petit roi. et quoi d’autres.

j’ai songé
à l’espace
entre ta
lèvre supérieure
et tes dents de devant
l’espace mouillé
de ce lieu de repos

j’ai songé à tous tes lieux de repos. aux creux habités de tes mains

j’ai ouvert la bouche avalé le ciel noir et ses blanches étoiles voilà qu’elles passent la trachée soulèvent les poumons je me tais j’ai foi je me tais j’ai joie. j’ai trouvé la porte du sommeil et les diphtongues oubliées rejetées

mon verbe ma voix aux mains intérieures cœurs battants

myriades

*

NB : réfléchir à comment faire cette transcription des phonèmes en couleurs (php et petits carrés de couleur,  une couleur par phonème)

/il fo u ʒə puʁɛ kɔ̃sideʁe l‿aktivi̯te d‿ekʁiʁ kɔ̃m yn aktivi̯te apsolymɑ̃ pasɑʒɛʁ mə pʁɔkʁɑ̃ ɛ̃ pleziʁ syʁ lə mɔmɑ̃-mɛm, e sɑ̃ ply. e nɔ̃ pa dy tu kɔm yn aktivi̯te ki ɔʁɛ la mɛ̃dʁ nɔblɛs, yn kɛlkɔ̃k nɔblɛs, yn nɔblɛs ɛ̃ pø syʁpɛʁjœʁ a tut otʁ aktivi̯te, mɛ puʁkʊa ɛs kə ʒə paʁl də nɔblɛs, puʁkʊa ɛs kə o.kœ̃ otʁ mo ne mə vjɛ̃ a l‿espʁi, valœʁ oʁɛʁʒə pu diʁ. nɔ̃, ʒə nə pø pa diʁ sa. ʒə nə dwa pa diʁ sə ʒɑ̃ʁ də ʃoz. a tu lə mwɛ̃ kɑ̃ ʒə ʃɛʁʃ a ekʁiʁ, sɛt ɛɡzɛʁsɪs mə pɛʁmɛt-il d‿ɑ̃tʁene mɔ̃ ɛspʁi, də ʁətɑʁde sa deʃɑ̃s, la pɛʁt de mo, la pɛʁt də l‿yzaʒ də la lɑ̃ɡ, la pɔsibilite də ʁeflɛksjɔ̃ u də kɔmynikɑ̃s. e il ja ɛ̃ sεʁtɛ̃ pleziʁ, il mə sɑ̃bl a tapoteʁ syʁ lə telefɔn. e a ɑ̃tɑ̃dʁ ma vwa, ɛ̃tɛʁjœʁmɑ̃, ɑ̃tɑ̃dʁ se fʁaz kə ʒeʁi. il ja ɛ̃ sεʁtɛ̃ pleziʁ dɑ̃ lə mɔmɑ̃ də l‿ekʁitʁə-mɛm, dɑ̃ lə fɛ də ekʁiʁ. sɛt eʃəvø (ʒə nə sɛ pa mɛm pa sə kə sɛ) deʁule. sa sɑ̃ mɔvɛ ɛsi, sa a ete la pʁəmjɛʁ ʃoz kə ʒe fɛt ɑ̃ mə ləvɑ̃, a tʁwa œʁ, ʃɑ̃ʒe lə bak dy ʃa, la litiɛʁ. ʒə