mardi 31 juillet 2018 · 09h30

Outrée, 31 juillet 2018

Réveillée dans la nuit vers 3h par hurlements de Chester au jardin.

Après dispute avec F, que j’ai réveillé à 6h30 pour lui dire que je ne savais pas quoi faire pour m’en sortir, pour ne plus penser à P, et qui me répondait que je n’avais qu’à couper le canal ( yaka, y a qu’à), l’adresse mail avec laquelle je lui écris, ce à quoi j’ai déjà pensé mille fois, qu’il n’avait pas d’autre solution. À quoi j’ai rétorqué qu’il valait mieux alors se quitter, et ai cherché mentalement où partir. J’ai toujours envie d’aller à Bruxelles, chez ma mère, puis je pense à toutes ses cigarettes qu’elle fume, au mal que ça me fait, me ferait, si je mettais à fumer avec elle, et je me dis que je ne peux pas. Alors, je cherche une autre destination, et je n’en trouve pas. Puis je me demande à quel moment je partirais, et au fait qu’il vaudrait mieux partir pendant que Anton est à New York.

J’aurais pu dire ce matin, à Édouard de me parler, de me parler de lui, de raconter n’importe quoi, des histoires, mais je n’ai pas pu. J’ai beau faire, je me sens en guerre contre lui. Je l’ai injurié, traité de pauvre type. Et je me suis levée, habillée, pris le vélo, partie. Roulé. Ce n’était pas très agréable, voitures. Suis maintenant assise au bord du canal d’Orléans. Nausée. Peut-être que je m’endormirai en rentrant. Roulé une heure et demi. N’a servi à rien.

9h30 ai essayé de dormir. Me sens complètement séparée de moi-même, de ma vie. Suis furieuse. N’aime pas Édouard.


mardi 11 juin 2019 · 15h11

Mada

Madame,

Je voudrais essayer de vous raconter quelque chose qui s’est passé hier, de quelque chose dans quoi je suis embourbée, dont je ne parviens pas à sortir, et qui ne se laisse pas facilement saisir, relater, même en analyse. Cela a trait à ma relation avec Édouard.

Avant cela, un bout de rêve fait cette nuit.  Je m’apprêtais à pénétrer, à la fin de ce rêve, dans la chambre d’un homme mourant. Allongé, les yeux clos, son visage et son corps dénudés, ses bras maigres, particulièrement éclairés. Il ouvre les yeux, me voit, dans l’entrebâillement de la porte. Il est possible que nous nous parlions. Nous nous parlons, même si cela a quelque chose de répugnant pour moi. Je sais qu’il ne va pas tarder à mourir. Je suis beaucoup plus jeune qu’aujourd’hui. Il est très vieux. Sa figure a quelque chose de biblique, évoque celle de Job, son image en peinture, son corps osseux, la peau flasque et éclairée, lumineuse.

Je me réveille. Je pense que c’est de l’oncle Vincent qu’il s’agit, qui est déjà mort. Je me dis que c’est « l’oncle Vint sans », « vint sans » qu’il faut entendre, « celui qui vint sans, privé ». J’avais écrit un livre, il y a 20 ans, intitulé « Vincent ». C’est à ce livre que je pense. Il n’y s’agissait pas de mon oncle, du moins pas de mon oncle Vincent, mais d’un Vincent avec lequel j’avais vécu. Un livre moins sur sa personne que sur ce qui m’avait liée à lui, écrit au départ d’un rêve dont j’avais méthodiquement analysé chacun des termes. Suspendue nue à un barre au milieu d’un grenier, je criais son nom, Vincent; je suis ici obligée d’ajouter que ma mère s’appelle Delbaere.

J’ai immédiatement pensé que ce rêve avait trait à une situation de la veille, dont j’avais pensé devoir faire l’effort de vous parler, dont il m’avait effleuré qu’on pouvait la catégoriser sous le syntagme « jouissance d’être privée». J’ai pensé alors que ce rêve, c’était l’adieu à cette jouissance, à cette jouissance qui mourait…

La situation. Hier matin, nous entrons dans la chambre, Édouard et moi, debout près du lit, il me touche rapidement les fesses, le sexe, je proteste aussi rapidement, choquée. J’étais allée le chercher, l’avais emprunté cinq minutes à son jeu vidéo pour l’amener devant la cheminée de la chambre, lui demander son avis sur les objets qui s’y trouvent. Les deux statuettes chinoises, un homme et une femme, l’homme plus vieux que la femme, les livres, un paquet  de photos. C’est à propos des photos que je voulais qu’il intervienne, elles ne me paraissaient pas avoir leur place, là. L’idée, c’était de retourner à des choses que nous avions pu faire ensemble autrefois, en complicité, où nous disposions des objets, à notre goût, sur différentes surfaces de l’appartement. La question des photos a été très vite réglée, il s’agissait des photos d’un livre qu’il avait voulu faire, il les a rangées ailleurs. Ce problème clos, puisque je ne souhaitais pas ajouter d’autres objets à la cheminée, j’ai malheureusement, parce que ce n’était pas le moment, plus le moment, évoqué le meuble de l’appartement d’Orléans, celui des parents de Édouard, que nous devons vider, un meuble dont j’avais pensé qu’il pourrait avantageusement remplacer la commode IKEA où je range mes vêtements. J’avais songé, il y a quelque temps et avec un grand plaisir qui m’avait étonnée, que ce meuble pourrait venir là, dans la chambre, à droite du lit. Un très grand plaisir. Je n’avais pas parlé de ce sentiment à Édouard, mais j’avais parlé du meuble. Nous étions tombés d’accord. Un même plaisir, réjouissance secrète, étonnée, m’était venu à l’idée de ramener la deuxième table de nuit d’Orléans, Édouard ayant récemment ramené la première pour son propre usage. Ces deux tables, ce meuble en bois foncé, ouvragé, en provenance de l’un de leurs voyages, aux grands-parents, voyage en Asie, le couple de longues statuettes en ivoire, qui vient de chez eux également, arrivé récemment, sont liés. Ils ouvrent pour moi, curieusement, la possibilité de me sentir un jour ici chez moi. A me sentir chez eux, dans leurs meubles, leurs marques, je me sentirais davantage chez moi.  Rassurée profondément. De même que Outrée me rassurait avant que nous ne nous mettions à tout chambouler. Ce meuble que je verrais dans la chambre, pourrait évoquer le grand meuble, le très grand meuble marqué 1862, qui ne date probablement pas de 1862, qui se trouve dans le salon de ma mère et que j’ai toujours connu, également en bois ouvragé, avec ses têtes de lions sculptées, un large anneau doré leur passant dans la bouche.

Je suis toujours poursuivie par le passé, un passé que je n’arrive pas à reconstituer, à ré-actualiser, qui me parait plus grand que moi, auquel je ne peux renoncer; peut-être simplement la présence réelle, effective, de ces éléments du passé me rassurerait-elle, me soulagerait-elle. Ce qui pour moi avait été la famille, dans la perfection de mes parents, dans la perfection de l’œuvre de ma mère, la maison tenue, le ménage fait, l’entretien, comme si par ces meubles d’un ménage dont je ne savais rien mais qui m’avait de l’extérieur paru tenir, j’en récupérerais quelque liant, quelque glu, quelque glu sainte, que je puisse à mon tour transmettre à Anton, comme si nous ne vivions pas déjà dans une sacrée colle, pour lui, certainement, alors que maintenant que je m’y trouvais, maintenant qu’il fallait que ce soit de mon fait, de jouer à papa et maman, le sentiment était pour moi que cela coulait, s’écoulait de toutes parts, que rien ne tenait qui ressemble à ce qu’il m’avait paru, de l’extérieur, de mes parents, de leurs édifications, de ce qu’ils avaient pu me donner, de grand, d’amour, et que tout cela ne cessait de se perdre. De se perdre avec ce que moi-même, je ne cessais de refuser d’accomplir, cette  façon de me dérober, absolument impérative, de faire trou dans l’édifice, de ne pas reproduire. Ce double mouvement, ces tensions contraires, épuisantes.

La famille, l’infamille, l’affamille. La sainte, l’infâme. 

Enfin. 

Hier donc, je parlais de ce meuble qu’on pourrait ramener et Édouard a demandé : « Et on fait quoi du meuble qui est là ? »

Et je l’ai mal pris.
Ou j’ai voulu mal le prendre.
J’ai parlé d’ironie.
D’ironie entendue dans le ton de sa voix.
(De l’impossible évoqué, l’impossible de remplacer ce neuf meuble par de l’ancien, l’IKEA par la massif asiatique, toutes les actions que cela impliquait, les déplacements réels, physiques, matériels, les muscles que nous n’avons pas, les jambes, les bras, la camionnette, les escaliers, notre paresse, et la nouvelle place à trouver au meuble rejeté. )

J’ai été vexée qu’il ne souvienne plus que j’en avais déjà parlé. Qu’il n’aie pas entendu que c’était important.Et j’ai tout de suite senti que je ne reviendrais pas là-dessus, que c’était trop tard, que je ne pourrais pas sortir de là, que je m’enferrerais. Que je préférerais l’absence de solution à la solution, que je préférerais restée fâchée sur F, que je me refuserais à lui expliquer, à reparler de ce meuble, de ces meubles, qu’une fois de plus l’angoisse m’empêcherait d’avancer dans la voie du changement, que quelque chose de la situation actuelle était trop satisfaisant malgré moi. Quelque chose de notre discord. Quelque chose de mes accusations, de ma séparation.Je n’écouterais pas ses explications. L’angoisse était là. J’étais fâchée.