nə sɛ pa bjɛ̃ kɔmɑ̃ kɔ̃batʁ sə sɑ̃timɑ̃ kə tu ɛ də mɛm valœʁ. ʒə lə di sa, ʒə ʁəsɑ̃ sa, kə tu vo tu, kə ʁjɛ̃ nə vo ʁjɛ̃ kə tu vo, deʊmɔkʁasi də la valœʁ, d‿u lə fɛ kə ʒɛ vulu paʁle də nɔblɛs, ɑ̃ mɛm tɑ̃ kə ʒɛ lə sɑ̃timɑ̃ kə nɔ̃, kə ʒə n‿i kʁwa pa, kə sɛ dy deɲi də diʁ kə ʁjɛ̃ na ply də va.lœʁ kə kwa.ik sə swa d.o.tʁ. pø.tɛtʁ kə dɑ̃ l‿ab.sɔ.ly sa nɑ̃ na pa, mɛ kə də fa.sɔ̃ ʁə.la.tiv, ʁə.la.tiv a mwa, sa ɑ̃ a. a mɛ̃ kə ʒə nə paʁ.vjɛn pa a kʁwaʁ u nə vœj pa kʁwaʁ u nə vœj pa fɛʁ mɔ̃tʁ kə ʒə kʁwa.ʁɛ kə ʒə pɥis pʁo.dyʁ kwa.ik sə swa də la mɛ̃dʁ va.lœʁ, də va.lœʁ. dɑ̃ sə kə ʒɛm də l‿e.kʁi.tyʁ, ʒɛm suʁ.tu lə ʁit.mə. il ma.ʁiv bjɛ̃ su.vɑ̃ də ʁa.ʒu.te de mo ʒyst puʁ lə ʁit.mə. kɑ̃ ʒə sɔ̃ʒ a ka.fka ki nə sɔ̃ʒ k‿a le.ʒe, k‿a sy.pʁi.me, puʁ ki dɑ̃ ɛ̃ e.kʁi o.kœ̃ mo nə dʁɛ.vɛt ɛtʁ sɑ̃ ʁe.zɔ̃ d‿ɛtʁ. ʒə sɥi tɛl.mɑ̃ lwɛ̃ də sa, də sɛt si.ɑ̃s də l‿e.kʁi.tyʁ, sɛt kə.nɛ.sɑ̃s ɛ̃.tim, sə de.zir, sɛt volɔ̃.te. sɛt i.de d‿œ̃ bjɛ̃ e.kʁi, kɑ̃ sə ki sœl.mɑ̃ dɑ̃ mɔ̃ ple.zir kɔ.mɑ̃d, sɛ ɛt kɛlkə ʃoz də l‿ɔʁdʁ dy ʁit.mə, dy bɛʁ.sə.mɑ̃. d‿œ̃ tʁo tʁɔt, pəti tʁɔt, d‿œ̃ ga.lɔp, d‿œ̃ ɑ̃.tʁɛ.nə.mɑ̃, dy sa.kʁi.fis a sɛt ɑ̃.tʁɛ.nə.mɑ̃, sa.kʁi.fis dy sɑ̃s, d‿yn syʁ.di.te, d‿yn syʁ.di.te o lɥø dy ta.po.tə.mɑ̃, lə fʁa.pe ɛ sək i kɔ̃t, sək i pʁe.vot, d‿œ̃ ɛs.pwaʁ. lə ɡu də l‿e.klo.zjɔ̃, də vwaʁ e.kloʁ. də la ʁe.pe.ti.sjɔ̃. dy dut. ʒə mə sɥi de.ʒa də.mɑ̃.de kɔ.mɑ̃ lə tʁɑ̃s.kʁiʁ, sa, ɛt ɛpʁu.ve dy ʁit.mə, paʁ u sa pas? lə ta.po.te, lə ta.po.tə.mɑ̃, ʁe.ɡy.lje, syʁ lə kla.vje dy te.le.fɔn, syʁ sə.ly dy mak, e ɛs kə sa nə tjɛ̃ k‿a la lɔ̃ɡœʁ dy la fʁaz, a l‿ɛm.pla.sɑ̃ də viʁ.ɡyl u a lœʁ ap.sɑ̃s. ɛs kə sa tjɛ̃ a de so.no.ʁi.te?

lundi 13 janvier 2025 · 21h52

lundi 13 janv. 2025, 21:52

Elle fait un pas dans la chambre, elle dit à son compagnon couché, à son compagnon au lit, qui regarde un anime à la télé, je me fais un thé j’arrive.

Elle sort de la chambre, elle longe le couloir dans l’obscurité, elle est suivie par son chat, elle rentre dans une cuisine où règne un peu de désordre, elle met un sachet de thé dans une tasse, elle verse de l’eau bouillante .

Elle sort de la cuisine, pénètre le salon, va vers la table, prend des assiettes qui traînent, les ramènent à la cuisine. en chemin son chat lui saute sur les mollets.

vendredi 17 janvier 2025 · 20h02

Kafka – autojustice

Kafka, le temps des décisions de Reiner Stachs – extraits du chapitre « Autojustice : Le procès et Dans la colonie pénitentiaire« 

rire irrésistible – D’après une anecdote souvent citée, Kafka, lorsqu’il lut à ses amis le premier chapitre du Procès, aurait tant ri que « par instants il ne pouvait continuer sa lecture », tandis que ses auditeurs étaient eux-mêmes saisis d’un « rire irrésistible ». « Assez étonnant, écrivit Brod rétrospectivement, quand on songe au terrible sérieux de ce chapitre. Et pourtant, c’est la vérité.1 »

cachotterie – « Et pourtant, l’état chaotique de ses manuscrits, cause de plusieurs décennies de débats entre les spécialistes, n’a strictement rien à voir avec sa fameuse tendance à la « cachotterie ». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous ces obstacles découlent d’une décision tout à fait pragmatique de sa part en vue de discipliner son écriture.
p. 740

Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique a repoussé tout le reste dans l’accessoire et ce reste s’est atrophié d’une façon effrayante et n’en finit pas de s’atrophier.

Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique – “ Vu de la littérature mon destin est très simple. Mon sens de la représentation de ma vie intérieure onirique a repoussé tout le reste dans l’accessoire et ce reste s’est atrophié d’une façon effrayante et n’en finit pas de s’atrophier. Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire. Mais la force dont je dispose pour cette représentation est totalement imprévisible, peut-être a-t-elle déjà disparu à jamais, peut-être me reviendra-t-elle tout de même encore une fois, les circonstances de ma vie ne lui sont certes pas favorables. C’est ainsi que je vacille, je m’élance sans arrêt au sommet de la montagne, mais à peine si je peux un instant me maintenir en haut. D’autres vacillent eux aussi, mais dans des régions basses, avec de plus grandes forces ; menacent-ils de tomber, le parent les rattrape qui marche auprès d’eux dans ce but. Mais moi je vacille là-haut, ce n’est pas la mort hélas, ce sont les éternels tourments du mourir.2 ”
p. 742

C’est la Grande Guerre, Kafka loge seul dans l’appartement de sa soeur retournée vivre chez ses parents – « Kafka entame la phase de création la plus féconde de sa vie. On peut deviner d’où provient ce brusque apport de combustible : c’est ce même quantum d’énergie que sa lutte en vue du mariage a consumé des mois et des années durant. »
p. 743

les fantasmes de châtiment resurgissent – « toutefois en même temps — les notes de son journal le prouvent. Ses vieux fantasmes de châtiment ressurgissent eux aussi, images d’une violence mécanique, dépassionnée. Écrivant la scène d’exécution du Procès, où deux bourreaux obséquieux plantent un couteau dans le cœur de l’accusé, Kafka se laisse entraîner à un point tel que, quelques secondes avant la mort de son héros, il perd le recul du narrateur et tombe soudain tête en avant dans son roman : « Je levai les mains et écartai les doigts », lit-on dans le manuscrit. Je. »
p.744

  1. “Max Brod, Über Franz Kafka, op. cit., p. 156.” ↩︎
  2. Journal, 6 août 1914. – Kafka n’ajouta qu’après coup la phrase : « Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire.  ↩︎
samedi 1 février 2025 · 07h35

re: votre maman

bonjour, excusez-moi de n’avoir pas pris plus tôt le temps de vous répondre et vous remercier, c’était compliqué. je vois qu’elle va bien. qu’elle est toujours souriante et sociable. elle lit selon moi beaucoup moins bien, elle ne déchiffre plus, ne comprend plus rien. il y a quelques mois, elle me lisait avec intonation, intérêt et commentaires. mais, elle tente encore, ça l’intéresse encore. elle s’accroche. vous avez raison : elle cherche à lire, tant que possible. j’interprète ça comme une volonté de rester dans la communauté humaine, le monde du langage, de produire encore des mots, du sens, même s’il lui échappe. elle ne me reconnaît plus vraiment comme sa fille, elle ne sait plus vraiment ce que c’est, une fille, sa mère. mais le lien est toujours très fort. elle me reconnaît encore. et le lien à ses objets. cela fait plaisir à voir qu’elle connaisse les lieux, de la voir sortir de la chambre de la retrouver avec les autres devant la télé. la mise au lit reste difficile avec certain.e.s. elle se débat, frappe. je suis restée quelquefois pour la persuader qu’elle n’avait pas affaire à de mauvaises personnes. j’ai vu des gens qui s’en sortaient très bien. tout le monde ne sait pas qu’elle sait tenir debout. il est vrai qu’elle obéit difficilement. j’ai vu qu’elle recevait de nouveaux des antipsychotiques, dont j’ai lu qu’ils ne devaient pas être donnés plus de 6 ou 7 semaines et qu’il ne fallait y avoir recours qu’en dernier recours. cela m’a attristée, mais je n’ai plus la force de téléphoner, de chercher à comprendre. le directeur m’avait promis qu’on me préviendrait, qu’on ferait appel à moi en cas de difficultés, mais ça n’est pas le cas. certain.e.s trouvent ma mère difficile d’autres au contraire la trouvent facile et drôle… je trouve cependant que dans l’ensemble l’organisation est meilleure, bien meilleure. les aide-soignantes sont souvent à 2 pour la mise au lit et hier elles étaient même à deux pour le repas du soir: ça change tout.  les pensionnaires semblaient apaisé.e.s, souriant.e.s, satisfait. e. s. 