Et je me suis demandée comment je m’en sortirais, comment j’allais m’en sortir. Il y a une grande jouissance à accuser l’autre d’être l’agent de sa frustration et une grande nécessité à rester privée, à rester sans. 

Enfin, il faut que je dise un mot sur ce qui m’a fait penser que je ne pourrais pas revenir en arrière. Qu’il n’y aurait pas d’apaisement de l’angoisse. C’est que j’étais toujours dans l’arrière-goût de ce moment où F m’avait touché le sexe, où j’avais pensé qu’une fois de plus il le faisait sans « transition », d’une façon qui pour moi ne peut être que choquante. Je ne supporte pas ce que je sens alors, la façon dont cela surgit de nulle part. Je le lui ai dit mille fois, que je ne supportais pas sa façon d’aller « droit au but ». Qu’il n’y mette pas de formes, pas de bornes. Qu’il ne tienne pas compte du fait que nous sommes en période de construction ou de reconstruction. Que rien n’est gagné, au contraire, tout perdu. Qu’il ne peut me considérer comme « acquise », qu’il faut un contexte, que nous l’élaborions ce contexte, ce nouveau contexte. Peut-être un contexte où se dépasse la famille, où elle se troue, se sépare d’elle-même, où nous soyons à deux.

Oui, il manque quelque chose entre Édouard et moi qui me permette de supporter la violence de ce que je ressens quand il met sa main sur mon sexe. Il manque un terrain d’entente.

Avec P, il y avait les lettres, comme champ pour le désir (il y avait ce si beau champ nu de l’in-famille). 

Je ne devrais rien dire de plus.

Voilà, j’arrête là,

Bien  à vous,

Rêve du 8 au 9 juin. Lettre envoyée le 11, à 15H

mardi 23 février 2021 · 18h51

23 février 2021 18h51

/

– 19/ 8 °C – Sunrise 07:50 – Sunset : 18:22


Bonsoir, je m’aperçois que ce mail, que je pensais vous avoir envoyé ce samedi 20, n’est pas parti… Incroyable ! Bon, j’appuie sur Envoyer.

Chère Hélène Parker,

Le printemps est annoncé pour ce week-end. Je vous écris sur mon téléphone. Nous sommes à D, arrivés hier. Il n’y a pas longtemps que je me suis réveillée. Le jour se lève (oiseaux, etc.)

Je dors à nouveau. J’ose à peine le dire, je croise les doigts, mais je dors à nouveau, depuis un mois. Depuis que prends de l’huile de CBD. Je ne vous l’avais pas dit, l’effet en a pourtant été immédiat. Je dors. C’est censé également avoir un effet anxyolitique. Je suis moins sûre de pouvoir le vérifier, mais le sommeil en soi suffit à m’apaiser grandement. On parle aussi d’effets anti-inflammatoires (rhumatismes, arthrose, …) et même anti-psychotiques ! Ma foi, autant d’effets secondaires auxquels je ne me m’opposerais pas.

Et depuis que je dors, je rêve. Des rêves longs dont je ne retiens quasiment rien.

Cette nuit, un mot : « Corbeillesuite ».

jeudi 13 mai 2021 · 22h02

13 mai – « dispersion mentale »

Réseaux sociaux
L’on voit bien
que l’on est prêt
à s’accrocher à
n’importe quel fil
n’importe quelle histoire
n’importe quelle bribe d’histoire
et à l’accoler à n’importe quelle autre,
sans que plus on ne se sente tenu
par la production d’aucun sens
sinon celui, fondamental,
que ces multiplicités de sens qui s’additionnent passent par nous, et nous plaisent.
c’est notre notre jouissance qui fait l’unité des sens dont nous nous faisons détenus, involontaires. involontaires : car nous n’en savons rien. nous y risquons : la volonté, le désir. (y gagnerions : une forme de sagesse, dont je ne me risquerais pas encore à dire les conditions.)

mardi 18 mai 2021 · 14h54

que faire de cette vacance

je ne sais pas du tout quoi faire.

à l’instant il ne me semble plus du tout qu’écrire ici soit ce qui convienne.

je n’ai, fondamentalement, RIEN à faire.

comparez cette état d’esprit avec celui de catherine millot, lorsqu’elle parle de la nécessité où longtemps elle s’est trouvée de se réserver des plages de rien. ce fameux texte que je voulais recopier. ce serait peut-être le moment de le faire.

que faire de toute cette vacance que je n’ai cessé de m’aménager. que je n’ai eu de cesse de m’aménager.

tous les jours, je connais ce moment de flottement. où je ne sais plus du tout quoi faire.

jeudi 20 mai 2021 · 07h43

toute-une-à-une-seule chose

il m’apparut au réveil que ma façon d’être toute-une-à-une-seule-chose, tant d’années durant ardemment combattue, tant cela s’apparente à un gouffre, est peut-être le meilleur moyen de lutter contre le sentiment d’errance qui fait le fond de mes jours, de tenir un fil sans le lâcher, d’avancer sur le vide – comme je me réveillai dans l’envie de reprendre ce texte lu hier soir, sur la mélancolieen lieu et place de quoi, comme j’ouvrais mon téléphone, je publiai les photos de ces pages, merveilleuses, que je relus par le même occasion, de Catherine Millot dans Abîmes ordinaires (et non pas « intérieurs », comme je l’ai certainement noté, et qu’il me faut immédiatement corriger !)

à les relire, je compris ce qui m’avait échappé, cette intransitivité de l’écriture que mentionne Catherine Millot, dont l’expression m’avait frappée, provoquant un léger court circuit dans mon cerveau, sans que j’interrompe ma lecture pour autant, que j’avais retenue sans comprendre. écrire intransitif ? j’avais vérifié cela dans le dictionnaire. écrire peut aussi bien l’être que ne l’être pas. j’écris quoi ? transitif. à qui ? intransitif. son affirmation, d’un  » écrire, intransitif », m’avait troublée, et je me dis que pour ma part j’aurais bien plutôt à chercher à écrire dans la transitivité de l’écriture : en écrire l’objet, chercher ce qui la travaille et me passer d’écrire à. j’aurais à trouver le moyen d’écrire sans interlocuteur, sans l’appui d’un destinataire, ainsi que je le faisais avec mes lettres, devenues mon seul espace d’écriture. mon seul espace possible d’écriture.

je n’aurais pu m’adresser à l’absence.

j’aperçus ce matin que ce qu’elle entendait par intransitivité de l’écriture, Catherine Millot, c’était (à la prendre par l’autre bout que le mien) son appel, son appui dans le manque, dans son propre vide, qui dès lors la constituait. écrire à, c’est écrire de désir:

« … il me semblait parfois être la place en attente du jour, sans cesse remis au lendemain, où je me mettrais à écrire. Mais ne tombais-je pas dans un cercle, puisque écrire, verbe intransitif, dont la condition était une certaine vacance, avait pour vocation précisément de donner consistance au vide, en quelque sorte de l’engendrer ? Un peu comme si le vide devait accoucher de lui-même.« 
Abîmes ordinaires, Catherine Millot, p. 56

peut-être mon manque était tel vertige que je ne pouvais que l’harponner dans une personne vivante, incarnée, existante, qui me renvoyât quelque consistance, quelque résistance.

souvent il me semble que je n’existe que là, dans ces petits mots que j’envoie aux uns et aux autres, ou mes missives à n’en plus finir.

est-ce une façon de ne pouvoir être seule?

c’est aussi la grande qualité le prix le charme la jouissance rejointe que prend le quotidien à ainsi l’adresser, à l’écrire, il ne s’agit pas de sens mais de jouissance, dès qu’adressée, ma vie, n’importe lequel de ses plus petits faits, prend couleur de jouissance, j’en perds tout sens critique. écris-je dans WhatsApp : je marche vers la gare : c’est petit plus d’existence, jouissance. qui pourtant atteindra l’autre s’il m’aime. j’ai la lettre corps répondante. voilà pour la transitivité, l’objet.

inventer, mettre au monde le corps répondant absent.

à un moment donné, j’ai trébuché, je parle d’autrefois, sur cette intransitivité de l’écriture, qui m’y a fait renoncer, puis retrouver mais à n’écrire plus que des lettres. à quoi il se trouve que je voulais aujourd’hui trouver le moyen de renoncer, dans un désir d’autonomie.

quelle solitude possible?

tout en considérant que je n’étais peut-être pas faite pour cette solitude dont Millot fait état, qui n’est peut-être pas dans mes moyens. tandis qu’au contraire (ne pouvant que si peu compter sur moi), au cours de toutes ces années (dernières), il m’avait fallu élaborer sur l’étincelle de sens (et de magie) qui ne peut advenir que dans la plus improbable (et fortuite) rencontre entre 2 êtres.