voilà je ne pense pas que vous m’en demandiez autant…. je suis toujours trop longue, 

amicalement, 

bon week-end, 

v

dimanche 2 février 2025 · 07h10

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère. 

réveillée un peu trop tôt. j’hésite à refermer les yeux.

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère.  il y a cette envie de maintenir son ordre, l’ordre auquel elle s’est accrochée, par où elle traçait les limites de son labyrinthe ou de son terrier, par où elle s’auto-limitait,  échappait à l’angoisse. angoisse sur laquelle je mets mes mots. je dis : angoisse du trop ouvert. une maison comme un corps sûr, avec au mur les toiles de mon père. au mur les portraits d’elle, ce corps encore reçu, le souvenir du logis de son regard. une maison où elle a su donner à chaque chose sa place, d’où elle a évacué les excès,  allant  toujours l’économie.  il y a un conservatisme qui n’est pas nécessairement politique, qui ne le devient pas pour autant, mais qui trouve peut-être sa source dans cette forme d’angoisse, d’instabilité foncière, de délitement perpétuel où il faut redresser toujours des parois de sable, où tout vous transperce. je pense à ceux dont les corps ne tiennent qu’approximativement, qui tendent à s’étendre ou se réduire. qui en retirent joie et difficultés. je ressens la maison de ma mère comme un corps où je suis mieux. un corps stable qu’il vaut la peine de chercher à entretenir, à maintenir. une mémoire vivante. dans la maison de me mère je deviens ma mère et les gestes qu’elles faisaient que je reprends sont les siens. partout ailleurs, ces gestes deviennent sources d’angoisse. ici je me coule en elle. je renonce joyeusement à tout. partout ailleurs nulle part ailleurs cela n’est possible, partout ailleurs je suis rattrapée par une volonté d’être moi-même, de me rejoindre, me construire, ne surtout pas rejoindre ce que je ressens alors comme son sacrifice. elle le répétait : qui n’en n’était pas un. sacrifice au service des autres, dans une organisation où elle où elle trouvait sa place, la creusait (envoyant vers le monde ses pseudopodes d’amour, ses bras d’algues). ce qui pour elle a fait corps logeait dans de savants arrangement gravitationnels (probablement autour d’un vide dont chaque corps prenait sa part) – mon père, son travail d’artiste, voire d’artiste maudit, mon père, sa parole, sa culture, la maison, la famille, les enfants; et dieu, la certitude de l’amour de dieu. les murs en suintent encore, chaque grain de lumière et me couler dans l’amour d’elle, je ne peux le faire qu’ici. en ces temps de maintenant. dans la proximité de la maison de repos. ailleurs, partout ailleurs je ne suis rattrapée que par ses démons : être une mauvaise mère, mal faire, rater. ailleurs, il n’y a plus rien. sable sable et tourbillons. un tout à toujours refaire. une peur de tomber dans son trou, quand il n’y a aucun mur pour me rattraper.

aucun mur, bien sûr j’exagère, si je ne me suis approprié aucune maison, je vis moi aussi au coeur « d’arrangements gravitationnels » (dont les murs restent encore à écrire). 