(tandis qu’en vérité, on ne sort probablement jamais de l’autisme (et donc de l’illusion de relation. mais non. il faut croire au miracle, lui seul compte. je sais croire au miracle, non celui à venir, celui advenu, celui qui advient. dans le malentendu.)

ce sentiment d’errance disais-je, dans un espace que je suis parvenue à conséquemment limiter, et dont je listais hier les quelques bornes à l’analyste :

écrire une lettre, faire du tai chi, faire le ménage, lire, faire du téléphone, me promener, allongée ne rien faire, dormir, rêver.

pour passer de l’une à l’autre de ces activités : rien, jamais, aucune décision prise, à laquelle je puisse me tenir, aucune discipline. discipline : voilà le maître mot de mon manque : la scipline du dit, que ne règne-t-elle sur ma vie, que ne puis-je compter sur elle pour me sortir de mon sentiment d’inconfort. inconfort qui trahit une forme de vide sans l’étaler jamais complètement, proprement. sentiment brouillon, proche de l’absence de sentiment, d’indétermination. vide qu’on ne sait par quel bout prendre, jamais vraiment suffisamment vide, jamais pur, évoquant plutôt une forme de désoeuvrement. pris donc dans de la culpabilité, l’insuffisance.

si je manque de scipline, je ne manque jamais de mesure, ou plutôt d’auto-mesure d’auto-note d’auto-évaluation et c’est toujours : insuffisant. auto-dévaluation.

auto-dévaluation, et alors peut-être les petits mots méchants. parfois cruels. les mots des self-haters. des haïsseurs de soi.

et donc lorsque finalement l’une ou l’autre des activités susdites finit par s’imposer à moi, j’en saisis la chance sans m’interroger plus avant.

parfois, je m’interroge plus avant, malheureusement et c’est alors encore une énigme. me suis-je dit tai chi, je vais faire du tai chi. c’est alors mais quoi ? quoi du tai chi ? ça ou ça ou ça? ce sera ça. mais si c’est ça pourquoi pas plutôt ça. alors parfois c’est rien d’aucun ça. ça ne s’explique pas. c’est terrible.

je ne me l’explique aucunement. c’est cruel. la seule explication possible ne tiendrait qu’à l’inconscient : que je doive me maintenir dans l’état sus-décrit, d’indétermination et/ou d’auto-dévaluation.

que je doive rester rien, encore, mieux rien. que je ne sois pas assez bien rien. et que je sois d’ailleurs mieux rien. qu’il y ait une jouissance rien. une jouissance à ce rien.

quelle existe, cette jouissance, je le sais assez, ça fait des années que je la traque. elle ne peut pas dire que je lui aie manqué de reconnaissance. et pourtant, si, elle le dit. et j’ai tâché de modifier la valeur qui à elle s’attachait. de la prendre du bon côté. à la façon Millot. à la façon mystique, sainte. dieu sait que je l’ai fait. la grandeur de la feuille de laitue, de son évanouissance, de sa légèreté, sa transparence, sa bonté. dieu sait que j’ai donné, à fond, les manettes. mais ça ne marche pas à tous les coups. c’est bien ça le problème. c’est donc ça le problème. et jamais tout à fait. presque jamais tout à fait. si c’était vraiment jamais… on n’insisterait pas autant.

et quand c’est vraiment tout à fait, eh bien, il n’en reste rien.

à positiver toute cette affaire.

mais enfin il faut le faire, et le moment en est venu d’énoncer positivement :

je l’ai fait. je suis arrivée à éliminer de ma vie tout ce qui ne m’intéressait pas, de même qu’il ne me reste plus que le vocabulaire que de ce que j’ai à dire, rien de plus, de superfétatoire, et chacune de ces activités, si je n’arrive pas à les ordonner, a, à un moment donné, été choisie par moi. l’une d’ailleurs devant me sauver de l’autre. dis-je, en rapport à mon « toute-une-à-une-seule-chose », par où certes je m’évite les moments de l’entre-deux, mais où (je me consume).

ainsi, fut-il un temps où j’étais toute au travail, ou toute à l’écriture, c’est cela donc, que j’appelle toute-une-à-une-seule-chose. là, d’errance ou d’entre-deux aucun. mais une difficulté faramineuse à sortir de ce dans quoi j’étais, à en sortir enfumée (je fumais), hagarde, la santé parfois ébranlée.

et c’est pour échapper à l’infinitisation du « toute-une-à-seule-chose » que je suis passée à la « démultiplication des choses ». et ces choses (sauf sur internet), ne se démultiplient pas à l’infini.

aussi, conviendrait-il aujourd’hui que je parfasse mes moments d’errance et leurs entre-deux. que je les perfectionne, voire cultive pour eux-mêmes. que j’aille vers eux avant qu’ils ne viennent me chercher. que j’embrasse leur état. c’est d’ailleurs ce que je fais dans les meilleurs des cas : je cherche à me vider, le sommeil le plus souvent m’en offrant le meilleur moyen. d’ailleurs je retourne me coucher.

j’ai toujours eu un problème avec les transitions.

samedi 22 mai 2021 · 20h42

Rêve – L’autre femme / La vie là

Rêve
Il y a une autre femme.
Il y a une autre femme. Mais c’est peut-être moi.
Dans le rêve, c’est comme si je n’étais pas moi, mais l’autre femme.
Je ne sais pas où est moi.
Il y a cette sensation d’un manque de moi.

( D’être là, en ombre dans un coin de image, en bas, à droite, en trou dans l’image. C’est depuis ce trou, cette ombre, que j’assiste au rêve. Rien de dramatique: c’est le prolongement de ma  conscience de rêveuse, sa silhouette dans l’image. Je me vois voir, assister au rêve.)

Il y a une deuxième fois. C’est la deuxième fois.

Je suis seule. Je ou elle. Il y a beaucoup de choses qui se passent, que je fais, je ne sais pas lesquelles, je ne sais plus. Une suite d’actions qui se passent dans un lieu ou qui aboutissent à un lieu.

Il s’agit par ces actions d’éviter l’affrontement. D’éviter à toutes forces l’affrontement. Avec la femme. Celle dont je serais l’autre. Qui n’apparaît pas dans le rêve.

L’affrontement est évité. N’a pas lieu.
Alors, il y a Claude.
Il y a un grand soulagement. Aussi chez Claude, étonnement que j’y sois arrivée.

Je ne sais si je suis l’autre femme de Claude. J’ai pensé à Claude récemment. À sa mort. À son suicide possible. À mon amour pour lui.

Nous partons en voiture, une voiture décapotable, comme une jeep, jaune. Je ne pense pas que ce soit Claude qui conduit. Plutôt Édouard.
Soudain, nous sommes attaqués. Par monstre d’une puissance extrême qui nous envoie des projectiles. Il veut nous détruire, c’est certain.

Violence inouïe.

Monstre n’apparaît pas. Mais le souffle de sa colère, de sa volonté  de nous détruire, de me détruire, prend possession de tout, de tout l’espace. Tel un ouragan.

Edouard fait des manœuvres curieuses avec la voiture. Après des embardées rapides et folles, des envolées, il s’arrête en travers de la route.

C’est cet arrêt, cette immobilisation, plutôt que la fuite éperdue, qui fait paradoxalement obstacle, barrage au monstre.
Immobilisation de la voiture comme celle du paquebot coincé récemment  dans le canal de Suez.
Notre arrêt devrait nous exposer, nous protège.
Nous sommes sauvés. Moment de vide, de suspension.

Alors monstre envoie dernière arme. C’est un papillon. Il effleure cou d’Édouard. Il lui a enlevé toute volonté. Édouard n’a plus la moindre volonté.
J’y pense. Je ne sais plus s’il s’agit de volonté ou de désir. Je me demande si je dois le quitter, quitter Edouard. Je me réveille

Lieu
Le lieu  est une maison, une villa, inconnue, j’y suis seule, immense, évoque maison dans film Duras, sur la côte normande, Baxter, Vera Baxter. La maison, la villa, je la vois de de l’intérieur et de l’extérieur. Comme dans le film. C’est l’aboutissement. Elle constitue le lieu d’aboutissement de toutes les actions entreprises pour « éviter l’affrontement ». A moins qu’elle n’ai constitué le lieu où se sont déroulées toutes les actions. Dernière image de la maison : un mur en béton que je longe, à l’extérieur, alors que j’en ressors.

Baxter, Vera Baxter est actuellement visible sur Mubi : https://mubi.com/fr/films/baxter-vera-baxter

Claude
A plus de présence que ce que j’arrive à en dire. Sommes ensemble un moment. Peut-être dans la maison. C’est sa présence à lui, Claude, très forte, son souvenir. Quel prénom, Claude ! Quel amour, encore, dans ce nom.


L’autre femme
Au réveil, c’est de cette présence dont je me souviens d’abord. Il y a l’ombre noire de mon buste, de dos, et cette présence tout alentour. Que j’essaie de me remémorer. Avec cette étrange impression d’être alors l’autre femme et de ne pas y être, de manquer. Je peine à l’avouer : mais je pense à ma mère. Tout de suite, je pense à elle. Est-elle alors la femme (qu’il n’y a pas dans le rêve) dont je suis l’autre (qu’il y a)? Je n’y suis pas autrement que comme autre de cette femme, ma mère.


La jalousie
Elle est présente. Elle est crainte. Je me souviens que j’ai toujours craint la jalousie. Ce sont les foudres de cette jalousie qui sont craintes. Et évitées.
J’ai craint la jalousie de ma mère.


L’autre femme
Présences des autres femmes dans ma vie. Qui m’on fait croire à mon hystérie. J’ai aimé Jean-Marc, instantanément, que j’ai vu donner ostensiblement, devant tous, à une femme les signes de son amour : dans un bistrot, grand costume noir,  il s’approche d’elle à pas rapides, s’agenouille et lui tend la rose qu’il a au passage devant le bar, subtilisée d’un vase qui s’y trouvait. Et j’ai aimé Claude qui si extraordinairement aimait Nadine. Nadine partie. J’ai follement aimé Jean-Marc. Cela a duré un an, deux ans, peut-être trois. Et profondément aimé Claude, jusqu’à aujourd’hui.