(Je me demande si je peux donner de l’huile de nigelle à Ches le petit chat malade).

l’ordre auquel on s’applique on s’accroche . la place que l’on donne , les places que l’on donne . les attributions . l’espace extrait du chaos . soi-même extrait.e du chaos . la main mise. les routes tracées par les objets situés . 

publié sur Bluesky : https://bsky.app/profile/disparates.bsky.social/post/3lh6lls5tmk2u

lundi 3 février 2025 · 13h06

3 février 2025, irrémédiable

Bruxelles, 3 février 2025, irrémédiable (l’avancée dans le temps)1.

hier avec J au salon « artists print » (la foire indépendante du livre d’artiste et du multiple organisée par Jeunesse et Arts Plastiques (JAP), à la Maison des Arts de Schaerbeek)
très chouette, surtout la cafet et le jardin
mais les livres et publications aussi
et les personnes
mais tellement
et tellement de choses intéressantes

(en même temps, je n’ai jamais été une bonne acheteuse.)

ça donne d’abord envie de faire soi-même, tout ce qu’on voit là-bas.

ce que je devrais arriver à faire c’est tenir un journal d’autiste.
il y a une peur, pas seulement chez moi, mais dans le monde, un désir de dire brut qui rêverait de s’abriter dans un diag d’autisme. je parle songeant à la quantité de séries avec ce genre de caractère, caractère impossible, qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui ne peut dire que la vérité sans notion des conventions. je sais bien qu’il ne s’agit pas là d’autisme véritablement. que c’est du cinéma. mais l’idée plaît semble-t-il au public et aux producteurs. j’ai même vu quelques séries japonaises basées là-dessus, comme l’Extraordinary Attorney Woo.

le sentiment que ce qu’on a à dire est d’une façon ou d’une autre menaçant pour l’autre, que personne ne pourrait en répondre et que ça ne pourrait s’immiscer dans le lien social. d’où un rêve de « franchise autiste » qui n’aurait pas d’idée des sentiments des autres et permettrait de ne pas s’en soucier. et le désir de remettre en cause les conventions sur lesquelles se tisse le lien social. de les dénuder.

de là aussi la prolifération d’écritures. comment faire passer la brutalité, une certaine brutalité de ce qui ne passe pas le contrat social, la convention. (et qui se trouve perpétuellement scruté dans les réseaux sociaux, et donc à lisser, policer. et qui retourne constamment se soumettre au scrutage des RS aussi.) prolifération d’écritures, de travaux d’édition d’éditeurs de toutes sortes. on ne peut que s’en réjouir. je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’excès de l’offre par rapport à la demande. je lisais que les libraires s’en plaignent aussi. je suppose que ça va s’équilibrer. tu trouves excessif parce que tu n’en fais pas partie. écrivant, s’emparant de ses lettres, les dépliant, ployant, le monde se soigne (et accouchera d’une nouvelle forme de marché).

si je m’attriste d’un excès, c’est que je suis aigrie de n’en pas en faire partie, de ne pas moi aussi proposer mon petit truc. peut être moins aigrie que triste. de ne pas faire partie de ce qui fait monde. monde de la petite édition, du livre d’artiste, du multiple, monde fait de multiples petits mondes. qu’est-ce qui compte davantage que ça, l’existence de ces mondes? moins aigrie que (profondément) triste.

je craignais d’ailleurs un peu de croiser A, avec qui je suis fâchée (avec qui j’aurais dû faire un livre, m’immiscer dans le monde). croisé des amis à elle. nous ne nous sommes pas salué.e.s. ils n’ont jamais été mes amis, les siens.
au fond, c’est ce qui me réveille cette nuit. ce qui m’a réveillé. le souvenir d’elle.

je dois trouver le moyen de me faire à mon isolement. ou en faire quelque chose.

  1. publié sur Bluesky https://bsky.app/profile/disparates.bsky.social/post/3lhbh4rbrtk2u ↩︎
samedi 8 février 2025 · 21h24

#boost 00 | parc

dimanche 9 février 2025 · 12h27

#boost 01 | champ de terre

pour le moment je ne connais de terre que celle comme une mer où l’on se noie. 
un champ visqueux de terre retournée abandonné brun sous un ciel bas. un vaste champ de guerre, de deuxième guerre, un champ de terre de guerre, un champ d’hiver, de courtes vagues noires  et brunes que ne ponctue plus aucune écume. grand champ de terre d’une guerre disparue que couvrent aujourd’hui les gravats.