Claude
Je me demande au réveil s’il est là en lieu et place de mon père. Ils s’étaient rencontrés, s’appréciaient. Je pense que mon père avait même rencontré Claude sans moi. Claude était plus vieux que moi. Aurait pu être mon père. Claude buvait. Mais Claude prenait mon doigt, le trempait dans un seau d’encre sérigraphique, me disait : Tu sens ? Mais Claude aimait la pluie. La nuit je marchais avec lui au milieu de la rue. Il me disait Tu es délétère. J’ai fait une chose affreuse.

Ce que j’ai fait, accompli
Il y a le sentiment que ce que j’ai fait, accompli, pour éviter l’affrontement est immense, est extraordinaire. Héroïque. C’est drôle que je n’aie plus le moindre souvenir de ce dont il s’agit. Seul souvenir : c’est un trajet accompli. Qui aboutit à cette maison. Se termine à l’extérieur, le mur en béton clair longé, je quitte le lieu. Comme Vera Baxter à la fin du film. Avec Claude.


La perte de la volonté
Je suis étonnée, je me dis: c’est moi qui n’ai plus de volonté.


Le monstre


Vera Baxter
J’ai dû chercher son nom sur internet, je ne m’en souvenais plus. Pour moi, il consonne avec celui de l’analyste aussi. Parker, Vera Parker. Je ne sais plus ce qu’il arrive à Vera Baxter. Elle aimait son mari. Il n’y a pas une autre femme. Si il y en a une. Et même de nombreuses autres. Même, elles viennent à la villa. Je me souviens seulement de l’amour désespéré de cette femme pour son mari. De l’immensité de la villa. Elle l’aimait. Il n’était pas là. Il lui envoyait de l’argent.
Dans le film, à un moment, elle est sur le point de dire quelque chose.
Elle répondait alors à des questions, les questions d’une autre femme venue la voir dans la villa. Cette parole est empêchée par la survenue, la montée d’une musique, énorme. Musique de Carlos d’Alessi. Elle ne dira pas. Elle ne va pas dire ce qu’elle était sur le point de dire. A partir de là, l’autre femme lui retirera, lui enlèvera à jamais la possibilité d’être présente dans le récit.
Je me souviens de mon désappointement profond. Désappointement profond de ce que cette parole ait été empêchée, coupée.

Je ne sais plus ce qui pouvait sembler me lier à cette femme.
Rien qui aie à voir avec la jalousie, me semble-t-il.
Son silence peut-être. La parole coupée. L’apparole. Sa chair si chair quand elle est vue nue. Ecoeurante, non? Un peu. Chair nue déposée comme aucune. Viande à la peau blanche. Fine couche de graisse. Elle aurait été rousse, elle est rousse. Dotée de quelques bijoux incongrus, maquillée. Si blanche. A-t-il été parlé de la qualité dérangeante de ce tableau de femme nue, de cette odalisque, qu’en fait Marguerite Duras. Ou suis-je seule à le voir? Et ce qui se joue avec son mari. Ce qu’il ne lui donne pas. Sa parole, la parole. Et ce qu’il lui donne. L’argent, plutôt que la parole.
J’avais envoyé un article (voir ci-dessous) à Edouard qui soulignait ça. L’avoir où il se situe, ce mari, qui la creuse, son désêtre. Et la façon dont au cours du film Vera perdra définitivement la parole, sera soustraite au récit, à la possibilité du récit.
Claude était un être de paroles et d’écriture. Nous nous parlions, écrivions sans cesse. Il m’aimait plus que je ne l’aimais mais nous nous aimions. Comme nuls autres. Ça n’était pas un amour de mariage. C’était plutôt incestueux. Moins père/fille que frère/sœur. Nous vivions séparés du monde.


La maison, que puis-je en dire ?
Talent de Duras pour filmer les lieux désertés. Dans le film Véra cherche un lieu de villégiature. Elle visite cette villa, très chère, qui n’est pas la celle où ils avaient l’habitude de séjourner ensemble, avec son mari. Cette villa aussi vide et chère qu’elle (le prix que son mari est prêt à payer, le prix qu’il a payé Cayre (Depardieu), pour qu’il devienne l’amant de sa femme. Un million ? ) Ces jours-ci moi-même tentée d’habiter les murs de notre appartement, autrement. Je le ressens un peu comme un élargissement de mon corps, la possibilité d’un nid, de rentrer à l’intérieur de moi. Mais la villa n’a peut-être pas autant d’importance que ça. La villa est étrangère, vide.

La vie-là.

Elle est la vie-là.

Cela aussi qu’a été ma vie. Ses murs étrangers, étrangers à jamais, de location, à distance, cet enclos néanmoins de la domesticité. La muette solitude qui telle une flamme l’habite, un feu follet, la parcourt. La musique du dehors.

Peut-être que j’ai rêvé cela parce que j’ai renoncé à travailler. J’ai renoncé à ne pas être une femme entretenue. Ce à quoi je pensais récemment. Ce que j’ai répondu à un médecin qui m’interrogeait : je ne travaille plus (depuis la fin du premier confinement, je ne travaille plus).

Mais, non. Mais si. J’ai rêvé de la crainte de la jalousie (de ma mère) et des stratégies auxquelles ça m’a menée (pour ne pas dépasser la mère), qui m’ont permis de vivre cette vie-là. Enfermée, cachée, comme ma mère, loin d’elle. L’homme de paroles que j’aimais est mort. Mon père est mort. L’homme est mort suicidé. Dans le combat contre les forces obscures, j’ai perdu ma volonté et je m’en suis remise à un homme qui en manquait également singulièrement. Il s’est agi de se tenir immobile, à l’arrêt. Pour contrer le flux.

Le papillon ?

Ce qui vous effleure.
Se rapprocher de ce qui vous effleure.
Y concentrer sa présence. Y trouver sa présence. En recevoir la présence.
Se faire semblable à l’effleurement.
Présence ultime.


Voir aussi :

Brown Llewellyn. L’enjeu de la prostitution : Véra Baxter de Marguerite Duras. In: Littérature, n°108, 1997. pp. 15-24 : www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1997_num_108_4_2447


mercredi 2 juin 2021 · 17h52

« tout entier pris dans le sacrifice, sans aucun recours »

L’action du sujet dans le fort/da est exemplaire. En nommant le vide créé par l’absence de la mère à l’aide de l’alternance présence/absence de la bobine, le sujet la détruit comme objet, mais il constitue cette action même comme objet en la répétant. Le sujet « élève son désir à une puissance seconde (…) Le symbole se manifeste d’abord comme meurtre de la Chose, et cette mort constitue dans le sujet l’éternisation de son désir. »15 Le fort/da n’est plus seulement scansion, mais véritable fondement de l’édifice subjectif du désir. La mélancolie, sacrifice suicide, s’identifie à cette mort du sujet qui se nomme dans le même temps où il s’éternise. Par là, le sujet se fait pur sujet de l’éternité du désir. La mélancolie ne se situe plus à partir du narcissisme, mais à partir des effets du parasite langagier. Plus exactement, le sacrifice narcissique est subordonné au sacrifice symbolique.

Éric Laurent, « Mélancolie, douleur d’exister, lâcheté morale », Ornicar? 47, p.11. La citation est de Jacques Lacan dans les Ecrits, p. 319.

On trouvera là les principaux extraits de l’article d’Eric Laurent, « Mélancolie, douleur d’exister, lâcheté morale » ( Ornicar? 47, 1988) qui m’ont paru porteurs d’une vérité ultime et néanmoins insaisissable. Il en est de ce texte finalement comme de ceux de Catherine Millot : détenteur d’une vérité agalmatique qui me convoque au travail, mais à un travail que je ne parviens fondamentalement pas à faire.
(Pas à faire, peut-être de toute éternité, de tout temps, de moins en moins. De toute éternité = depuis l’enfance, depuis l’école, depuis les bancs de l’école : si ça se trouve. Un travail, une tâche, qui m’échappe depuis les bancs de l’école. )
Cette vérité, n’y aurait-il à accepter qu’elle soit tel un diamant qui ne s’aperçoit que le temps d’un instant, qui éclaire tout, et dont rien ne se préserve l’instant d’après. Dont on est alors seulement requis de transmettre ce qui s’en serait, quelque part en soi, et d’une façon inaperçue, marqué. Le reliquat.
Requis ou pas. Ou pas requis.
Car s’agit-il de s’approprier ? Car s’agit-il d’un savoir dont on puisse être propriétaire ? Faut-il à tout prix qu’il soit vérifiable ? Ne se pourrait-il qu’il vous travaille sans que vous en sachiez rien ? Et s’il y eut un instant de certitude, quoi d’autre sinon baisser les yeux, recueillir en soi des échos du silence, supporter de n’en rien retenir : puisque retenir quoi que ce soit signifierait : c’est raté.
Et faut-il que je remercie le ciel de n’avoir pas le pouvoir de retenir, de m’approprier les mots des autres. Quels mots des autres? Ne puis-je, être celle qui raconte à mon tour? Toujours, est-ce au silence que. Et ta mère ? Y eut-il d’autre lieu que son silence ? N’est-ce l’ordre des choses ? Les uns parlent, les autres. Mais de quand parles-tu ? N’es-tu revenue des tablées familiales ? Et ce silence maternel dont tu t’enrobais toute, que ne donnerais-tu aujourd’hui pour le retrouver?

Aurais-je aimé parler de mes lectures? Faire montre de ? Etre comme mon père, comme mon frère?

Quelque chose dans ce texte de Laurent s’offre se dérobant. Je ne sais si c’est parce qu’il me dit quelque chose qu’il n’est pas de mon pouvoir d’entendre, parce qu’il me convoque à le comprendre par moi-même, à m’en approprier l’intelligence ou parce que le saisir me donnerait les armes pour combattre en moi ce qui se défend de l’être. Suis une fois encore non-claire?

Ce texte ne detînt-il encore rien de plus que rien que sa dérobade à elle seule semble suffire à me sidérer.
Tant de termes ici brûlants : sacrifice, suicide, meurtre, mort. Les mots de l’Autre scène.

Pas nécessairement de quoi papoter entre l’entrée et le plat principal.

Je n’ai rapporté dans le blog que ce qui concerne les jeux du fort-da de l’enfant et la question de la lâcheté morale vs le rejet de l’inconscient.
L’énigme pour moi se situe dans les jeux de l’enfant, et le lien qu’y tire Lacan entre ces jeux et un dit sacrifice primitif…
Jusqu’il y a peu, j’avais interprété cette façon chez moi de comprendre quelque chose sans arriver à le restituer, du côté de l’hystérie, comme une façon de faire exister le savoir en le maintenant dans l’Autre.
Aujourd’hui, je me demande si je peux le dire autrement.
Cela dit, indépendamment du fait qu’il m’échappe, ce dont j’attends de ce texte c’est qu’il modifie mon rapport à la mort. Que je puisse en comprendre quelque chose. Sans que ce ne soit absolument nécessaire, en fait. Et il y a le pari que des choses se comprennent sans qu’on n’en sache grand chose.

vendredi 4 juin 2021 · 06h46

orage et tachypsychie

l’orage est passé, le jour se lève. quelle beauté cet orage, quel appaisement. immensité. tout du long, j’aurais pu écrire, je ne l’ai pas fait. j’ai laissé l’orage à l’orage. il ne se représentera plus jamais. à moins qu’il n’ait ouvert une nouvelle ère, d’orages.

difficultés.

hier relu ces passages dans Emmanuel Carrère qui m’avaient mis la puce à l’oreille.

bien sûr j’aurais dû écrire pendant l’orage. je n’ai plus que les dernières gouttes, et tout du long qu’il s’abattait, splendide, je pensais à ce moment où il s’arrêterait. au centre de ma maladie, c’est bien plutôt le temps. un gros problème avec le temps. celui qui passe. à Emmanuel Carrère, quand on lui dit que c’est une maladie qu’il a, ça le soulage et je le comprends. j’ai éprouvé moi aussi un soulagement à ce nouveau diagnostic. (tandis qu’il me vient aujourd’hui qu’à cette identification (à la maladie, à une maladie, à un cas) (qui fut constructrice) éventuellement aussi, je pourrais renoncer, que le temps en serait venu.)

je recherchais hier ce passage qui m’avait frappée dans Yoga sur la tachypsychie, moi non plus, je ne connaissais pas ce mot. c’est elle que j’ai reconnue. et après, dans tout le récit qui suit, l’histoire de sa folie, l’effroi. de type 2. là, que j’ai pris au sérieux mon état et que je me suis dit ça ne pouvait pas m’arriver. quand était-ce? au mois d’août, d’août 2020? de type 2, bipolaire. la psychiatre que je venais de consulter (espérant m’en sortir avec des anxyolitiques) m’avait justement prescrit des médicaments pour une bipolarité de type 1. après Yoga, j’ai lu tout ce que je pouvais sur la bipolarité. d’abord sur internet. puis dans les livres. c’est comme ça que je me suis remise à lire de la psychanalyse. sur la psychose, la psychose ordinaire, la psychose manicaco-dépressive. jusqu’à ce que je me centre sur la mélancolie.

psychose ordinaire, certainement, j’avais tous les caractères requis, je pouvais cocher toutes les cases. jamais je ne l’aurais fait avant ça, puisqu’il était entendu que j’étais névrosée. et là… il y a eu un soulagement. un rétrécissement de mon monde et un espoir. rentrerait enfin en analyse cette sombre tendance que j’ai à toujours vouloir en finir (avec la vie) et tous les problèmes afférents. en sortiraient quelques cadavres des placards. je serais entendue. et puis, j’ai été tellement effrayée, je ne voulais tellement pas aller vers ça, ce qu’il avait décrit, Emmanuel Carrère, à qui il faudrait d’ailleurs que je puisse un jour exprimer ma reconnaissance d’avoir écrit ce livre, qui m’a si bien mise en garde. même si je n’en n’ai pas pour autant pris les médicaments prescrits, pour en avoir déjà trop pris, toutes ces années passées aux antidépresseurs, mais je me suis promise de le faire, le jour où, auquel je n’ai pas cru, auquel je ne crois toujours pas, le jour où il s’avérerait que je ne pourrais plus y couper.

cela dit, ce que j’ai relu hier de Yoga m’amène à penser que je ne le relirai plus jamais, car c’est vraiment très effrayant. j’y retournais probablement car je voulais aller vers la possibilité de raconter ce qui s’était passé. et surtout, retrouver ce qu’il décrivait de la tachypsychie, dans l’ambition de la comprendre et contrecarrer, comme il me semblait que ces nuits-ci, ces dernières nuits, le cours erratique de mes pensées s’était montré pénible.

je n’en suis pas à mes débuts dans mes (d)ébats avec elles, ma pensée.

d’une façon générale, je constate ces dernières années son inéluctable dégradation.

avant ça, il y eut toutes ces années où elle était forte et tenace et vivace et où je la mé-prenais pour le symptôme d’une névrose obsessionnelle à ma façon qui commença par me séduire, jusqu’à ce que je me tourne résolument contre elle et la combattis. à force, et à grands coup d’antidépresseurs, elle se dilua.

aujourd’hui, si ses assauts ont perdu en intensité, il ne me reste définitivement plus rien de ses agréments.

il fut un temps, au départ, où si je pouvais admettre que je pensais trop, j’aimais ça. je me souviens d’un petit ami dont soir après soir je repoussais les assauts lui disant : mais, laisse moi penser !! ce n’est que petit à petit, que c’est devenu trop envahissant. longtemps j’ai été fascinée par mes raisonnements, ma capacité de penser, mon intelligence. mon type d’intelligence, j’étais en sympathie avec elle. aujourd’hui, cette intelligence est en lambeaux. c’est la meilleure façon de le dire. je n’ai souvent plus que des bribes. ça ne termine même plus ses phrases. moi qui partais dans des envolées lyriques enivrantes dont je ne voyais pas la fin, il arrive que je ne balbutie mentalement plus que des mots, voire des syllabes, sans suite.

c’est ça tout ça que j’ai reconnu dans la tachypsychie de Carrère. et si lui s’arma du Yoga pour combattre ses « vritti », j’avais pour ma part le tai chi, la relaxation, le travail de chi. je ne suis jamais vraiment arrivée à faire de la méditation, une solitude probablement que je ne peux pas affronter et la position assise : je n’ai affaire à ces démons que la nuit, en position couchée. je suis certaine que ça a marché, de l’efficacité que ça a eu. pas toujours aussi bien qu’on aurait pu l’espérer mais souvent beaucoup mieux, beaucoup plus loin, fondamentalement.

j’arrête là. tandis que s’entend très au loin un dernier son de l’orage, que dans l’air flottent encore les derniers échos de la pluie, oiseaux qui se risquent à reprendre voix, j’ajoute que ce je lis chez Millot m’amène à penser que cette perte, de mon intelligence, il me faut maintenant apprendre à l’embrasser (à m’y offrir comme je me (la) serais offerte à l’orage) mais je n’en suis pas encore là. c’est une ouverture, une porte à pousser.

le ciel est devenu tout gris en un coup. obscurcissement. 7h22.

l’orage revient. je retourne me coucher.

samedi 5 juin 2021 · 06h28

Yoga, d’Emmanuel Carrère (extraits)

« Tachypsychie

C’est un mot que je ne connais pas, « tachypsychie ». Je l’ai entendu pour la première fois dans la bouche du premier psychiatre auquel j’ai eu affaire – homme doux et humain, à qui je pense avec gratitude. La tachypsychie, c’est comme la tachychardie, mais pour l’activité mentale. Les pensées sont erratiques, sans suite, stridentes. Elles s’agitent en tous sens, trop vite. Elles tourbillonnent et blessent. Ce sont des vritti, mais des vritti surmultupliés, une tempête de vritti, des vritti sous cocaïne. Cela décrit bien mon état. Moi qui me croyais en si bonne voie pour les domestiquer et atteindre l’état de quiétude et d’émerveillement, je suis la proie de vritti déchaînés. Je leur suis livré pieds et poings liés. Ils me rendent fou. J’emploie ce mot de folie avec précaution. L’objet des pages qui suivent est de l’examiner. Depuis que je suis adulte, je me suis vu comme quelqu’un d’un peu plus névrosé que la moyenne, ce qui a rendu ma vie un peu plus malheureuse que la moyenne, mais ne m’a pas empêché de connaître des périodes de rémission dont la plus longue, presque dix ans, est celle dont je raconte ici la fin. (…)

De type 2

Il est troublant de se voir diagnostiquer à presque soixante ans une maladie dont on a souffert, sans qu’elle soit nommée, toute sa vie.