terre de guerre où tu t’enterres 
terre où tout s’enferre 
imagine, de glaise tu te lèves 
ils se lèvent de glaise 
zombies de l’espoir de l’histoire vers le soleil couchant 
leur clin d’œil jeté vers toi
toi qui spectre le tableau

rappelle la mère rappelle le fils
dis-leur que tu viens 
pour le café le gâteau la vaisselle
rappelle le père mort et l’amant ton double
rappelle et dis : voilà, maintenant je suis toute de glaise et levée 
au frère tu glisses : j’apprendrai à m’habiller 
ce corps de terre 
à la mère tu dis de bonne terre à laver
à l’enfant tu dis de bonne terre à jouer
à l’amant tu dis à pétrir à jouir
au ciel à graver à écrire 
à la terre à taire 
et à l’épouvantail les épouvantaux à parler

terre oh terre pourtant terre encore et encore je m’abreuverai de ton eau, je nourrirai ton champ de bruine 
et les syllabes sans orthographe 

lundi 10 février 2025 · 06h56

de retour donc à paris, je me lève et c’est sans chester,

de retour donc à paris, je me lève et c’est sans chester, sans chester le chat. au lit longtemps restée ne sachant pas où j’étais, devant le chercher. m’étant à bruxelles inscrite à l’atelier françois bon, l’atelier boost, prenant ce risque, désireuse de m’offrir à nouveau un espace d’écriture, neuf, où je ne serais pas seule et où je voulais pourtant l’être, autant seule que possible. m’ouvrir un temps de récréation. j’ai alors tout à fait abandonné ce dans quoi j’étais avant le départ à bruxelles, où j’étais pourtant si fort, impliquée. pour le  dernier atelier, l’atelier de la semaine, terre, FB offre de lire tarkos.

samedi 15 février 2025 · 16h40

#boost 01 | nuit d’été

ST2 / liminaire

Dans terreur, il y a terre. Cette nuit-là, j’entends : dans terreur, il y a terre.

ST4

Erre : lieu d’errance. Ton erre favorite. Comme une erreur.

ST2

Vers les trois heures, j’ai ouvert à la terreur des coupables, mon maître. La nuit avançant, à entendre ses jugements sévères, j’ai eu besoin de mordre, de mordre la poussière, et j’ai mordu la terre, sa pomme. Elle était fraîche et boueuse et je me repaissais loin des regards, avilie, les yeux sur la fenêtre ouverte à l’absence des dieux et des pierres des yeux. Dans la chambre flottait les cendres d’une fine lune. Je roulais au sol.

ST4

Atterrer. D’abord, ça a été littéralement « mettre à terre ». C’est petit à petit que s’est insinuée la notion d’abattement psychologique intense proche de l’effroi, de la stupeur, voire de la terreur qui cloue au sol et empêche de bouger. Illustration, dans l’évolution de la langue, d’un passage du concret (renverser physiquement) à l’abstrait (accabler moralement). L’évolution inverse se voit aussi (ainsi ce soir-là, cette nuit-là, le corps écoute la langue.)

ST2

Ce soir-là, cette nuit-là, la langue est de terre. Et la terre se fait langue. Et la terre se souvient de toutes les terres de la terre. Et le corps est pris par ces souvenirs de la terre. Passée à la langue, la terre en perd son orthographe. La terre n’est plus qu’ouïe. Je l’entends entendre, ça fait un grand silence qui agrandit la nuit.

ST1 ST2

Au travers des plafonds et des planchers, au travers des vides, la terre fait son travail et me supporte. Je comptais sur elle, il me semble que je la savais. N’étais-je elle. Il faisait si noir. Je laissai les invocations. Il y avait. Ce qu’il y avait. La forte présence des grands champs retournés à quelques mètres de là. Leur odeur. Les terres éventrées où je me baignais. Les volées de coups de bêche encore en mémoire. Les brèches ouvertes. Lait noir jusqu’à la nausée. Tout suintait et mes aisselles. Les cuisses de presque quel corps je dirais collaient et je tirais à moi une couverture inutile et rêche. Ne méritant plus rien, vers les cinq heures, la terre m’avait rapatriée à sa version sale de la cave, version noire humide obscure propice peut-être aux rats que je n’avais pas vus. Mais au matin tout a changé. Vous savez le changement du matin. L’astre se levait, de nulle part, du fond de la fatigue, je revenais à moi dans la douceur de la chambre aux murs roses, sous les fenêtres blanches, la juste terreur conçue de mon crime s’étant évanouie, emportée par les brumes de l’aube naissante. Dans le chant des oiseaux, je regardais la lumière arriver. Lait blanc du jour.