(…) Bref, la dépression, pour mon malheur, je connais. Mais ce que j’ignore encore, lors de mes premières consultations psychiatriques, c’est que, dans la définition du trouble bipolaire, le pôle opposé à l’engloutissement dépressif n’est pas forcément l’état d’euphorie social et de désinhibition spectaculaires qui conduit au suicide social et souvent au suicide tout court, mais tout aussi fréquemment ce que les psychiatres nomment hypomanie, ce qui veut dire en clair qu’on déconne mais pas dans les mêmes proportions. On ne se met pas à poil dans la rue, on est seulement le jouet de cette tachypsychie dont j’ai récemment appris le nom. On est bipolaire de type 2 : agité sans être nécessairement euphorique, mais quelquefois aussi séducteur, séduisant, très sexuel, en apparence au plus vivant de soi-même mais enclin à prendre les décisions qu’on regrettera le plus avec la certitude que ce sont les bonnes et qu’on ne reviendra jamais dessus. Puis c’est la certitude inverse qui s’impose, on comprend qu’on a fait la pire chose qu’on pouvait faire, on essaie de la réparer et on fait une pire encore. On pense une chose et son contraire, on fait une chose puis son contraire dans une succession affolante. Le pire, quand on est comme moi rompu à s’analyser, c’est qu’une fois le diagnostic posé, et identifié le mode de fonctionnement, on acquiert du recul mais que ce recul ne sert pas à grand-chose. Ou seulement à prendre conscience que, quoi qu’on pense, dise et fasse, on ne peut pas se fier à soi-même car on est deux dans le même homme et ces deux-là sont des ennemis. »

Emmanuel Carrère, Yoga, Éditions POL, septembre 2020.

dimanche 6 juin 2021 · 10h53

emmanuel carrère, suite

réveil. au lit, noir de la chambre, je ne sais pas encore qu’il est tard déjà, bon sommeil, cauchemar, chaleur, souvenirs des lectures de la veille.
j’entends : tuuuue…. toi – un très long tue, qui pourrait presque valoir pour tu es ou tue, finalement arrive toi.
je pense à tout ça, ces formules entendues depuis si longtemps, qui reviennent régulièrement. que je ne retiens plus que comme le signal de quelque chose qui ne va pas, qui seraient celui d’une « mélancolie enclenchée ». il faudrait que je raconte quand ça a commencé, ces cruelles pensées, mais pas maintenant. que j’ai un moment appelés les fracassemeurs, quand les injonctions étaient beaucoup plus violentes, puissantes, et alors pleines d’intentions là où aujourd’hui elles interviennent vides de sens.
au milieu de ces réflexions, j’entends, distinctement : je vais me tuer. j’en suis étonnée. c’est ma voix, oui.
je pense à la façon dont le tai chi m’a aidée à faire face. à lancer à mon tour des injonctions contraire : vis, vie.
à nouveau, j’entends : je vais me tuer. distinctement. à nouveau j’en suis surprise. ces trois mots ensemble, cette voix, la décision qui la possède. je pense à diverses choses.

je me lève pour écrire tout autre chose que ce que j’écris là, que j’écris parce que c’est rare que j’aie des souvenirs exacts des formules. d’habitude je sais qu’il y en a, qu’il y en a eu, mais tout de suite j’oublie les mots utilisés. qui me paraissent à chaque fois différents, qui me surprennent à tous les coups, et qui sont toujours les mêmes, interchangeables, possiblement indifférents. au départ, cruels.

que voulais-je écrire, rapidement.?

j’ai repensé hier à Emmanuel Carrère, à cette dernière relecture relatée ici. et la conviction, accompagnée même de dégoût, s’est renforcée que je ne connaîtrais pas de crise aussi grave que celle qu’il a connue.

j’ai eu depuis la révélation de Yoga, le temps de réfléchir à tout ça, de l’interroger, de l’assimiler. je suis ce que je suis depuis très longtemps. si je suis bipolaire, c’est depuis très longtemps. cela fait très longtemps que la calme envie de mourir me possède.

ma vie s’est passée sur une note plutôt basse (sombre, sourde et paradoxalement constante : constante dans l’inconstance, les hauts et les bas tant succédés qu’ils se sont finalement confondus) et plutôt sur le versant de la dépression. dépression qui s’est très vite contingentée, contenue entre les 4 murs du bureau d’1 analyste et par mes lectures sur la psychanalyse.

c’est là que j’ai installé mes défenses. je me suis construite comme cas. ma passion de la psychanalyse était grande. et m’a apporté suffisamment de douceurs, de bonheurs, jouissance, plaisirs, pour que j’en devienne ce que je suis devenue. une bipolaire tranquille. douceurs bonheurs jouissance, etc, toutes liées à la pensée, la pensée à ce que j’allais dire, à ce que j’avais dit. toutes liées à l’analyse (au décorticage, au détricotage, au retricotage), aux délices de l’analyse. c’est un terrain de circonscription. ça vous préserve de l’infini. ça vous fixe. (peut-être parfois trop fixement et s’aperçoit-on qu’on tourne en rond, chèvre autour de son piquet, mais, de nouveau, tourner en rond fait circonscription, le piquet fait arrêt, l’aire délimitée par la corde fait aire de jeux, de jouissance, fait lieu d’appartenance, fait habitat, fait tour de propriétaire. je ne suis pas sûre que ce que je dis parle en faveur de la psychanalyse, mais à tout le moins, cette parole qui trouve son point de butée, ça n’est pas la tachypsychie. )

la bipolarité a été inventée par big pharma. ils ont fait le médicament pour la maladie qu’ils ont alors faite inscrire dans le DSM. c’est dire que ca ratisse aussi large que possible. j’écris ceci, sans en être sûre, j’irai le vérifier dans le livre où je l’ai lu, je le rapporterai ici.

ce que j’ai lu sur la bipolarité décrit des symptômes. ce que j’ai lu, de psychanalyse, sur la psychose ordinaire, la maniaco-dépression, la mélancolie, décrit des structures, des arcanes, des mondes/modes de fonctionnement.

pour ce qui est des crises maniaques, elles aussi ont été plutôt soft. j’en sortais tout juste d’une. de ce qui rétrospectivement s’éclairait à être considérée telle. juste avant encore, il y eut ce grand amour. si je remonte plus haut dans ma vie, dans l’ensemble, dès que j’ai entrepris quelque chose, dès que j’ai été dans le sens d’un accomplissement, ça s’est pris dans le tapis de la manie. l’échec qui s’en est toujours suivi, m’a valu ces mois, ces années dans les tonalités de la dépression. petit à petit, à force de me cogner à l’angoisse qui n’a été que s’amplifiant, mes velléités d’accomplissement se sont réduites, je suis allée vers cette vie qui est la mienne aujourd’hui dans les limites, les marges étroites, du faire et du non-faire.

et puis, le diagnostic de bipolarité ou de maniaco-dépression, ou celui que j’ai préféré, que je me suis moi-même décerné, de mélancolique, me sauvait du sacro-saint désir lacanien. j’échappais à l’obligation de « débusquer mon désir », je n’avais plus à m’accuser de « lâcheté morale » ou d’avoir « cédé sur mon désir » selon la formule consacrée. non. ça n’était pas à ma portée, point. je ne suis toujours pas sûre de pouvoir parler comme ça, mais, il y avait depuis quelques temps déjà en moi, une forme de suspicion face à cette antienne du désir obligatoire, moi qui n’arrivait à tenir la rampe d’aucun.

j’ai longtemps été arrimée à la psychanalyse. après l’analyse principale, qui a duré 18 ans, il y a eu plusieurs crises, plusieurs reprises. plusieurs changements d’analyste. jusqu’à ce que je m’éloigne complètement de la psychanalyse et me tourne vers le tai chi. ce n’est que récemment, à cause du livre d’Emmanuel Carrère, que j’ai recommencé à lire de la psychanalyse. alors qu’entre-temps, j’avais d’ailleurs repris une analyse, à cause d’une rencontre amoureuse, le grand amour mentionné plus haut.

la logorrhée, ce trouble de la parole lié à l’excitation maniaque, s’est toujours chez moi contenue à la pensée, que j’essayais alors de canaliser par l’écriture. ma parole ne s’y est jamais prise, au contraire. ma parole est d’ailleurs de moins en moins perméable à ma pensée. dès qu’elle veut en passer le seuil, ma pensée, par ma bouche, le seuil de la parole, elle me brûle, me rend malade, m’asphyxie, me fige.

ça doit être la jouissance qui ne passe pas. de la pensée, la jouissance, c’est quand même un truc d’abord autiste, la jouissance. ça n’est pas fait pour être semé à tous vents. il y a de l’impartageable. par l’écrit, ça passe mieux, voire trop. comme un miroir grossissant. l’écrit grossit et dès lors contraint.

non, c’est de la pensée que je suis malade. même s’il m’apparaît à l’instant qu’elle aurait pu primitivement chercher à me guérir de ce qui m’a toujours, en fait, fondamentalement, absolument manqué : la parole justement. du coup, dès lors qu’elle cherche à prendre voix, c’est le vide qu’elle conçoit.

il ne lui manque que la parole.

je suis devenue malade de la pensée, ce que j’ai longtemps considéré sous les auspices de la névrose obsessionnelle. au moins, même s’il s’est agi d’une erreur de diagnostic, cette aire de folie, ce gouffre de jeux, trouvait à être nommé, délimité et sa jouissance pointée. (il s’est toujours agi de faire monde habitable de l’immonde, c’est-à-dire de ce qui n’appartient à aucun monde connu. et le diagnostic, la volonté de diagnostic, m’a permis de vivre dans les livres, a fait identification, plutôt que nulle part. quelle que soit d’ailleurs l’erreur, le réel au cœur de la psychanalyse est ce qui m’y a rivée. le réel, c’est-à-dire l’au-delà du bien et du mal. (qu’il s’agit de rejoindre, dont il s’agit de faire monde (parallèle) habitable. et sinon : avec lequel composer.)