ST3

Quand tout l’or du monde fut installé, j’ai coulé dans les escaliers toute ma masse molle, coulée marche à marche, c’est un chat qui m’avait enseignée, vers la porte et le dehors, les escaliers encore puis la terre, enfin, la terre, la terre, enfin, dont je ne sais encore que dire tant j’étais encore moi, je dis tant j’étais encore moi-même, vous comprenez, me décidant cependant – comme me saisissaient sa fraîcheur sa dureté son étrangeté – à prendre possession d’elle, la terre, à me glisser sous le masque de son altérité. Ici, tout est difficile à dire, car la terre à cet endroit est parcourue de plantounettes fines, je les appelle ici ainsi faute de connaître leurs noms, de milliards de plantounettes où trainaient également feuilles et branches sèches, coques abandonnées de noisettes. J’étais arrivée à ce que j’avais voulu, l’oubli, sans plus, mes doigts agrippés dans la terre, j’y coulais. Vous savez bien comment on fait, on y va un os à la fois, où quelques os à la fois, et puis les muscles, les muscles par paquet, les faisceaux de muscles, le seau de la peau, sa nasse, on les confie au grave, à la gravité de la terre et on s’enfonce, on s’étale. Bref.

ST4

Se terrer  : « Être terré, être couvert de terre.  Se terrer, se cacher sous terre, en parlant de certains animaux.  Se cacher à l’abri du danger ou vivre hors du contact avec autrui ». Mais encore : « Se mettre à couvert du feu de l’ennemi par des travaux de terre ».

ST1

Les travaux de la nuit portèrent. Je ne basculerais ce jour-là dans aucune tranchée. Je resterais beaucoup allongée assistant depuis le sol à de nombreuses joutes de lumière, de véritables tournois. Mais aucune tranchée de terre ce jour-là ne me prendrait, je ne serais alourdie d’aucun casque ni barda, j’écrirais au soleil dans le sable du bord de l’étang. Il n’y aurait  ni ennui ni guerre où m’enfoncer ni ver à mâchonner. Aucun cauchemar vivant. De quelques vêtements allégée, j’aurais regardé à travers les roseaux, le chêne ployer. Aurèle aurait dit : c’est la terre à l’envers, aujourd’hui. C’était la terre à l’envers. Non que je tienne à tout prix à terminer sur une note gaie. Pour ce jour-là, c’était assez.

*

Codicille : Ma 2ème proposition pour l’atelier « Tarkos, 4 strates ». Premier jet écrit lisant Tarkos. Écrit au départ de ce bout de phrase qui me revenait « Dans terreur, il y a terre » que j’attribuais de façon en partie erronée à Lacan dans le séminaire 2, son travail autour du « famillionnaire », qui m’a amenée à rechercher les étymologies d’atterer. Voir : https://www.littre.org/definition/atterrer  Ces recherches ont fait mes S4, qui ont guidé l’ensemble, jusqu’au bout. Je voulais de l’état de terre, me laisser guider par le « ter » de terre, de terreur et d’atterré, le ter qui résonne aussi avec le taire. Et quand j’ai visité la page de la terreur dans le Littré et que je suis tombée sur : « Il est la terreur des coupables, se dit d’un juge sévère« , le texte était lancé. (J’avoue j’avais aimé aussi : « Il y a des maladies qui atterrent jusques à nos desirs et nostre cognoissance« .) Au bout de quelques jours, une nuit, je me suis effrayée du manque de la terre, de l’artificialité de ce que j’avais écrit, de mes seuls jeux de mots, d’une écriture qui m’apparaissait finalement tellement séparée de la terre elle-même. (Il me semblait que je ne m’y laissais toucher que par des bouts de mots, des bouts de langue, rien de concret). Jusqu’à ce que je me rende compte que je me trompais, qu’il y avait bien de la terre partout, dans la langue que j’utilisais, que je ne l’avais ni trahie ni sacrifiée. Cela je le lisais chez les autres aussi. Que la terre ne s’oubliait pas. Que c’était la langue dont je voulais, la seule d’ailleurs à ma portée. Si je n’ai pas abandonné, c’est que dès le premier jet, certains passages m’ont émue. Que j’espère maintenant n’avoir pas trop gonflés. Passages secrets.

SOURCE : https://www.tierslivre.net/ateliers/boost-01-tarkos-quatre-strates-de-la-terre/

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