Je connais également le symptôme opposé à la tachypsychie, la bradypsychie, un ralentissement qui va vers le vide.

mes lectures récentes de Millot m’encourage à tenter de m’y laisser aller, au moment où ça m’arrive. lorsque je suis perdue, plutôt que de chercher à boire ou fumer ou à m’écraser dans les réseaux sociaux, m’isoler, me coucher, observer, accepter. j’y ai été amenée hier, et c’était étrange.

le point important dans ces lectures, c’est la façon dans ces états mystiques, et qui sont les états qui interrogent Millot, pointent tendent vers un état de non-jugement, un état où il n’y a plus ni de bien ni de mal. et un état d’acceptation. il faut penser le bien ou le mal pour vouloir que les choses soient autres de ce qu’elles sont. comme le disait N, devenir identique à son destin. où je peux donc échapper à ma constante auto-surveillance, à ma constante dévaluation. dès lors que j’ai trouvé le moyen de m’éloigner de mes pensées par le tai chi, et le bonheur que j’y trouvais, j’ai retrouvé du prix à mes yeux.

oh, seigneur, comment cela sonne niais quand je le dis. je rechercherai l’un ou l’autre de ces textes.

time for a cup of coffee.

tachypsychie, bradypsychie, il y a moyen d’en tirer quelque chose. l’intérêt de ces concepts que je ne connaissais pas jusque là, c’est qu’ils délimitent autrement cela qui vous environne. vous donne le temps l’opportunité d’observer de nouvelles aires de la réalité, aires qui ne sont pas nouvelles mais qu’il est nouveau d’observer de cette façon là. dans cette réalité d’un trop de vitesse ou d’un trop de lenteur. d’un trop de vie, de violence, d’un effacement, d’ un vidage. ce qui manque à la tachypsychie, c’est le point d’arrêt, le point de sens (l’effet rétroactif du point de capiton). la psychanalyse contient une pensée au non-sens. cet horizon du non-sens qui fait la trame de chaque instant peut agir pour moi comme point d’arrêt. tachypsychie. lenteur et gouffre, étrangeté. embarras. vide qui souvent se dérobe (presqu’autant que le sol sous vos pas).


cauchemar ? un enfant, des parents. un enfant, un bébé, un père, une mère. Le père la mère poursuivis, terroristes. le père enfui. grâce, je crois à un policier ou une policière. la mère restée avec bébé. policière lui permet également de s’enfuir. risque son poste car on découvrira que c’est elle qui a facilité cette fuite. le bébé reste là (avec la policière qui a sacrifié sa carrière). les parents ont des pouvoirs de super-héros.

lundi 28 juin 2021 · 15h15

la nature de mon corps

lundi 28 juin, après-midi. je reprends l’écriture des nuits.

nuit du samedi 26 au dimanche 27

éveillée tôt mais plus tard que la veille, vers 5 heures. je me réveille, petit à petit mes pensées se relèvent, se mettent en branle, je rentre dans ce que je connais, un mâchage et rabâchage qui n’en finit pas. dont j’essaie de trouver l’issue de secours. je n’arrivais pas à ne pas penser à Rachel et au tai chi.

s’agissant des pensées vis-à-vis de Rachel, je suis sûre qu’il s’agit, quand j’ai ce genre de pensées revanchardes, accusatrices, « parano », d’une forme d’appui que je recherche, qui s’impose à moi dans certaines circonstances que je ne parviens pas encore à déterminer. c’est une pensée paranoïaque dont j’ignore l’office, qui s’impose au détriment de toute autre. j’ai encore besoin d’en vouloir à Rachel. j’ai encore besoin de souffrir d’elle, de rêver de vengeance, de penser avec peine à tout ce qui s’est passé. probablement face à certaines angoisses, à certain évidement, j’use de ce recours à un Autre méchant. il me semble qu’il y a là une forme de facilité. mais aussi une indéniable contrainte. j’ai beau ne pas vouloir prendre ces pensées au sérieux, je n’ai guère le choix. tous mes efforts se sont alors centrés là-dessus, me détacher de ces pensées accusatrices.

toujours est-il qu’il est également devenu nécessaire de penser à ce que Rachel a été pour moi, avant la rupture d’il y a un an. et c’est maintenant que ça se pense. jusqu’à présent, je l’ai chassé, escamoté. avec Paul, le nouveau professeur, j’ai essayé de donner une prolongation à cette relation, jusqu’à que j’arrive à aujourd’hui, où je me rends compte que ce n’est définitivement plus possible. ce qui s’est précipité avec la lecture de Millot, les douleurs lombaires, la solitude, la fin des cours, le fait que je n’irai pas au stage.

c’est pourquoi, j’essayais de penser au tai chi, à ce qu’avait été son office pendant des années, à ce qu’il en resterait si je n’y suivais plus un maître. que reste-t-il du tai chi, s’il n’est pas pris dans l’écolage et dans l’amour d’un maître.
est-ce qu’il n’en reste rien.
qu’en restait-il, à ce moment-là, d’insomnie.
que pouvais-je encore en retirer.
quelle avait été sa fonction, son apport. indépendamment du confort de « la voix de son maître ».
le tantien, qu’en reste-t-il ? est-il voulu ?
pouvais-je encore agir par lui ?
quel intérêt ?

j’ai fait plusieurs tentatives d’exercices respiratoires et autres. me souvenant combien ils m’avaient déjà aidée lors de nuits d’insomnie.
concentration sur les points, les « repères », tentative de faire ces exercices « d’appui d’inspir sur le tantien » pour faire gonfler, respirer, disparaître un coin du corps. tentative de laisser faire, sans intervenir. pensé à l’expansion du corps. jusqu’où ? je ne me souviens plus. la veille prise dans les limites du jardin. cette nuit… dans des limites reculées bien au-delà, sans qu’il y ait vraiment une sensation d’infini. (non, il n’y a pas eu de point auquel j’ai pensé, je crois, qui n’ait existé, dont les coordonnées n’auraient pu trouver à être écrites. ce qui est idiot, peu probable.)

pensé aux mystiques de Millot. puis-je, dans une voie autre que celle du tai chi, penser  « Dieu », utiliser l’évocation du nom de  Dieu ? dans une tentative magique d’évoquer, dans un nom, le réel que je le suppose recouvrir, réel de ce qui manque au nom, absence même de Dieu? n’ai ressenti aucune révélation, sensation extraordinaire. que puis-je utiliser de Millot, de la pensée de Stefan W ? s’agit-il de rejoindre La Vie comme il disait ? est-ce du bonheur ? y a t il « une pensée du corps », le corps a-t-il quelque chose à me dire ? non, non, non et re-non, répondais-je, m’appuyant d’une pensée critique des propositions de Rachel qui là me paraissaient ridicules. de cet enseignement du tai chi qu’est-ce qui se garde, est à jeter, s’invente, disparaît ? et alors, à un moment, au coeur de ces pensées dont aucune ne se soutenait pas d’une circulation, d’un parcours dans ce corps étendu, à un moment donné, cette certitude atteinte d’un nouage réel / symbolique, de réaliser cela, point par point en mon corps, de façon satisfaisante et rassurante, dans un corps aux limites  fluctuantes, sans qu’elles soient infinies. de façon satisfaisante et rassurante. je me suis donc endormie. 

il y a alors eu deux rêves qui s’occupait de cette proposition, l’exploitait.

du premier, je ne sais plus rien.
du second…

j’étais fâchée que Nathalie (amie d’enfance) soit fâchée sur moi. je lui expliquais qui j’étais. je lui disais (pour m’excuser, pour me faire pardonner) que j’étais bipolaire et je lui parlais de ça, dans quoi je venais de m’endormir, de ce nouage réel / symbolique, dans un corps aux limites variables et tout à fait viable.

ce corps…. il ne s’agit pas de délire. il s’agit, pour échapper aux pensées, d’en augmenter la perception du corps en passant par des techniques apprises en tai chi. perception augmentée. d’augmenter la sensation. sensation augmentée. on rentre alors, je rentre alors, puisque je me suis aperçue que mon ressenti n’est pas universellement partagé, dans une perception autre des limites de mon corps, une perception qui serait plus proche de celle de l’inconscient. parce qu’il y a bien un endroit, au niveau de l’inconscient, où à un moment, je suis le jardin, où je suis la piscine, où je suis la maison de Donn. ce n’est qu’une question de dimension, de passage d’une dimension à l’autre dont je me rends consciente, que je recherche. que je cherche ou que je subis, d’ailleurs, selon. mais, ce matin, avoir la sensation d’être le jardin me donne des limites. c’est différent de ce qui se passe lorsque j’outrepasse ces limites…. à écrire ceci, je m’aperçois que la maison de ma belle-mère m’a offert un abri imaginaire, un repos, jamais ressenti ailleurs et menacé (réellement, pas dans mon imagination paranoïaque, depuis qu’elle n’est plus là pour en prendre soin). cette maison, ça a surtout été son jardin.

un corps non-infini, mais vaste (où cela reste inscriptible, à moins que ce ne soit l’inscription qui n’ordonne l’infinitisation) : c’est ce qui me sépare des mystiques de Millot : l’infini n’est pas atteint (je ne sors pas du lieu d’une écriture possible). au contraire, il s’agit plutôt d’une pensée des limites, même si elles sont hors-limites. je connais l’infini. il n’est pas atteint. éventuellement souhaitable. mais les limites ici outrepassées me préservent d’une impensable dissolution. une façon peut-être d’apprivoiser l’infini.

donc dans le rêve, une fois que pour me faire excuser j’ai « avoué » que j’étais bipolaire, j’exige d’être ramenée « quelque part ». je sens bien qu’il y a une forme de chantage dans l’aveu que je viens de faire, est-ce que bipolaire ça ne veut pas dire : qui peut se suicider à tout instant, chantage qui me permet d’avoir mes exigences, qui me donne un certain pouvoir, mais je voulais le pardon, je voulais récupérer son amitié.

je me retrouve avec elle et ses amis dans un taxi. le chauffeur parle des bipolaires, dit qu’il en a connu, lui aussi. Je pense que Nathalie a dû lui dire : je connais quelqu’un qui est bipolaire sans lui dire que c’était moi (comme quand on dit : j’ai un ami qui… sans dire que c’est soi l’ami….) 

arrivés au lieu dit de la Cage aux ours (une place qui donne sur une rue d’habitation de mon adolescence, dont j’ai souvent rêvé), un incident impose que nous soyons séparés. cette séparation est acceptable et acceptée.

je dois continuer dans un taxi seule.

dans ce « taxi », je suis debout, le chauffeur est dans mon dos, debout lui aussi. c’est très agréable. il me serre. c’est délicieux. je voudrais qu’il me désire, qu’il m’aime. nous roulons dans ma rue

Je me réveille.
je me réveille, je pense au rêve, je me rendors aussitôt profondément.

Eléments d’interprétation

Nathalie : beaucoup rêvé d’elle fâchée. elle qui ne l’a jamais été. l’ai connue à l’école alors que j’avais six, sept ans ans, jusqu’à mes quinze, seize ans.

la dernière fois que j’ai vu l’analyste, Hélène Parker, je lui ai parlé de ce que j’étais arrivée en analyse disant que je voulais être impardonnable. que je voulais rejoindre ce point-là, cet endroit-là. que je le disais sans savoir ce que je voulais dire.

il y a cette plaidoirie pour me faire pardonner, excuser, comprendre, la mise en avant de la maladie, être bipolaire, et alors une fois qu’il n’est plus possible de m’en vouloir, ce n’est pas moi c’est la maladie, une fois que je suis déresponsabilisée (?), et en raison aussi de cette menace en quoi consiste cette maladie, puisqu’elle débouche souvent sur un suicide, profitant, abusant de cette menace, ce risque : j’avance cette exigence d’être ramenée quelque part, sans que l’on sache où.

quelque part. à certains égards, je suis sans lieu, je n’arrive pas à me trouver un lieu actuel. (relire ce que j’écrivais là sur mon absence de lieu) je n’ai de lieu que dans le passé. là, est-ce rue Waelhem que je veux retourner? est-ce là que je roule heureue, debout, avec le chauffeur de taxi? Donn, c’est une forme retrouvée, c’était une forme retrouvée de maison d’enfance, un lieu d’autrefois devenu actuel. une actualité augmentée du jardin, du dehors, de la nature, de la protection du regard. le jardin ayant été totalement fermé au monde extérieur. offrant un abri (pour le corps) exceptionnel, jamais connu, inédit, parfait.

l’incident Cage aux Ours : évoque de très loin un incident de cheval, de carriole, dans le cas de Freud, du petit Hans. quelque chose se soulève, dans la rue, se renverse, saute, explose.

il y eut Cage aux Ours une trahison, par une femme. se peut-il qu’il s’agisse de cela? j’ai déjà écrit ici sur cette femme. comment l’appeler? je l’avais dite « hommasse », je crois. parce qu’elle l’était. comment est-ce que ça pourrait revenir de si loin? j’ajoute trahison comme mot-clé de ce texte. j’ajoute aussi les mots-clés plaidoirie et procès. ça fait beaucoup trop comme mot-clés, mais on verra plus tard comment ça se recoupe et comment ça peut se réduire.

la rue Waelhem où je retourne donne dans la cage aux ours.

(j’ai envoyé une première version de ce texte à l’analyste mercredi 30 juin, à 8h.)

jeudi 8 juillet 2021 · 11h54

jeudi 8 juillet, 11h54 :: dégoût (le monde réduit à un diagnostic)

nuits d’insomnies se succèdent. c’est l’écriture sur le blog qui devient trop difficile. qui provoque en moi du dégoût. dégoût de la situation, de cette maladie, de ce que je décris. dégoût et crainte aussi.

sur le blog, j’ai ajouté une page qui liste tous les billets du mois de juin dans l’ordre chronologique. je voulais voir comment ça se lisait (je projette de faire ça pour tous les mois)1.

cette relecture de textes écrits pour la plupart dans l’urgence, la nuit, s’est avérée pénible. je ne cesse de trouver à corriger, à ré-écrire, à supprimer. éventuellement je m’aperçois que je me suis répétée, que deux jours à la suite j’ai redit la même chose, avec la même conviction, m’en effrayer. mais, le plus dur, c’est la confrontation avec ce symptôme nu, ces symptômes nus. car c’est la seule chose que j’écrive : le pire. ce qui n’appartenait qu’à la nuit est venu au grand jour. ça n’a rien de séduisant. qui plus est, il y a les choses que je ne suis pas arrivée à écrire. que je ne peux pas écrire. que je suis arrivée à laisser entendre à l’analyste, mais qu’il est hors de question que j’écrive ici. que je puisse avoir de telles pensées….

j’ai trop réduit mon monde, beaucoup trop.
réduit à ce diagnostic, à la maladie.
qui me paraît n’avoir plus rien d’aimable.
est-ce le point de vue psychanalytique qui en brosse un si abominable portrait?
ou est-ce moi?
prise au piège même de la maladie que j’ai cernée : puisque c’est une maladie où l’on ne s’aime pas, m’être toute enduite de ses symptômes et m’en détester à qui mieux mieux.
or ces symptômes ne sont pas faits pour vivre au grand jour. je leur ai tiré artificiellement la tête hors de terre, fleurs affreuses, informes, où ils ne sont pas censés vivre. à peine d’ailleurs, sont-ce des symptômes. car les symptômes sont faits, eux, pour vivre au grand air. représentants supportables, présentables de monstruosités souterraines. les folies que je rapporte, non, ne sont pas présentables.

mais, qu’ai-je jamais pu leur trouver d’aimable ?
qu’ai-je jamais pu leur trouver d’aimable ?

mal partout.
plus de force,
cassée. je ne sais que faire.

Note

  1. Trucs et astuces : comment faire une page où publier une archive mensuelle dans l’ordre chronologique dans WordPress?
    Eh bien, créer une catégorie du mois pour chaque mois. puis créer la page du mois en listant les articles de cette catégorie dans l’ordre chronologique, voila, c’est tout.
vendredi 16 juillet 2021 · 22h50

vendredi 16 juillet :: sur les noms propres dans les magasins de disque

19h21. un verre en terrasse pendant qu’ils magasins de disque. ils toujours des heures magasins de disques. magasins de disque, ça ne veut rien dire pour moi. que des noms, des noms, des noms. je l’ai vu en rentrant dans le magasin, tous ces vinyls affichés qui recouvraient le mur, ces belles pochettes, ne signifient rien pour moi. que des noms, des noms de groupes, de musiciens. jamais arrivée à. il y en aurait des choses à dire. alors, cette fois je suis sortie. j’ai dit je vais boire un verre à côté et me voilà. voilà là. tout ce qui de la culture tient aux noms. aux noms propres. et la façon dont je n’y tiens pas. non, que je n’aie pas voulu. j’ai voulu, mais ça se détache, ça n’imprime pas. les noms propre se détachent. trous dans le discours. ils furent les premiers trous. les trous d’origine, le trou des noms propres. aujourd’hui, comme si leur trou se communiquaient aux autres mots, aux mots moins propres. je ne sais pas si c’est la maladie. je crois. (le monde, l’histoire, la géographie, ça tient par les noms propres, j’y ai suffisamment réfléchi.)

ici à Brux, l’anniversaire de ma mère.

mails catastrophés envoyés ce matin, à l’aube. je ne sais comment rattraper ça. à psy à amie à Pierre. en même temps. ce covid de mon frère, immuno-déprimé. c’est pas. mais je n’ai pas de réponse, donc, je suppose que ça ne se fait pas, qu’il faut encore que je m’excuse.

j’imaginais qu’il allait mourir. lui dit maintenant ça va aller. ce serait bien que ça aille. il dit Pfizer va faire son boulot. je me dis variant Delta l’agressera pas trop. il a annoncé ça hier. qu’ils sentaient les symptômes venir lui et sa compagne. alors que ses deux filles ont été testées positives y a une semaine.

douleurs qu’ils ont ressenties, ça peut être peur, stress, fatigue. espérons. je crains toujours le pire, madame catastrophe. je m’en veux pour ça. il y en aurait des choses à dire. le malheur a ses mots, les mots pour dire le gouffre. je m’y engouffre. et c’est comme si je m’en vantais. me voilà, avec quelque chose à vous dire. enfin.

et donc, le soir, plus tard, 23h34, le frère dit : peut-être c’est juste un rhume. re-testés lundi. mais oui, un rhume. bien.

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